Derniers sondages IPSOS, IFOP et BVA: le début de la « normalisation » et une situation toujours difficile pour le Président sortant

 

IPSOS-Logica Business Consulting
France Télévisions, Radio France, Le Monde
28-29 octobre 2011
échantillon: 970

Hollande 35 (+3)
Sarkozy 24 (+3)
Le Pen 19 (+3)
Mélenchon 6 (-2)
Bayrou 5,5 (=)
Joly 6 (+1)
Villepin 2 (-2)
Arthaud 1 (=)
Poutou 1 (+0,5)
Dupont-Aignan 0,5 (=)

Hollande 62
Sarkozy 38

___________________________

BVA
Le Parisien
4-5 novembre 2011
échantillon: 973

Hollande 36 (-3)
Sarkozy 25 (+2)
Le Pen 18 (-1)
Mélenchon 5 (-1)
Bayrou 6 (-1)
Joly 5 (+1)
Arthaud 0 (-2)
Poutou 0 (=)
Chevènement 1 (non testé)
Villepin 3 (non testé)
Morin 0 (non testé)
Boutin 0,5 (non testée)
Dupont-Aignan 0,5 (non testé)
Nihous 0 (non testé)

Hollande 61 (-3)
Sarkozy 39 (+3)

___________________________

IFOP
Paris-Match, Europe 1
2-4 novembre 2011
échantillon: 1843 électeurs inscrits parmi un échantillon total de 2056

Hollande 32,5 (-3)
Sarkozy 25,5 (+0,5)
Le Pen 19 (+2)
Mélenchon 6 (=)
Bayrou 7 (+0,5)
Joly 4,5 (=)
Villepin 2 (=)
Dupont-Aignan 1 (+0,5)
Morin 1 (=)
Lepage 1 (+0,5)
Boutin 0 (-0,5)
Nihous 0 (-0,5)
Arthaud 0 (-0,5)
Poutou 0,5 (=)
Chevènement 0 (=)

Hollande 57 (-3)
Sarkozy 47 (+3)

Le « régime de croisière » étant désormais enclenché, avec les principaux candidats en place (nous reviendrons dans un autre article sur la fausse incertitude de la candidature Sarkozy), cette série de 3 sondages révèle un début de « normalisation« .

1. C’est la cas pour François Hollande, qui redescend quelque peu de sa stratosphère sondagière. Toutefois, il est, au plus bas, à 32,5% et chute plus fortement chez BVA où il était à des niveaux quasi-anormaux.

Rien de véritablement inquiétant ne se dessine pour lui tant qu’il reste au-dessus de 30%. D’ailleurs, dans le sondage IPSOS, pour le second tour, le choix est déclaré comme définitif par 79% des électeurs, ce qui montre encore combien un fort contingent de Français n’ont qu’une idée en tête, quelles que soient les circonstances internationales et intérieures, quel que soit le nom du candidat: battre Sarkozy.

Le sondage IFOP pour le premier tour montre des résultats détaillés qui sont édifiants: François Hollande a une répartition très homogène de son score sur l’ensemble des tranches d’âge, des territoires et des CSP. Sa candidature « attrape-tout » est confirmée et il est ainsi en mesure de faire face à des faiblesses ponctuelles dans tel ou tel électorat. Toujours selon l’IFOP, au second tour, il gagne dans toutes les catégories et dans tous les âges, sauf chez les plus de 65 ans (mais chez les retraités, il est majoritaire), chez les indépendants et employeurs et chez les artisans et commerçants (il est d’ailleurs douteux que ce soit une force pour Nicolas Sarkozy en période de remontée de Marine Le Pen et avec les dernières mesures fiscales prises par son gouvernement).

L’émergence de la candidature Mélenchon a fait long feu, alors que les autres candidats de la gauche extrême piétinent dans la marginalité la plus totale; si Eva Joly semble avoir stoppé sa lente mais régulière chute, elle ne rebondit pas nettement. Dans le même temps, le frémissement de la candidature Bayrou après le retrait de Jean-Louis Borloo ne se confirme pas, même s’il reste le « quatrième homme » (sauf pour IPSOS, mais cet institut le place toujours en retrait de la moyenne depuis le début 2001). Aussi, François Hollande semble tranquille sur sa gauche comme sur sa droite.

En outre, si cette période de « ventre mou », jusqu’en janvier, est délicate pour lui à gérer, l’UMP n’est pas véritablement en mesure d’en profiter; les « succès » de Sarkozy sont troublés par des Merkel, Papandréou et Berlusconi décidément peu au fait des nécessités intérieures françaises…; les oppositions internes au PS sont silencieuses (fatiguées ou empêchées de diviser par la victoire hollandaise à la primaire; seule Martine Aubry, même lâchée immédiatement par les delanoïstes, aura une capacité de nuisance mais son poste de première secrétaire l’handicapera peut-être plus qu’autre chose si elle ne veut pas apparaître comme la responsable d’un échec en 2012) et elles-mêmes divisées (Hamon sous surveillance, Fabius attaqué par Montebourg,…); Montebourg, décidément un excellent allié pour Hollande, a perturbé la ré-annonce de (fausse) candidature de Chevènement.

2. La seule faiblesse importante de François Hollande à terme, c’est l’inexpérience et l’absence de perception d’une « présidentialité » forte. Il est en baisse et désormais à égalité avec Nicolas Sarkozy sur la capacité à réduire les déficits et la dette selon IPSOS. Il est clair que son image internationale et sa crédibilité doivent être travaillées. Il a probablement raison, toutefois, de ne pas s’emballer en gaspillant des occasions de « sérieux » ou d' »international » avant les vacances de Noël.

Surtout, tant que Sarkozy reste très impopulaire et qu’Hollande est le candidat du « tout sauf Sarkozy », il n’est pas vraiment exposé. De ce point de vue, les reports de voix d’un tour à l’autre sont parlants:
– selon BVA, le rapport est de 91/0 pour les électeurs Mélenchon, 70/13 pour les électeurs Joly (bien plus que le 3/4-1/4 « habituel »), 52/23 pour les électeurs Bayrou (impressionnant, alors même qu’un 50/50 serait déjà plutôt mauvais pour le candidat UMP), 48/43 pour les électeurs Villepin (dramatique pour Sarkozy, alors même que Villepin est réduit à 2-3%, dont on aurait pu croire qu’il s’agissait d’un noyau plus à droite), 38/62 pour les électeurs Boutin (à prendre avec prudence étant donné la faiblesse de l’échantillon, mais montrant que cet électorat n’est pas seulement un ancien électorat Villiers et est méfiant à l’égard du Président), 47/28 pour les électeurs Dupont-Aignan (à prendre là encore avec prudence, mais découlant probablement d’un fort continent d’ex-chevènementiste dans cet électorat), 35/35 pour les électeurs Le Pen (chiffre évidemment catastrophique puisque, si le Président ne parvient pas à revenir à un rapport 1/3-2/3 voire 1/4-3/4, il ne peut espérer gagner);
– selon IPSOS, les rapports sont comparables, même si plus polarisés et donc un peu moins dramatiques en ce qui concerne l’électorat Le Pen: 85/4 pour Mélenchon, 86/4 pour Joly, 40/30 pour Bayrou, 32/36 pour Le Pen;
– selon l’IFOP, qui ne donne malheureusement que la ventilation sur les exprimés, sans détailler ceux qui rallient l’abstention ou le vote blanc, le rapport est de 93/7 pour Mélenchon, 82/18 pour Joly, 69/31 pour Bayrou (un score de cauchemar pour Sarkozy !), 44/56 pour Villepin (à peine mieux que chez BVA); la seule bonne nouvelle vient des électeurs Le Pen, avec un rapport 36/64 pour Sarkozy, enfin plus en adéquation avec l’objectif à atteindre (si le score de second tour est plus serré chez IFOP, ce n’est d’ailleurs pas sans lien, à l’évidence).

Une autre série de données, fournies par l’IFOP, est intéressante en ce qui concerne les « incertains » du premier tour. Ils sont, globalement, 46%. Mais ils sont seulement 34% parmi les électeurs Le Pen (un très mauvais point pour un Sarkozy qui aura décidément beaucoup de difficultés à recréer une dynamique comme celle du premier tour de 2007), 36% parmi ceux de Sarkozy, 39% parmi ceux de Hollande et 41% parmi ceux de Mélenchon. En revanche, le « marais » central est logiquement fluctuant: 68% d’incertains chez Bayrou et 74% chez Joly (pourtant pas vraiment centriste). Ici encore, les chiffres sont bons pour François Hollande s’il creuse ce chemin du « sérieux » et de la modération: il a plus à gagner chez Bayrou que Sarkozy et, évidemment, chez Joly.

On peut ici remarquer le porte-à-faux des candidats Bayrou et Joly par rapport à leur électorat. Eva Joly est plus à gauche que ses électeurs et, sous la pression de l’appareil Vert, n’a pas saisi l’aspiration de cet électorat à la défaite de Sarkozy, même par un candidat aussi peu anti-nucléaire que François Hollande; alors qu’elle s’éloigne du candidat Hollande (qui, tactiquement, a intérêt à créer le « clash » avec les Verts, décidément bien trop gourmands, comme ils l’ont été à Paris en 2001 ou aux dernières régionales bretonnes, expérience que Jean-Yves Le Drian pourra faire partager au candidat socialiste), ses électeurs se reporteraient massivement sur celui-ci.

De même, François Bayrou, au nom de l’intérêt supérieur de la nation et de la « guerre » économique et financière, pourrait in fine avoir intérêt à se « vendre » à Sarkozy, le plus faible et donc le plus à même de lui faire des offres importantes, gouvernementales et législatives. Mais son électorat est beaucoup plus partagé et n’aime pas la personnalité de Sarkozy, bien plus qu’en 2007, où ce sont plutôt les déçus de Ségolène Royal qui avaient rallié Bayrou.

Les 74% d’incertains d’Eva Joly pencheraient vers Hollande (23%), Mélenchon (11%), Bayrou (10%), Nihous (9%: beaucoup d’électeurs ne comprennent décidément rien au mouvement CPNT et à la vraie nature libertaro-gauchiste des Verts !) et Sarkozy pour seulement 6%.  Les 68% d’incertains de François Bayrou pencheraient vers Hollande (16%), Sarkozy (12%), Joly (6%), Morin (6%), Villepin (5%).

Enfin, les 34% d’incertains de Marine Le Pen pencheraient à hauteur de 10% pour Nicolas Sarkozy, de 5% pour Hollande et de 4% pour Bayrou, ce qui montre surtout que cet électorat populaire (Marine Le Pen est à 29% chez les ouvriers, juste derrière Hollande) serait d’abord tenté par l’abstention s’il désertait son « héroïne ».

Au total, François Hollande reste en position de bénéficier de défections dans le marais central et Nicolas Sarkozy, s’il bénéficie marginalement d’une exposition médiatique plus importante et de ses efforts internationaux, ne progresse pas significativement. Sa seule valeur ajoutée désormais (le Président rigoureux et sauveur face à l’abyme financier) dépend du bon vouloir de quelques analystes dans les agence de notation et pourrait se révéler à double tranchant, alors que l’électorat populaire, peu sensible aux résultats du G20 ou de tout autre sommet international, est solidement ancré chez Marine Le Pen, dans une logique proche de celle des plus belles années de son père.

2. Car Nicolas Sarkozy reste sous la menace de Marine Le Pen. Nous l’avions rappelé lorsqu’elle s’était rapprochée des 15% (avec 16,5 de moyenne); cela est encore plus vrai quand elle remonte vers les 20% (autour de 18-19 désormais).

La crise internationale la favorise sans effort, alors même que sa campagne fait du sur-place, qu’elle n’est plus la « nouveauté » du moment et que les médias ont clairement compris qu’il ne fallait pas trop la mettre en valeur, comme en janvier-février 2011 (ce serait plutôt le candidat Poutou qui bénéficierait de l’attention des médias de gauche qui, à force d’articles disant que Poutou est « inconnu », font en réalité sa campagne… l’influence LCR n’est pas morte dans une certaine presse française, orpheline de 1968 et de son cher facteur…).

Avec un Bayrou plus institutionnel, plus rigoureux que les rigoureux, un certain électorat rebelle pourrait de nouveau, contrairement à 2007 où le « vieux chef » du FN était en bout de course, et faute de mieux, rejoindre la candidate du « ni droite ni gauche ». S’il est certes douteux qu’elle dépasse les 20% au final, c’est plutôt un effondrement de Sarkozy qui pourrait la propulser au second tour: le Président n’en est plus à un revirement près (chaque fois qu’il a semblé se modérer et devenir plus sérieux et maître de lui, il a de nouveau repris son activisme brouillon) et, surtout, les affaires pendantes (essentiellement Karachi) pourraient très bien revenir le hanter. Auquel cas, un Bayrou en posture de Poincaré pourrait très bien venir grignoter le Président sur l’aile gauche de celui-ci et précipiter sa chute.

3. Les « petits » candidats sont à la peine et aucun n’émerge, en particulier pas Hervé Morin, dont il est douteux que l’officialisation de la candidature produise une quelconque dynamique, lorsque l’on constate l’ironie médiatique ambiante à son égard. D’aucuns pourraient même s’interroger sur sa capacité à recueillir les 500 signatures, alors que les barons du NC (il est vrai en priorité les ministres de Nicolas Sarkozy…) refusent de le suivre ou traînent des pieds. Mais le potentiel d’élus locaux est important pour le NC et le problème pour Morin sera plutôt d’exister jusqu’en avril 2012. Peut-être préfèrera-t-il renoncer de lui-même plutôt que de connaître un score peu supérieur à l’unité et donc de risquer un putsch au sein du NC qui ne manquerait pas de suivre ou une dissolution dans un mouvement de centre-droit plus large avec les centristes de l’UMP.

4. Enfin, remarquons que, pour ce cycle électoral, l’IFOP semble avoir une longueur d’avance.

Ses échantillons sont plus étoffés. Ses résultats sont les plus proches de la moyenne des instituts, ce qui n’est certes pas forcément un gage de raison mais permet tout de même de constater que les évolutions sont moins erratiques à l’IFOP que chez LH2, BVA ou CSA.

Autant IPSOS était le plus sérieux et le plus efficace en 2007, autant l’IFOP (déjà performant en 2007, toutefois) semble être devenu l’institut de référence. Harris et OpinionWay, si décriés, sont plutôt des bonnes surprises à ce jour. SOFRES, BVA et LH2 déçoivent; IPSOS également mais en partant de haut, ce qui n’est pas la même chose; en sens inverse, CSA a progressé, mais en partant de très bas.

Ces jugements sont bien sûr fortement sujets à caution et ne pourront être confirmés ou infirmés qu’au vu des résultats définitifs…

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3 réactions sur “Derniers sondages IPSOS, IFOP et BVA: le début de la « normalisation » et une situation toujours difficile pour le Président sortant

  1. En effet, il est logique que Hollande retrouve des scores plus « classiques » une fois l’élan de la primaire retombé. Un score de 39% est tout bonnement inimaginable et j’aurais même tendance à penser qu’il finira en dessous des 30% (et autour des 54% au second tour). En tout cas rien n’a vraiment changé et les sondages demeurent très bons pour le PS. Hollande fait sans doute mieux à ne pas trop s’exposer maintenant (même si bien sûr il ne doit pas devenir « invisible »).

    Au fait, as-tu inclu ces 3 sondages dans ton « tracker » de lundi dernier, ou seulement celui d’IPSOS ?

    • Seulement IPSOS.
      La date de publication a été malheureusement très tardive par des médias qui voulaient probablement éviter le « trou noir » du week-end.
      Ou des instituts ayant mis beaucoup de temps à « traiter » les données…
      Le monde de l’enquête d’opinion politique en France reste bien en-deçà du monde britannique (les Etats-Unis ne s’en sortent que par le nombre, car la qualité est quand même très inégale et le désordre règne en maître…). Mais, il est vrai que peu de pays ont des sondages réguliers et fiables (ne parlons ni de l’Espagne, ni de l’Italie, ni du Japon… même l’Allemagne n’est pas excellente). A part les Britanniques, peut-être les pays scandinaves, mais c’est à peu près tout.

      • Pour ce qui est des sondages, je pense que la quantité suffit largement à compenser la qualité. Il suffit de voir ce qu’arrive à faire Nate Silver, malgré les Rasmussen et les Zogby… Quand on a beaucoup de mauvais sondages, on peut toujours les pondérer correctement et en retirer une moyenne assez prédictive.

        Le vrai problème en France est certainement que les médias commandent peu de sondages, ce qui veut dire que dès qu’un sondage paraît on le prend pour argent comptant car on n’a pas d’élément de comparaison… Quand tu as lancé ton « tracker » je pensais qu’il y aurait au moins un sondage par semaine pour l’alimenter dans la phase post-primaire. En fin de compte, je pense que l’exercice perd beaucoup de son intérêt dans de telles circonstances.

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