Dernier sondage BVA: confirmation de la « normalisation » de Hollande au 1er tour et de la faiblesse structurelle de Sarkozy pour le 2nd tour

 

BVA
RTL, Orange, presse régionale
18-19 novembre 2011
échantillon: 784 électeurs inscrits parmi un échantillon total de 957

Hollande 32 (-4)
Sarkozy 27 (+2)
Le Pen 18 (=)
Mélenchon 5 (=)
Bayrou 7 (+1)
Joly 4 (-1)
Villepin 2 (-1)
Chevènement 3 (+2)
Arthaud 0 (=)
Poutou 0 (=)
Dupont-Aignan 1 (+0,5)
Boutin 0 (-0,5)
Morin 1 (+1)
Nihous 0 (=)

Hollande 58 (-3)
Sarkozy 42 (+3)

1. Comme avec le sondage LH2 publié hier, il convient ici de faire preuve de grande prudence. L’échantillon de BVA est en effet descendu en dessous du seuil des 800 en termes d’électeurs inscrits, ce qui commence à être dangereux pour la fiabilité de ses enquêtes.

Plus généralement, le flux médiatique ambiant est plus favorable à la parole du pouvoir en place, en raison de l’enchaînement d’événements qui
– mettent en valeur l’action présidentielle et gouvernementale, sur le fond comme dans le temps de parole (beaucoup de commentateurs semblent avoir déjà oublié que le PS dispose d’une telle avance en matière de temps de parole à la sortie des primaires qu’un rattrapage assez significatif est inévitable et a forcément des effets),
– minimisent la place de l’UMP, dont le rôle semble désormais réduit à celui d’auxiliaire du Président pour « chasser » aux marges du socle de base du Président,
– cantonnent le PS et son candidat au rôle d’opposant au gouvernement et non au Président.

La période n’est de toute façon pas favorable au candidat Hollande et il a probablement raison de ne pas trop insister, car ce serait peine perdue et les déclarations ou promesses qu’il ferait aujourd’hui, avant la fin 2011, pour « occuper l’espace », lui reviendraient en boomerang en début d’année 2012. Il doit surveiller le candidat Bayrou, qui est le plus dangereux pour lui, dans la mesure où une remontée de l’extrême-gauche n’irait de toute façon pas bien loin, Mélenchon canalisant tout cela à merveille, bien mieux finalement que ce qui reste des communistes… Mélenchon est la dernière incarnation du communisme à la Marchais, tonitruant, démagogique, mais toujours derrière la gauche de gouvernement et toujours rallié à l' »institution ».

2. L’érosion de François Hollande n’est donc pas à ce jour -il faut le répéter- inquiétante pour lui. La mini-percée de Jean-Pierre Chevènement n’est probablement qu’un « feu de paille » et sa candidature est tout sauf certaine (lire notre précédent article sur les petits candidats). Surtout, en considérant les reports de second tour, il apparaît clairement que, comme pour Nicolas Dupont-Aignan, son aura est davantage liée au souverainisme et au rejet de l’Europe qu’à une progression de la gauche de la gauche.

Un paramètre commence toutefois d’être plus gênant pour François Hollande, c’est la force de Marine Le Pen et la remontée de Nicolas Sarkozy auprès de l’électorat populaire, notamment ouvrier. Pour le moment, Sarkozy n’y est pas suffisamment fort et le rejet parmi les CSP+ à son égard est tel qu’il compense tout recul de Hollande parmi l’électorat populaire.

Néanmoins, si la campagne électorale redevenait celle d’une élection à gagner « au peuple », Nicolas Sarkozy pourrait ici tenter crânement sa chance, malgré le sentiment inévitable de « déjà vu » par rapport à 2007.

Ainsi qu’il a déjà été écrit, nous sommes plutôt sur une élection à gagner « au centre », mais la fluidité croissante des situations politiques, liée au fonctionnement de plus en plus « réflexe » de l’opinion et à la quête effrénée du « nouveau » par les médias, pourrait fragiliser cette interprétation.

3. Le chemin reste fort long pour Sarkozy, tant il est clair que l’électorat de centre et de centre-droit et les CSP+ sont méfiants à son endroit. Le score de second tour, qui est un simple retour à la situation de juin-juillet, est éloquent: aucun sondage ne donne Hollande à moins de 58% à ce jour.

Les reports de voix sont parlants:
– l’électorat Mélenchon se répartit à 85/2/13 entre Hollande, Sarkozy et l’abstention, confirmant que le recul de Hollande à l’extrême-gauche ne vaut pas pour le second tour, lorsqu’il s’agit de battre l' »ennemi commun »;
– l’électorat Joly se répartit à 67/8/25, accusant là encore un déficit par rapport à l’impact habituel de la droite, plus proche de 20%;
l’électorat Bayrou se répartit à 37/32/31, ce qui constitue un léger mieux pour le Président, sans être toutefois suffisant, car l’électorat Bayrou s’est probablement « borlooisé » entretemps et il n’est donc pas illogique que Sarkozy regagne ici quelques points;
– les électorats Villepin et Morin (si tant est que de tels échantillons aient une quelconque signification…) se reportent seulement à 51/21/28 et 24/47/19: la perte est ici considérable pour le Président et le rejet de sa personne, relevé tant de fois, est bien confirmé;
– les électorats Chevènement et Dupont-Aignan se ressemblent davantage: 39/41/20 et 12/15/73, sans véritable impact pour les deux candidats, le jeu n’étant pas (encore ?) celui de la France, de la nation et du peuple contre l’Europe, l’internationalisme et les élites;
l’électorat Le Pen reste inhabituellement favorable au candidat socialiste: 37/31/32 et ces chiffres montrent combien Sarkozy doit à la fois reconquérir une partie de l’électorat bourgeois modéré mais aussi faire oublier sa « trahison » de l’électorat populaire qui l’avait suivi en 2007  dans sa « rupture ».

Bien entendu, les motifs ne manqueront pas pour alimenter une campagne Le Pen partie trop tôt et qui fait face aux limites « professionnelles » du FN: « victimisation » à l’occasion de la collecte, toujours et forcément, difficile des 500 signatures; « cirque » international qui se poursuit; probable dégradation de la notation de la France; retour des « affaires ».

Mais ces mêmes motifs ne seront pas favorables à un Sarkozy en quête de représidentialisation. Le dilemme est le même pour lui. Il doit à la fois effacer l’image vibrionnante, bling-bling et peu européenne auprès de l’électorat modéré et des classes moyennes et supérieures; et en même temps ne pas se couper de cette frange populaire qui aura mille raisons de soutenir une Le Pen remédiatisée en 2012, puis de se réfugier dans l’abstention ou de préférer quand même Hollande.

Il ne faut pas oublier quelques éléments structurels:
– Nicolas Sarkozy continue de battre des records d’impopularité, en niveau absolu comme en niveau relatif ou dans la durée,
– la droite est au pouvoir depuis 10 ans, ce qui devient un maximum dans tout Etat européen, semble-t-il,
les gouvernements en place en Europe font les frais des difficultés économiques: cela n’a pas de rapport avec leur positionnement gauche ou droite, mais plutôt au hasard des calendriers électoraux nationaux; les « malades » Espagne, Portugal, Italie, Grèce, Irlande ont vu leurs gouvernements tomber; les « bien portants » et les « rescapés » Suède, Finlande, Suisse, Pologne reconduisent leurs majorités. Le cas du Danemark est même là pour montrer qu’au-delà d’une certaine durée, même en cas de relative bonne santé économique, la majorité change.

Ne reprenons donc pas trop vite le refrain sur un éventuel retournement de tendance.

Notre indicateur agrégé sera actualisé ce soir et nous donnera bien plus sûrement la réalité du moment.

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Une réflexion sur “Dernier sondage BVA: confirmation de la « normalisation » de Hollande au 1er tour et de la faiblesse structurelle de Sarkozy pour le 2nd tour

  1. ça fait donc 4 nouveaux sondages cette semaine. Bon, au moins l’influence de LH2 sera contenue et l’indicateur nous montrera une vraie tendance.

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