Dernier sondage IFOP: François Hollande dominant dans tous les compartiments

 

IFOP
JDD.fr
18-20 octobre 2011
échantillon: 941 électeurs inscrits parmi un échantillon total de 1003

Hollande 35 (+6)
Sarkozy 25 (+1,5)
Le Pen 17 (-1,5)
Mélenchon 6 (=)
Bayrou 6,5 (+0,5)
Joly 4,5 (-1,5)
Villepin 2 (-0,5)
Arthaud 0,5 (+0,5)
Poutou 0,5 (=)
Chevènement 0 (-0,5)
Dupont-Aignan 0,5 (=)
Boutin 0,5 (=)
Morin 1 (+1)
Lepage 0,5 (+0,5)
Nihous 0,5 (=)

Hollande 60 (+1)
Sarkozy 40 (-1)

1. Ce sondage IFOP est très proche du récent sondage CSA et place le sondage BVA, qui avait volontairement exclu tout autre candidat de droite et de centre-droit que Nicolas Sarkozy, dans la catégories des outliers (données aberrantes, littéralement), ainsi que les Anglo-Saxons qualifient les sondages s’écartant de manière excessive et très probablement erronée de la tendance et/ou des niveaux des autres sondages.

Bien entendu, chez l’IFOP, François Bayrou est plus bas que chez CSA, qui tend, depuis 2007, à le sur-évaluer quelque peu, et Eva Joly y est légèrement plus élevée. Toutefois,  en considérant que l’IFOP prend en compte TOUS les candidats possibles (que ce soit les Dupont-Aignan, Boutin, Villepin, Arthaud et Poutou, mais aussi les Morin, Lepage, Nihous, Chevènement, plus récents et/ou plus incertains, ce dont l’IFOP peut être félicité et ce qui confirme son caractère décidément plus fiable), il n’est pas illogique que CSA place François Bayrou plus haut.

2. François Hollande apparaît de nouveau comme le grand favori, au premier comme au second tour. L’analyse des chiffres détaillés du second tour est impressionnante:

dans les catégories d’âge, il gagne partout, sauf chez les plus de 65 ans, parmi lesquels il est à 50-50 avec Nicolas Sarkozy, signe d’une grande faiblesse de ce dernier, dont cette tranche d’âge a toujours constitué le bastion fidèle et l’ayant peu déserté, même dans les années les plus difficiles pour lui. François Hollande, tout en conservant à la gauche les plus jeunes, confirme ici son attrait auprès des plus âgés, déjà relevé lors de la primaire du PS;

dans les catégories socio-professionnelles, il domine partout, sauf chez les commerçants et artisans, mais cette catégorie constitue un échantillon très faible; il est écrasant chez les ouvriers (76-24), mais aussi chez les professions libérales et cadres supérieurs (64-26), qui ont déjà « oublié » Martine Aubry et préfèrent le « modéré » Hollande (mild-mannered nous dit The Economist) à la crispante et crispée Eva Joly; il l’emporte même chez les indépendants et employeurs (51-49), ce qui devrait réellement inquiéter Nicolas Sarkozy même si ce résultat est probablement conjoncturel; seuls les employés ne lui réservent pas une majorité aussi écrasante qu’il pourrait être spontanément envisagé: 62-38 tout de même…

– géographiquement, il est majoritaire partout, notamment en province, un peu moins en Ile-de-France, tendance déjà repérée pendant la primaire; sa seule vraie faiblesse est dans le Sud-Est, où la force combinée des candidatures Montebourg (tant en Rhône-Alpes qu’en PACA), Royal (le long du littoral méditerranéen) et Aubry (essentiellement dans les Savoies et les Alpes en général) l’avaient affaibli et ne lui avaient laissé que le Languedoc-Roussillon frêchiste et la Corse radicale de gauche;

parmi les électeurs du MoDem, il triomphe 59-41 et même 75-25 chez les anciens électeurs Bayrou de 2007, il est vrai composés d’un fort contingent d’électeurs socialistes frustrés par la candidature Royal; il est même à 50-50 chez les sympathisants FN et à 47-53 chez les électeurs Le Pen de 2007, niveaux là encore inquiétants pour Nicolas Sarkozy même si probablement destinés à diminuer au cours de la campagne qui « gauchira » forcément François Hollande.

3. Il est également dominant car l’émergence de Jean-Luc Mélenchon en septembre et début octobre ne se confirme pas du tout. Celui stagne de nouveau à 5-6%. Meilleure nouvelle encore, Eva Joly subit la même érosion dans tous les instituts et s’éloigne de la barre des 5%. De ce point de vue, une plus grand fermeté des socialistes dans leurs négociations législatives avec EE-LV se justifie pleinement. L’extrême-gauche trotskysante reste insignifiante.

La progressive disparition de Dominique de Villepin ne profite même pas à Nicolas Sarkozy et l’émiettement de l’ancien électorat Borloo profite essentiellement à François Hollande, dont le calendrier de la désignation est, là encore, parfait puisqu’il peut profiter à plein du retrait de Jean-Louis Borloo. Hervé Morin et Corinne Lepage n’ont que les miettes.

4. Certes, Nicolas Sarkozy peut paraître hors de portée de Marine Le Pen. Mais Frédéric Nihous est probablement sous-estimé, de même que les candidatures « créneau » Boutin et Dupont-Aignan qui, une fois arrivée la campagne officielle, seront plutôt à 1 point qu’à un demi-point, avec l’absence de dynamique Sarkozy, un peu à la manière d’un Jospin en 2002, victime des « niches » Chevènement et Taubira. Cela peut représenter 1,5 à 2 points.

Surtout, la crise en Europe, si elle ne connaît pas un dénouement favorable, risque bien de remettre Marine Le Pen sur le devant de la scène, à la faveur d’éléments conjugués: inquiétude réelle sur une « hellénisation » ou une « lusitanisation » de la situation française; rejet d’un surcroît d’Europe, réel ou perçu comme tel; rejet des candidats du « système », que ce soit Franjçois Hollande ou Nicolas Sarkozy, dont la présence quasi-permamente et souriante au côté des « grands de ce monde », là encore réels ou supposés, dont la seule image extérieure est la descente de grosses cylindrées et les costumes impeccables, constitue une image terrible auprès de l’électorat populaire dont je parlais dans un article précédent.

Face au « petit provincial tranquille » (sorti pourtant de la botte de l’ENA) François Hollande, naturellement à l’aise au centre, quelles que soient ses déclarations passées sur les « riches », Nicolas Sarkozy ne pourrait espérer qu’une montée de l’extrême-gauche, peu probable, et/ou une poussée de l’électorat populaire partiellement lepénisé vers lui. Mais la manoeuvre peut-elle encore fonctionner 5 ans après et alors que ses résultats sécuritaires et économiques sont contestés dans les médias ?

5. Attaquer François Hollande sur la carrure présidentielle est sûrement un bon angle auprès de l’électorat de centre-droit que Nicolas Sarkozy a perdu, mais cela ne permettrait pas de profiter d’une éventuelle configuration d’élection à gagner « au peuple ». L’attaquer sur sa modération et son flou est également évident, mais ne garantit pas que Nicolas Sarkozy puisse se refaire une virginité auprès de cet électorat populaire, ouvriers, commerçants, artisans, très petits entrepreneurs, employés du privé, qui s’estiment largement floués depuis 2007; en outre, si l’élection évolue et doit se gagner « au centre », il ne se placerait pas idéalement.

En conservant « les deux fers au feu », Nicolas Sarkozy ne tranche pas, comme c’est le cas depuis 2007: vie privée/intimité, présidentialisation/tous azimuts, social/action économique internationale, environnementalisme/relance industrielle, libéralisme/jacobinisme industriel, etc. Lorsqu’un candidat n’a pas la dynamique, jouer sur 2 tableaux à la fois peut conduire à tout perdre.

François Hollande a choisi un créneau dès le début et n’en démord pas: la présidence normale. Il peut se tromper. Mais s’il a bien senti un mouvement profond, il gagnera sans trop de difficulté, quelles que soient ses erreurs de parcours (et il y en aura, EE-LV, Jean-Luc Mélenchon et quelques socialistes s’y préparant déjà).

Rendez-vous demain pour un indicateur agrégé qui aura pris une nouvelle figure, avec une nouvelle phase de l’élection (avec Hollande et sans Borloo), qui clôt la période post-DSK.

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