Derniers sondages CSA et IFOP: François Hollande n’est pas sérieusement en danger, dans un contexte de polarisation

 

CSA
BFM TV, 20 Minutes, RMC
14-15 novembre 2011
échantillon: 822 inscrits parmi un échantillon total de 1001

Hollande 34 (-1)
Sarkozy 27 (+2)
Le Pen 16 (=)
Mélenchon 5 (=)
Bayrou 7 (-2)
Joly 4 (+1)
Arthaud 1 (=)
Poutou 0,5 (=)
Chevènement 1 (+1)
Villepin 1,5 (-0,5)
Morin 1 (=)
Boutin 0,5 (-1)
Dupont-Aignan 1 (+0,5)

Hollande 59 (-3)
Sarkozy 41 (+3)

___________________________

IFOP
La Lettre de l’Opinion
14-16 novembre 2011
échantillon: 1146 inscrits parmi un échantillon total de 1243

Hollande 32,5 (-3)
Sarkozy 26 (+0,5)
Le Pen 19 (=)
Mélenchon 7 (+1)
Bayrou 6 (-1)
Joly 4 (-0,5)
Villepin 1,5 (-1,5)
Dupont-Aignan 1 (=)
Morin 0,5 (-0,5)
Lepage 0,5 (-0,5)
Boutin 0,5 (+0,5)
Nihous 0,5 (+0,5)
Arthaud 0,5 (+0,5)
Poutou 0,5 (=)
Chevènement 0 (=)

1. Le premier constat semble être un tassement de François Hollande.

Mais cette évolution n’est pas fondamentalement inquiétante pour lui. En premier lieu, la remontée de Nicolas Sarkozy est limitée et ne lui permet en aucune façon de regagner tout le terrain perdu à l’occasion de la disparition de Jean-Louis Borloo. D’ailleurs, l’effritement constant de Dominique de Villepin et la descente dans les profondeurs d’Hervé Morin montrent que se fait jour simplement une polarisation du camp de droite, rien de plus.

Deuxièmement, aucune autre candidature de gauche n’émerge. La progression de Mélenchon en septembre ne se confirme pas et Eva Joly reste durablement déprimée. D’ailleurs, l’épisode chaotique de l’accord PS-EELV se termine par un résultat perdant-perdant, le PS ayant certes fait preuve d’un peu de cacophonie, mais la candidate verte ayant montré des dissensions fortes avec l’appareil d’EELV, qui souhaite entrer dans les combinaisons politiciennes que répudie sa candidate. Sur le fond, les propositions qui ont fait, à tort ou à raison, la spécificité hollandaise pendant la campagne de la primaire du PS (création de postes dans l’Education nationale et contrat de génération) bénéficient d’une approbation massive selon CSA (65 et 80% respectivement).

De surcroît, même François Bayrou semble stoppé dans son ascension décelée à la mi-octobre. D’où qu’elles viennent autour de lui, les candidatures alternatives ne mordent donc pas sur Hollande.

Enfin, son score de second tour reste impressionnant et le regain de popularité du Président ne fait que le « propulser » d’un faible 30 à un encore flageollant 35… Le pronostic de gain pour la gauche reste proche des 60%, au lieu d’être, à l’excès, au-dessus de cette barre. La normalisation se poursuit donc et Hollande reste nettement au-dessus des 30%.

2. Dans le camp adverse, non seulement Nicolas Sarkozy est loin de retrouver tout le terrain perdu par Borloo, Morin et Villepin, mais il reste à portée de tir de Marine Le Pen qui, sans retrouver ses niveaux du 1er trimestre 2011, profite manifestement des effets de la crise et de la mauvaise image du « concert européen », pour poursuivre un certain grignotage et reprendre une partie du terrain perdu pendant l’été.

En outre, il est clair que la position nouvellement présidentielle de Nicolas Sarkozy reste fragile.

Ses allusions à l’allaitement de sa fille, après avoir professé un refus absolu de parler de vie privée, montrent que tout retour aux mauvaises habitudes n’est pas écarté… Plus fondamentalement, sa candidature reste dangereusement dépendante des agences de notation. Et les affaires ne sont pas loin. Si François Hollande a désigné, à la surprise générale, Bernard Cazeneuve comme l’un des porte-parole de sa campagne, c’est bien parce que ce dernier est un « spécialiste » de l’affaire Karachi. Nul ne doit se tromper sur le fait qu’il est prêt à utiliser des arguments « lourds » sur le sujet.

La droite reste fragile, avec un affrontement Copé-Fillon déjà délétère, la poursuite d’une attitude dure de Sarkozy à l’égard du centre-droit qui risque d’aliéner beaucoup d’élus tentés par un Bayrou moins gauchisé, un Borloo qui apporte surtout du désordre et de l’amateurisme et non un utile soutien centriste et une aile centriste de l’UMP qui pense déjà à l’après-2012.

Le fait que les candidatures Morin, Boutin (financièrement menacée, semble-t-il), Dupont-Aignan et Nihous ne décollent pas ne sont pas véritablement rassurantes, dans la mesure où elles n’apporteraient que des miettes à Sarkozy et où une diversité minimale serait profitable une fois la campagne officielle ouverte.

3. Certes, quelques nuages pourraient troubler le ciel « hollandais ».

Manifestement, Martine Aubry ne s’est pas entièrement ralliée. Les palinodies sur l’accord PS-EELV ne sont peut-être pas dues au hasard. Lorsqu’elle parle de « François Hollande et moi », le « moi et François Hollande » n’est pas loin. Globalement, Hollande est encore un chef de meute plus qu’un leader absolu: il n’est pas encore le Mitterrand de janvier 1981; il reste pour le moment davantage un « primus inter pares » au sein des éléphants du PS.

Mais il est vrai que, comme prévu, Hollande a réussi à briser l’équipe Aubry des primaires, Delanoë reprenant son indépendance et Hamon sombrant dans l’aigreur autarcique. Tant que Hollande peut utiliser Montebourg pour créer la confusion dans l’aile gauche du parti et à l’extérieur parmi les Chevènement et Mélenchon, tout ira bien pour lui. Les caciques, les barons locaux et toute l’aile modérée sont massivement derrière lui et la seule faiblesse majeure, en termes d’événements de campagne, pourrait être un éclaboussement de Moscovici par les miasmes du strauss-kahnisme finissant.

A moyen terme, en revanche, la menace Bayrou reste réelle. Hollande ne pourra se positionner à l’excès comme un Barre de gauche, sauf à favoriser inopportunément Mélenchon, Joly et consorts. Or, la dégradation prévisible de la situation française, voire de sa notation, redonnera de l’air à la candidature Bayrou, qui pourrait regagner la marge ex-strauss-kahnienne, jusque là préemptée par François Hollande. Le mois de janvier sera probablement décisif à cet égard.

En soi, ce ne serait pas forcément un problème pour François Hollande, si l’on ne sentait pas un tropisme plus droitier de Bayrou. Ses critiques sont également réparties entre droite et gauche, loin de l’anti-sarkozysme quasi-viscéral des années 2007-2009. Surtout, ses nouveaux soutiens (Arthuis, Lambert, quelques députés NC, des déçus du borlooisme) vont le tirer vers le centre-droit. Enfin, il est plus susceptible de bien se « vendre » auprès de Sarkozy qu’auprès d’Hollande, car Sarkozy, coincé entre un centre-droit qui déteste sa personne et un électorat FN tellement aigri des promesses non tenues de la campagne de 2007, aura éminemment besoin d’un ralliement de Bayrou au second tour.

4. Toutefois, en l’état actuel des choses, le buzz médiatique sur la campagne Hollande qui « gripperait » est une invention pour alimenter le feuilleton de l’élection et tenter de patienter jusqu’à Noël… Les chiffres fondamentaux de François Hollande restent bons et la remontée de Sarkozy, réelle, n’efface le terrain perdu qu’en partie seulement.

Il est d’ailleurs probable que cette remontée se poursuive. Mais son sort reste suspendu au maintien des « AAA » et « Aaa » et se situe toujours sous la menace d’une Le Pen qui reste incroyablement forte parmi les classes populaires (36% chez les ouvriers selon l’IFOP). De plus, la polarisation autour des 3 grands candidats (primat non remis en cause à gauche -chez les classes moyennes et surpérieures- pour François Hollande, reconquête de l’électorat traditionnel de droite -indépendant et âgé- par Sarkozy, prédominance renforcée de Le Pen dans l’électorat populaire) ne fait pas entièrement les affaires du Président, coincé entre la vulgate démagogique du FN et la raison tranquille et anti-bling-bling du socialisme pâle à la hollandaise.

Je publierai prochainement une courbe actualisée de mon indicateur agrégé, qui montrera que l’effet « primaire » profite toujours à François Hollande et que sa retenue est pour le moment sa meilleure arme: ne pas répondre au cirque médiatique qui voudrait l’emporter dans son tourbillon quotidien est un gage de longévité dans cette campagne…

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