Sondages pour le second tour de la primaire du PS: quels reports de voix pour un premier pronostic ?

1. Une seule semaine séparant les deux tours de la primaire socialiste ouverte, TNS-Sofres refusant de sonder cette consultation et IPSOS subissant une grève d’une partie de son personnel, peu de sondages seront publiés avant le second tour.

Les données disponibles à ce jour sont celles de sondages réalisés avant le premier tour.

En outre, seuls les instituts IFOP, IPSOS et OpinionWay ont réalisé des estimations de reports; si les deux premiers instituts ont une bonne réputation, ils n’ont pas réalisé de sondage suffisamment proche du premier tour pour être certain d’une fiabilité élevée de leur part à l’égard de la primaire; quant à OpinionWay, il a été le moins performant des instituts pour le premier tour (même s’il a pris davantage de risques en sondant régulièrement et jusqu’au bout).

Enfin, les échantillons sont évidemment très restreints, comportant quelques dizaines de répondants, au mieux deux centaines.

2. En termes de scores bruts, la domination de François Hollande était claire pour beaucoup d’instituts, même en reprenant la moins favorable des deux hypothèses « valables », soit la population de l’ensemble de la gauche, soit celle des personnes qui déclaraient vouloir voter de manière certaine ou très probable.

(cliquez sur le graphique pour une meilleure visibilité)

Ces courbes suivaient celles des intentions de vote pour le premier tour, avec un resserrement à la fin du mois de juin au moment de la déclaration de candidature de Martine Aubry.

La dynamique du camp Hollande étant désormais enrayée, ces données n’ont plus véritablement de sens.

La présentation médiatique des résultats du premier tour s’avère globalement équilibrée, en rappelant le premier rang de François Hollande, mais en pointant également le caractère serré du second tour. Les médias de gauche sont plus favorables à Martine Aubry mais une certaine retenue est de mise afin de ne pas insulter l’avenir.

3. Les flux d’entre-deux-tours eux-mêmes doivent être envisagés avec prudence. Outre les faiblesses des données sondagières déjà évoquées, plusieurs facteurs viennent contrecarrer la mécanicité supposée des phénomènes.

En premier lieu, les appels et soutiens des candidats éliminés n’ont pas forcément d’effet d’entraînement fort, selon l’adage traditionnel « nul n’est propriétaire de ses voix« . Certains soutiens peuvent s’annuler.

En outre, la personnalité des candidats est parfois plus déterminante que les options politiques, en particulier lorsque les différences programmatiques sont peu profondes, comme c’est le cas ici.

Enfin, le phénomène du « vote utile » peut également jouer. Il est davantage du côté de François Hollande, ainsi que le montre notre indicateur de l’élection présidentielle dans ses deux versions « Aubry » et « Hollande »; mais son incapacité à franchir la barre des 40%, comme l’écart de « seulement » 8,5 points entre les deux principaux candidats, affaiblissent l’effet d’entraînement qu’aurait dû susciter le fait d’arriver en tête.

Les sondages d’avant le premier tour de la primaire socialiste nous apportent des chiffres surprenants, même si la tendance globale apparaît logique.

(cliquez sur le graphique pour une meilleure visibilité)

– En ce qui concerne Manuel Valls, les reports se feraient majoritairement vers François Hollande, sans surprise, avec toutefois une forte minorité pour Martine Aubry et plutôt croissante en fin de période. Certes, un rapport de 3/4-1/4 a pu être atteint voire dépassé et un rapport 2/3-1/3 apparaît réaliste, mais un resserrement à 3/5-2/5 ne semble pas exclu. Une telle ventilation 60-40 n’est en soi pas si favorable à François Hollande. Il est difficile de l’expliquer, sauf pour des raisons tenant à la personnalité des candidats, tant les idées de Manuel Valls ont évidemment plutôt tendance à se retrouver chez François Hollande.

– En ce qui concerne Ségolène Royal, les données sont très fluctuantes. Cependant, l’effritement de son soutien, repéré par les sondages, semble s’être accompagné d’un plus grand équilibre dans la ventilation de ses voix. Cela est logique dans la mesure où la migration d’électeurs plus à gauche vers Arnaud Montebourg en fin de période laisse une plus grande place à des électeurs plus modérés dans le soutien résiduel de Ségolène Royal. Le report vers François Hollande reste toutefois globalement contenu dans une fourchette comprise entre 40 et 50%, ce qui est probablement un peu plus élevé que ce qui est spontanément attendu.

– En ce qui concerne Arnaud Montebourg, la surprise vient d’un report supposé sur François Hollande plus élevé qu’attendu. Majoritaire, voire nettement majoritaire pendant toute la période, il s’effrite en revanche dans les dernières semaines précédant le premier tour. La cristallisation de l’aile gauche de l’électorat autour de son nom en fin de période semble clairement en cause et, assez mécaniquement, augmente le report vers la candidate perçue comme la plus à gauche. Même si sa marge est probablement inférieure aux 3/4 ou aux 2/3 spontanément attendus, Martine Aubry semble en mesure de capter 55% ou plus de l’électorat Montebourg

4. A ces éléments sondagiers qui sont les seuls disponibles, il convient d’ajouter l’ampleur de la mobilisation/démobilisation.

Il est clair que l’électorat de Ségolène Royal devrait s’abstenir fortement, voire majoritairement, sous le coup de la déception et de l’impossibilité pour beaucoup d’imaginer un autre candidat.

Pour les électeurs des autres candidats, la mobilisation devrait être similaire à celle du premier tour, d’autant plus que, matériellement, ils ont déjà franchi le pas de voter et ont déjà acquitté leur participation financière, ce qui incite à revenir voter. Une petite déperdition devrait toutefois se faire sentir parmi les électeurs d’Arnaud Montebourg, qui a probablement réuni des voix souverainistes (ainsi que je l’ai expliqué dans l’article précédent, en prenant en compte des éléments de géographie électorale). Ces dernières ne souhaiteront pas choisir entre la fille de Jacques Delors et le héraut socialiste du « oui » au traité de Constitution européenne lors du référendum de 2005.

En revanche, la mobilisation supplémentaire directe sur les noms de Martine Aubry et de François Hollande est très difficile à estimer. Le débat télévisé sera essentiel à cet égard et Martine Aubry pourrait bien l’emporter de ce point de vue. Sa stratégie est déjà claire: ainsi que je l’ai déjà expliqué, considérer (à juste titre) qu’elle est située au centre du parti et de la gauche, idéologiquement et institutionnellement lui permet d’être plus proche de l’électorat Montebourg; en outre, présenter François Hollande comme un flip-flopper, ainsi que les Américains qualifient les candidats « opportunistes », prêts à changer de discours en fonction des intérêts du moment, Mitt Romney étant à l’heure actuelle la « référence » en la matière côté républicain; enfin, insister sur sa personnalité supposée plus « forte » et creuser une image déjà présente, ce qui est toujours payant (même si ses atermoiements sur les primaires elles-mêmes et sur le cas Guérini, ses propres changements de positions sur l’âge de la retraite ou le niveau des dépenses, les excès de son caractère peuvent plaider pour une interprétation inverse).

Le positionnement de François Hollande est rendu plus difficile par le score d’Arnaud Montebourg et par la chute de Ségolène Royal: un équilibre de ces deux candidats à 12-12 au lieu de 17-7 l’aurait laissé plus libre de poursuivre la voie « raisonnable » et sa campagne déjà présidentielle autour du « président normal ». Il se retrouve en partie pris dans la même difficulté que Lionel Jospin en 2002, qui avait fait une campagne de second tour (« mon projet n’est pas socialiste », « présider autrement ») et avait fait l’impasse sur un premier tour qui s’est finalement révélé fatal. François Hollande se retrouve contraint, en une semaine, de réaliser le parcours habituel des candidats: commencer plus « extrême » pour finir plus « central ».

Le réflexe de « vote utile » peut déclencher en revanche une mobilisation supplémentaire pour François Hollande, surtout de la part de ceux qui se sont démobilisés au premier tour en raison des niveaux élevés d’intentions de vote du « favori des sondages ». La volonté de battre Nicolas Sarkozy reste la premire motivation et François Hollande, à tort ou à raison, reste perçu comme le meilleur candidat de ce point de vue.

De manière marginale, une participation d’électeurs du centre, voire de la droite, pourrait renforcer la candidature Hollande, soit par conviction et souci d’éviter un « gauchissement » du PS, sous la pression du rythme de la campagne et de la percée d’Arnaud Montebourg (encore que l’aile gauche du PS ait toujours engrangé un cinquième des suffrages des militants…), soit par pure tactique, en estimant que François Hollande serait plus ouvert à une alliance avec le MoDem ou qu’il serait plus facile à battre pour Nicolas Sarkozy.

6. Tenter de faire un pronostic est délicat et je ne le ferai qu’à l’issue du débat de demain soir.

Néanmoins, une base de départ peut être établie comme suit:
– pour les 0,6% de Jean-Michel Baylet, répartition 2/3-1/3 en faveur de François Hollande;
– pour les 5,7% de Manuel Valls, répartition 2/3-1/3 en faveur de François Hollande;
– sur les 6,8% de Ségolène Royal, déperdition dans l’abstention de 40%, soit 2,7 points; ventilation 3/5-2/5 en faveur de Martine Aubry des 4,1 points restants;
– Sur les 17,3% d’Arnaud Montebourg, déperdition dans l’abstention de 10%, soit 1,7 point; ventilation selon deux hypothèses des 15,6 points restants: 2/3-1/3 ou 3/4-1/4, à chaque fois en faveur de Martine Aubry.

En rebasant ces chiffres sur 100% et en se situant dans chacune des deux hypothèses évoquées, François Hollande se situe entre 51 et 52,4%, Martine Aubry entre 47,6% et 49%.

Ainsi, le haut niveau d’Arnaud Montebourg n’est pas, en soi, une difficulté insurmontable pour François Hollande, même en retenant des hypothèses de reports des votes Montebourg et Royal qui ne lui sont pas particulièrement favorables. Cela serait d’autant plus vrai si Arnaud Montebourg ne donnait aucune consigne de vote, comme c’est le plus probable, ou s’il sur-exploite son succès du premier tour et « en fait trop », dévalorisant la portée de son positionnement.

C’est davantage la mobilisation supplémentaire, comme la perception du débat télévisé, qui seront décisifs pour confirmer cette courte avance de François Hollande ou permettre à Martine Aubry d’arracher une victoire serrée.

Il flotte comme une atmosphère de second tour de la présidentielle de 1974…

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2 réactions sur “Sondages pour le second tour de la primaire du PS: quels reports de voix pour un premier pronostic ?

  1. Intéressante analyse chiffrée, même si selon moi les chiffres des sondages de reports de voix le valent, honnêtement, pas grand-chose (échantillons absolument pas représentatifs). C’est vraiment dommage que TNS-Sofres et IPSOS ne sonderont pas le second tour, leurs chiffres nous auraient vraiment permis d’y voir plus clair ! En tout cas, espérons qu’il y aura quand même un peu de matériel pour apréhender le second tour avec un petit peu moins d’incertitude.

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