Indicateur du 17 octobre: 2012 sera-t-elle gagnée au centre ou « au peuple » ? Un essai de typologie des élections présidentielles françaises

1. En l’absence de sondages relatifs à l’élection présidentielle pendant la période de la primaire du PS, l’indicateur agrégé que je vous propose chaque semaine (désormais réduit à François Hollande, mais comportant le suivi du second tour) s’est peu modifié depuis la semaine précédente.

(cliquez sur le grpahique pour plus de visibilité)

Les tendances restent les mêmes, avec un tassement de Nicolas Sarkozy, sensible depuis la fin de la coupure estivale; une apparente émergence de Jean-Luc Mélenchon; un niveau solide et très élevé pour François Hollande; un effritement des candidatures moyennes, à l’exception de celle de François Bayrou.

Les prochaines enquêtes d’opinion devraient renforcer ces tendances:
– le retrait de Jean-Louis Borloo devrait profiter au « socialiste modéré » François Hollande, mais aussi à François Bayrou et seulement de manière marginale à Nicolas Sarkozy, dont la baisse tendancielle risque d’absorber cet apport du centre-droit, et à Eva Joly, plus à gauche et moins apte qu’un Nicolas Hulot à capter cet électorat; bien entendu, 2 points pourraient se répartir entre Hervé Morin et Corinne Lepage, de manière cependant artificielle tant leurs candidatures paraissent peu assurées (je reviendrai prochainement sur les « petits candidats »);
l’effet « primaire » jouera à plein pour François Hollande qui devrait, au moins temporairement, atteindre voire dépasser les 35%;
– le déport du candidat socialiste vers le centre et les déçus d’Arnaud Montebourg devraient consolider l’émergence de Jean-Luc Mélenchon; cela est moins probable pour Eva Joly qui ne parvient pas à gagner en exposition médiatique et dont le parti est surtout concentré sur les négociations en vue des législatives;
– l’UMP ne parvient pas à afficher une grande unité et son principal dirigeant, Jean-François Copé, sur une ligne tactiquement ultra-sarkozyste, n’apport aucune valeur ajoutée; le Premier ministre est déjà dans la gestion (bien maladroite) de sa séquence personnelle post-mai 2012; le Président lui-même ne parvient pas à imposer une « présidentialisation » et est durablement et profondément rejeté par les médias: ayant tout essayé depuis 2007, il est maintenant fort dépourvu.

2. Pour le second tour, la domination de François Hollande reste écrasante.

Elle n’est peut-être pas tellement sur-évaluée, en considérant un sondage Harris Interactive pour RTL, M6 et MSN, réalisé les 16 et 17 octobre auprès d’un échantillon de 1260 personnes. Le pronostic d’une victoire de François Hollande est de 60% (14% certainement, 46% probablement) contre 39% (31% probablement pas, 8% certainement pas). Or, le pronostic, souvent déconnecté des intentions de vote (comme ce fut le cas en 2007, avec un pronostic favorable à Nicolas Sarkozy même lorsqu’il était devancé par Ségolène Royal), leur correspond ici parfaitement. Ce pronostic est bien sûr variable en fonction du positionnement politique, mais il est massif à gauche et au centre, plus partagé à droite. Socialement et professionnellement, il est assez homogène, seuls les primo-votants étant un peu moins certains, ce qui paraît logique.

Il s’agit là d’un signe supplémentaire et lourd pour le candidat principal de la droite.

3. En attendant, le positionnement favorable de François Hollande, au centre-gauche, est confirmé par un sondage CSA pour BFM TV, RMC et 20 Minutes, réalisé le 17 octobre auprès d’un échantillon total de 1010 personnes, dont 859 inscrites sur les listes électorales.

Son projet présidentiel y est perçu comme de centre-gauche par 65% de l’ensemble de l’échantillon, 63% des socialistes, 65% de l’ensemble de la gauche et 77% de l’ensemble de la droite. A l’inverse, il est perçu comme de gauche par 19% de l’ensemble de l’échantillon, 28% des socialistes, 25% de l’ensemble de la gauche et 13% de l’ensemble de la droite.

Ainsi, François Hollande est perçu comme plus modéré par la droite que par ses propres électeurs, ce qui implique qu’il pourrait très bien progresser encore au centre et à droite ou, en tous les cas, qu’il ne fera pas suffisamment « peur » pour mobiliser cet électorat derrière Nicolas Sarkozy. Quant à être considéré comme trop au centre pour des électeurs d’une gauche plus extrême, la différence entre socialistes et gauche non-socialiste est faible et peu significative. Sa déperdition de voix au profit de Jean-Luc Mélenchon et d’Eva Joly ne devrait donc pas être trop inquiétante.

4. Ce positionnement de François Hollande, avec un Nicolas Sarkozy trop éloigné du centre-droit et coincé entre Marine Le Pen et François Hollande, amène à se demander quel type d’élection sera la présidentielle de 2012.

Bien entendu, de mutiples typologies sont possibles pour catégoriser les élections présidentielles de la Vème République. Le premier président non-gaulliste, puis le premier président de gauche, les modifications dans les parrainages nécessaires pour se présenter, les règles de financement public des campagnes électorales, le quinquennat peuvent constituer des critères valables pour classer les élections.

Toutefois, il apparaît q’une première typologie pourrait distinguer
– les élections gagnées au centre: 1965, 1969, 1974, 1988,
– les élections de rupture à l’égard des sortants: 1981, 1995, 2007,
– l’élection gagnée aux extrêmes: 2002.

Les élections gagnées au centre s’entendent d’élections gagnées après un bon rassemblement de son camp au premier tour. Certes, en 1965, le ballottage du général de Gaulle fut une surprise, un choc même pour le père de la Vème République, mais sa base était très large et le centre-droit et le centre ne lui ont pas fait défaut; en outre, le candidat de la gauche (le PCF n’étant pas représenté) était alors perçu comme trop « extrême » pour pouvoir espérer l’emporter. En 1969, Alain Poher n’était en fait plus le candidat du centre, sa candidature ayant été « utilisée » en partie pour un vote de protestation de la gauche et du centre-gauche. En 1974, face à un candidat de toute la gauche y compris communiste et soutenu par toute la droite et le centre-droit, Valéry Giscard d’Estaing a clairement signé une victoire « classique » au centre, de même que François Mitterrand en 1988, avec la « France unie » et face à un Jacques Chirac handicapé par la percée du FN et déporté sur sa droite.

Les élections de rupture ont vocation à solder une période: que ce soit celle de la droite ou plus simplement celle du giscardisme finissant en 1981 avec une victoire du « changer la vie » qui n’était clairement pas centriste; celle de la cohabitation mitterrando-balladurienne en 1995, avec un appel au peuple de Jacques Chirac et Philippe Séguin, arc-boutés sur la « fracture sociale » et sur le courant anti-européen naissant, face à un Edouard Balladur véritable sortant et totalement institutionnalisé et à un Lionel Jospin trop identifié à deux septennats socialistes pour avoir pu faire fructifier son « droit d’inventaire » à l’égard du mitterrandisme; celle du chiraquisme paralysé enfin, avec un Nicolas Sarkozy prônant la « rupture » et se retrouvant quasiment dans la peau d’un candidat d’opposition, d’autant plus que Ségolène Royal apparaissait davantage « ailleurs » que dans l’opposition et subissait la concurrence de François Bayrou, lui aussi tenté alors par un certain populisme.

L’élection de 2002 est hybride. Il y avait deux sortants, mais Lionel Jospin était le vrai sortant et, lui aussi, très institutionnalisé, faisant déjà une campagne de second tour. Jacques Chirac a utilisé la question de l’insécurité et s’est comporté en opposant. Il a bénéficié de la percée Le Pen et a fini par gagner au centre, mais seulement par défaut.

Les deux élections atypiques de 1969 et de 2002 pourraient être regroupées en une catégorie des élections « gagnées par division du camp adverse », mais leur nature est bien différente et, en 2002, si l’émiettement à gauche a définitivement éliminé Lionel Jospin, le problème stratégique de la montée des extrêmes était encore plus prégnant.

5. Dans ce schéma, il est clair que 2012 devrait être une élection gagnée au centre. Il n’est pas possible pour Nicolas Sarkozy de rassembler son camp au premier tour pour ensuite se porter au centre au second. Nous ne somme plus au temps du quadripartisme triomphant des années 1970 et 1980.

D’abord, il n’existe pas de « camp » de droite. Le centre-droit, ainsi que cela a déjà été dit, est atomisé et rejette largement la personne de Nicolas Sarkozy. L’extrême-droite n’est que très partiellement à droite. De tous temps, l’électorat Le Pen ne se reporte pas sur le candidat de droite à plus de 50 ou 60% maximum. 25 à 30% au moins retournent à gauche, le reste s’abstenant. En 2007, Nicolas Sarkozy n’a fait que capter, dès le premier tour, les électeurs de droite du FN et, ensuite, a profité de son positionnement pertinent dès le début (la rupture et le travail), de la dynamique créée et de la faiblesse de la candidate socialiste.

Ensuite, faire se retirer les candidats de centre-droit, d’une part, ne pas pouvoir s’allier avec le FN, d’autre part, réduisent en réalité le candidat de l’UMP à la portion congrue, représentant auparavant par le RPR et le Parti Républicain puis Démocratie Libérale.

6. La seule possibilité pour Nicolas Sarkozy serait de bénéficier d’une tendance peut-être plus lourde qui serait décelable dans les élections présidentielles françaises:
– de 1965 à 1988, elles auraient été gagnées auprès de l’électorat « insider », par le « système » (et donc forcément plutôt au centre),
– de 1995 à 2007, elles auraient été gagnées auprès du « peuple », celui qui a triomphé en 2005 dans la victoire du « no »n au référendum sur le traité constitutionnel européen.

De fait, en 1965 et en 1969, les gaullistes SONT le système lui-même. En 1974, le gaullisme se dissout, n’est plus le « centre », c’est le giscardisme européen et « libérale » sur le plan sociétal. En 1981, François Mitterrand s’est quand même recentré et finit par paraître acceptable à suffisamment d’électeurs. Il installe un nouveau »système » qu’il porte à son paroxysme en 1988.

En revanche, en 1995, en 2002 et en 2007, la pression de l’électorat populaire, protestataire se fait fortement sentir et décide de l’élection: en soutenant un Chirac populiste, anti-énarque et adopté des « Guignols de l’Info » en 1995 pour rejeter Edouard Balladur et le substitut de Jacques Delors; en soutenant Jean-Marie Le Pen en 2002, élisant un Jacques Chirac « suiviste »; en se portant sur le candidat du travail, des usines, de la sécurité et de l’identité nationale, Nicolas Sarkozy, en 2007, plus porteur qu’un Jean-Marie Le Pen usé.

La difficulté pour Nicolas Sarkozy serait de déterminer un nouveau positionnement, que Marine Le Pen, désignée très (trop?) tôt par son parti et revenant à la doctrine du « ni droite ni gauche » déjà prônée dans les années 1990 contre le droitisme technocratique de Bruno Mégret, a déjà préempté. En outre, cela conduirait à un nouveau revirement contradictoire pour un Sarkozy qui souhaite se représidentialiser et apparaît en permanence dans les ommets internationaux, plus « insider » que jamais. De ce point de vue, la crise ne l’aide en réalité pas du tout, car il est identifié à cette crise. Seule la candidature de DSK lui aurait permis de s’afficher un peu moins « insider » que lui. Face à un François Hollande provincial, presque simplet, et au bon sens affiché, Nicolas Sarkozy ne paraît pas, là non plus, disposer d’une marge de manoeuvre particulière.

Pourtant, il reste probablement une aspiration populaire à la rébellion contre le système: le sondage Harris Interactive cité plus haut donne un pronostic de qualification de Marine Le Pen au second tour de 37% contre 62%, strictement proportionnel à la situation sur l’axe gauche-droite et au niveau d’études.

Cette rébellion s’est manifestée en partie (seulement) dans le vote pour Arnaud Montebourg. Cela doit cependant être relativisé, une partie des « bobos » trouvant probablement assez tendance de le rallier et la gauche du PS ayant été, depuis de nombreuses années, à un niveau de 20%. Mais, là encore, la couverture de son aile gauche par Anraud Montebourg et le fait que Jean-Luc Mélenchon ne soit qu’un rebelle de paroles et non d’actes (la participation à un futur gouvernement appelle quand même une certaine retenue) avantagent François Hollande.

Surtout, la marginalisation de l’extrême-gauche soi-disant trotskyste, avec le renoncement du médiatique Olivier Besancenot, la retraite politique d’Arlette Laguiller (mécaniquement assurée d’au moins 2 à 3%) et la non-présentation d’un candidat par le POI de Daniel Gluckstein et Gérard Schivardi, ne rendait plus indispensable, pour le PS, la désignation d’un candidat nettement marqué à gauche et déplace la « menace populaire » (s’il y en a une en 2012) vers la droite uniquement.

A la limite même, pour le PS, disposer d’un contrepoids mélenchono-communiste plus fort à l’égard des Verts (alliés toujours les plus délicats à gérer) est plutôt une bonne chose dans l’optique des législatives et de la constitution du futur gouvernement. Donc, même en cas de « rébellion » de gauche, le risque est contenu et peut même être « utilisé ».

7. Autant la centralité politique et institutionnelle de Martine Aubry au sein du PS comme au sein de la gauche était essentielle en période de « croissance » électorale des Verts et de maintien à un très haut niveau sondagier de la gauche radicale en général et d’Olivier Besancenot en particulier (encore à 8% début 2011 pour certains instituts…),
autant, dans une configuration plus traditionnelle gauche-droite, mais avec une droite profondément divisée ou qui n’en est même pas une, avec un centre émietté, le positionnement plus déporté sur la droite de François Hollande apparaît pertinent pour éviter toute concurrence centriste comme celle de François Bayrou face à Ségolène Royal en 2007 et pour continuer la prise en étau de Nicolas Sarkozy, sans prendre de risque « au peuple », ce qui aurait pu être le cas d’un DSK.

Logiquement, l’élection devrait donc se gagner au centre et par celui qui est le plus en mesure de le faire: François Hollande. Mais la logique en politique est parfois surprenante…

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