Dernier sondage pour la primaire PS: Hollande résiste toujours, mon pronostic prudent est à 51,5-48,5

 

Harris Interactive
LCP
12-13 octobre 2011
échantillon total: 1519
sous-échantillon électeurs de gauche: inconnu

– Potentiel de participation (différence par rapport à la dernière enquête Harris des 9 et 10 octobre):
certainement 15 (=)
probablement 12 (+1)
probablement pas 14 (-1)
certainement pas 59 (=)

« certainement » parmi l’ensemble des électeurs de gauche: 36 (-1)
parmi les électeurs socialistes 44 (-3)
parmi les électeurs Verts 23 (+2)
parmi les électeurs du Front de Gauche 29 (+4)
parmi les électeurs d’extrême-gauche 18 (+5)
parmi les électeurs du MoDem 9 (+1)

– Préférence pour la désignation de:

parmi l’ensemble des électeurs de gauche:
Hollande 47 / 53 parmi ceux exprimant une opinion (=)
Aubry 41 / 47 parmi ceux exprimant une opinion (=)
aucun 12 / 0 (=)

parmi l’ensemble des électeurs socialistes:
Hollande 54 (-2) / 58 (-1) parmi ceux exprimant une opinion
Aubry 40 (=) / 43 (+1) parmi ceux exprimant une opinion
aucun 6 (+2) / 0

parmi les électeurs de gauche ayant voté le 9 octobre:
Hollande 47 (=) / 51 (-0,5) parmi ceux exprimant une opinion
Aubry 45 (+1) / 49 (+0,5) parmi ceux exprimant une opinion
aucun 8 (-1) / 0

1. La participation potentielle semble plafonner en cette fin de semaine, avec cependant un léger surcroît de mobilisation dans des catégories a priori favorables à Martine Aubry, les écologistes, la « gauche de la gauche » et l’extrême-gauche.

Néanmoins, la participation est plus élevée chez les hommes que chez les femmes, d’autant plus élevée que l’âge est plus élevé (excepté pour les plus jeunes de 18-24 ans), c’est-à-dire qu’elle reste globalement positive pour François Hollande.

Parmi ceux n’ayant pas voté au premier tour, François Hollande reçoit 47% de préférences, contre 36% à Martine Aubry et 17% ne se prononçant pas. Toutefois, les chiffres ne sont pas limités à ceux qui ont l’intention de voter au second tour.

Parmi ceux ayant voté au premier tour (et donc susceptibles de revenir au premier chef), les chiffres sont de 47%, 45% et 8% respectivement, soit de 51% et 49% sur une base de 100.

2. Les scores bruts montrent toujours un écart faible, mais qui n’évolue plus, sauf parmi les électeurs socialistes, traditionnellement favorables à François Hollande et qui le restent.

bien un resserrement de l’écart par rapport à l’avant-premier tour. Mais François Hollande reste majoritaire, que ce soit parmi l’ensemble des électeurs de gauche ou parmi le panel plus réduit de ceux qui ont voté au premier tour, à 51,5%, c’est-à-dire exactement dans la fourchette que j’évoquais dans mon article sur les reports de voix, dans une première tentative de pronostic.

(cliquez sur le graphique pour une meilleure visibilité)

3. Les chiffres détaillés montrent une grande cohérence par rapport aux enquêtes d’avant le premier tour et aux autres enquêtes de l’entre-deux-tours:

– François Hollande est plus fort chez les hommes, les personnes âgées de plus de 50 ans (avec un succès croissant avec l’âge), les provinciaux, les retraités et inactifs.

– Martine Aubry est plus forte chez les femmes, les personnes de moins de 50 ans, les Franciliens.

La polarisation hommes-femmes est désormais assez remarquable: 56-33 chez les hommes, 35-52 chez les femmes, ce qui se voit désormais assez rarement dans les enquêtes d’opinion de nature politique.

Martine Aubry reste majoritaire parmi les électeurs du Front de Gauche et des Verts, sans être toutefois écrasante et avec un gros cinquième qui, à chaque fois, ne prend pas parti.

4. Le débat ne semble pas avoir d’effet majeur. Si, dans l’ensemble de l’échantillon,y compris ceux qui n’ont pas regardé le débat, François Hollande est légèrement plus convaincant, l’égalité est parfaite chez ceux ayant regardé le débat (65% ont trouvé Hollande convaincant et 64 % Aubry) ou chez les électeurs de gauche (70% et  71% respectivement).

Il est intéressant de noter une forte polarisation chez Martine Aubry, avec des scores supérieurs tant pour ceux l’ayant trouvée « très » convaincante que pour ceux l’ayant trouvée « pas du tout » convaincante. Son attitude clivante a donc été bien perçue comme telle, mais sans effet global véritablement notable.

Sa stratégie d’escalade de Martine Aubry (quelle que soit l’ironie d’entendre la fille de Jacques Delors, ayant soutenu le « oui » au référendum de 2005, énarque, ancienne ministre, première secrétaire du PS en congé, ancienne DRH de Péchiney, amie d’Alain Minc prendre ainsi des accents poujadistes) peut se justifier pour récupérer leur électorat. Cette stratégie est risquée, car, si elle est désignée, elle aura singulièrement rétréci sa base pour l’élection présidentielle proprement dite et créé des frustrations, qui avaient largement handicapé Ségolène Royal en 2007, pourtant victorieuse avec une marge écrasante ; si elle n’est pas désignée, elle risque bien de perdre la tête du PS, lâchée par une partie de ses soutiens actuels, ex-strauss-kahniens ralliés par opportunisme, delanoïstes et fabiusiens, dont beaucoup sont restés en retrait de ces attaques.

En réalité, le choix d’Arnaud Montebourg, même très prudent et même minimisé par un certain nombre de médias de gauche (Libération, Rue89, Mediapart, i-Télé), vient, pour François Hollande, opportunément contre-balancer l’offensive de Martine Aubry. Elle n’a finalement reçu le soutien d’aucun autre candidat, ce qui rappelle étrangement la situation d’Hillary Clinton lors des primaires démocrates de 2008, qui n’avait enregistré aucun désistement en sa faveur, pas même celui de Bill Richardson, et qui avait poursuivi son offensive très dure jusqu’au bout. Pour filer la comparaison, le résultat du premier tour, qui avait inversé la dynamique dimanche dernier ne serait peut-être comparable qu’à son succès à l’arraché dans le New Hampshire, après son lourd échec de l’Iowa, c’est-à-dire suffisant pour la remettre dans la course, mais insuffisant pour la victoire finale.

Le vote « personnel » d’Arnaud Montebourg ne constituera d’ailleurs probablement pas une aide directe à François Hollande, tant les électeurs ont probablement déjà leur choix en tête, pour la majeure partie d’entre eux (que ce soit pour des raisons sociologiques, idéologiques ou tactiques). En revanche, il permet à François Hollande de solidifier la thématique du rassemblement, qui n’est désormais plus un simple mot, et de ré-égaliser le terrain médiatique. Celui-ci, sans lui être fortement défavorable, autorisait quand même le déploiement des attaques personnelles et vives de Martine Aubry, sous l’apparente neutralité de titres et d’articles faisant état de tensions des deux côtés.

Le choix d’Arnaud Montebourg, qui sera certainement perçu comme un « traître » par certains de ses électeurs, pourrait même avoir un effet inverse, de manière très marginale, certains électeurs préférant soutenir celle qui, seule contre tous désormais, semble incarner le rejet du « système ».

Arnaud Montebourg, même en s’affichant avec François Hollande (je serais curieux de connaître la marque de la bière blonde bue à Ris-Orangis !), a quand même déclaré qu’il aurait voté pour Martine Aubry si elle était arrivée en tête. Cela revient quasiment à ne rien dire… même si je reconnais écrire ceci pour tenter d’avoir raison par rapport à ce que je pensais initialement sur une absence de prise de position. Il a finalement quand même fait l’effort d’un choix responsable pour le PS, probablement sous la pression des critiques sur la croissance récente de son ego.

Quoi qu’il en soit, au pire pour François Hollande, la situation se stabilise et il enraye la dynamique Aubry à temps avant le second tour, qui devrait rester serré.

Pour se résumer, les sondages d’entre-deux-tours ont été menés par seulement deux instituts, celui qui a réalisé la meilleure performance au premier tour (Harris Interactive) et a, par deux fois, publié un résultat de 53-47 en faveur de François Hollande et celui qui a réalisé la plus mauvaise performance (OpinionWay) et a publié, par deux fois, un résultat de 52-47.

 5. Cela m’amène à formuler un pronostic personnel, comme au premier tour !

Considérant
– la déperdition de 20% des électeurs d’Arnaud Montebourg, en réalité issues du vivier mélenchoniste et ne souhaitant pas trancher entre les « deux faces d’une même médaille »,
– la déperdition de 30% des électeurs de Ségolène Royal, soit issues de la « gauche de la gauche », soit trop déçues de la défaite de leur idole pour aller voter,
– l’apport probable d’une participation supplémentaire de 7%,

Considérant
– la ventilation 1/3 – 2/3 des voix restantes d’Arnaud Montebourg (13,75%), certes peu favorable à François Hollande, mais restant honorable et tenant compte du fait que la gauche du PS comme les « bobos », nombreux au sein de cet électorat, sont peu susceptibles de rallier Hollande,
– la ventilation 1/3 – 2/3 des voix restantes de Ségolène Royal (4,86%), conforme aux enquêtes d’opinion et à la répartition des « thèmes » de cette dernière,
– la ventilation 2/3 – 1/3 des voix de Manuel Valls (5,63%), qui peut paraître très favorable à Martine Aubry mais rejoint les enquêtes d’opinion et traduit la fraction « volontariste » de cet électorat qui n’apprécie pas forcément François Hollande,
– la ventilation 2/3 – 1/3 des voix de Jean-Michel Baylet (0,64%), en fonction de l’importance relative que ces électeurs peuvent donner aux thèmes de la laïcité, de l’Europe, de la rigueur budgétaire ou des valeurs « libertariennes » du PRG,
– la ventilation 2/5 – 3/5 des « nouveaux » électeurs (7,00%), constitués de la gauche de la gauche, d’écologistes, mais aussi de socialistes plus modérés, démobilisés au premier tour et remobilisés par la menace de la dynamique Aubry,

Considérant le report a priori total des potentiels de voix Hollande (39,17%) et Aubry (30,42%) du premier tour,

j’aboutis à un résultat de 52,32 points contre 49,12 points ou, en rebasant sur 100, de 51,58% pour François Hollande et de 48,42% pour Martine Aubry, qui me conduit à un pronostic final de 51,5 / 48,5, même si mon sentiment personnel donnerait une victoire encore plus étroite de François Hollande, à 50,7% environ.

Ce résultat serré ouvrira une période de troubles au PS, qui devrait cependant être d’assez courte durée, en raison du démantèlement de l’hétéroclite coalition aubryste, que j’ai déjà décrite. Soit Martine Aubry sera reconduite à la tête du PS mais sous haute surveillance, soit elle sera contrainte de renoncer, sous la pression de ses propres anciens amis et d’une nouvelle coalition Hollande-Montebourg-Delanoë.

Demain, j’effectuerai une analyse de l’avantage comparatif de François Hollande dans les sondages pour l’élection présidentielle, afin de s’interroger sur la problématique du « vote utile« , la seule susceptible à mon sens de permettre à François Hollande d’espérer une victoire moins étriquée.

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