Dernier sondage avec Jean-Louis Borloo: Sarkozy s’effrite, Mélenchon émerge, Hollande et Aubry toujours solides

 

IPSOS-Logica Business Consulting
Radio France et Le Monde
30 septembre-1er octobre 2011
échantillon: 962

Hollande 32 / Aubry 29 / Royal 22
Sarkozy 21 / 22 / 23
Le Pen 16 / 16 / 16
Mélenchon 8 / 7 / 9
Borloo 6,5 / 7 / 8
Bayrou 5,5 / 6 / 8,5
Joly 5 / 5 / 7
Villepin 4 / 5 / 4
Arthaud 1 / 2 / 1,5
Poutou 0,5 / 0,5 / 0,5
Dupont-Aignan 0,5 / 0,5 / 0,5

Les grands enseignements de ce sondage sont le retournement à la baisse confirmé des intentions de vote pour Nicolas Sarkozy et l’émergence de Jean-Luc Mélenchon.

1. Nicolas Sarkozy pâtit probablement des effets à retardement de l’approfondissement de la crise économique et financière, avec un profil psychologique morose de la population française en septembre, mois traditionnellement peu favorable. Il est aussi probablement victime de l’accumulation des « affaires », quel que soit leur degré de réalité, la succession des révélations entraînant certainement un effet de trop-plein (même si elle peut, dans un autre sens, brouiller l’image et rendre ensuite toute nouvelle révélation « inopérante » dans la stratégie des médias de gauche, clairement « à l’attaque »).

Cette situation est d’autant plus inquiétante pour Nicolas Sarkozy que les noms de Christine Boutin et de Frédéric Nihous n’ont pas été testés par IPSOS, alors qu’ils grignoteraient encore davantage son potentiel, en particulier en raison des « affaires » pour la candidature de la « droite morale » de Christine Boutin. Alors qu’il semble revenir sur des niveaux « chiraquiens », il n’a plus, contrairement à l’ancien président, de réserves chez un fort candidat de centre-droit, qu’il se soit agi de Raymond Barre (1988) ou d’Edouard Balladur (1995), ou ne peut plus compter sur l’émiettement de la gauche (2002).

2. Longtemps annoncée depuis plus d’un an, jamais véritablement réalisée, l’émergence de Jean-Luc Mélenchon, quelque peu tardive, méritera bien entendu d’être confirmée. La crise, les « affaires », les déceptions face à une candidature Joly qui peine quelque peu à s’imposer et le plafonnement de Marine Le Pen se combinent probablement pour redonner un peu de lustre au score de Jean-Luc Mélenchon, qui avait jusqeu là quelques difficultés à franchir le seuil des 5%. Avec ce sondage et le sondage récent de LH2, une nouvelle tendance semble se dessiner.

Il n’est pas non plus exclu que l’exposition médiatique et le relatif succès d’Arnaud Montebourg et de ses idées clairement marquées à gauche à l’occasion des débats pour la primaire ouverte du PS aient un effet collatéral au profit de Jean-Luc Mélenchon.

3. La bonne tenue formelle de ces débats et la couverture médiatique exceptionnelle qu’elle permet au profit des socialistes jouent clairement en leur faveur: même Ségolène Royal n’apparaît désormais plus menacée d’élimination par Marine Le Pen, ce qui était loin d’être le cas depuis le début de l’année.

De manière constante, François Hollande maintient son écart par rapport à Martine Aubry, très nettement lié à des gains directs au centre et au centre-droit. Il confirme ainsi son atout majeur: être en capacité de gagner au centre, alors que Nicolas Sarkozy se retrouve coincé entre un candidat socialiste à l’image modérée et une extrême-droite toujours menaçante.

4. Que Nicolas Sarkozy tente de faire amende honorable à l’égard du centre-droit et parle d’Europe ou de rigueur budgétaire et il ouvre le champ aux critiques anti-européennes et anti- « établissement » du FN. Qu’il reparte sur le terrain de la sécurité, de l’immigration ou du populisme et les électeurs modérés, orphelins de l’UDF, viennent grossir les rangs de François Bayrou ou, surtout, de Dominique Strauss-Kahn puis de François Hollande, qu’ils veulent croire être, à tort ou à raison, des sociaux-démocrates raisonnables.

C’est un véritable cercle vicieux auquel Nicolas Sarkozy est confronté. Quoi qu’il tente, tout apparaît désormais comme « trop peu, trop tard »:
– Un recentrage ne peut apparaître que comme une énième tentative de manoeuvre politique, après les « ouvertures ». Surtout, avoir maintenu François Fillon à Matignon a définitivement disqualifié cette idée.
– La représidentialisation est difficile alors que les querelles intestines de l’UMP l’obligent régulièrement à replonger dans le débat interne. Elle est également mise à mal par les « affaires ».
– L’action internationale n’intéresse pas l’écrasante majorité des Français: c’est une constante lourde depuis le début des années 1970, les rares exceptions de l’euphorie ayant succédé pendant quelques semaines à la chute du mur de Berlin ou de la vague d’inquiétude dans les quelques mois ayant suivi les attentats du 11 septembre 2001 ne venant pas contredire ce constat.
– La rigueur budgétaire n’est pas un thème de campagne, quoi que disent les sondés: la plupart des Français ne sont pas intrinsèquement prêts à une vraie rigueur, publique (réduction drastique des crédits d’intervention publics, subventions, travaux publics, emplois publics) ou privée (blocage ou diminution des salaires, y compris de manière « cachée » par la libération de l’inflation, et rigueur plus « personnelle » par la renonciation à la part « futile » de la consommation). De toute façon, seul François Fillon avait une crédibilité en la matière, dont il est possible de constater aujourd’hui l’absence d’intérêt alors qu’il fait mine d’appliquer réellement la rigueur et perd en conséquence tout son surplus dans les sondages de solidarité: pour beaucoup de Français, la rigueur est « populaire » lorsqu’elle est théoriquement évoquée et rejetée lorsqu’elle commence d’être timidement mise en oeuvre.
– Quant à une éventuelle évolution « personnelle », elle ne serait pas crédible, car l’essentiel des Français estiment connaître le véritable Nicolas Sarkozy. De la même manière, se réinventer en essayant de « sortir par le haut », comme Jacques Chirac en 1995, n’est pas plus envisageable car les « grosses ficelles » fonctionnent rarement deux fois.

En outre, les médias sont désormais définitivement attelés à la défaite de Nicolas Sarkozy,
– qu’il s’agisse de l’influence croissante des « nouveaux » médias de gauche, voire gauchistes, Rue89, Mediapart, etc.,
– qu’il s’agisse des médias traditionnels de gauche, comme Libération, Le Monde, Le Nouvel Observateur, une partie des rédactions de France Télévisions ou de Radio France, ou des médias historiquement anti-Sarkozy comme Marianne, aigris de leur « défaite » en 2007,
– qu’il s’agisse de ceux qui, en 2007, ont « cru » en lui, se sentent floués et cherchent à lui faire rendre la monnaie de sa pièce, comme certains éditorialistes de tous médias, quelques journaux régionaux ou L’Express.
Le caractère assez puéril de la « défense » effectuée par Le Figaro ou TF1 empêche encore davantage toute tentative crédible de « rachat » de Nicolas Sarkozy.

Il est difficile de trouver une quelconque solution pour Nicolas Sarkozy et les spéculations sur des candidatures alternatives, qui n’aboutiront pas, sont entretenues par cet étau dans lequel il semble enfermé.

5. La tendance reste incertaine pour Eva Joly et François Bayrou, qui ne semblent pas évoluer. Le retrait de Jean-Louis Borloo devrait cependant avoir quelques conséquences en la matière, ainsi que, peut-être, pour Dominique de Villepin.

Une nouvelle phase s’ouvre, après la phase « post-DSK » qui a vu Marine Le Pen plafonner, Nicolas Sarkozy freiner son déclin et François Hollande s’installer en recours faute de mieux, presque « naturel », mais recours quand même. Le retrait de Jean-Louis Borloo devrait faire évoluer les lignes et l’apparente émergence de Jean-Luc Mélenchon est à surveiller.

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