Indicateur du 10 octobre : l’avantage comparatif de François Hollande, la problématique du « vote utile » et le pronostic pour le second tour de la primaire du PS

 

Depuis le 14 mai 2011 et la fin de l’hypothèse DSK, une constante est remarquable dans les sondages de premier tour comme de second tour : le score de François Hollande est systématiquement supérieur à celui de Martine Aubry, ainsi que le montrent les graphiques retraçant notre indicateur, décliné dans les deux hypothèses, Hollande et Aubry.

 

 

 

(cliquez sur les graphiques pour plus de visibilité)

1. Au premier tour, il est plus compétitif à l’égard du centre, du centre-droit et de la droite. Il ne s’agit pas de gains effectués à l’égard d’un candidat particulier, mais de petits gains (entre 0,5 et 1 point) effectués au détriment de l’ensemble des candidats : Bayrou, Borloo, Villepin et même Sarkozy.

Plus surprenant encore, la candidate Le Pen est elle-même affectée par le phénomène, bien que de manière plus restreinte.

A l’inverse, François Hollande n’est pas tellement moins bien placé que Martine Aubry face à l’extrême-gauche (les petits candidats étant au même niveau négligeable) et à la « gauche de la gauche », le candidat Mélenchon étant certes plus haut dans l’hypothèse Hollande, mais seulement d’un demi-point. Depuis qu’Eva Joly est la candidate d’EE-LV, toutefois, elle est clairement plus forte dans l’hypothèse Hollande que dans l’hypothèse Aubry, de 0,5 à 1 point.

Néanmoins, cela ne suffit pas à compenser les gains réalisés du centre jusqu’à l’extrême-droite et donne à François Hollande un avantage comparatif d’environ 3 à 3,5 points.

De ce point de vue, le soutien prudent et « personnel » d’Arnaud Montebourg à François Hollande est, pour lui, une bonne opération avant le vote de demain, mais surtout une excellente nouvelle dans la perspective de la présidentielle, en permettant de « couvrir » l’aile gauche et d’éviter une émergence trop menaçante de la candidature Mélenchon.

2. Cet avantage comparatif se retrouve au second tour : si les candidats battent Nicolas Sarkozy largement, l’avance est encore plus nette pour François Hollande et elle se maintien quelle que soit la tendance globale, à la hausse comme à la baisse (cliquez sur le graphique pour plus de visibilité).

Cela s’explique par des reports de voix meilleurs depuis l’électorat Bayrou, mais aussi les électorats Borloo et Villepin, certains sondages du printemps ayant même montré un report majoritaire des électeurs Borloo, sans pour autant que François Hollande soit réellement moins performant à l’égard des électeurs Mélenchon et Joly.

La « dame des 35 heures », ses déclarations comme sa personnalité, rebute les électeurs « modérés » (au vieux sens du terme) du centre, du centre-droit voire d’une partie de la droite, encore davantage que la personnalité controversée et les « slaloms » politiques de Nicolas Sarkozy à l’égard du gaullisme, du centrisme européen et démocrate-chrétien ou du libéralisme économique. Ces électeurs étaient bien disposés à l’égard de DSK, ils le sont désormais à l’égard de François Hollande.

Il est bien entendu douteux que cette bonne disposition perdure pendant toute la campagne, François Hollande ne pouvant non plus renier son appartenance au parti socialiste et restant sous la pression d’Arnaud Montebourg, de Jean-Luc Mélenchon, de Verts désormais plus ouvertement à gauche depuis la défaite de Nicolas Hulot. Mais elle ne disparaîtra pas complètement et la propension de Nicolas Sarkozy à toujours retomber dans ses travers (plusieurs fois adoptée, la « présidentialisation » est toujours finalement remisée au profit d’un retour au combat politicien si plaisant) empêchera ce dernier d’ne tirer complètement profit.

3. Ces données sondagières sont constantes depuis 5 mois, voire s’accentuent, et se retrouvent d’un institut à l’autre. Une telle cohérence ne peut être aléatoire. La comparaison avec les sondages du premier tour de la primaire du PS, qui ont globalement sur-évalué François Hollande, ne peut tenir, dans la mesure où l’expérience des instituts est infiniment supérieure en matière d’élections présidentielles et où l’échantillon est fiable, connu et maîtrisé, sans difficulté majeure d’appréhension de la participation. De surcroît, il s’agit de deux hypothèses distinctes dans lesquelles François Hollande et Martine Aubry ne sont pas en opposition directe et dans lesquelles le niveau comparable de Marine Le Pen règle la difficulté qu’aurait pu présenter une influence de cet électorat FN encore délicat à cerner malgré 25 ans d’expérience.

En outre, le positionnement plus au centre-gauche de François Hollande paraît en adéquation avec ces résultats et le fait qu’il se soit peu ou prou substitué à Dominique Strauss-Kahn dans les études rend ces scores logiques.

4. Cette situation constitue un atout certain dans la configuration de l’élection présidentielle qui se dessine. Nicolas Sarkozy reste sous la menace d’une montée de la candidature Le Pen et est contraint de « muscler » son discours sur la droite. La structuration actuelle de l’UMP, avec un courant de droite fort et une équipe de direction globalement « libérale », renforce encore ce tropisme vers la droite.

Dans le même temps, la droite s’avère incapable de structurer son aile centriste, avec l’échec de la tentative Borloo. Or, beaucoup d’électeurs de centre-droit refusent clairement de voter Sarkozy au premier tour, quelles que soient ses éventuels changements (proclamés mais de toute façon non crus par cet électorat) en matière européenne, sociale ou de comportement personnel. Nicolas Sarkozy ne peut d’ailleurs véritablement aller dans ce sens en raison de la menace du FN et parce qu’il continue de penser que, comme en 2007 (et en 2002), l’élection se gagnera à droite.

De ce point de vue, le positionnement plus modéré de DSK, puis de François Hollande, enferme Nicolas Sarkozy dans un étau, puisqu’il est grignoté à la fois sur sa droite et sur sa gauche. Faire disparaître les candidats du centre-droit (ou supposés tels, comme Dominique de Villepin) n’arrangera rien pour lui, puisque, ainsi qu’il a été expliqué dans un autre article, François Bayrou et même le candidat socialiste sont susceptibles d’ne profiter directement, empêchant encore davantage que réapparaisse la dynamique de premier tour que Nicolas Sarkozy avait su créer en 2007.

Par ailleurs, le positionnement de François Hollande constitue aussi une meilleure garantie pour le PS de ne pas revivre la mésaventure de 2007, avec un bon mois de campagne utilisé à tenter de contenir la poussée Bayrou.

Certes, il sera difficile à celui-ci de rééditer la même campagne, mais le courant anti-establishment ne sera pas forcément concentré sur Marine Le Pen (François Bayrou avait su jouer d’accents quasi-poujadistes pour solidifier sa progression en 2007) et, d’un autre côté, le courant « responsable » se reconnaîtra davantage encore dans la candidature Bayrou avec la dégradation de la situation des finances publiques. La menace Bayrou est donc encore réelle pour le PS, d’autant plus avec la défaite de Nicolas Hulot, dont la candidature aurait pleinement satisfait Nicolas Sarkozy, et avec le retrait de Jean-Louis Borloo.

Comme, au surplus, il ne semble pas y avoir de déperdition excessive dans l’électorat Mélenchon au second tour, le candidat Hollande pourrait occuper sans trop de risques une position plus centrale et gagner l’élection au centre, ainsi que cela s’est produit en 1974 et 1988.

5. Bien entendu, cela ne signifie pas que l’avantage comparatif de François Hollande, mesuré aujourd’hui et vraisemblablement effectif, se retrouverait en avril et mai 2012.

Cependant, l’écart en sa faveur et ses fondements solides devraient logiquement constituer une incitation au « vote utile » dans la perspective du second tour de la primaire du PS. Même Arnaud Montebourg et Ségolène Royal ont validé ce raisonnement, malgré des positionnements de « conviction » et anti-« système ».

C’est pourquoi j’ai confirmé un pronostic de 51,5 – 48,5 en sa faveur, alors même que la dynamique de l’entre-deux-tours était plutôt du côté de Martine Aubry, malgré des contre-attaques réussies de François Hollande avec les ralliements Royal et Montebourg. Le courant « rebelle », anti-système, surprend certes toujours: européennes de 1984, référendum de 1992, européennes de 1999, premier tour de la présidentielle de 2002, référendum de 2005, d’une certaine manière premier tour de la primaire 2011 du PS. Mais le réflexe de « vote utile », fondé cette fois-ci sur une volonté forte de battre Nicolas Sarkozy, y compris et peut-être surtout parmi les jeunes générations, devrait être suffisant pour empêcher le vote protestataire de faire gagner Martine Aubry.

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