Indicateur des 24 et 31 octobre: une nouvelle phase de la campagne présidentielle

1. Avec la prise en compte des sondages parus depuis la fin de la primaire du PS, l’indicateur agrégé montre une nouvelle phase dans la campagne présidentielle, marquée par
– la prédominance de François Hollande,
l’effacement du centre-droit, avec des candidatures Morin et Villepin autour de 2 points et même destinée à se réduire, au moins pour la première d’entre elles, qui bénéficie encore quelque peu de l’inertie due aux résultats passés de Jean-Louis Borloo,
– le plafonnement de Nicolas Sarkozy,
l’érosion d’Eva Joly,
– la stabilisation de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon.

(cliquez sur le graphique pour plus de visibilité)

2. Pour le second tour, la domination de François Hollande reste écrasante.

 

La domination de François Hollande est remarquablement stable, même si les données de second tour ont manqué pendant l’été. Désormais, les instituts semblent avoir adopté un questionnement systématique sur le second tour.

3. La domination de François Hollande est-elle réversible ?

Il est évidemment peu probable qu’il parvienne à maintenir de tels scores:
– les questionnements sur le programme socialiste se feront plus intenses avec une crise qui ne fait que s’approfondir et un François Bayrou de nouveau plus audible et soucieux de peaufiner son image rigoriste;
– si les « hollandais » ont mis l’appareil du PS sous surveillance, les tensions restent fortes et Martine Aubry ne cesse de vouloir prouver que c’est elle qui fera élire François Hollande… En outre, utiliser Arnaud Montebourg, qui a déjà des velléités d’indépendance, contre Benoît Hamon sera difficile pour François Hollande; quant à Ségolène Royal, pourtant la seule dont l’appel au vote Hollande semble avoir eu une réelle influence (nous y reviendrons), elle semble revenir à un comportement désordonné; enfin, le positionnement des fabiusiens et des delanoïstes n’est pas encore clarifié. Tout reste donc possible ausein du PS;
François Bayrou est sur une pente ascendante et pourrait regagner l’électorat du centre et du centre-droit qui a fui Nicolas Sarkozy et n’est plus retenu par Jean-Louis Borloo;
– l’approfondissement de la crise devrait redonner de l’air à la gauche extrême.

Toutefois, il est peu probable que François Hollande redescende en dessous des 30% avant la fin 2011:
– François Bayrou ne peut rééditer son « exploit » de 2007 et il ne serait menaçant qu’en prenant plus de 10 points à François Hollande, ce qui paraît clairement insurmontable: de ce point de vue, seul François Hollande est assuré de sa place au second tour, mais il en est assuré, ce qui est déjà beaucoup;
– la candidature Mélenchon ne parvient pas véritablement à décoller: l’homme semble s’épuiser médiatiquement et la version Montebourg de la gauche « dure » a quelque peu démonétisé les véhémences mélenchoniennes;
– la candidature Joly est durablement plombée et laisse un bon espace à François Hollande;
François Hollande sait s’éloigner et se faire désirer en cette fin d’année où le simple spectacle d’un Sarkozy empêtré dans les négociations internationales et les affaires suffira à lui garantir un niveau minimal.

4. Nicolas Sarkozy a probablement réussi sa prestation télévisée, jugée convaincante selon un sondage OpinionWay, mais seulement sur la crise.

Les affaires, en particulier l’affaire Karachi, potentiellement très dangereuse en raison de son ampleur et de l’implication hypothétique de vies françaises, assombrissent durablement son horizon, notamment en raison de leur calendrier non maîtrisable.

La naissance de la fille de Nicolas Sarkozy n’a eu aucun effet de court terme sur les sondages. Même à moyen terme, l’éventuelle humanisation supplémentaire du candidat Sarkozy ne peut jouer qu’à la marge, tant le rejet à son encotre est puissant. En outre, son nouveau rôle de « père de la Nation » rigoureux et lointain n’est pas compatible avec la mise en avant de Giulia.

L’UMP n’est pas en ordre de marche, avec un centre-droit affaibli et sans chef emblématique, un faux recours (Alain Juppé), un recours pour l’avenir déjà obscurci à Paris et sans troupes nombreuses (François Fillon), un soutien d’autant plus hypocritement fort qu’il est persuadé de l’échec et est déjà impatient de sa domination future sur l’appareil (Jean-François Copé), des ministres quelque peu submergés par le travail du moment (Baroin, Pécresse, NKM, Le Maire) et peu disponibles pour la campagne, surtout celle outrancière de la Droite populaire et des Copé et Morano. Seul Laurent Wauquiez semble disponible et médiatiquement utile, mais il a commencé son parcours médiatique national un peu trop à droite pour permettre de se distinguer de la ligne officielle actuelle du parti.

Nicolas Sarkozy pourrait néanmoins se hisser au-dessus des 25% avant la fin de l’année, sans aller bien au-delà.

5. Marine Le Pen pourrait en effet le gêner car elle est en embuscade en cas d’hellénisation ou de lusitanisation de la situation française. Sa tentative de normalisation n’est pas autant couronnée de succès que prévu et elle semble se heurter désormais à un seuil difficile à franchir, en dessous des 20%.

Les enquêtes de popularité révèlent un seul paramètre intéressant: la polarisation gauche-droite. Cela ne lui est pas favorable, surtout si Nicolas Sarkozy parvient à remobiliser ne serait-ce que 3% de l’électorat.

6. La marginalisation de Villepin est frappante, de même que la difficulté des autres petits candidats à émerger. Avec la stagnation de Mélenchon, cela témoigne d’une situation peu mouvante désormais et qui devrait se jouer directement entre les « grands » candidats. Il est difficile en effet de voir quel « petit » candidat ou quel non-candidat actuel pourrait émerger d’ici 2012. Les Besancenot, Hulot et Borloo ont déjà renoncé; les Villepin, Joly et Mélenchon semblent avoir déjà atteint leur maximum.

Seul François Bayrou dispose d’une vraie marge de progression devant lui. Mais son choix du « ni gauche, ni droite », probablement encore plus contraignant cette fois-ci tant François Hollande est bien le candidat de tout le PS et non de la seule « social-démocratie », risque de le handicaper.

Le rejet de Nicolas Sarkozy l’empêche véritablement de tenir la balance équilibrée entre els deux « grands », surtout alors que les affaires sont encore plus nombreuses qu’au début du quinquennat; comment François Bayrou, si critique sur le régime, peut-il maintenant nuancer ses attaques ? Il est pris à son propre piège

L’autre choix, rallier réellement la candidature Hollande, lui ferait perdre sa spécificité, surtout face à un Hollande positionné au centre-gauche. Il risquerait alors l’étouffement, re-perdant quelques points d’électeurs du centre-droit, qui repartiraient vers les Morin, Villepin voire Sarkozy ou se réfugieraient dans l’abstention, et étant concurrencé par les Hollande, Lepage et Joly au centre et au centre-gauche.

François Bayrou parviendra proablement à flirter avec les 12% dès avant la fin de l’année mais risque de plafonner ensuite, prisonnier de ses prises de position passées.

Après la chute de DSK à la mi-mai, l’élection présidentielle entre dans une nouvelle phase qui devrait durer jusqu’en janvier 2012, quand la campagne débutera réellement. Seule la crise et ses effets imprévisibles semblent désormais en mesure de modifier fortement les tendances entre les « grands » candidats.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s