Indicateur des 24 et 31 octobre: une nouvelle phase de la campagne présidentielle

1. Avec la prise en compte des sondages parus depuis la fin de la primaire du PS, l’indicateur agrégé montre une nouvelle phase dans la campagne présidentielle, marquée par
– la prédominance de François Hollande,
l’effacement du centre-droit, avec des candidatures Morin et Villepin autour de 2 points et même destinée à se réduire, au moins pour la première d’entre elles, qui bénéficie encore quelque peu de l’inertie due aux résultats passés de Jean-Louis Borloo,
– le plafonnement de Nicolas Sarkozy,
l’érosion d’Eva Joly,
– la stabilisation de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon.

(cliquez sur le graphique pour plus de visibilité)

2. Pour le second tour, la domination de François Hollande reste écrasante.

 

La domination de François Hollande est remarquablement stable, même si les données de second tour ont manqué pendant l’été. Désormais, les instituts semblent avoir adopté un questionnement systématique sur le second tour.

3. La domination de François Hollande est-elle réversible ?

Il est évidemment peu probable qu’il parvienne à maintenir de tels scores:
– les questionnements sur le programme socialiste se feront plus intenses avec une crise qui ne fait que s’approfondir et un François Bayrou de nouveau plus audible et soucieux de peaufiner son image rigoriste;
– si les « hollandais » ont mis l’appareil du PS sous surveillance, les tensions restent fortes et Martine Aubry ne cesse de vouloir prouver que c’est elle qui fera élire François Hollande… En outre, utiliser Arnaud Montebourg, qui a déjà des velléités d’indépendance, contre Benoît Hamon sera difficile pour François Hollande; quant à Ségolène Royal, pourtant la seule dont l’appel au vote Hollande semble avoir eu une réelle influence (nous y reviendrons), elle semble revenir à un comportement désordonné; enfin, le positionnement des fabiusiens et des delanoïstes n’est pas encore clarifié. Tout reste donc possible ausein du PS;
François Bayrou est sur une pente ascendante et pourrait regagner l’électorat du centre et du centre-droit qui a fui Nicolas Sarkozy et n’est plus retenu par Jean-Louis Borloo;
– l’approfondissement de la crise devrait redonner de l’air à la gauche extrême.

Toutefois, il est peu probable que François Hollande redescende en dessous des 30% avant la fin 2011:
– François Bayrou ne peut rééditer son « exploit » de 2007 et il ne serait menaçant qu’en prenant plus de 10 points à François Hollande, ce qui paraît clairement insurmontable: de ce point de vue, seul François Hollande est assuré de sa place au second tour, mais il en est assuré, ce qui est déjà beaucoup;
– la candidature Mélenchon ne parvient pas véritablement à décoller: l’homme semble s’épuiser médiatiquement et la version Montebourg de la gauche « dure » a quelque peu démonétisé les véhémences mélenchoniennes;
– la candidature Joly est durablement plombée et laisse un bon espace à François Hollande;
François Hollande sait s’éloigner et se faire désirer en cette fin d’année où le simple spectacle d’un Sarkozy empêtré dans les négociations internationales et les affaires suffira à lui garantir un niveau minimal.

4. Nicolas Sarkozy a probablement réussi sa prestation télévisée, jugée convaincante selon un sondage OpinionWay, mais seulement sur la crise.

Les affaires, en particulier l’affaire Karachi, potentiellement très dangereuse en raison de son ampleur et de l’implication hypothétique de vies françaises, assombrissent durablement son horizon, notamment en raison de leur calendrier non maîtrisable.

La naissance de la fille de Nicolas Sarkozy n’a eu aucun effet de court terme sur les sondages. Même à moyen terme, l’éventuelle humanisation supplémentaire du candidat Sarkozy ne peut jouer qu’à la marge, tant le rejet à son encotre est puissant. En outre, son nouveau rôle de « père de la Nation » rigoureux et lointain n’est pas compatible avec la mise en avant de Giulia.

L’UMP n’est pas en ordre de marche, avec un centre-droit affaibli et sans chef emblématique, un faux recours (Alain Juppé), un recours pour l’avenir déjà obscurci à Paris et sans troupes nombreuses (François Fillon), un soutien d’autant plus hypocritement fort qu’il est persuadé de l’échec et est déjà impatient de sa domination future sur l’appareil (Jean-François Copé), des ministres quelque peu submergés par le travail du moment (Baroin, Pécresse, NKM, Le Maire) et peu disponibles pour la campagne, surtout celle outrancière de la Droite populaire et des Copé et Morano. Seul Laurent Wauquiez semble disponible et médiatiquement utile, mais il a commencé son parcours médiatique national un peu trop à droite pour permettre de se distinguer de la ligne officielle actuelle du parti.

Nicolas Sarkozy pourrait néanmoins se hisser au-dessus des 25% avant la fin de l’année, sans aller bien au-delà.

5. Marine Le Pen pourrait en effet le gêner car elle est en embuscade en cas d’hellénisation ou de lusitanisation de la situation française. Sa tentative de normalisation n’est pas autant couronnée de succès que prévu et elle semble se heurter désormais à un seuil difficile à franchir, en dessous des 20%.

Les enquêtes de popularité révèlent un seul paramètre intéressant: la polarisation gauche-droite. Cela ne lui est pas favorable, surtout si Nicolas Sarkozy parvient à remobiliser ne serait-ce que 3% de l’électorat.

6. La marginalisation de Villepin est frappante, de même que la difficulté des autres petits candidats à émerger. Avec la stagnation de Mélenchon, cela témoigne d’une situation peu mouvante désormais et qui devrait se jouer directement entre les « grands » candidats. Il est difficile en effet de voir quel « petit » candidat ou quel non-candidat actuel pourrait émerger d’ici 2012. Les Besancenot, Hulot et Borloo ont déjà renoncé; les Villepin, Joly et Mélenchon semblent avoir déjà atteint leur maximum.

Seul François Bayrou dispose d’une vraie marge de progression devant lui. Mais son choix du « ni gauche, ni droite », probablement encore plus contraignant cette fois-ci tant François Hollande est bien le candidat de tout le PS et non de la seule « social-démocratie », risque de le handicaper.

Le rejet de Nicolas Sarkozy l’empêche véritablement de tenir la balance équilibrée entre els deux « grands », surtout alors que les affaires sont encore plus nombreuses qu’au début du quinquennat; comment François Bayrou, si critique sur le régime, peut-il maintenant nuancer ses attaques ? Il est pris à son propre piège

L’autre choix, rallier réellement la candidature Hollande, lui ferait perdre sa spécificité, surtout face à un Hollande positionné au centre-gauche. Il risquerait alors l’étouffement, re-perdant quelques points d’électeurs du centre-droit, qui repartiraient vers les Morin, Villepin voire Sarkozy ou se réfugieraient dans l’abstention, et étant concurrencé par les Hollande, Lepage et Joly au centre et au centre-gauche.

François Bayrou parviendra proablement à flirter avec les 12% dès avant la fin de l’année mais risque de plafonner ensuite, prisonnier de ses prises de position passées.

Après la chute de DSK à la mi-mai, l’élection présidentielle entre dans une nouvelle phase qui devrait durer jusqu’en janvier 2012, quand la campagne débutera réellement. Seule la crise et ses effets imprévisibles semblent désormais en mesure de modifier fortement les tendances entre les « grands » candidats.

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Les « petits » candidats: le risque de l’émiettement et de la dispersion pour certains grands et moyens candidats

 

La situation des « petits » candidats pourrait inciter à les tenir pour quantité négligeable. Il n’en est rien.

1. Ainsi qu’il a déjà été dit, leur simple nombre (jusqu’à 6 paraissent avoir une chance de réunir les 500 signatures d’élus pour parvenir à se présenter, sachant que Gérard Schivardi et le POI ont annoncé qu’ils ne seraient pas présents à la présidentielle) peut mécaniquement rogner les résultats des autres candidats, pour peu qu’ils obtiennent 1 ou 1,5%, au lieu des 0 ou 0,5% que leur promettent les sondages.

La candidature annoncée de Victor Izraël au nom de la lutte contre le cancer, bien que bénéficiant de publicités gratuites (et se plaçant déjà en difficulté juridique à l’égard des règles de financement), n’aboutira pas car elle est destinée à utiliser la présidentielle à des fins extérieures, un peu comme un Donald Trump aux Etats-Unis.

2. En outre, la plupart des instituts ne testent même pas Frédéric Nihous. Or, le candidat de CPNT est probablement le plus à même de réunir les 500 signatures, en raison de la présence territoriale de son organisation, du caractère « apolitique » (réel ou supposé) de sa démarche et de l’esprit frondeur actuellement présent dans les zones rurales (que l’échec de certaines candidatures de droite aux sénatoriales est venu confirmer avec éclat).

La candidature de Frédéric Nihous, à ce titre, sera la plus problématique pour Nicolas Sarkozy, déjà affaibli dans les campagnes.

3. De même, Christine Boutin n’est pas encore systématiquement testée par tous les instituts. Si sa capacité à réunir les 500 signatures est moindre que celle de Frédéric Nihous, elle a déjà été candidate en 2002 et l’absence de candidature Villiers comme la faiblesse d’une éventuelle candidature Morin devraient lui assurer une présence en 2012. Seule sa propre décision de ne pas se présenter, sur la base d’un risque de voir Nicolas Sarkozy devancé par Marine Le Pen, pourrait l’exclure du jeu.

Là encore, cette candidature serait négative pour Nicolas Sarkozy et, peut-être, pour Dominique de Villepin s’il est candidat, par effet générationnel.

4. Jean-Pierre Chevènement est de moins en moins testé par les instituts, probablement en raison d’une résolution qui ne paraît pas sans faille. Sa notoriété devrait lui assurer les 500 signatures s’il se décide.

Il prendrait quelques suffrages à Jean-Luc Mélenchon et entrerait en concurrence avec Nicolas Dupont-Aignan. Celui-ci n’avait pas réussi à réunir les 500 signatures en 2007 et l’UMP l’aidera encore moins cette fois-ci. Il est peu probable que beaucoup de dissidents de droite lui prêtent main-forte. Ses faibles résultats dans les sondages, plutôt en baisse d’ailleurs de 1 vers 0,5%, alors même qu’il est, lui, quasi-systématiquement testé et depuis longtemps, l’affaiblissent fortement auprès de signataires potentiels. En cas d’échec de l’Europe face à la crise, c’est plutôt Marine Le Pen que lui qui en profiterait.

5. A l’extrême droite, une candidature de Carl Lang paraît avoir peu de chances d’aboutir en raison du réseau d’élus quasi-inexistant désormais pour les dissidents du FN. Un « conseil » de l’UMP à certains élus, pour tenter d’affaiblir Marine Le Pen, ne suffirait probablement pas, la publication d’une partie des noms de signataires les dissuadant largement de le faire.

Quant à Jacques Cheminade, sorte de mélange de libertarien et de socialo-nationaliste, il est fort peu probable qu’il parvienne de nouveau à réunir les 500 signatures. A défaut, il prendrait un peu partout sur l’échiquier politique, mais probablement encore davantage parmi les abstentionnistes ou les adeptes du vote blanc ou nul volontaire.

6. A l’extrême gauche, le retrait d’Olivier Besancenot a fait retomber les soi-disant héritiers du trotskysme dans la marginalité, même si Nathalie Arthaud pourrait, une fois la campagne officielle entamée, parvenir à atteindre les 2% ou davantage. Philippe Poutou, anonyme candidat d’une ligne orthodoxe de la LCR, a lui-même renoncé à obtenir plus de 1 à 1,5% en cas de « divine » surprise.

Leurs gains potentiels se feraient essentiellement au détriment de Jean-Luc Mélenchon et, de manière secondaire, de Marine Le Pen, dont le succès sondagier de février-mars 2011 s’est produit après la médiatisation massive de sa désignation comme candidate du FN, mais aussi après le retrait d’Olivier Besancenot, par une fraction d’électorat populaire (ou de classes moyennes inférieures qui ont perdu leur statut) rebelle et anti-système, devenu très fluide entre l’extrême gauche et l’extrême droite.

7. Au centre, la candidature de Corinne Lepage ne semble pas être d’une grande conviction. Il est fort probable qu’elle tente de négocier au plus offrant (Hollande, Bayrou, Sarkozy) le poids qu’elle aura réussi à accumuler grâce à son entregent médiatique et à sa sur-exposition liée à un mélange des genres avocate/écologiste/candidate. Elle mordrait principalement sur l’électorat Bayrou.

Hervé Morin est réapparu dans les enquêtes d’opinion à son niveau habituel de 1%, qui ne semble pas pouvoir s’élever beaucoup, en raison d’une attitude personnelle qui paraît très négative dans les médias et d’un soutien de plus en plus réduit parmi ses propres troupes. Chef de bande un peu par hasard en 2007, il ne s’est pas mué en leader incontestable et ne parviendra jamais à faire un candidat crédible. Le fait même que Nicolas Sarkozy ne semble plus vouloir le faire renoncer montre son caractère marginal.

Dominique de Villepin est désormais réduit à un rôle de « petit » candidat, au moment même où Jean-Louis Borloo s’est retiré. Cela démontre à l’évidence l’impasse de son éventuelle candidature, qui apparaît très peu probable désormais : la faiblesse de ses soutiens, l’absence de financement solide alors qu’il s’éloigne de la barre des 5% offrant un financement public, les efforts qu’a et que va déployer Nicolas Sarkozy pour le dissuader de se présenter plaident dans le sens de son renoncement.

Il n’est pas du tout certain que ses 2-3% seront récupérés entièrement par Nicolas Sarkozy, tant le soutien à Villepin vaut rejet personnel et épidermique de Sarkozy. Un bon tiers de ses électeurs potentiels devrait se perdre dans l’abstention, un tiers rejoindre le nom de Sarkozy et le dernier tiers se disperser sur les candidatures Bayrou, Dupont-Aignan voire Hollande.

8. Une typologie est finalement possible :

– les candidats « identitaires », ceux qui veulent se présenter quoi qu’il arrive, pour simplement faire exister leur courant politique : Cheminade, Arthaud, Poutou, Dupont-Aignan, de plus en plus Boutin et Morin (encore qu’il s’agisse plus, pour ce dernier, d’identité personnelle…).

– les candidats « politiques », ceux qui veulent tester leur poids politique et tenter ensuite d’entrer dans des jeux plus larges avec les grands candidats : Villepin, Boutin et Morin initialement, Nihous, Lang.

– les « faux » candidats, qui veulent simplement obtenir des compensations par la simple menace de leur candidature : Lepage, Lang, Chevènement, de plus en plus Villepin.

Toutefois, la capacité à recueillir les 500 signatures sera autrement déterminante dans la réalité finale de leur candidature :

– 100% : Villepin, Morin, Lepage, Nihous

– 90% : Arthaud (le nom d’Arlette Laguiller est encore bien présent dans les mémoires et LO est presque un pilier de la Vème République présidentielle…), Chevènement (le réseau du mouvement chevènementiste s’est passablement fractionné et il n’est pas impossible que beaucoup d’élus de gauche rejettent sa candidature en souvenir du cuisant 21 avril 2002 et de la peur persistante de la division à gauche)

– 75% : Poutou (le réseau Besancenot doit encore fonctionner), Boutin (l’UMP ne facilitera pas sa candidature)

– 50% : Dupont-Aignan

– 25% : Lang

– 0% : Cheminade

Le croisement des deux critères devrait laisser seulement Morin, Nihous, Arthaud, Poutou, Boutin et peut-être Dupont-Aignan aux côtés des 6 candidats « grands » et « moyens », soit un total déjà élevé de 11 ou 12, proche de la moyenne désormais observée à chaque élection.

Il est intéressant de noter en conclusion que toutes les « petites » candidatures pourraient cette fois-ci, faire le jeu de celle de François Hollande, en affaiblissant les Mélenchon, Sarkozy et Bayrou et quasi-jamais sa propre candidature. Cette situation est bien différente de celle de 2002.

Dernier sondage LH2: François Hollande toujours dominant, François Bayrou émergent, Dominique de Villepin marginalisé

 

LH2
Yahoo!
21-22 octobre 2011
échantillon: 813 électeurs inscrits parmi un échantillon total de 953

Hollande 39 (+8)
Sarkozy 24 (+3)
Le Pen 14 (-1)
Mélenchon 6,5 (-1,5)
Bayrou 8,5 (+0,5)
Joly 5 (-2)
Villepin 1,5 (-0,5)
Arthaud 0,5 (=)
Poutou 0 (=)
Dupont-Aignan 0,5 (+0,5)
Boutin 0 (-0,5)
Morin 0,5 (+0,5)
Lepage 0 (=)

Hollande 60 (=)
Sarkozy 40 (=)

1. Ce sondage LH2 est plus proche du sondage BVA que des sondages CSA et IFOP: se confirme ici l’intérêt de disposer d’un échantillon suffisant pour disposer d’au moins 900 électeurs inscrits et 1000 de préférence, plutôt que seulement 800 ou 850.

2. François Hollande est en effet de nouveau à 39%, ce qui est manifestement excessif. Sa domination est cependant confirmée:
– il est à 41% parmi les employés et ouvriers, contre seulement 18% à Nicolas Sarkozy et 24% à Marine Le Pen; il est ultra-dominant parmi les professions intermédiaires (cadres moyens probablement);
– il parvient à arracher la première place chez les 65 ans et plus: 39-38 contre Nicolas Sarkozy et le bat chez les retraités, 36% à 32%, Marine Le Pen étant quand même à 13%; celle-ci atteint d’ailleurs les 17% chez les 50-64 ans contre seulement 18% à Nicolas Sarkozy.

3. Les autres tendances se confirment, même si à des niveaux différents, Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon étant très élevés dans le précédent sondage LH2:

Dominique de Villepin est désormais passé de la catégorie des candidats moyens à celle des petits candidats, probablement par manque d’exposition médiatique et par intégration du caractère moins probable de sa candidature; peut-être aussi que le groupe Canal+, grand promoteur traditionnel de la candidature Villepin depuis 2007 (à l’inverse de la vulgate servie pendant l’année cPE en 2006… mais alors, le nom de Villepin n’était pas encore tout à fait l’antithèse absolue de Nicolas Sarkozy…), a trouvé moins de temps pendant la primaire du PS pour l’ancien Premier ministre…

François Bayrou, à la faveur de cet effacement et du retrait de Jean-Louis Borloo, émerge comme le « quatrième homme ».

Jean-Luc Mélenchon semble réellement stoppé et Eva Joly glisse lentement vers le bas.

– Les autres candidats sont insignifiants, en particulier Hervé Morin et Corinne Lepage, incapables de reprendre à eux seuls le créneau Borloo.

4. Les reports de voix confirment les éléments déjà analysés chez les autres sondeurs:
– l’électorat Bayrou se répartit à 64-36 vers François Hollande,
– l’électorat Le Pen est lui aussi favorable à François Hollande, à 56-44, ce qui est probablement exagéré mais témoigne d’un pouvoir d’attraction de François Hollande temporairement impressionnant, que même DSK n’aurait probablement pas eu,
– l’électorat Mélenchon se reporte à 87-13 sur François Hollande, ce modeste 13% montrant peut-être qu’un certain souverainisme n’est pas désespéré de Nicolas Sarkozy: une piste à creuser pour le Président ? Peut-être, même si les ballets internationaux rendraient peu crédible un réveil gaullo-séguino-guainoiste de sa part…

Ce grand éventail offert à François Hollande devrait logiquement le conduire à jouer de l’émergence de François Bayrou contre les Verts historiques et contre une partie de la « gauche de la gauche ». Le même sondage montre d’ailleurs que le souhait d’alliance avec Bayrou est légèrement majoritaire chez les sympathisants de gauche et du PS et s’approche du niveau des souhaits équivalents pour Mélenchon. Une piste à creuser pour le candidat du PS ? Tactiquement, c’est probable.

Paradoxalement, François Bayrou, qui a peu de chances de rééditer son exploit de 2007 (justement parce qu’il a déjà eu lieu et que Ségolène Royal n’est plus candidate), pourrait être plus central aujourd’hui:
moins menaçant à l’égard du PS, celui-ci accepterait mieux d’en faire un appoint utile en période de crise, un peu à la manière des Libéraux-Démocrates pour David Cameron (ce sont eux qui ont le plus pâti du rigorisme du Chancelier de l’Echiquier Osborne, pas tellement les Conservateurs); en outre, François Bayrou n’était pas loin d’une grande alliance avec le PS en 2007, s’il n’y avait eu la maladresse d’entre-deux-tours de Ségolène Royal et la force de l’appareil;
Nicolas Sarkozy ayant lui-même détruit le centre-droit et le pseudo-gaullisme modéré (censément incarné par Dominique de Villepin), il ne lui reste que François Bayrou avec qui discuter.

Bien entendu, c’est le Président de la République qui aura le plus besoin de lui et c’est pourtant davantage vers le président du conseil général de Corrèze que François Bayrou serait susceptible de se tourner. Voici probablement un des « jeux » qui devraient occuper la fin de 2011 et le début de 2012, sauf si Marine Le Pen réalise un retour.

Dernier sondage IFOP: François Hollande dominant dans tous les compartiments

 

IFOP
JDD.fr
18-20 octobre 2011
échantillon: 941 électeurs inscrits parmi un échantillon total de 1003

Hollande 35 (+6)
Sarkozy 25 (+1,5)
Le Pen 17 (-1,5)
Mélenchon 6 (=)
Bayrou 6,5 (+0,5)
Joly 4,5 (-1,5)
Villepin 2 (-0,5)
Arthaud 0,5 (+0,5)
Poutou 0,5 (=)
Chevènement 0 (-0,5)
Dupont-Aignan 0,5 (=)
Boutin 0,5 (=)
Morin 1 (+1)
Lepage 0,5 (+0,5)
Nihous 0,5 (=)

Hollande 60 (+1)
Sarkozy 40 (-1)

1. Ce sondage IFOP est très proche du récent sondage CSA et place le sondage BVA, qui avait volontairement exclu tout autre candidat de droite et de centre-droit que Nicolas Sarkozy, dans la catégories des outliers (données aberrantes, littéralement), ainsi que les Anglo-Saxons qualifient les sondages s’écartant de manière excessive et très probablement erronée de la tendance et/ou des niveaux des autres sondages.

Bien entendu, chez l’IFOP, François Bayrou est plus bas que chez CSA, qui tend, depuis 2007, à le sur-évaluer quelque peu, et Eva Joly y est légèrement plus élevée. Toutefois,  en considérant que l’IFOP prend en compte TOUS les candidats possibles (que ce soit les Dupont-Aignan, Boutin, Villepin, Arthaud et Poutou, mais aussi les Morin, Lepage, Nihous, Chevènement, plus récents et/ou plus incertains, ce dont l’IFOP peut être félicité et ce qui confirme son caractère décidément plus fiable), il n’est pas illogique que CSA place François Bayrou plus haut.

2. François Hollande apparaît de nouveau comme le grand favori, au premier comme au second tour. L’analyse des chiffres détaillés du second tour est impressionnante:

dans les catégories d’âge, il gagne partout, sauf chez les plus de 65 ans, parmi lesquels il est à 50-50 avec Nicolas Sarkozy, signe d’une grande faiblesse de ce dernier, dont cette tranche d’âge a toujours constitué le bastion fidèle et l’ayant peu déserté, même dans les années les plus difficiles pour lui. François Hollande, tout en conservant à la gauche les plus jeunes, confirme ici son attrait auprès des plus âgés, déjà relevé lors de la primaire du PS;

dans les catégories socio-professionnelles, il domine partout, sauf chez les commerçants et artisans, mais cette catégorie constitue un échantillon très faible; il est écrasant chez les ouvriers (76-24), mais aussi chez les professions libérales et cadres supérieurs (64-26), qui ont déjà « oublié » Martine Aubry et préfèrent le « modéré » Hollande (mild-mannered nous dit The Economist) à la crispante et crispée Eva Joly; il l’emporte même chez les indépendants et employeurs (51-49), ce qui devrait réellement inquiéter Nicolas Sarkozy même si ce résultat est probablement conjoncturel; seuls les employés ne lui réservent pas une majorité aussi écrasante qu’il pourrait être spontanément envisagé: 62-38 tout de même…

– géographiquement, il est majoritaire partout, notamment en province, un peu moins en Ile-de-France, tendance déjà repérée pendant la primaire; sa seule vraie faiblesse est dans le Sud-Est, où la force combinée des candidatures Montebourg (tant en Rhône-Alpes qu’en PACA), Royal (le long du littoral méditerranéen) et Aubry (essentiellement dans les Savoies et les Alpes en général) l’avaient affaibli et ne lui avaient laissé que le Languedoc-Roussillon frêchiste et la Corse radicale de gauche;

parmi les électeurs du MoDem, il triomphe 59-41 et même 75-25 chez les anciens électeurs Bayrou de 2007, il est vrai composés d’un fort contingent d’électeurs socialistes frustrés par la candidature Royal; il est même à 50-50 chez les sympathisants FN et à 47-53 chez les électeurs Le Pen de 2007, niveaux là encore inquiétants pour Nicolas Sarkozy même si probablement destinés à diminuer au cours de la campagne qui « gauchira » forcément François Hollande.

3. Il est également dominant car l’émergence de Jean-Luc Mélenchon en septembre et début octobre ne se confirme pas du tout. Celui stagne de nouveau à 5-6%. Meilleure nouvelle encore, Eva Joly subit la même érosion dans tous les instituts et s’éloigne de la barre des 5%. De ce point de vue, une plus grand fermeté des socialistes dans leurs négociations législatives avec EE-LV se justifie pleinement. L’extrême-gauche trotskysante reste insignifiante.

La progressive disparition de Dominique de Villepin ne profite même pas à Nicolas Sarkozy et l’émiettement de l’ancien électorat Borloo profite essentiellement à François Hollande, dont le calendrier de la désignation est, là encore, parfait puisqu’il peut profiter à plein du retrait de Jean-Louis Borloo. Hervé Morin et Corinne Lepage n’ont que les miettes.

4. Certes, Nicolas Sarkozy peut paraître hors de portée de Marine Le Pen. Mais Frédéric Nihous est probablement sous-estimé, de même que les candidatures « créneau » Boutin et Dupont-Aignan qui, une fois arrivée la campagne officielle, seront plutôt à 1 point qu’à un demi-point, avec l’absence de dynamique Sarkozy, un peu à la manière d’un Jospin en 2002, victime des « niches » Chevènement et Taubira. Cela peut représenter 1,5 à 2 points.

Surtout, la crise en Europe, si elle ne connaît pas un dénouement favorable, risque bien de remettre Marine Le Pen sur le devant de la scène, à la faveur d’éléments conjugués: inquiétude réelle sur une « hellénisation » ou une « lusitanisation » de la situation française; rejet d’un surcroît d’Europe, réel ou perçu comme tel; rejet des candidats du « système », que ce soit Franjçois Hollande ou Nicolas Sarkozy, dont la présence quasi-permamente et souriante au côté des « grands de ce monde », là encore réels ou supposés, dont la seule image extérieure est la descente de grosses cylindrées et les costumes impeccables, constitue une image terrible auprès de l’électorat populaire dont je parlais dans un article précédent.

Face au « petit provincial tranquille » (sorti pourtant de la botte de l’ENA) François Hollande, naturellement à l’aise au centre, quelles que soient ses déclarations passées sur les « riches », Nicolas Sarkozy ne pourrait espérer qu’une montée de l’extrême-gauche, peu probable, et/ou une poussée de l’électorat populaire partiellement lepénisé vers lui. Mais la manoeuvre peut-elle encore fonctionner 5 ans après et alors que ses résultats sécuritaires et économiques sont contestés dans les médias ?

5. Attaquer François Hollande sur la carrure présidentielle est sûrement un bon angle auprès de l’électorat de centre-droit que Nicolas Sarkozy a perdu, mais cela ne permettrait pas de profiter d’une éventuelle configuration d’élection à gagner « au peuple ». L’attaquer sur sa modération et son flou est également évident, mais ne garantit pas que Nicolas Sarkozy puisse se refaire une virginité auprès de cet électorat populaire, ouvriers, commerçants, artisans, très petits entrepreneurs, employés du privé, qui s’estiment largement floués depuis 2007; en outre, si l’élection évolue et doit se gagner « au centre », il ne se placerait pas idéalement.

En conservant « les deux fers au feu », Nicolas Sarkozy ne tranche pas, comme c’est le cas depuis 2007: vie privée/intimité, présidentialisation/tous azimuts, social/action économique internationale, environnementalisme/relance industrielle, libéralisme/jacobinisme industriel, etc. Lorsqu’un candidat n’a pas la dynamique, jouer sur 2 tableaux à la fois peut conduire à tout perdre.

François Hollande a choisi un créneau dès le début et n’en démord pas: la présidence normale. Il peut se tromper. Mais s’il a bien senti un mouvement profond, il gagnera sans trop de difficulté, quelles que soient ses erreurs de parcours (et il y en aura, EE-LV, Jean-Luc Mélenchon et quelques socialistes s’y préparant déjà).

Rendez-vous demain pour un indicateur agrégé qui aura pris une nouvelle figure, avec une nouvelle phase de l’élection (avec Hollande et sans Borloo), qui clôt la période post-DSK.

Derniers sondages CSA et BVA: l’effet de la primaire du PS et le retrait de Jean-Louis Borloo profitent à François Hollande

 

CSA
BFM TV, RMC, 20 Minutes

17 octobre 2011
échantillon: 859 électeurs inscrits parmi un échantillon total de 1010

Hollande 35 (+7)
Sarkozy 25 (+1)
Le Pen 16 (-2)
Mélenchon 5 (-1)
Bayrou 9 (+2)
Joly 3 (-1)
Villepin 2 (-3)
Arthaud 1 (-0,5)
Poutou 0,5 (=)
Dupont-Aignan 0,5 (=)
Boutin 1,5 (+1)
Morin 1 (+1)
Lepage 0,5 (+0,5)

Hollande 62
Sarkozy 38

Au premier tour, 13% ne se prononcent pas et 18% au second tour.

___________________________

BVA
RTL, Orange, presse régionale

17-18 octobre 2011
échantillon: 753 électeurs inscrits parmi un échantillon total de 950

Hollande 39 (+8)
Sarkozy 23 (=)
Le Pen 19 (+3)
Mélenchon 6 (+2)
Bayrou 7 (+1)
Joly 4 (-1)
Arthaud 2 (+1)
Poutou 0 (=)

Hollande 64
Sarkozy 36

1. François Hollande apparaît ainsi comme le grand vainqueur de cette séquence, sans véritable surprise. La sur-médiatisation, sa victoire franche, une incapacité de la droite à riposter intelligemment et un très bon positionnement du nouveau candidat socialiste le placent clairement comme le grand favori de la présidentielle.

Sa progression dans ces deux sondages doit certes être relativisée: l’institut BVA semble donner des scores quoi qu’il en soit plus élevés aux socialistes. Les échantillons en électeurs inscrits sont, comme souvent avec ces deux instituts, un peu « courts ».

Toutefois, l’absence de tout candidat de centre-droit ou de droite « alternative » dans le sondage BVA aurait dû donner un avantage à Nicolas Sarkozy: il n’en est rien, au contraire. Ainsi que je l’avais écrit, le retrait de Jean-Louis Borloo ne semble pas ou très peu profiter à Nicolas Sarkozy. Mais le sondage BVA nous montre que l’absence des hypothèses Villepin, Morin et Boutin semble même favoriser François Hollande.

2. François Bayrou est en effet le deuxième bénéficiaire de cette période. Logiquement, le retrait de Jean-Louis Borloo lui apporte un petit supplément d’intentions de vote, qui reste toutefois limité, d’autant plus dans la configuration retenue par BVA, où l’absence de Dominique de Villepin, voire de Christine Boutin, aurait dû lui servir davantage. De manière connexe, le plafonnement de l’hypothèse Hervé Morin à 1% montre bien que l’électorat de Jean-Louis Borloo était plus divers et plus attaché à sa personne qu’un simple parti nostalgique de l’UDF.

3. L’émergence de Jean-Luc Mélenchon ne semble pas se confirmer. Il ne bénéficie pas pour le moment du positionnement de centre-gauche de François Hollande, ce qui montre a posteriori la pertinence tactique du résultat de la primaire du PS. Une certaine lassitude à l’égard de la candidature Mélenchon, de sa forme et de ses manifestations médiatiques n’est pas non plus à exclure, encore plus en contraste avec l’apparence apaisée qu’adopte François Hollande.

4. La candidature d’Eva Joly semble suffire une désaffection encore plus prononcée et il est intéressant de noter qu’est confirmé le sentiment que j’indiquais précédemment: elle n’est pas en mesure de profiter du positionnement moins à gauche et moins « vert » de François Hollande. Sa personnalité comme son placement plus à gauche et « punitif » ne trouvent probablement pas un écho important. Ici, le choix de la primaire écologiste est au contraire remis en cause, tant Nicolas Hulot aurait pu mordre sur les électorats Bayrou et de centre-droit sans perdre la base Verte. Si Corinne Lepage est effectivement candidate (ce qui est toutefois sujet à caution), elle pourrait clairement occuper un créneau gênant pour Eva Joly et empêcher celle-ci de franchir le seuil des 5%, synonyme de remboursement des frais de campagne par l’argent public.

5. Le grand perdant reste cependant le Président sortant. Il ne bénéficie pas réellement du retrait de Jean-Louis Borloo. Mais il ne bénéficie pas non plus de l’absence de Dominique de Villepin (et de Christine Boutin) dans le sondage BVA, comme je l’envisageais d’ailleurs: voir le résultat nul des pressions exercées par l’Elysée pour obtenir le retrait de toutes les candidatures de centre-droit et de droite reste impressionnant.

En outre, l’absence de Nicolas Dupont-Aignan contribue probablement à renforcer encore une Marine Le Pen de nouveau plus menaçante à l’égard d’un Sarkozy incapable de solidifier ne serait-ce que 25% de l’électorat.

Soit Nicolas Sarkozy est capable de susciter l’équivalent d’une candidature Villiers ou, plus exactement, Pasqua, apte à affaiblir Marine Le Pen; soit il fallait laisser émerger et même soutenir un pôle de centre-droit qui lui aurait permis d’attaquer de front Marine Le Pen, tout en tentant, dans l’entre-deux-tours, un ralliement bien orchestré de Jean-Louis Borloo, promis à Matignon, avec une équipe plus européenne, plus écologique et plus « humaniste ». Au lieu de cela, Nicolas Sarkozy travaille lui-même au rétrécissement de sa base électorale.

Les résultats de second tour sont édifiants et confirment les « pronostics » déjà évoqués dans un article précédent, ainsi que les dispositions des électeurs à voter pour Nicolas Sarkozy ou pour François Hollande:
– 18% sont certains de voter pour François Hollande et 10% pour Nicolas Sarkozy,
– 39% jugent possible de voter pour François Hollande, 26% pour Nicolas Sarkozy,
– 39% estiment exclu de voter pour François Hollande, 61% pour Nicolas Sarkozy.

En réalité, 3/5 des Français souhaitent une défaite du Président sortant et en sont suffisamment certains pour en faire un pronostic probable. Ce « plafond de verre » pour Nicolas Sarkozy apparaît stable au moins depuis le printemps et rejoint les enquêtes de popularité.

6. Il convient à cette occasion de noter que, si François Hollande est devenu le candidat « attrape-tout », au même niveau que DSK avant sa chute, le niveau des électeurs certains de voter pour lui n’est pas très élevé: ce doit être un point de vigilance pour lui, afin d’éviter une concurrence à gauche ou au centre. Toutefois, seul François Bayrou pourrait être en mesure de le menacer; Jean-Luc Mélenchon en paraît incapable et Marine Le Pen, même si elle redevenait pleinement la candidate populaire en regagnant encore davantage de voix à gauche, serait d’abord dangereuse pour Nicolas Sarkozy et non pour François Hollande.

7. L’institut BVA publie également une analyse des reports de voix au second tour qui confirme la prééminence de François Hollande et la profonde faiblesse de Nicolas Sarkozy. En présentant successivement le report sur le candidat Hollande, sur le candidat Sarkozy et sur aucun des deux noms, les résultats suivants peuvent être relevés:
Arthaud: 61 / 0 / 39
Mélenchon: 73 / 5 / 22
Joly: 76 / 4 / 20
Bayrou: 44 / 24 / 32
Le Pen: 37 / 45 / 18

Ces chiffres montrent bien que Jean-Luc Mélenchon n’est pas que le candidat du PCF (auquel cas, le report serait de 90%), mais aussi celui de l’extrême-gauche « trotskysante ». C’est plutôt une bonne nouvelle pour le PS, qui ne pâtit pas d’une candidature trop « révolutionnaire » à sa gauche. A l’inverse, le report des électeurs d’Arthaud est moyen, mais c’est logique pour un candidat « social-démocrate » et alors que le niveau de l’extrême-gauche est négligeable.

Ils montrent aussi que le report des voix écologistes est habituel sur le candidat socialiste mais extrêmement faible sur le candidat de droite, alors qu’il devrait être de 15%. Il est vrai que le niveau d’Eva Joly est très bas et qu’elle est désormais repliée sur les Verts historiques et idéologiques.

Ils montrent également le très mauvais report des voix de François Bayrou sur Nicolas Sarkozy, à un quart au lieu de 35 à 40% en 2007, alors que François Hollande prend 45% de ses voix, au lieu de 35 à 40%.

Enfin, l’électorat populaire porté sur Marine Le Pen revient à gauche à hauteur de 37%, plus haut que les 25 à 30% maximum observés depuis le milieu des années 1990. A l’inverse, Nicolas Sarkozy n’est pas capable de prendre plus de la moitié des voix du FN, ce qui marque un léger tassement.

Ces deux sondages viennent utilement renouveler le panel contenu dans notre indicateur, tant pour le premier que pour le second tour.

Cependant, l’écrasante position de François Hollande devrait se modérer avec les semaines qui passent, en raison d’une moindre exposition médiatique et des probables « couacs » entre appareil du PS et proches du candidat. Mais il est douteux qu’il revienne de sitôt en dessous des 30-32%.

Indicateur du 17 octobre: 2012 sera-t-elle gagnée au centre ou « au peuple » ? Un essai de typologie des élections présidentielles françaises

1. En l’absence de sondages relatifs à l’élection présidentielle pendant la période de la primaire du PS, l’indicateur agrégé que je vous propose chaque semaine (désormais réduit à François Hollande, mais comportant le suivi du second tour) s’est peu modifié depuis la semaine précédente.

(cliquez sur le grpahique pour plus de visibilité)

Les tendances restent les mêmes, avec un tassement de Nicolas Sarkozy, sensible depuis la fin de la coupure estivale; une apparente émergence de Jean-Luc Mélenchon; un niveau solide et très élevé pour François Hollande; un effritement des candidatures moyennes, à l’exception de celle de François Bayrou.

Les prochaines enquêtes d’opinion devraient renforcer ces tendances:
– le retrait de Jean-Louis Borloo devrait profiter au « socialiste modéré » François Hollande, mais aussi à François Bayrou et seulement de manière marginale à Nicolas Sarkozy, dont la baisse tendancielle risque d’absorber cet apport du centre-droit, et à Eva Joly, plus à gauche et moins apte qu’un Nicolas Hulot à capter cet électorat; bien entendu, 2 points pourraient se répartir entre Hervé Morin et Corinne Lepage, de manière cependant artificielle tant leurs candidatures paraissent peu assurées (je reviendrai prochainement sur les « petits candidats »);
l’effet « primaire » jouera à plein pour François Hollande qui devrait, au moins temporairement, atteindre voire dépasser les 35%;
– le déport du candidat socialiste vers le centre et les déçus d’Arnaud Montebourg devraient consolider l’émergence de Jean-Luc Mélenchon; cela est moins probable pour Eva Joly qui ne parvient pas à gagner en exposition médiatique et dont le parti est surtout concentré sur les négociations en vue des législatives;
– l’UMP ne parvient pas à afficher une grande unité et son principal dirigeant, Jean-François Copé, sur une ligne tactiquement ultra-sarkozyste, n’apport aucune valeur ajoutée; le Premier ministre est déjà dans la gestion (bien maladroite) de sa séquence personnelle post-mai 2012; le Président lui-même ne parvient pas à imposer une « présidentialisation » et est durablement et profondément rejeté par les médias: ayant tout essayé depuis 2007, il est maintenant fort dépourvu.

2. Pour le second tour, la domination de François Hollande reste écrasante.

Elle n’est peut-être pas tellement sur-évaluée, en considérant un sondage Harris Interactive pour RTL, M6 et MSN, réalisé les 16 et 17 octobre auprès d’un échantillon de 1260 personnes. Le pronostic d’une victoire de François Hollande est de 60% (14% certainement, 46% probablement) contre 39% (31% probablement pas, 8% certainement pas). Or, le pronostic, souvent déconnecté des intentions de vote (comme ce fut le cas en 2007, avec un pronostic favorable à Nicolas Sarkozy même lorsqu’il était devancé par Ségolène Royal), leur correspond ici parfaitement. Ce pronostic est bien sûr variable en fonction du positionnement politique, mais il est massif à gauche et au centre, plus partagé à droite. Socialement et professionnellement, il est assez homogène, seuls les primo-votants étant un peu moins certains, ce qui paraît logique.

Il s’agit là d’un signe supplémentaire et lourd pour le candidat principal de la droite.

3. En attendant, le positionnement favorable de François Hollande, au centre-gauche, est confirmé par un sondage CSA pour BFM TV, RMC et 20 Minutes, réalisé le 17 octobre auprès d’un échantillon total de 1010 personnes, dont 859 inscrites sur les listes électorales.

Son projet présidentiel y est perçu comme de centre-gauche par 65% de l’ensemble de l’échantillon, 63% des socialistes, 65% de l’ensemble de la gauche et 77% de l’ensemble de la droite. A l’inverse, il est perçu comme de gauche par 19% de l’ensemble de l’échantillon, 28% des socialistes, 25% de l’ensemble de la gauche et 13% de l’ensemble de la droite.

Ainsi, François Hollande est perçu comme plus modéré par la droite que par ses propres électeurs, ce qui implique qu’il pourrait très bien progresser encore au centre et à droite ou, en tous les cas, qu’il ne fera pas suffisamment « peur » pour mobiliser cet électorat derrière Nicolas Sarkozy. Quant à être considéré comme trop au centre pour des électeurs d’une gauche plus extrême, la différence entre socialistes et gauche non-socialiste est faible et peu significative. Sa déperdition de voix au profit de Jean-Luc Mélenchon et d’Eva Joly ne devrait donc pas être trop inquiétante.

4. Ce positionnement de François Hollande, avec un Nicolas Sarkozy trop éloigné du centre-droit et coincé entre Marine Le Pen et François Hollande, amène à se demander quel type d’élection sera la présidentielle de 2012.

Bien entendu, de mutiples typologies sont possibles pour catégoriser les élections présidentielles de la Vème République. Le premier président non-gaulliste, puis le premier président de gauche, les modifications dans les parrainages nécessaires pour se présenter, les règles de financement public des campagnes électorales, le quinquennat peuvent constituer des critères valables pour classer les élections.

Toutefois, il apparaît q’une première typologie pourrait distinguer
– les élections gagnées au centre: 1965, 1969, 1974, 1988,
– les élections de rupture à l’égard des sortants: 1981, 1995, 2007,
– l’élection gagnée aux extrêmes: 2002.

Les élections gagnées au centre s’entendent d’élections gagnées après un bon rassemblement de son camp au premier tour. Certes, en 1965, le ballottage du général de Gaulle fut une surprise, un choc même pour le père de la Vème République, mais sa base était très large et le centre-droit et le centre ne lui ont pas fait défaut; en outre, le candidat de la gauche (le PCF n’étant pas représenté) était alors perçu comme trop « extrême » pour pouvoir espérer l’emporter. En 1969, Alain Poher n’était en fait plus le candidat du centre, sa candidature ayant été « utilisée » en partie pour un vote de protestation de la gauche et du centre-gauche. En 1974, face à un candidat de toute la gauche y compris communiste et soutenu par toute la droite et le centre-droit, Valéry Giscard d’Estaing a clairement signé une victoire « classique » au centre, de même que François Mitterrand en 1988, avec la « France unie » et face à un Jacques Chirac handicapé par la percée du FN et déporté sur sa droite.

Les élections de rupture ont vocation à solder une période: que ce soit celle de la droite ou plus simplement celle du giscardisme finissant en 1981 avec une victoire du « changer la vie » qui n’était clairement pas centriste; celle de la cohabitation mitterrando-balladurienne en 1995, avec un appel au peuple de Jacques Chirac et Philippe Séguin, arc-boutés sur la « fracture sociale » et sur le courant anti-européen naissant, face à un Edouard Balladur véritable sortant et totalement institutionnalisé et à un Lionel Jospin trop identifié à deux septennats socialistes pour avoir pu faire fructifier son « droit d’inventaire » à l’égard du mitterrandisme; celle du chiraquisme paralysé enfin, avec un Nicolas Sarkozy prônant la « rupture » et se retrouvant quasiment dans la peau d’un candidat d’opposition, d’autant plus que Ségolène Royal apparaissait davantage « ailleurs » que dans l’opposition et subissait la concurrence de François Bayrou, lui aussi tenté alors par un certain populisme.

L’élection de 2002 est hybride. Il y avait deux sortants, mais Lionel Jospin était le vrai sortant et, lui aussi, très institutionnalisé, faisant déjà une campagne de second tour. Jacques Chirac a utilisé la question de l’insécurité et s’est comporté en opposant. Il a bénéficié de la percée Le Pen et a fini par gagner au centre, mais seulement par défaut.

Les deux élections atypiques de 1969 et de 2002 pourraient être regroupées en une catégorie des élections « gagnées par division du camp adverse », mais leur nature est bien différente et, en 2002, si l’émiettement à gauche a définitivement éliminé Lionel Jospin, le problème stratégique de la montée des extrêmes était encore plus prégnant.

5. Dans ce schéma, il est clair que 2012 devrait être une élection gagnée au centre. Il n’est pas possible pour Nicolas Sarkozy de rassembler son camp au premier tour pour ensuite se porter au centre au second. Nous ne somme plus au temps du quadripartisme triomphant des années 1970 et 1980.

D’abord, il n’existe pas de « camp » de droite. Le centre-droit, ainsi que cela a déjà été dit, est atomisé et rejette largement la personne de Nicolas Sarkozy. L’extrême-droite n’est que très partiellement à droite. De tous temps, l’électorat Le Pen ne se reporte pas sur le candidat de droite à plus de 50 ou 60% maximum. 25 à 30% au moins retournent à gauche, le reste s’abstenant. En 2007, Nicolas Sarkozy n’a fait que capter, dès le premier tour, les électeurs de droite du FN et, ensuite, a profité de son positionnement pertinent dès le début (la rupture et le travail), de la dynamique créée et de la faiblesse de la candidate socialiste.

Ensuite, faire se retirer les candidats de centre-droit, d’une part, ne pas pouvoir s’allier avec le FN, d’autre part, réduisent en réalité le candidat de l’UMP à la portion congrue, représentant auparavant par le RPR et le Parti Républicain puis Démocratie Libérale.

6. La seule possibilité pour Nicolas Sarkozy serait de bénéficier d’une tendance peut-être plus lourde qui serait décelable dans les élections présidentielles françaises:
– de 1965 à 1988, elles auraient été gagnées auprès de l’électorat « insider », par le « système » (et donc forcément plutôt au centre),
– de 1995 à 2007, elles auraient été gagnées auprès du « peuple », celui qui a triomphé en 2005 dans la victoire du « no »n au référendum sur le traité constitutionnel européen.

De fait, en 1965 et en 1969, les gaullistes SONT le système lui-même. En 1974, le gaullisme se dissout, n’est plus le « centre », c’est le giscardisme européen et « libérale » sur le plan sociétal. En 1981, François Mitterrand s’est quand même recentré et finit par paraître acceptable à suffisamment d’électeurs. Il installe un nouveau »système » qu’il porte à son paroxysme en 1988.

En revanche, en 1995, en 2002 et en 2007, la pression de l’électorat populaire, protestataire se fait fortement sentir et décide de l’élection: en soutenant un Chirac populiste, anti-énarque et adopté des « Guignols de l’Info » en 1995 pour rejeter Edouard Balladur et le substitut de Jacques Delors; en soutenant Jean-Marie Le Pen en 2002, élisant un Jacques Chirac « suiviste »; en se portant sur le candidat du travail, des usines, de la sécurité et de l’identité nationale, Nicolas Sarkozy, en 2007, plus porteur qu’un Jean-Marie Le Pen usé.

La difficulté pour Nicolas Sarkozy serait de déterminer un nouveau positionnement, que Marine Le Pen, désignée très (trop?) tôt par son parti et revenant à la doctrine du « ni droite ni gauche » déjà prônée dans les années 1990 contre le droitisme technocratique de Bruno Mégret, a déjà préempté. En outre, cela conduirait à un nouveau revirement contradictoire pour un Sarkozy qui souhaite se représidentialiser et apparaît en permanence dans les ommets internationaux, plus « insider » que jamais. De ce point de vue, la crise ne l’aide en réalité pas du tout, car il est identifié à cette crise. Seule la candidature de DSK lui aurait permis de s’afficher un peu moins « insider » que lui. Face à un François Hollande provincial, presque simplet, et au bon sens affiché, Nicolas Sarkozy ne paraît pas, là non plus, disposer d’une marge de manoeuvre particulière.

Pourtant, il reste probablement une aspiration populaire à la rébellion contre le système: le sondage Harris Interactive cité plus haut donne un pronostic de qualification de Marine Le Pen au second tour de 37% contre 62%, strictement proportionnel à la situation sur l’axe gauche-droite et au niveau d’études.

Cette rébellion s’est manifestée en partie (seulement) dans le vote pour Arnaud Montebourg. Cela doit cependant être relativisé, une partie des « bobos » trouvant probablement assez tendance de le rallier et la gauche du PS ayant été, depuis de nombreuses années, à un niveau de 20%. Mais, là encore, la couverture de son aile gauche par Anraud Montebourg et le fait que Jean-Luc Mélenchon ne soit qu’un rebelle de paroles et non d’actes (la participation à un futur gouvernement appelle quand même une certaine retenue) avantagent François Hollande.

Surtout, la marginalisation de l’extrême-gauche soi-disant trotskyste, avec le renoncement du médiatique Olivier Besancenot, la retraite politique d’Arlette Laguiller (mécaniquement assurée d’au moins 2 à 3%) et la non-présentation d’un candidat par le POI de Daniel Gluckstein et Gérard Schivardi, ne rendait plus indispensable, pour le PS, la désignation d’un candidat nettement marqué à gauche et déplace la « menace populaire » (s’il y en a une en 2012) vers la droite uniquement.

A la limite même, pour le PS, disposer d’un contrepoids mélenchono-communiste plus fort à l’égard des Verts (alliés toujours les plus délicats à gérer) est plutôt une bonne chose dans l’optique des législatives et de la constitution du futur gouvernement. Donc, même en cas de « rébellion » de gauche, le risque est contenu et peut même être « utilisé ».

7. Autant la centralité politique et institutionnelle de Martine Aubry au sein du PS comme au sein de la gauche était essentielle en période de « croissance » électorale des Verts et de maintien à un très haut niveau sondagier de la gauche radicale en général et d’Olivier Besancenot en particulier (encore à 8% début 2011 pour certains instituts…),
autant, dans une configuration plus traditionnelle gauche-droite, mais avec une droite profondément divisée ou qui n’en est même pas une, avec un centre émietté, le positionnement plus déporté sur la droite de François Hollande apparaît pertinent pour éviter toute concurrence centriste comme celle de François Bayrou face à Ségolène Royal en 2007 et pour continuer la prise en étau de Nicolas Sarkozy, sans prendre de risque « au peuple », ce qui aurait pu être le cas d’un DSK.

Logiquement, l’élection devrait donc se gagner au centre et par celui qui est le plus en mesure de le faire: François Hollande. Mais la logique en politique est parfois surprenante…

Indicateur du 10 octobre : l’avantage comparatif de François Hollande, la problématique du « vote utile » et le pronostic pour le second tour de la primaire du PS

 

Depuis le 14 mai 2011 et la fin de l’hypothèse DSK, une constante est remarquable dans les sondages de premier tour comme de second tour : le score de François Hollande est systématiquement supérieur à celui de Martine Aubry, ainsi que le montrent les graphiques retraçant notre indicateur, décliné dans les deux hypothèses, Hollande et Aubry.

 

 

 

(cliquez sur les graphiques pour plus de visibilité)

1. Au premier tour, il est plus compétitif à l’égard du centre, du centre-droit et de la droite. Il ne s’agit pas de gains effectués à l’égard d’un candidat particulier, mais de petits gains (entre 0,5 et 1 point) effectués au détriment de l’ensemble des candidats : Bayrou, Borloo, Villepin et même Sarkozy.

Plus surprenant encore, la candidate Le Pen est elle-même affectée par le phénomène, bien que de manière plus restreinte.

A l’inverse, François Hollande n’est pas tellement moins bien placé que Martine Aubry face à l’extrême-gauche (les petits candidats étant au même niveau négligeable) et à la « gauche de la gauche », le candidat Mélenchon étant certes plus haut dans l’hypothèse Hollande, mais seulement d’un demi-point. Depuis qu’Eva Joly est la candidate d’EE-LV, toutefois, elle est clairement plus forte dans l’hypothèse Hollande que dans l’hypothèse Aubry, de 0,5 à 1 point.

Néanmoins, cela ne suffit pas à compenser les gains réalisés du centre jusqu’à l’extrême-droite et donne à François Hollande un avantage comparatif d’environ 3 à 3,5 points.

De ce point de vue, le soutien prudent et « personnel » d’Arnaud Montebourg à François Hollande est, pour lui, une bonne opération avant le vote de demain, mais surtout une excellente nouvelle dans la perspective de la présidentielle, en permettant de « couvrir » l’aile gauche et d’éviter une émergence trop menaçante de la candidature Mélenchon.

2. Cet avantage comparatif se retrouve au second tour : si les candidats battent Nicolas Sarkozy largement, l’avance est encore plus nette pour François Hollande et elle se maintien quelle que soit la tendance globale, à la hausse comme à la baisse (cliquez sur le graphique pour plus de visibilité).

Cela s’explique par des reports de voix meilleurs depuis l’électorat Bayrou, mais aussi les électorats Borloo et Villepin, certains sondages du printemps ayant même montré un report majoritaire des électeurs Borloo, sans pour autant que François Hollande soit réellement moins performant à l’égard des électeurs Mélenchon et Joly.

La « dame des 35 heures », ses déclarations comme sa personnalité, rebute les électeurs « modérés » (au vieux sens du terme) du centre, du centre-droit voire d’une partie de la droite, encore davantage que la personnalité controversée et les « slaloms » politiques de Nicolas Sarkozy à l’égard du gaullisme, du centrisme européen et démocrate-chrétien ou du libéralisme économique. Ces électeurs étaient bien disposés à l’égard de DSK, ils le sont désormais à l’égard de François Hollande.

Il est bien entendu douteux que cette bonne disposition perdure pendant toute la campagne, François Hollande ne pouvant non plus renier son appartenance au parti socialiste et restant sous la pression d’Arnaud Montebourg, de Jean-Luc Mélenchon, de Verts désormais plus ouvertement à gauche depuis la défaite de Nicolas Hulot. Mais elle ne disparaîtra pas complètement et la propension de Nicolas Sarkozy à toujours retomber dans ses travers (plusieurs fois adoptée, la « présidentialisation » est toujours finalement remisée au profit d’un retour au combat politicien si plaisant) empêchera ce dernier d’ne tirer complètement profit.

3. Ces données sondagières sont constantes depuis 5 mois, voire s’accentuent, et se retrouvent d’un institut à l’autre. Une telle cohérence ne peut être aléatoire. La comparaison avec les sondages du premier tour de la primaire du PS, qui ont globalement sur-évalué François Hollande, ne peut tenir, dans la mesure où l’expérience des instituts est infiniment supérieure en matière d’élections présidentielles et où l’échantillon est fiable, connu et maîtrisé, sans difficulté majeure d’appréhension de la participation. De surcroît, il s’agit de deux hypothèses distinctes dans lesquelles François Hollande et Martine Aubry ne sont pas en opposition directe et dans lesquelles le niveau comparable de Marine Le Pen règle la difficulté qu’aurait pu présenter une influence de cet électorat FN encore délicat à cerner malgré 25 ans d’expérience.

En outre, le positionnement plus au centre-gauche de François Hollande paraît en adéquation avec ces résultats et le fait qu’il se soit peu ou prou substitué à Dominique Strauss-Kahn dans les études rend ces scores logiques.

4. Cette situation constitue un atout certain dans la configuration de l’élection présidentielle qui se dessine. Nicolas Sarkozy reste sous la menace d’une montée de la candidature Le Pen et est contraint de « muscler » son discours sur la droite. La structuration actuelle de l’UMP, avec un courant de droite fort et une équipe de direction globalement « libérale », renforce encore ce tropisme vers la droite.

Dans le même temps, la droite s’avère incapable de structurer son aile centriste, avec l’échec de la tentative Borloo. Or, beaucoup d’électeurs de centre-droit refusent clairement de voter Sarkozy au premier tour, quelles que soient ses éventuels changements (proclamés mais de toute façon non crus par cet électorat) en matière européenne, sociale ou de comportement personnel. Nicolas Sarkozy ne peut d’ailleurs véritablement aller dans ce sens en raison de la menace du FN et parce qu’il continue de penser que, comme en 2007 (et en 2002), l’élection se gagnera à droite.

De ce point de vue, le positionnement plus modéré de DSK, puis de François Hollande, enferme Nicolas Sarkozy dans un étau, puisqu’il est grignoté à la fois sur sa droite et sur sa gauche. Faire disparaître les candidats du centre-droit (ou supposés tels, comme Dominique de Villepin) n’arrangera rien pour lui, puisque, ainsi qu’il a été expliqué dans un autre article, François Bayrou et même le candidat socialiste sont susceptibles d’ne profiter directement, empêchant encore davantage que réapparaisse la dynamique de premier tour que Nicolas Sarkozy avait su créer en 2007.

Par ailleurs, le positionnement de François Hollande constitue aussi une meilleure garantie pour le PS de ne pas revivre la mésaventure de 2007, avec un bon mois de campagne utilisé à tenter de contenir la poussée Bayrou.

Certes, il sera difficile à celui-ci de rééditer la même campagne, mais le courant anti-establishment ne sera pas forcément concentré sur Marine Le Pen (François Bayrou avait su jouer d’accents quasi-poujadistes pour solidifier sa progression en 2007) et, d’un autre côté, le courant « responsable » se reconnaîtra davantage encore dans la candidature Bayrou avec la dégradation de la situation des finances publiques. La menace Bayrou est donc encore réelle pour le PS, d’autant plus avec la défaite de Nicolas Hulot, dont la candidature aurait pleinement satisfait Nicolas Sarkozy, et avec le retrait de Jean-Louis Borloo.

Comme, au surplus, il ne semble pas y avoir de déperdition excessive dans l’électorat Mélenchon au second tour, le candidat Hollande pourrait occuper sans trop de risques une position plus centrale et gagner l’élection au centre, ainsi que cela s’est produit en 1974 et 1988.

5. Bien entendu, cela ne signifie pas que l’avantage comparatif de François Hollande, mesuré aujourd’hui et vraisemblablement effectif, se retrouverait en avril et mai 2012.

Cependant, l’écart en sa faveur et ses fondements solides devraient logiquement constituer une incitation au « vote utile » dans la perspective du second tour de la primaire du PS. Même Arnaud Montebourg et Ségolène Royal ont validé ce raisonnement, malgré des positionnements de « conviction » et anti-« système ».

C’est pourquoi j’ai confirmé un pronostic de 51,5 – 48,5 en sa faveur, alors même que la dynamique de l’entre-deux-tours était plutôt du côté de Martine Aubry, malgré des contre-attaques réussies de François Hollande avec les ralliements Royal et Montebourg. Le courant « rebelle », anti-système, surprend certes toujours: européennes de 1984, référendum de 1992, européennes de 1999, premier tour de la présidentielle de 2002, référendum de 2005, d’une certaine manière premier tour de la primaire 2011 du PS. Mais le réflexe de « vote utile », fondé cette fois-ci sur une volonté forte de battre Nicolas Sarkozy, y compris et peut-être surtout parmi les jeunes générations, devrait être suffisant pour empêcher le vote protestataire de faire gagner Martine Aubry.