Sondages pour la primaire ouverte du PS: quel pronostic avant le premier tour ?

Il est devenu banal de brocarder les sondages pour les primaires…

Certes, l’expérience de la primaire verte s’est avérée peu concluante. Mais les sondages ont été peu nombreux et ont porté sur des échantillons à la fois faibles et forcément différents de l’électorat réel puisqu’il ne s’agissait pas des membres encartés d’EE-LV mais, au mieux des « sympathisants » auto-déclarés de ce parti.

Pour la primaire ouverte organisée par le PS, la situation est tout autre.

1. Il convient de rappeler qu’en 2006, lors de la primaire fermée du PS opposant Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius, les derniers sondages publiés étaient assez proches du résultat final:
Royal 58-66 pour un résultat de 60,6%
DSK 24-32 pour un résultat de 20,7%
Fabius 9-10 pour un résultat de 18,7%
en notant qu’OpinionWay, jeune institut à l’époque et beaucoup moins fiable qu’aujourd’hui, donnait une répartition 56-36-6 effectivement erronée.

Pourtant, les échantillons sondés n’étaient pas exacts, puisqu’ils portaient sur les sympathisants socialistes et non sur les membres du PS. De ce point de vue, la mauvaise performance de DSK et celle meilleure de Laurent Fabius sont logiques, ce dernier étant plus populaire en interne, en tant qu’apparatchik situé à ce moment-là sur la gauche du parti, DSK étant déjà à la recherche de soutiens extérieurs à son positionnement modéré et sensible à la « démocratie d’opinion ».

2. Aujourd’hui, le corps électoral de la primaire de 2011 est largement ouvert et il est donc plus facile de le sonder de manière fiable, sur la base des méthodes classiques d’échantillonage et de questions croisées afin de confirmer l’orientation politique réelle et la motivation réelle à aller voter le 9 octobre.

Il n’y a donc pas de raisons que les sondeurs obtiennent des résultats moins pertinents qu’en 2006.

3. Les sondeurs, en 2011, sont nettement plus nombreux à pratiquer l’exercice et chacun a réalisé plusieurs sondages, à l’exception de ViaVoice (auteur d’une étude peu convaincante et mal présentée par la presse sur la primaire d’EE-LV):
IFOP (8 sondages depuis le début de l’affaire DSK), OpinionWay (7), CSA (5), BVA (3), Harris Interactive (3), IPSOS (2), ViaVoice (1).
Autant dire que l’expérience s’est accumulée depuis plusieurs mois, avec des échantillons substantiels chez IPSOS, OpinonWay, IFOP et Harris Interactive.
Seuls TNS-Sofres et LH2 se sont tenus à l’écart.

4. Les chiffres internes de ces différents sondages sont souvent similaires:
– François Hollande est systématiquement meilleur dans la catégorie « socialistes », chez les hommes, chez les professions libérales et indépendantes et chez les inactifs et retraités comme chez les employés et son score s’améliore systématiquement avec l’âge des répondants;
– Arnaud Montebourg est systématiquement meilleur dans la gauche non-socialiste;
– Martine Aubry est quasi-systématiquement meilleure , chez les femmes, parmi les CSP+ (même si Hollande y est presque à égalité) et son score régresse toujours avec l’âge des répondants;
– Arnaud Montebourg et Ségolène Royal sont plus faibles chez les CSP+;
– les scores de Martine Aubry et de François Hollande s’équilibrent toujours chez les ouvriers;
– Manuel Valls est systématiquement en retrait dans le sous-échantillon des personnes susceptibles d’aller voter;
– François Hollande est presque toujours meilleur chez les personnes susceptibles d’aller voter ou plus assurées de leur choix.

Une telle constance dans le temps et une telle cohérence entre sondeurs, en dehors même de toute référence aux valeurs absolues, est révélatrice d’une fiabilité minimale de la mesure.

5. Certes, des écarts conséquents sont sensible d’un institut à l’autre et d’un sondage à l’autre d’un même institut. Mais les évolutions et les différences ne paraissent pas supérieures à celles qui sont constatées dans les sondages pour l’élection présidentielle elle-même.

En outre, les différences entre sondeurs sont constantes:
– CSA sous-valorise Hollande et sur-valorise Aubry et Royal par rapport à la moyenne, de manière constante,
– OpinionWay sur-valorise Hollande et Montebourg et sous-valorise Aubry,
– Harris et IFOP sur-valorisent Hollande et Aubry par rapport aux autres candidats,
– BVA et IPSOS apparaissent davantage dans la moyenne.

Quant aux évolutions dans le temps, même erratiques en apparence, elles révèlent des tendances globales, en adéquation avec des événements de la campagne:
– report massif des intentions DSK vers François Hollande en mai,
– effet du bruit médiatique avant l’annonce de la candidature de Martine Aubry en juin,
– ascendant progressif de François Hollande sur Martine Aubry à la faveur des rebondissements de l’affaire DSK et de la crise économique et financière en juillet-août,
– déclin de Ségolène Royal, consolidation de François Hollande et progression d’Arnaud Montebourg à la faveur des débats télévisés en septembre.

Voici (en exclusivité mondiale !) un graphique reprenant l’intégralité des sondages réalisés depuis le fameux 14 mai 2011, date de l’arrestation de DSK à New York:

(cliquez sur le graphique pour une vision plus large)

Ce graphique comporte les données les plus pertinentes de chaque sondage. Soit il inclut les chiffres sur les électeurs susceptibles d’aller voter (certains ou très probables: en général, autour de 10% de l’échantillon des personnes se déclarant de gauche), soit il inclut les chiffres sur l’échantillon des électeurs de gauche dans leur ensemble. Il n’inclut donc jamais les seuls électeurs socialistes et, a fortiori, jamais l’échantillon global de la population française.

Certes, l’électorat réel pourra comporter des personnes de droite ou du centre ou des indépendants; mais il est loisible de considérer que cette population sera peu nombreuse et, de manière naturelle, renforcera davantage la domination de François Hollande -pour ce qui est des électeurs issus du centre ou du centre-droit- ou ira très marginalement sur Manuel Valls ou Ségolène Royal -par pure tactique, pour favoriser un candidat perdant.

Cet effet devrait de toute façon être annulé par l’éventuelle sur-estimation de la mobilisation: en effet, les socialistes sont les plus susceptibles de respecter leur volonté affichée d’aller voter; or, François Hollande est fort parmi eux, ainsi qu’il a déjà été dit.

Bien entendu, un afflux de personnes proches de la gauche radicale est possible, sous-évalué par les instituts. Mais il est plus susceptible de favoriser Arnaud Montebourg et ne devrait donc pas influer sur la hiérarchie des deux « gros » candidats.

Enfin, le dernier débat n’a pas modifié sensiblement les positionnements. François Hollande, formellement à l’aise même si toujours aussi léger sur le fond, n’a été attaqué que de manière subliminale par Martine Aubry, elle-même trop « stressée » pour avoir vraiment pu tirer parti de l’exercice. Or, en présence d’un vaste « match nul », le vainqueur par défaut est bien celui qui est en tête.

6. Aussi, je me risquerai à effectuer le pronostic périlleux suivant:
– Hollande 41%, légèrement décevant car sur-évalué dans les sondages et souffrant d’une certaine démobilisation,
– Aubry 31%, plutôt correct car bénéficiant d’une meilleure mobilisation de l’aile gauche et de l’appareil du parti,
– Montebourg 14%, satisfaisant pour lui car poussé par une bonne mobilisation sur la gauche du PS,
– Royal 10%, décevant mais peu surprenant après de piètres prestations en débat et une certaine lassitude pour cette « ancienne » candidate,
– Valls 3%, rappelant les scores marginaux de Jean-Marie Bockel en son temps,
– Baylet 1%, au niveau de ce qui subsiste du radicalisme au sein de la gauche.

Avec un écart de 10% entre Hollande et Aubry, tout reste possible entre eux, car je rappelle qu’à mon sens, en-dessous de 40%, la dynamique Hollande serait brisée, surtout si Aubry est à plus de 30% et/ou si l’écart entre eux est inférieur à 10 points; au-dessus de 45%, avec une Aubry en-deçà de 30%, Hollande serait assuré de la victoire; entre les deux, il sera vulnérable et à la merci d’un débat en face-à-face pour lequel il ne semble pas réellement prêt, contrairement à une Aubry pugnace. Surtout, l' »histoire » que nous raconteront les médias ne serait plus celle d’un Hollande triomphant.

La meilleure garantie pour Hollande reste le « vote utile » et l’élan anti-sarkozyste très puissant à gauche, souvent ruminé depuis 5 ans…

En espérant au final que la soirée électorale de dimanche sera réussie, avec sondages « sortie des urnes », résultats partiels, rebondissements, surprises et premières tractations… !

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