Les « petits » candidats: le risque de l’émiettement et de la dispersion pour certains grands et moyens candidats

 

La situation des « petits » candidats pourrait inciter à les tenir pour quantité négligeable. Il n’en est rien.

1. Ainsi qu’il a déjà été dit, leur simple nombre (jusqu’à 6 paraissent avoir une chance de réunir les 500 signatures d’élus pour parvenir à se présenter, sachant que Gérard Schivardi et le POI ont annoncé qu’ils ne seraient pas présents à la présidentielle) peut mécaniquement rogner les résultats des autres candidats, pour peu qu’ils obtiennent 1 ou 1,5%, au lieu des 0 ou 0,5% que leur promettent les sondages.

La candidature annoncée de Victor Izraël au nom de la lutte contre le cancer, bien que bénéficiant de publicités gratuites (et se plaçant déjà en difficulté juridique à l’égard des règles de financement), n’aboutira pas car elle est destinée à utiliser la présidentielle à des fins extérieures, un peu comme un Donald Trump aux Etats-Unis.

2. En outre, la plupart des instituts ne testent même pas Frédéric Nihous. Or, le candidat de CPNT est probablement le plus à même de réunir les 500 signatures, en raison de la présence territoriale de son organisation, du caractère « apolitique » (réel ou supposé) de sa démarche et de l’esprit frondeur actuellement présent dans les zones rurales (que l’échec de certaines candidatures de droite aux sénatoriales est venu confirmer avec éclat).

La candidature de Frédéric Nihous, à ce titre, sera la plus problématique pour Nicolas Sarkozy, déjà affaibli dans les campagnes.

3. De même, Christine Boutin n’est pas encore systématiquement testée par tous les instituts. Si sa capacité à réunir les 500 signatures est moindre que celle de Frédéric Nihous, elle a déjà été candidate en 2002 et l’absence de candidature Villiers comme la faiblesse d’une éventuelle candidature Morin devraient lui assurer une présence en 2012. Seule sa propre décision de ne pas se présenter, sur la base d’un risque de voir Nicolas Sarkozy devancé par Marine Le Pen, pourrait l’exclure du jeu.

Là encore, cette candidature serait négative pour Nicolas Sarkozy et, peut-être, pour Dominique de Villepin s’il est candidat, par effet générationnel.

4. Jean-Pierre Chevènement est de moins en moins testé par les instituts, probablement en raison d’une résolution qui ne paraît pas sans faille. Sa notoriété devrait lui assurer les 500 signatures s’il se décide.

Il prendrait quelques suffrages à Jean-Luc Mélenchon et entrerait en concurrence avec Nicolas Dupont-Aignan. Celui-ci n’avait pas réussi à réunir les 500 signatures en 2007 et l’UMP l’aidera encore moins cette fois-ci. Il est peu probable que beaucoup de dissidents de droite lui prêtent main-forte. Ses faibles résultats dans les sondages, plutôt en baisse d’ailleurs de 1 vers 0,5%, alors même qu’il est, lui, quasi-systématiquement testé et depuis longtemps, l’affaiblissent fortement auprès de signataires potentiels. En cas d’échec de l’Europe face à la crise, c’est plutôt Marine Le Pen que lui qui en profiterait.

5. A l’extrême droite, une candidature de Carl Lang paraît avoir peu de chances d’aboutir en raison du réseau d’élus quasi-inexistant désormais pour les dissidents du FN. Un « conseil » de l’UMP à certains élus, pour tenter d’affaiblir Marine Le Pen, ne suffirait probablement pas, la publication d’une partie des noms de signataires les dissuadant largement de le faire.

Quant à Jacques Cheminade, sorte de mélange de libertarien et de socialo-nationaliste, il est fort peu probable qu’il parvienne de nouveau à réunir les 500 signatures. A défaut, il prendrait un peu partout sur l’échiquier politique, mais probablement encore davantage parmi les abstentionnistes ou les adeptes du vote blanc ou nul volontaire.

6. A l’extrême gauche, le retrait d’Olivier Besancenot a fait retomber les soi-disant héritiers du trotskysme dans la marginalité, même si Nathalie Arthaud pourrait, une fois la campagne officielle entamée, parvenir à atteindre les 2% ou davantage. Philippe Poutou, anonyme candidat d’une ligne orthodoxe de la LCR, a lui-même renoncé à obtenir plus de 1 à 1,5% en cas de « divine » surprise.

Leurs gains potentiels se feraient essentiellement au détriment de Jean-Luc Mélenchon et, de manière secondaire, de Marine Le Pen, dont le succès sondagier de février-mars 2011 s’est produit après la médiatisation massive de sa désignation comme candidate du FN, mais aussi après le retrait d’Olivier Besancenot, par une fraction d’électorat populaire (ou de classes moyennes inférieures qui ont perdu leur statut) rebelle et anti-système, devenu très fluide entre l’extrême gauche et l’extrême droite.

7. Au centre, la candidature de Corinne Lepage ne semble pas être d’une grande conviction. Il est fort probable qu’elle tente de négocier au plus offrant (Hollande, Bayrou, Sarkozy) le poids qu’elle aura réussi à accumuler grâce à son entregent médiatique et à sa sur-exposition liée à un mélange des genres avocate/écologiste/candidate. Elle mordrait principalement sur l’électorat Bayrou.

Hervé Morin est réapparu dans les enquêtes d’opinion à son niveau habituel de 1%, qui ne semble pas pouvoir s’élever beaucoup, en raison d’une attitude personnelle qui paraît très négative dans les médias et d’un soutien de plus en plus réduit parmi ses propres troupes. Chef de bande un peu par hasard en 2007, il ne s’est pas mué en leader incontestable et ne parviendra jamais à faire un candidat crédible. Le fait même que Nicolas Sarkozy ne semble plus vouloir le faire renoncer montre son caractère marginal.

Dominique de Villepin est désormais réduit à un rôle de « petit » candidat, au moment même où Jean-Louis Borloo s’est retiré. Cela démontre à l’évidence l’impasse de son éventuelle candidature, qui apparaît très peu probable désormais : la faiblesse de ses soutiens, l’absence de financement solide alors qu’il s’éloigne de la barre des 5% offrant un financement public, les efforts qu’a et que va déployer Nicolas Sarkozy pour le dissuader de se présenter plaident dans le sens de son renoncement.

Il n’est pas du tout certain que ses 2-3% seront récupérés entièrement par Nicolas Sarkozy, tant le soutien à Villepin vaut rejet personnel et épidermique de Sarkozy. Un bon tiers de ses électeurs potentiels devrait se perdre dans l’abstention, un tiers rejoindre le nom de Sarkozy et le dernier tiers se disperser sur les candidatures Bayrou, Dupont-Aignan voire Hollande.

8. Une typologie est finalement possible :

– les candidats « identitaires », ceux qui veulent se présenter quoi qu’il arrive, pour simplement faire exister leur courant politique : Cheminade, Arthaud, Poutou, Dupont-Aignan, de plus en plus Boutin et Morin (encore qu’il s’agisse plus, pour ce dernier, d’identité personnelle…).

– les candidats « politiques », ceux qui veulent tester leur poids politique et tenter ensuite d’entrer dans des jeux plus larges avec les grands candidats : Villepin, Boutin et Morin initialement, Nihous, Lang.

– les « faux » candidats, qui veulent simplement obtenir des compensations par la simple menace de leur candidature : Lepage, Lang, Chevènement, de plus en plus Villepin.

Toutefois, la capacité à recueillir les 500 signatures sera autrement déterminante dans la réalité finale de leur candidature :

– 100% : Villepin, Morin, Lepage, Nihous

– 90% : Arthaud (le nom d’Arlette Laguiller est encore bien présent dans les mémoires et LO est presque un pilier de la Vème République présidentielle…), Chevènement (le réseau du mouvement chevènementiste s’est passablement fractionné et il n’est pas impossible que beaucoup d’élus de gauche rejettent sa candidature en souvenir du cuisant 21 avril 2002 et de la peur persistante de la division à gauche)

– 75% : Poutou (le réseau Besancenot doit encore fonctionner), Boutin (l’UMP ne facilitera pas sa candidature)

– 50% : Dupont-Aignan

– 25% : Lang

– 0% : Cheminade

Le croisement des deux critères devrait laisser seulement Morin, Nihous, Arthaud, Poutou, Boutin et peut-être Dupont-Aignan aux côtés des 6 candidats « grands » et « moyens », soit un total déjà élevé de 11 ou 12, proche de la moyenne désormais observée à chaque élection.

Il est intéressant de noter en conclusion que toutes les « petites » candidatures pourraient cette fois-ci, faire le jeu de celle de François Hollande, en affaiblissant les Mélenchon, Sarkozy et Bayrou et quasi-jamais sa propre candidature. Cette situation est bien différente de celle de 2002.

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