Dernier sondage OpinionWay: François Bayrou va-t-il progresser et dans quel but ?

 

OpinionWay-Fiducial
LCI, Le Figaro
23-24 novembre 2011
échantillon: 952 électeurs inscrits parmi un échantillon total de 1034

Hollande 30
Sarkozy 26
Le Pen 18
Mélenchon 7
Bayrou 7
Joly 5
Villepin 1
Chevènement 1
Arthaud 1
Poutou 1
Dupont-Aignan 1
Boutin 1
Morin 1

Hollande 58
Sarkozy 42

1. Ce sondage OpinionWay se situe dans la moyenne globale des sondages les plus récents et confirme l’érosion de François Hollande, qui reste cependant au-dessus des 30%, seuil élevé et probablement important sur le plan psychologique s’il le franchissait à la baisse.

François Hollande est toujours très solide au second tour et les reports de voix sont toujours aussi problématiques pour le Président sortant:
– les électeurs Mélenchon se répartiraient à  63/8/29 entre les votes Hollande, Sarkozy et abstention-blanc-nul;
– les électeurs Joly se ventileraient 49/6/45;
– les électeurs Bayrou 47/20/33;
– les électeurs Le Pen 21/28/51;
– les abstentionnistes du 1er tour 23/11/66.

La proportion de répondants ne choisissant pas entre Hollande et Sarkozy est ici très forte, mais la ventilation de ceux qui expriment un choix est conforme aux résultats des autres enquêtes, avec un fort taux de déchet pour Sarkozy dans l’électorat Le Pen et un fort tropisme de l’électorat Bayrou vers Hollande.

Parmi les petits candidats, le fait qu’OpinionWay ne retienne pas de demi-points explique cette rafale de résultats à 1%. Il convient de souligner la marginalisation complète de Dominique de Villepin, qui obtient là son plus mauvais score. Les quelques velléités de progression chez Chevènement ne sont pas confirmées.

2. L’évolution intéressante à suivre dans les prochaines semaines, qui devraient par ailleurs être globalement calmes et sans surprise, sera celle de François Bayrou.

Il est pour le moment à peu près à son étiage de 2002 et il lui sera difficile de rééditer l’exploit de 2007. Toutefois, il est probable qu’il soit désormais le seul à pouvoir troubler les 3 « grands » candidats.

Ses attaques plus précises et médiatiquement plus porteuses sont réservées au PS et à EELV. Il est clair qu’il compte reprendre le marais électoral du centre et séduire les anciens adeptes du « strauss-kahnisme » à l’extérieur du PS. La rigueur en matière de finances publiques, mais aussi la cacophonie socialo-verte, devraient l’aider. Eva Joly semble durablement discréditée (dans toutes les catégories de sympathisants, sauf ceux d’EELV, plus de 60% des répondants au sondage d’OpinionWay sont favorables à son retrait), même si les Verts ne peuvent plus vraiment reculer: elle a été désignée à l’issue de la primaire et les conditions ne sont pas du tout les mêmes que celles de 2002 lorsqu’Alain Lipietz a dû renoncer. François Bayrou est probablement en mesure de capter des déçus de cet accord électoral PS-EELV, dont il sait exploiter chaque faille.

Le « bruit » médiatique reste étonnamment défavorable à François Hollande, alors que les problèmes sont plutôt du côté des Verts et que tant le nucléaire que le veto de la France au Conseil de sécurité de l’ONU ne sont pas les premiers sujets de préoccupation des Français. Mais le martèlement médiatique, même sans fondement solide, se transforme souvent en prédiction auto-réalisatrice et des électeurs potentiels pourraient bien finir par fuir Hollande pour cette seule raison.

Sans se forcer, tant la défiance à l’égard de la personne du Président est persistante, il pourra probablement progresser également parmi les orphelins d’un Villepin retiré de la course, d’une Lepage finalement pas candidate, voire d’une Boutin désargentée et sans signatures ou d’un Morin qui peinerait à recueillir les 500 signatures (même si cela serait étonnant).

La dégradation de la notation de la France et l’aggravation probable de la crise européenne finiront par le servir: certes, l’électorat populaire risque de retrouver ses réflexes de 2005, mais l’électorat CSP+ devrait en partie rallier l' »original » en matière d’engagement européen et de rigueur budgétaire, que Bayrou incarne, même si cela est largement artificiel, plutôt que les copies « Hollande » et « Sarkozy », eux-mêmes d’ailleurs contraints de penser au « peuple » sous peine de voir Marine Le Pen progresser encore et les menacer, et donc de modérer leur profil « rigoureux » et « international ».

François Bayrou dispose donc clairement de marges de progression et il est probable qu’il s’élève au-dessus des 10% prochainement, ce qui serait psychologiquement important pour lui.

3. Mais pour faire quoi ?

Malgré un accord avec les Verts dont on peut se demander pourquoi il a été conclu (vieille mauvaise conscience idéologique des socialistes, qui n’ont jamais assumé un Bad Godesberg ? subtilité tactique des Verts encore meilleure que tout ce que l’on pouvait redouter ? divisions entre socialistes ?), l’orientation donnée par Hollande et les Sapin, Moscovici, Rebsamen, Ayrault est clairement sociale-démocrate.

Logiquement, la rencontre avec Bayrou devrait être beaucoup plus aisée qu’en 2007. Mais est-ce bien l’intérêt de Bayrou ?

Tant que les socialistes n’abandonnent ni les Verts (toujours gauchisés, malgré l’élargissement d’Europe-Ecologie et à la suite du rejet d’une ligne Hulot), ni le Front de Gauche, il sera difficile à Bayrou de rallier le PS, d’autant qu’il ne serait qu’un appoint peu utile.

A l’inverse, pour un Sarkozy coincé entre des électeurs modérés qui ont de si grandes réticences à son égard et un FN redevenu aussi menaçant qu’en 1997 ou 2002, François Bayrou est la seule planche de salut. Celui-ci pourra donc se « vendre beaucoup plus cher » auprès du Président, qu’il ne critique plus que de manière impersonnelle.

Le récent mouvement de ralliement des quelques habituels dissidents du NC (Folliot, Vigier), des « centristes du centre » (Arthuis et son Alliance centriste), de quelques fortes personnalités incarnant une idée particulière (Lambert et l’équilibre des finances publiques, Bourlange et l’Europe, Lamassoure pour les deux, même si ces deux derniers sont pour le moment en attente de ralliement) ou de quelques anciens poids lourds (ou moyens) de l’ex-UDF (Bosson, Idrac), va dans le sens d’une droitisation de Bayrou. De même que les bruits de sortie des centristes de l’UMP après 2012 (Méhaignerie, Daubresse), ce qui signerait la reconstitution de l’ancienne UDF, manifestement totalement ratée par l’ARES de Borloo.

François Bayrou négociant Matignon avec Sarkozy et/ou la reconstitution d’une UDF forte ? Cela apparaît de plus en plus plausible, avec un Sarkozy actionnant Alain Juppé, lui-même heureux de pouvoir gêner Fillon et Copé, voire de se retrouver à cette occasion à Matignon avec l’appui d’un Bayrou numéro 2 du gouvernement (à Bercy ou dans un ministère régalien).

En réalité, cela dépendra clairement du rapport de forces du premier tour. François Bayrou, contrairement à ce qu’il peut dire, n’aura probablement aucun principe en la matière, juste un immense pragmatisme face à l’intérêt de son avenir politique personnel…

– Hollande très fort au premier tour, avec une vraie dynamique et Sarkozy très affaibli ? Quel besoin de s’associer à un « loser » assuré: Bayrou tentera soit de se substituer aux Verts et à Mélenchon comme allié privilégié d’un Hollande « schrödérisé » (peu probable), soit au contraire de devenir le véritable futur opposant à Hollande.

– Hollande en difficulté et Sarkozy remis en selle ? Bayrou négociera avec Sarkozy. Celui-ci, s’il perdait, ne serait d’ailleurs pas pénalisé par un renforcement de la position de Bayrou, tant il aura envie de sa revanche en 2017 et aura donc tout intérêt à avoir des contrepoids face aux Copé et Fillon qu’il faudra bien marginaliser….

– Hollande et Sarkozy décevants et Marine Le Pen haute ? Bayrou se rallierait au plus offrant, mais ce serait pour lui la pire situation, car il se retrouverait dans le camp des « élites » face à la candidate « du peuple » assurée de devenir l’opposante officielle du nouveau pouvoir.

Au final, 2012 devrait offrir une situation plus favorable à Bayrou que 2007, alors même qu’il est peu probable qu’il puisse atteindre le même score…

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