Dernier sondage OpinionWay: François Bayrou va-t-il progresser et dans quel but ?

 

OpinionWay-Fiducial
LCI, Le Figaro
23-24 novembre 2011
échantillon: 952 électeurs inscrits parmi un échantillon total de 1034

Hollande 30
Sarkozy 26
Le Pen 18
Mélenchon 7
Bayrou 7
Joly 5
Villepin 1
Chevènement 1
Arthaud 1
Poutou 1
Dupont-Aignan 1
Boutin 1
Morin 1

Hollande 58
Sarkozy 42

1. Ce sondage OpinionWay se situe dans la moyenne globale des sondages les plus récents et confirme l’érosion de François Hollande, qui reste cependant au-dessus des 30%, seuil élevé et probablement important sur le plan psychologique s’il le franchissait à la baisse.

François Hollande est toujours très solide au second tour et les reports de voix sont toujours aussi problématiques pour le Président sortant:
– les électeurs Mélenchon se répartiraient à  63/8/29 entre les votes Hollande, Sarkozy et abstention-blanc-nul;
– les électeurs Joly se ventileraient 49/6/45;
– les électeurs Bayrou 47/20/33;
– les électeurs Le Pen 21/28/51;
– les abstentionnistes du 1er tour 23/11/66.

La proportion de répondants ne choisissant pas entre Hollande et Sarkozy est ici très forte, mais la ventilation de ceux qui expriment un choix est conforme aux résultats des autres enquêtes, avec un fort taux de déchet pour Sarkozy dans l’électorat Le Pen et un fort tropisme de l’électorat Bayrou vers Hollande.

Parmi les petits candidats, le fait qu’OpinionWay ne retienne pas de demi-points explique cette rafale de résultats à 1%. Il convient de souligner la marginalisation complète de Dominique de Villepin, qui obtient là son plus mauvais score. Les quelques velléités de progression chez Chevènement ne sont pas confirmées.

2. L’évolution intéressante à suivre dans les prochaines semaines, qui devraient par ailleurs être globalement calmes et sans surprise, sera celle de François Bayrou.

Il est pour le moment à peu près à son étiage de 2002 et il lui sera difficile de rééditer l’exploit de 2007. Toutefois, il est probable qu’il soit désormais le seul à pouvoir troubler les 3 « grands » candidats.

Ses attaques plus précises et médiatiquement plus porteuses sont réservées au PS et à EELV. Il est clair qu’il compte reprendre le marais électoral du centre et séduire les anciens adeptes du « strauss-kahnisme » à l’extérieur du PS. La rigueur en matière de finances publiques, mais aussi la cacophonie socialo-verte, devraient l’aider. Eva Joly semble durablement discréditée (dans toutes les catégories de sympathisants, sauf ceux d’EELV, plus de 60% des répondants au sondage d’OpinionWay sont favorables à son retrait), même si les Verts ne peuvent plus vraiment reculer: elle a été désignée à l’issue de la primaire et les conditions ne sont pas du tout les mêmes que celles de 2002 lorsqu’Alain Lipietz a dû renoncer. François Bayrou est probablement en mesure de capter des déçus de cet accord électoral PS-EELV, dont il sait exploiter chaque faille.

Le « bruit » médiatique reste étonnamment défavorable à François Hollande, alors que les problèmes sont plutôt du côté des Verts et que tant le nucléaire que le veto de la France au Conseil de sécurité de l’ONU ne sont pas les premiers sujets de préoccupation des Français. Mais le martèlement médiatique, même sans fondement solide, se transforme souvent en prédiction auto-réalisatrice et des électeurs potentiels pourraient bien finir par fuir Hollande pour cette seule raison.

Sans se forcer, tant la défiance à l’égard de la personne du Président est persistante, il pourra probablement progresser également parmi les orphelins d’un Villepin retiré de la course, d’une Lepage finalement pas candidate, voire d’une Boutin désargentée et sans signatures ou d’un Morin qui peinerait à recueillir les 500 signatures (même si cela serait étonnant).

La dégradation de la notation de la France et l’aggravation probable de la crise européenne finiront par le servir: certes, l’électorat populaire risque de retrouver ses réflexes de 2005, mais l’électorat CSP+ devrait en partie rallier l' »original » en matière d’engagement européen et de rigueur budgétaire, que Bayrou incarne, même si cela est largement artificiel, plutôt que les copies « Hollande » et « Sarkozy », eux-mêmes d’ailleurs contraints de penser au « peuple » sous peine de voir Marine Le Pen progresser encore et les menacer, et donc de modérer leur profil « rigoureux » et « international ».

François Bayrou dispose donc clairement de marges de progression et il est probable qu’il s’élève au-dessus des 10% prochainement, ce qui serait psychologiquement important pour lui.

3. Mais pour faire quoi ?

Malgré un accord avec les Verts dont on peut se demander pourquoi il a été conclu (vieille mauvaise conscience idéologique des socialistes, qui n’ont jamais assumé un Bad Godesberg ? subtilité tactique des Verts encore meilleure que tout ce que l’on pouvait redouter ? divisions entre socialistes ?), l’orientation donnée par Hollande et les Sapin, Moscovici, Rebsamen, Ayrault est clairement sociale-démocrate.

Logiquement, la rencontre avec Bayrou devrait être beaucoup plus aisée qu’en 2007. Mais est-ce bien l’intérêt de Bayrou ?

Tant que les socialistes n’abandonnent ni les Verts (toujours gauchisés, malgré l’élargissement d’Europe-Ecologie et à la suite du rejet d’une ligne Hulot), ni le Front de Gauche, il sera difficile à Bayrou de rallier le PS, d’autant qu’il ne serait qu’un appoint peu utile.

A l’inverse, pour un Sarkozy coincé entre des électeurs modérés qui ont de si grandes réticences à son égard et un FN redevenu aussi menaçant qu’en 1997 ou 2002, François Bayrou est la seule planche de salut. Celui-ci pourra donc se « vendre beaucoup plus cher » auprès du Président, qu’il ne critique plus que de manière impersonnelle.

Le récent mouvement de ralliement des quelques habituels dissidents du NC (Folliot, Vigier), des « centristes du centre » (Arthuis et son Alliance centriste), de quelques fortes personnalités incarnant une idée particulière (Lambert et l’équilibre des finances publiques, Bourlange et l’Europe, Lamassoure pour les deux, même si ces deux derniers sont pour le moment en attente de ralliement) ou de quelques anciens poids lourds (ou moyens) de l’ex-UDF (Bosson, Idrac), va dans le sens d’une droitisation de Bayrou. De même que les bruits de sortie des centristes de l’UMP après 2012 (Méhaignerie, Daubresse), ce qui signerait la reconstitution de l’ancienne UDF, manifestement totalement ratée par l’ARES de Borloo.

François Bayrou négociant Matignon avec Sarkozy et/ou la reconstitution d’une UDF forte ? Cela apparaît de plus en plus plausible, avec un Sarkozy actionnant Alain Juppé, lui-même heureux de pouvoir gêner Fillon et Copé, voire de se retrouver à cette occasion à Matignon avec l’appui d’un Bayrou numéro 2 du gouvernement (à Bercy ou dans un ministère régalien).

En réalité, cela dépendra clairement du rapport de forces du premier tour. François Bayrou, contrairement à ce qu’il peut dire, n’aura probablement aucun principe en la matière, juste un immense pragmatisme face à l’intérêt de son avenir politique personnel…

– Hollande très fort au premier tour, avec une vraie dynamique et Sarkozy très affaibli ? Quel besoin de s’associer à un « loser » assuré: Bayrou tentera soit de se substituer aux Verts et à Mélenchon comme allié privilégié d’un Hollande « schrödérisé » (peu probable), soit au contraire de devenir le véritable futur opposant à Hollande.

– Hollande en difficulté et Sarkozy remis en selle ? Bayrou négociera avec Sarkozy. Celui-ci, s’il perdait, ne serait d’ailleurs pas pénalisé par un renforcement de la position de Bayrou, tant il aura envie de sa revanche en 2017 et aura donc tout intérêt à avoir des contrepoids face aux Copé et Fillon qu’il faudra bien marginaliser….

– Hollande et Sarkozy décevants et Marine Le Pen haute ? Bayrou se rallierait au plus offrant, mais ce serait pour lui la pire situation, car il se retrouverait dans le camp des « élites » face à la candidate « du peuple » assurée de devenir l’opposante officielle du nouveau pouvoir.

Au final, 2012 devrait offrir une situation plus favorable à Bayrou que 2007, alors même qu’il est peu probable qu’il puisse atteindre le même score…

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Indicateur des 14 et 21 novembre: normalisation et polarisation

1. Plus qu’un retournement de tendance, François Hollande connaît une simple normalisation, après l’euphorie de l’après-primaire et de longues semaines d’un monopole médiatique sans précédent. Sa courbe montre qu’il reste au-dessus de sa tendance de long terme, qui est solidement haussière.

A l’inverse, Nicolas Sarkozy bénéficie d’une polarisation à droite, en absorbant tout l’espace de la droite traditionnelle et en asséchant les candidatures Morin, Boutin, Nihous et même Villepin. Cependant, la tendance haussière de long terme est de pente assez faible et l’embellie de l’été avait été de courte durée.

Marine Le Pen semble avoir stoppé sa décrue, mais l’écart se creusant de nouveau avec le Président, ses chances de figurer au second tour ont diminué, si tant que son niveau réel soit bien mesuré par les sondeurs et que l’élection reste dans une configuration de victoire « au centre » et non « au peuple ». Elle reste très forte auprès de l’électorat populaire, marquant, à son niveau et dans son créneau, une réelle polarisation.

Parmi les candidats moyens, tous connaissent un plafonnement: Mélenchon, Joly et Bayrou, même si ce dernier offre les meilleures perspectives. Les deux autres ont en effet connu des occasions de progression qu’ils n’ont pas concrétisées, alors que François Bayrou a été relativement peu médiatisé et n’a pas pu faire la preuve de sa spécificité. Son « tour » n’est manifestement pas encore venu. Il reste à savoir s’il sera plus dangereux pour Hollande ou pour Sarkozy (voir mes précédents articles).

La démission de Yannick Jadot et le positionnement diviseur d’Eva Joly (ce qui ne peut être apprécié par un électorat de gauche encore traumatisé par le 21 avril 2002), en porte-à-faux avec une direction des Verts dure en affaires mais consciente de la nécessité d’une certaine Realpolitik, confirment l’erreur majeure, du point de vue électoral, de la désignation de l’ancienne magistrate comme candidate. Même en considérant que la dernière dizaine de jours n’a pas été très favorable pour François Hollande, les autres candidats de gauche susceptibles de le gêner sont encore moins performants… ce qui lui laisse encore une certaine marge d’erreur…

Le point négatif majeur ici pour François Hollande est la nécessité pour lui de parvenir à se hisser au niveau du Président et non à entrer dans les logiques de manoeuvres politiciennes (plutôt du niveau des Copé et Fillon, même si l’Elysée est en réalité à la manoeuvre tous azimuts) ou du détail de l’action gouvernementale (plutôt du niveau des Fillon, Baroin, Pécresse, Bertrand), ce qui, dans l’un comme dans l’autre cas, ne contribue pas à asseoir une stature présidentielle. Il est frappant de voir que Nicolas Sarkozy n’est plus personnellement dans l’actualité quotidienne (des faits divers au taux de TVA, du Mediator aux indemnités journalières, etc.) et n’apparaît de fait que comme un Président, ce qui ne lui était jamais arrivé pendant plus d’un mois jusqu’ici…

Enfin, il peut être relevé que Dominique de Villepin a quasiment rejoint les « petits », parmi lesquels Hervé Morin a désormais sombré. Seul Jean-Pierre Chevènement émerge quelque peu, mais depuis une base quasi-inexistante.

 

(cliquez sur le graphique pour plus de visibilité)

2. Pour le second tour, la domination de François Hollande reste écrasante. La seule nouveauté est l’animation que commence de connaître la courbe, grâce au fait que les médias sont désormais disposés à financer l’étude du second tour, qui ne présente plus qu’une hypothèse.

3. Il ne faut plus s’attendre à de grands changements avant le mois de janvier, avec le démarrage des vraies campagnes au milieu du mois, avec la constitution des « bivouacs » de journalistes et avec la possible dégradation de la notation de la France.

Seul François Bayrou pourrait décoller d’ici là, sauf s’il décide lui-même qu’il est préférable de ne pas gaspiller trop de munitions avant les derniers mois. Il avait probablement plafonné trop vite en 2007 et avait manqué de souffle dans le dernier mois pour coiffer Ségolène Royal.

Dernier sondage BVA: confirmation de la « normalisation » de Hollande au 1er tour et de la faiblesse structurelle de Sarkozy pour le 2nd tour

 

BVA
RTL, Orange, presse régionale
18-19 novembre 2011
échantillon: 784 électeurs inscrits parmi un échantillon total de 957

Hollande 32 (-4)
Sarkozy 27 (+2)
Le Pen 18 (=)
Mélenchon 5 (=)
Bayrou 7 (+1)
Joly 4 (-1)
Villepin 2 (-1)
Chevènement 3 (+2)
Arthaud 0 (=)
Poutou 0 (=)
Dupont-Aignan 1 (+0,5)
Boutin 0 (-0,5)
Morin 1 (+1)
Nihous 0 (=)

Hollande 58 (-3)
Sarkozy 42 (+3)

1. Comme avec le sondage LH2 publié hier, il convient ici de faire preuve de grande prudence. L’échantillon de BVA est en effet descendu en dessous du seuil des 800 en termes d’électeurs inscrits, ce qui commence à être dangereux pour la fiabilité de ses enquêtes.

Plus généralement, le flux médiatique ambiant est plus favorable à la parole du pouvoir en place, en raison de l’enchaînement d’événements qui
– mettent en valeur l’action présidentielle et gouvernementale, sur le fond comme dans le temps de parole (beaucoup de commentateurs semblent avoir déjà oublié que le PS dispose d’une telle avance en matière de temps de parole à la sortie des primaires qu’un rattrapage assez significatif est inévitable et a forcément des effets),
– minimisent la place de l’UMP, dont le rôle semble désormais réduit à celui d’auxiliaire du Président pour « chasser » aux marges du socle de base du Président,
– cantonnent le PS et son candidat au rôle d’opposant au gouvernement et non au Président.

La période n’est de toute façon pas favorable au candidat Hollande et il a probablement raison de ne pas trop insister, car ce serait peine perdue et les déclarations ou promesses qu’il ferait aujourd’hui, avant la fin 2011, pour « occuper l’espace », lui reviendraient en boomerang en début d’année 2012. Il doit surveiller le candidat Bayrou, qui est le plus dangereux pour lui, dans la mesure où une remontée de l’extrême-gauche n’irait de toute façon pas bien loin, Mélenchon canalisant tout cela à merveille, bien mieux finalement que ce qui reste des communistes… Mélenchon est la dernière incarnation du communisme à la Marchais, tonitruant, démagogique, mais toujours derrière la gauche de gouvernement et toujours rallié à l' »institution ».

2. L’érosion de François Hollande n’est donc pas à ce jour -il faut le répéter- inquiétante pour lui. La mini-percée de Jean-Pierre Chevènement n’est probablement qu’un « feu de paille » et sa candidature est tout sauf certaine (lire notre précédent article sur les petits candidats). Surtout, en considérant les reports de second tour, il apparaît clairement que, comme pour Nicolas Dupont-Aignan, son aura est davantage liée au souverainisme et au rejet de l’Europe qu’à une progression de la gauche de la gauche.

Un paramètre commence toutefois d’être plus gênant pour François Hollande, c’est la force de Marine Le Pen et la remontée de Nicolas Sarkozy auprès de l’électorat populaire, notamment ouvrier. Pour le moment, Sarkozy n’y est pas suffisamment fort et le rejet parmi les CSP+ à son égard est tel qu’il compense tout recul de Hollande parmi l’électorat populaire.

Néanmoins, si la campagne électorale redevenait celle d’une élection à gagner « au peuple », Nicolas Sarkozy pourrait ici tenter crânement sa chance, malgré le sentiment inévitable de « déjà vu » par rapport à 2007.

Ainsi qu’il a déjà été écrit, nous sommes plutôt sur une élection à gagner « au centre », mais la fluidité croissante des situations politiques, liée au fonctionnement de plus en plus « réflexe » de l’opinion et à la quête effrénée du « nouveau » par les médias, pourrait fragiliser cette interprétation.

3. Le chemin reste fort long pour Sarkozy, tant il est clair que l’électorat de centre et de centre-droit et les CSP+ sont méfiants à son endroit. Le score de second tour, qui est un simple retour à la situation de juin-juillet, est éloquent: aucun sondage ne donne Hollande à moins de 58% à ce jour.

Les reports de voix sont parlants:
– l’électorat Mélenchon se répartit à 85/2/13 entre Hollande, Sarkozy et l’abstention, confirmant que le recul de Hollande à l’extrême-gauche ne vaut pas pour le second tour, lorsqu’il s’agit de battre l' »ennemi commun »;
– l’électorat Joly se répartit à 67/8/25, accusant là encore un déficit par rapport à l’impact habituel de la droite, plus proche de 20%;
l’électorat Bayrou se répartit à 37/32/31, ce qui constitue un léger mieux pour le Président, sans être toutefois suffisant, car l’électorat Bayrou s’est probablement « borlooisé » entretemps et il n’est donc pas illogique que Sarkozy regagne ici quelques points;
– les électorats Villepin et Morin (si tant est que de tels échantillons aient une quelconque signification…) se reportent seulement à 51/21/28 et 24/47/19: la perte est ici considérable pour le Président et le rejet de sa personne, relevé tant de fois, est bien confirmé;
– les électorats Chevènement et Dupont-Aignan se ressemblent davantage: 39/41/20 et 12/15/73, sans véritable impact pour les deux candidats, le jeu n’étant pas (encore ?) celui de la France, de la nation et du peuple contre l’Europe, l’internationalisme et les élites;
l’électorat Le Pen reste inhabituellement favorable au candidat socialiste: 37/31/32 et ces chiffres montrent combien Sarkozy doit à la fois reconquérir une partie de l’électorat bourgeois modéré mais aussi faire oublier sa « trahison » de l’électorat populaire qui l’avait suivi en 2007  dans sa « rupture ».

Bien entendu, les motifs ne manqueront pas pour alimenter une campagne Le Pen partie trop tôt et qui fait face aux limites « professionnelles » du FN: « victimisation » à l’occasion de la collecte, toujours et forcément, difficile des 500 signatures; « cirque » international qui se poursuit; probable dégradation de la notation de la France; retour des « affaires ».

Mais ces mêmes motifs ne seront pas favorables à un Sarkozy en quête de représidentialisation. Le dilemme est le même pour lui. Il doit à la fois effacer l’image vibrionnante, bling-bling et peu européenne auprès de l’électorat modéré et des classes moyennes et supérieures; et en même temps ne pas se couper de cette frange populaire qui aura mille raisons de soutenir une Le Pen remédiatisée en 2012, puis de se réfugier dans l’abstention ou de préférer quand même Hollande.

Il ne faut pas oublier quelques éléments structurels:
– Nicolas Sarkozy continue de battre des records d’impopularité, en niveau absolu comme en niveau relatif ou dans la durée,
– la droite est au pouvoir depuis 10 ans, ce qui devient un maximum dans tout Etat européen, semble-t-il,
les gouvernements en place en Europe font les frais des difficultés économiques: cela n’a pas de rapport avec leur positionnement gauche ou droite, mais plutôt au hasard des calendriers électoraux nationaux; les « malades » Espagne, Portugal, Italie, Grèce, Irlande ont vu leurs gouvernements tomber; les « bien portants » et les « rescapés » Suède, Finlande, Suisse, Pologne reconduisent leurs majorités. Le cas du Danemark est même là pour montrer qu’au-delà d’une certaine durée, même en cas de relative bonne santé économique, la majorité change.

Ne reprenons donc pas trop vite le refrain sur un éventuel retournement de tendance.

Notre indicateur agrégé sera actualisé ce soir et nous donnera bien plus sûrement la réalité du moment.

Dernier sondage LH2: François Hollande est-il réellement en difficulté ?

 

LH2
Yahoo!
18-19 novembre 2011
échantillon: 830 électeurs inscrits parmi un échantillon total de 958

Hollande 30 (-9)
Sarkozy 29 (+5)
Le Pen 15 (+1)
Mélenchon 7 (+0,5)
Bayrou 7 (-1,5)
Joly 6 (+1)
Villepin 2 (+0,5)
Arthaud 0,5 (=)
Poutou 0 (=)
Chevènement 1,5 (+1,5)
Dupont-Aignan 0,5 (=)
Boutin 0,5 (+0,5)
Morin 0,5 (=)
Lepage 0,5 (+0,5)

Hollande 58 (-2)
Sarkozy 42 (+2)

1. Ce sondage LH2 et sa perception par les médias est bien représentatif de la stupidité du rythme quotidien de ces derniers et de leur incapacité à situer un sondage parmi d’autres, sans simplement se référer au précédent, quelle que soit sa date de réalisation. Si 2 ou 3 sondages de qualité sont publiés un jour d’actualité « lourde » (un mariage princier à Londres ou une victoire de Tsonga en grand chelem…), aucun écho n’y sera donné. Si, en revanche, un sondage unique est publié un jour où il faut « remplir » les colonnes; si, de surcroît, il indique des évolutions par rapport à un sondage ancien, lui-même excessif dans un autre sens, alors, une « belle histoire » pourra être contée.

Ainsi, au cas présent, même l’agence Reuters, d’ordinaire plus retenue, n’hésite pas à titrer sur un « François Hollande en chute libre »…

2. Il n’en est rien, bien entendu.

D’abord, le sondage LH2 précédent donnait Hollande à 39%, ce qui était manifestement irréaliste.

Ensuite, ce sondage situe à la fois Mélenchon, Joly et Chevènement à des niveaux très élevés et Le Pen à un niveau très bas, en comparaison de notre indicateur agrégé. En conséquence, Hollande se trouve réduit et Sarkozy probablement artificiellement haut.

Enfin, rappelons que LH2 est, pour le moment, avec BVA, l’institut le plus éloigné de notre indicateur agrégé, alors même qu’il sonde un échantillon réduit (plus réduit qu’IPSOS et nettement plsu faible que celui de l’IFOP).

3. Certes, le premier sondage Harris Interactive qui, en début d’année, avait fait l’actualité en plaçant Marine Le Pen en tête, avait été suivie d’unes érie confirmant qu’il n’était pas aberrant. Mais nous ne sommes pas ici dans le même cas de figure, même si la tendance est évidemment baissière pour Hollande et haussière pour Sarkozy.

4. En termes de reports de voix pour le second tour, il est intéressant de constater que LH2 donne un encore meilleur report parmi les électeurs Mélenchon (98/2 contre 87/13 dans le précédent sondage) et les électeurs Bayrou, il est vrai moins nombreux (68/32 contre 64/36), ainsi qu’un report quasi-total parmi les électeurs Joly s’exprimant pour le second tour (97/3). C’est sur l’électorat Le Pen que se produit un retour à la normale (47/53 contre 56/44), tout en restant particulièrement défavorable à Sarkozy (habituellement, on devrait trouver un rapport de 2/3-1/3 pour la droite sur les électeurs Le Pen se déplaçant au second tour).

Ce sondage  est donc probablement un « outlier« , qu’il convient de prendre avec beaucoup de prudence. Les bruits autour des jugements de Moody’s sur la France, dès aujourd’hui, viendraient vite interrompre toute tendance réellement plus favorable à la candidature Sarkozy, dont les faiblesses sociologiques structurelles persistent.

L’indicateur agrégé actualisé au 21 novembre nous donnera bien plus sûrement la tendance plus réaliste du moment.

Derniers sondages CSA et IFOP: François Hollande n’est pas sérieusement en danger, dans un contexte de polarisation

 

CSA
BFM TV, 20 Minutes, RMC
14-15 novembre 2011
échantillon: 822 inscrits parmi un échantillon total de 1001

Hollande 34 (-1)
Sarkozy 27 (+2)
Le Pen 16 (=)
Mélenchon 5 (=)
Bayrou 7 (-2)
Joly 4 (+1)
Arthaud 1 (=)
Poutou 0,5 (=)
Chevènement 1 (+1)
Villepin 1,5 (-0,5)
Morin 1 (=)
Boutin 0,5 (-1)
Dupont-Aignan 1 (+0,5)

Hollande 59 (-3)
Sarkozy 41 (+3)

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IFOP
La Lettre de l’Opinion
14-16 novembre 2011
échantillon: 1146 inscrits parmi un échantillon total de 1243

Hollande 32,5 (-3)
Sarkozy 26 (+0,5)
Le Pen 19 (=)
Mélenchon 7 (+1)
Bayrou 6 (-1)
Joly 4 (-0,5)
Villepin 1,5 (-1,5)
Dupont-Aignan 1 (=)
Morin 0,5 (-0,5)
Lepage 0,5 (-0,5)
Boutin 0,5 (+0,5)
Nihous 0,5 (+0,5)
Arthaud 0,5 (+0,5)
Poutou 0,5 (=)
Chevènement 0 (=)

1. Le premier constat semble être un tassement de François Hollande.

Mais cette évolution n’est pas fondamentalement inquiétante pour lui. En premier lieu, la remontée de Nicolas Sarkozy est limitée et ne lui permet en aucune façon de regagner tout le terrain perdu à l’occasion de la disparition de Jean-Louis Borloo. D’ailleurs, l’effritement constant de Dominique de Villepin et la descente dans les profondeurs d’Hervé Morin montrent que se fait jour simplement une polarisation du camp de droite, rien de plus.

Deuxièmement, aucune autre candidature de gauche n’émerge. La progression de Mélenchon en septembre ne se confirme pas et Eva Joly reste durablement déprimée. D’ailleurs, l’épisode chaotique de l’accord PS-EELV se termine par un résultat perdant-perdant, le PS ayant certes fait preuve d’un peu de cacophonie, mais la candidate verte ayant montré des dissensions fortes avec l’appareil d’EELV, qui souhaite entrer dans les combinaisons politiciennes que répudie sa candidate. Sur le fond, les propositions qui ont fait, à tort ou à raison, la spécificité hollandaise pendant la campagne de la primaire du PS (création de postes dans l’Education nationale et contrat de génération) bénéficient d’une approbation massive selon CSA (65 et 80% respectivement).

De surcroît, même François Bayrou semble stoppé dans son ascension décelée à la mi-octobre. D’où qu’elles viennent autour de lui, les candidatures alternatives ne mordent donc pas sur Hollande.

Enfin, son score de second tour reste impressionnant et le regain de popularité du Président ne fait que le « propulser » d’un faible 30 à un encore flageollant 35… Le pronostic de gain pour la gauche reste proche des 60%, au lieu d’être, à l’excès, au-dessus de cette barre. La normalisation se poursuit donc et Hollande reste nettement au-dessus des 30%.

2. Dans le camp adverse, non seulement Nicolas Sarkozy est loin de retrouver tout le terrain perdu par Borloo, Morin et Villepin, mais il reste à portée de tir de Marine Le Pen qui, sans retrouver ses niveaux du 1er trimestre 2011, profite manifestement des effets de la crise et de la mauvaise image du « concert européen », pour poursuivre un certain grignotage et reprendre une partie du terrain perdu pendant l’été.

En outre, il est clair que la position nouvellement présidentielle de Nicolas Sarkozy reste fragile.

Ses allusions à l’allaitement de sa fille, après avoir professé un refus absolu de parler de vie privée, montrent que tout retour aux mauvaises habitudes n’est pas écarté… Plus fondamentalement, sa candidature reste dangereusement dépendante des agences de notation. Et les affaires ne sont pas loin. Si François Hollande a désigné, à la surprise générale, Bernard Cazeneuve comme l’un des porte-parole de sa campagne, c’est bien parce que ce dernier est un « spécialiste » de l’affaire Karachi. Nul ne doit se tromper sur le fait qu’il est prêt à utiliser des arguments « lourds » sur le sujet.

La droite reste fragile, avec un affrontement Copé-Fillon déjà délétère, la poursuite d’une attitude dure de Sarkozy à l’égard du centre-droit qui risque d’aliéner beaucoup d’élus tentés par un Bayrou moins gauchisé, un Borloo qui apporte surtout du désordre et de l’amateurisme et non un utile soutien centriste et une aile centriste de l’UMP qui pense déjà à l’après-2012.

Le fait que les candidatures Morin, Boutin (financièrement menacée, semble-t-il), Dupont-Aignan et Nihous ne décollent pas ne sont pas véritablement rassurantes, dans la mesure où elles n’apporteraient que des miettes à Sarkozy et où une diversité minimale serait profitable une fois la campagne officielle ouverte.

3. Certes, quelques nuages pourraient troubler le ciel « hollandais ».

Manifestement, Martine Aubry ne s’est pas entièrement ralliée. Les palinodies sur l’accord PS-EELV ne sont peut-être pas dues au hasard. Lorsqu’elle parle de « François Hollande et moi », le « moi et François Hollande » n’est pas loin. Globalement, Hollande est encore un chef de meute plus qu’un leader absolu: il n’est pas encore le Mitterrand de janvier 1981; il reste pour le moment davantage un « primus inter pares » au sein des éléphants du PS.

Mais il est vrai que, comme prévu, Hollande a réussi à briser l’équipe Aubry des primaires, Delanoë reprenant son indépendance et Hamon sombrant dans l’aigreur autarcique. Tant que Hollande peut utiliser Montebourg pour créer la confusion dans l’aile gauche du parti et à l’extérieur parmi les Chevènement et Mélenchon, tout ira bien pour lui. Les caciques, les barons locaux et toute l’aile modérée sont massivement derrière lui et la seule faiblesse majeure, en termes d’événements de campagne, pourrait être un éclaboussement de Moscovici par les miasmes du strauss-kahnisme finissant.

A moyen terme, en revanche, la menace Bayrou reste réelle. Hollande ne pourra se positionner à l’excès comme un Barre de gauche, sauf à favoriser inopportunément Mélenchon, Joly et consorts. Or, la dégradation prévisible de la situation française, voire de sa notation, redonnera de l’air à la candidature Bayrou, qui pourrait regagner la marge ex-strauss-kahnienne, jusque là préemptée par François Hollande. Le mois de janvier sera probablement décisif à cet égard.

En soi, ce ne serait pas forcément un problème pour François Hollande, si l’on ne sentait pas un tropisme plus droitier de Bayrou. Ses critiques sont également réparties entre droite et gauche, loin de l’anti-sarkozysme quasi-viscéral des années 2007-2009. Surtout, ses nouveaux soutiens (Arthuis, Lambert, quelques députés NC, des déçus du borlooisme) vont le tirer vers le centre-droit. Enfin, il est plus susceptible de bien se « vendre » auprès de Sarkozy qu’auprès d’Hollande, car Sarkozy, coincé entre un centre-droit qui déteste sa personne et un électorat FN tellement aigri des promesses non tenues de la campagne de 2007, aura éminemment besoin d’un ralliement de Bayrou au second tour.

4. Toutefois, en l’état actuel des choses, le buzz médiatique sur la campagne Hollande qui « gripperait » est une invention pour alimenter le feuilleton de l’élection et tenter de patienter jusqu’à Noël… Les chiffres fondamentaux de François Hollande restent bons et la remontée de Sarkozy, réelle, n’efface le terrain perdu qu’en partie seulement.

Il est d’ailleurs probable que cette remontée se poursuive. Mais son sort reste suspendu au maintien des « AAA » et « Aaa » et se situe toujours sous la menace d’une Le Pen qui reste incroyablement forte parmi les classes populaires (36% chez les ouvriers selon l’IFOP). De plus, la polarisation autour des 3 grands candidats (primat non remis en cause à gauche -chez les classes moyennes et surpérieures- pour François Hollande, reconquête de l’électorat traditionnel de droite -indépendant et âgé- par Sarkozy, prédominance renforcée de Le Pen dans l’électorat populaire) ne fait pas entièrement les affaires du Président, coincé entre la vulgate démagogique du FN et la raison tranquille et anti-bling-bling du socialisme pâle à la hollandaise.

Je publierai prochainement une courbe actualisée de mon indicateur agrégé, qui montrera que l’effet « primaire » profite toujours à François Hollande et que sa retenue est pour le moment sa meilleure arme: ne pas répondre au cirque médiatique qui voudrait l’emporter dans son tourbillon quotidien est un gage de longévité dans cette campagne…

Derniers sondages IPSOS, IFOP et BVA: le début de la « normalisation » et une situation toujours difficile pour le Président sortant

 

IPSOS-Logica Business Consulting
France Télévisions, Radio France, Le Monde
28-29 octobre 2011
échantillon: 970

Hollande 35 (+3)
Sarkozy 24 (+3)
Le Pen 19 (+3)
Mélenchon 6 (-2)
Bayrou 5,5 (=)
Joly 6 (+1)
Villepin 2 (-2)
Arthaud 1 (=)
Poutou 1 (+0,5)
Dupont-Aignan 0,5 (=)

Hollande 62
Sarkozy 38

___________________________

BVA
Le Parisien
4-5 novembre 2011
échantillon: 973

Hollande 36 (-3)
Sarkozy 25 (+2)
Le Pen 18 (-1)
Mélenchon 5 (-1)
Bayrou 6 (-1)
Joly 5 (+1)
Arthaud 0 (-2)
Poutou 0 (=)
Chevènement 1 (non testé)
Villepin 3 (non testé)
Morin 0 (non testé)
Boutin 0,5 (non testée)
Dupont-Aignan 0,5 (non testé)
Nihous 0 (non testé)

Hollande 61 (-3)
Sarkozy 39 (+3)

___________________________

IFOP
Paris-Match, Europe 1
2-4 novembre 2011
échantillon: 1843 électeurs inscrits parmi un échantillon total de 2056

Hollande 32,5 (-3)
Sarkozy 25,5 (+0,5)
Le Pen 19 (+2)
Mélenchon 6 (=)
Bayrou 7 (+0,5)
Joly 4,5 (=)
Villepin 2 (=)
Dupont-Aignan 1 (+0,5)
Morin 1 (=)
Lepage 1 (+0,5)
Boutin 0 (-0,5)
Nihous 0 (-0,5)
Arthaud 0 (-0,5)
Poutou 0,5 (=)
Chevènement 0 (=)

Hollande 57 (-3)
Sarkozy 47 (+3)

Le « régime de croisière » étant désormais enclenché, avec les principaux candidats en place (nous reviendrons dans un autre article sur la fausse incertitude de la candidature Sarkozy), cette série de 3 sondages révèle un début de « normalisation« .

1. C’est la cas pour François Hollande, qui redescend quelque peu de sa stratosphère sondagière. Toutefois, il est, au plus bas, à 32,5% et chute plus fortement chez BVA où il était à des niveaux quasi-anormaux.

Rien de véritablement inquiétant ne se dessine pour lui tant qu’il reste au-dessus de 30%. D’ailleurs, dans le sondage IPSOS, pour le second tour, le choix est déclaré comme définitif par 79% des électeurs, ce qui montre encore combien un fort contingent de Français n’ont qu’une idée en tête, quelles que soient les circonstances internationales et intérieures, quel que soit le nom du candidat: battre Sarkozy.

Le sondage IFOP pour le premier tour montre des résultats détaillés qui sont édifiants: François Hollande a une répartition très homogène de son score sur l’ensemble des tranches d’âge, des territoires et des CSP. Sa candidature « attrape-tout » est confirmée et il est ainsi en mesure de faire face à des faiblesses ponctuelles dans tel ou tel électorat. Toujours selon l’IFOP, au second tour, il gagne dans toutes les catégories et dans tous les âges, sauf chez les plus de 65 ans (mais chez les retraités, il est majoritaire), chez les indépendants et employeurs et chez les artisans et commerçants (il est d’ailleurs douteux que ce soit une force pour Nicolas Sarkozy en période de remontée de Marine Le Pen et avec les dernières mesures fiscales prises par son gouvernement).

L’émergence de la candidature Mélenchon a fait long feu, alors que les autres candidats de la gauche extrême piétinent dans la marginalité la plus totale; si Eva Joly semble avoir stoppé sa lente mais régulière chute, elle ne rebondit pas nettement. Dans le même temps, le frémissement de la candidature Bayrou après le retrait de Jean-Louis Borloo ne se confirme pas, même s’il reste le « quatrième homme » (sauf pour IPSOS, mais cet institut le place toujours en retrait de la moyenne depuis le début 2001). Aussi, François Hollande semble tranquille sur sa gauche comme sur sa droite.

En outre, si cette période de « ventre mou », jusqu’en janvier, est délicate pour lui à gérer, l’UMP n’est pas véritablement en mesure d’en profiter; les « succès » de Sarkozy sont troublés par des Merkel, Papandréou et Berlusconi décidément peu au fait des nécessités intérieures françaises…; les oppositions internes au PS sont silencieuses (fatiguées ou empêchées de diviser par la victoire hollandaise à la primaire; seule Martine Aubry, même lâchée immédiatement par les delanoïstes, aura une capacité de nuisance mais son poste de première secrétaire l’handicapera peut-être plus qu’autre chose si elle ne veut pas apparaître comme la responsable d’un échec en 2012) et elles-mêmes divisées (Hamon sous surveillance, Fabius attaqué par Montebourg,…); Montebourg, décidément un excellent allié pour Hollande, a perturbé la ré-annonce de (fausse) candidature de Chevènement.

2. La seule faiblesse importante de François Hollande à terme, c’est l’inexpérience et l’absence de perception d’une « présidentialité » forte. Il est en baisse et désormais à égalité avec Nicolas Sarkozy sur la capacité à réduire les déficits et la dette selon IPSOS. Il est clair que son image internationale et sa crédibilité doivent être travaillées. Il a probablement raison, toutefois, de ne pas s’emballer en gaspillant des occasions de « sérieux » ou d' »international » avant les vacances de Noël.

Surtout, tant que Sarkozy reste très impopulaire et qu’Hollande est le candidat du « tout sauf Sarkozy », il n’est pas vraiment exposé. De ce point de vue, les reports de voix d’un tour à l’autre sont parlants:
– selon BVA, le rapport est de 91/0 pour les électeurs Mélenchon, 70/13 pour les électeurs Joly (bien plus que le 3/4-1/4 « habituel »), 52/23 pour les électeurs Bayrou (impressionnant, alors même qu’un 50/50 serait déjà plutôt mauvais pour le candidat UMP), 48/43 pour les électeurs Villepin (dramatique pour Sarkozy, alors même que Villepin est réduit à 2-3%, dont on aurait pu croire qu’il s’agissait d’un noyau plus à droite), 38/62 pour les électeurs Boutin (à prendre avec prudence étant donné la faiblesse de l’échantillon, mais montrant que cet électorat n’est pas seulement un ancien électorat Villiers et est méfiant à l’égard du Président), 47/28 pour les électeurs Dupont-Aignan (à prendre là encore avec prudence, mais découlant probablement d’un fort continent d’ex-chevènementiste dans cet électorat), 35/35 pour les électeurs Le Pen (chiffre évidemment catastrophique puisque, si le Président ne parvient pas à revenir à un rapport 1/3-2/3 voire 1/4-3/4, il ne peut espérer gagner);
– selon IPSOS, les rapports sont comparables, même si plus polarisés et donc un peu moins dramatiques en ce qui concerne l’électorat Le Pen: 85/4 pour Mélenchon, 86/4 pour Joly, 40/30 pour Bayrou, 32/36 pour Le Pen;
– selon l’IFOP, qui ne donne malheureusement que la ventilation sur les exprimés, sans détailler ceux qui rallient l’abstention ou le vote blanc, le rapport est de 93/7 pour Mélenchon, 82/18 pour Joly, 69/31 pour Bayrou (un score de cauchemar pour Sarkozy !), 44/56 pour Villepin (à peine mieux que chez BVA); la seule bonne nouvelle vient des électeurs Le Pen, avec un rapport 36/64 pour Sarkozy, enfin plus en adéquation avec l’objectif à atteindre (si le score de second tour est plus serré chez IFOP, ce n’est d’ailleurs pas sans lien, à l’évidence).

Une autre série de données, fournies par l’IFOP, est intéressante en ce qui concerne les « incertains » du premier tour. Ils sont, globalement, 46%. Mais ils sont seulement 34% parmi les électeurs Le Pen (un très mauvais point pour un Sarkozy qui aura décidément beaucoup de difficultés à recréer une dynamique comme celle du premier tour de 2007), 36% parmi ceux de Sarkozy, 39% parmi ceux de Hollande et 41% parmi ceux de Mélenchon. En revanche, le « marais » central est logiquement fluctuant: 68% d’incertains chez Bayrou et 74% chez Joly (pourtant pas vraiment centriste). Ici encore, les chiffres sont bons pour François Hollande s’il creuse ce chemin du « sérieux » et de la modération: il a plus à gagner chez Bayrou que Sarkozy et, évidemment, chez Joly.

On peut ici remarquer le porte-à-faux des candidats Bayrou et Joly par rapport à leur électorat. Eva Joly est plus à gauche que ses électeurs et, sous la pression de l’appareil Vert, n’a pas saisi l’aspiration de cet électorat à la défaite de Sarkozy, même par un candidat aussi peu anti-nucléaire que François Hollande; alors qu’elle s’éloigne du candidat Hollande (qui, tactiquement, a intérêt à créer le « clash » avec les Verts, décidément bien trop gourmands, comme ils l’ont été à Paris en 2001 ou aux dernières régionales bretonnes, expérience que Jean-Yves Le Drian pourra faire partager au candidat socialiste), ses électeurs se reporteraient massivement sur celui-ci.

De même, François Bayrou, au nom de l’intérêt supérieur de la nation et de la « guerre » économique et financière, pourrait in fine avoir intérêt à se « vendre » à Sarkozy, le plus faible et donc le plus à même de lui faire des offres importantes, gouvernementales et législatives. Mais son électorat est beaucoup plus partagé et n’aime pas la personnalité de Sarkozy, bien plus qu’en 2007, où ce sont plutôt les déçus de Ségolène Royal qui avaient rallié Bayrou.

Les 74% d’incertains d’Eva Joly pencheraient vers Hollande (23%), Mélenchon (11%), Bayrou (10%), Nihous (9%: beaucoup d’électeurs ne comprennent décidément rien au mouvement CPNT et à la vraie nature libertaro-gauchiste des Verts !) et Sarkozy pour seulement 6%.  Les 68% d’incertains de François Bayrou pencheraient vers Hollande (16%), Sarkozy (12%), Joly (6%), Morin (6%), Villepin (5%).

Enfin, les 34% d’incertains de Marine Le Pen pencheraient à hauteur de 10% pour Nicolas Sarkozy, de 5% pour Hollande et de 4% pour Bayrou, ce qui montre surtout que cet électorat populaire (Marine Le Pen est à 29% chez les ouvriers, juste derrière Hollande) serait d’abord tenté par l’abstention s’il désertait son « héroïne ».

Au total, François Hollande reste en position de bénéficier de défections dans le marais central et Nicolas Sarkozy, s’il bénéficie marginalement d’une exposition médiatique plus importante et de ses efforts internationaux, ne progresse pas significativement. Sa seule valeur ajoutée désormais (le Président rigoureux et sauveur face à l’abyme financier) dépend du bon vouloir de quelques analystes dans les agence de notation et pourrait se révéler à double tranchant, alors que l’électorat populaire, peu sensible aux résultats du G20 ou de tout autre sommet international, est solidement ancré chez Marine Le Pen, dans une logique proche de celle des plus belles années de son père.

2. Car Nicolas Sarkozy reste sous la menace de Marine Le Pen. Nous l’avions rappelé lorsqu’elle s’était rapprochée des 15% (avec 16,5 de moyenne); cela est encore plus vrai quand elle remonte vers les 20% (autour de 18-19 désormais).

La crise internationale la favorise sans effort, alors même que sa campagne fait du sur-place, qu’elle n’est plus la « nouveauté » du moment et que les médias ont clairement compris qu’il ne fallait pas trop la mettre en valeur, comme en janvier-février 2011 (ce serait plutôt le candidat Poutou qui bénéficierait de l’attention des médias de gauche qui, à force d’articles disant que Poutou est « inconnu », font en réalité sa campagne… l’influence LCR n’est pas morte dans une certaine presse française, orpheline de 1968 et de son cher facteur…).

Avec un Bayrou plus institutionnel, plus rigoureux que les rigoureux, un certain électorat rebelle pourrait de nouveau, contrairement à 2007 où le « vieux chef » du FN était en bout de course, et faute de mieux, rejoindre la candidate du « ni droite ni gauche ». S’il est certes douteux qu’elle dépasse les 20% au final, c’est plutôt un effondrement de Sarkozy qui pourrait la propulser au second tour: le Président n’en est plus à un revirement près (chaque fois qu’il a semblé se modérer et devenir plus sérieux et maître de lui, il a de nouveau repris son activisme brouillon) et, surtout, les affaires pendantes (essentiellement Karachi) pourraient très bien revenir le hanter. Auquel cas, un Bayrou en posture de Poincaré pourrait très bien venir grignoter le Président sur l’aile gauche de celui-ci et précipiter sa chute.

3. Les « petits » candidats sont à la peine et aucun n’émerge, en particulier pas Hervé Morin, dont il est douteux que l’officialisation de la candidature produise une quelconque dynamique, lorsque l’on constate l’ironie médiatique ambiante à son égard. D’aucuns pourraient même s’interroger sur sa capacité à recueillir les 500 signatures, alors que les barons du NC (il est vrai en priorité les ministres de Nicolas Sarkozy…) refusent de le suivre ou traînent des pieds. Mais le potentiel d’élus locaux est important pour le NC et le problème pour Morin sera plutôt d’exister jusqu’en avril 2012. Peut-être préfèrera-t-il renoncer de lui-même plutôt que de connaître un score peu supérieur à l’unité et donc de risquer un putsch au sein du NC qui ne manquerait pas de suivre ou une dissolution dans un mouvement de centre-droit plus large avec les centristes de l’UMP.

4. Enfin, remarquons que, pour ce cycle électoral, l’IFOP semble avoir une longueur d’avance.

Ses échantillons sont plus étoffés. Ses résultats sont les plus proches de la moyenne des instituts, ce qui n’est certes pas forcément un gage de raison mais permet tout de même de constater que les évolutions sont moins erratiques à l’IFOP que chez LH2, BVA ou CSA.

Autant IPSOS était le plus sérieux et le plus efficace en 2007, autant l’IFOP (déjà performant en 2007, toutefois) semble être devenu l’institut de référence. Harris et OpinionWay, si décriés, sont plutôt des bonnes surprises à ce jour. SOFRES, BVA et LH2 déçoivent; IPSOS également mais en partant de haut, ce qui n’est pas la même chose; en sens inverse, CSA a progressé, mais en partant de très bas.

Ces jugements sont bien sûr fortement sujets à caution et ne pourront être confirmés ou infirmés qu’au vu des résultats définitifs…