Indicateur du 26 décembre 2011: qui va chuter en janvier ?

1. Les bons sondages pour Bayrou se traduisent dans notre indicateur. Bayrou y passe pour la première fois le seuil des 10% et ce n’est probablement pas fini pour lui, qui est prêt à engranger de tous côtés.

Hollande est désormais retourné sur ses niveaux antérieurs à l' »effet primaire ». Le schéma de transfert Borloo->Hollande->Bayrou que pourrait laisser entrevoir notre graphique est évidemment trop simpliste, même si une frange centriste cherche clairement son candidat. Elle est un peu orpheline de DSK et Sarkozy ferait bien de s’en rapprocher, car il ne perdra rien sur sa droite qu’il n’a déjà perdu (en tous les cas, il perdra moins).

2. C’est bien ici que se situe le dilemme pour Hollande et la dangerosité du mois de janvier.

– Bayrou est à la hausse, même si probablement trop tôt et trop vite. Hollande doit pourtant veiller à cet électorat centriste si méfiant à l’égard de Sarkozy et qui avait trouvé en DSK la panacée. Il doit probablement renoncer à une partie du programme socialiste dès maintenant et se montrer rigoureux et sérieux, pour éviter que Bayrou (qui a déjà cette image et aura davantage le loisir de se montrer plus « social ») n’empiète trop sur sa base.

– Dans le même temps, Hollande doit mobiliser la gauche et l’anti-sarkozysme primaire. Un Mélenchon qui piétine et une Joly en mal de crédibilité et de bons scores saisiront toute occasion qu’ils auront de manger la laine gauchiste ou gauchisante sur le dos du brave Hollande. Or, Hollande ne peut commettre l’erreur de Jospin en 2002. Il est désormais contraint, alors qu’il ne réussit pas à se maintenir au-dessus de 30%, de rassurer l’électorat de gauche traditionnel.

3. Bien sûr, la perte du triple A et les problèmes internationaux, comme la hausse du chômage, pourraient bien lui apporter l’air dont il a désormais besoin et mettre la pression sur le seul Sarkozy.

En revanche, si ce dernier réussit à apparaître comme un recours face à une crise encore plus profonde, il pourrait parasiter la campagne de Hollande. Pour autant, Sarkozy ne peut souhaiter que Bayrou dépasse Hollande: il perdrait le second tour. Il faut donc casser la dynamique du socialiste, tout en le gardant comme punching ball jusqu’au soir du second tour.

Le Président sortant est toutefois loin de ces considérations. Il doit d’abord simplement assurer sa qualification au second tour qui n’est pas encore assurée… Certes, il a remobilisé la droite traditionnelle et semble avoir solidifié sa base, mais il ne regagne toujours pas le centre-droit, ni l’électorat populaire retourné au FN. Le « plafond de verre » est épais et incassable à ce jour…

(cliquez sur le graphique pour plus de visibilité)

Eva Joly pourrait bien passer sous les 4%. Villepin ne confirme pas son rebond. Mélenchon fait du sur-place.

3. Au second tour, le resserrement se poursuit très lentement. La réalité serait de toute façon tout autre. Il est clair que le rejet de Sarkozy joue ici à plein. La perspective du second tour est lointaine et les sondages sont ici davantage une mesure des souhaits que des intentions véritables de vote. Aux alentours du 1er mai, le score serait plutôt aux environs de 53-54 pour Hollande. Ce qui reste fort respectable.

(cliquez sur le graphique pour plus de visibilité)

Le mois de janvier sera captivant, car très ouvert. Qui parviendra à maîtriser le flux médiatique en sa faveur ? ou simplement à éviter les vagues négatives ?

François Hollande finit 2011 comme le favori, même si fragile, par défaut et sans enthousiasme. Nicolas Sarkozy est Nicolas Sarkozy, Président sortant en période de grave crise économique et financière: a priori, il devrait rejoindre les perdants irlandais, grec, portugais, italien, espagnol. Mais la préisdentielle française reste un exercice bien particulier et, avec l’aide d’un Bayrou désormais électron totalement libre et totalement opportuniste, il pourrait éventuellement créer une surprise, même si j’en doute très fort.

Dernier sondage OpinionWay: François Bayrou poursuit sa (trop ?) rapide progression au détriment des « deux grands »

 

OpinionWay-Fiducial
Les Echos, Radio Classique
16-19 décembre 2011
échantillon: 913 électeurs inscrits parmi un échantillon total de 983

Hollande 27
Sarkozy 24
Le Pen 16
Bayrou 14
Mélenchon 7,5
Joly 4
Villepin 2
Chevènement 0,5
Arthaud 0,5
Poutou 1
Dupont-Aignan 1
Boutin 1
Morin 1
Lepage 0,5
Nihous non testé

Hollande 57
Sarkozy 43

1. Ce sondage OpinionWay apporte la confirmation de ce qui va rester comme le seul événement sondagier du mois de décembre: la percée de François Bayrou.

Celle-ci s’effectue apparemment par transferts successifs de Hollande, puis de Sarkozy et de nouveau de Hollande, même si, ainsi que le montrent les premières enquêtes de panel d’IPSOS, sa progression vient probablement autant de gens non mobilisés précédemment que d’emprunts aux autres candidats. De ce point de vue, l’élargissement de la base des suffrages exprimés diminue d’autant la part relative en intentions de vote de ceux qui se contentent de se stabiliser, comme Sarkozy ou Joly.

L’institut IPSOS suit désormais un échantillon stable de « volontaires », ce qui permet une analyse des transferts d’intentions de vote. C’est évidemment très intéressant, même si les biais sont évidents: le panel est forcément plus politisé que la moyenne française et le sera de plus en plus, comprenant son « rôle » dans cette étude. Il peut aussi être plus « intéressé » (dans les deux sens du terme: politiquement et… financièrement) et donc ne pas se comporter « naturellement ». Les données seront donc à prendre avec prudence, mais constituent un outil supplémentaire à ne pas négliger.

Globalement cela nous amène à regretter que, dans leurs publications, les sondeurs n’indiquent pas systématiquement le nombre de « suffrages exprimés » et le nombre d’hésitants, afin de tenir compte de ces mouvements de mobilisation (primaire du PS, entrée en lice de Bayrou et Villepin) ou de démobilisation (affaire DSK, sortie de Borloo).

2. Mais, aussitôt, la question se pose: Bayrou ne progresse-t-il pas trop vite ? Nous avions prévu son franchissement du seuil de 10%, puis de 12%, mais pour janvier seulement et certainement pas en imaginant une poursuite du mouvement vers 15% et au-delà.

OpinionWay n’est qu’un sondage, mais la tendance est claire. Certes, celle-ci trouvera à se prolonger avec la perte du triple A, les ennuis de refinancement de la dette italienne en février, l’écriture complexe du nouveau traité européen et la mise en place laborieuse du FESF et du MSE, jusqu’en mars. Cependant, les électeurs se lassent vite et tant Hollande que Sarkozy pourront trouver des contre-feux.

Attention donc pour Bayrou à savoir négocier un élargissement de ses thèmes de campagne et un renouvellement des « événements » de campagne. Rien n’est moins sûr pour lui, qui avait déjà connu ce phénomène de peaking précoce en 2007, venant tutoyer les scores de Royal un mois trop tôt et atteignant son sommet alors que le sprint final n’était pas entamé. Va-t-il plafonner encore plus tôt cette année ?

Dans l’intervalle, la fragilisation de Hollande (par perte de dynamique, notamment médiatique – même si cela est temporaire, le temps d’épuiser l’excédent accumulé pendant la primaire) et de Sarkozy (par resserrement de l’écart avec Le Pen et par piétinement sur le seuil des 25%, qui correspond à une très forte mobilisation mais de son seul camp, au sens très strict) est déjà satisfaisante pour Bayrou.

3. En termes de reports de voix et de second tour, peu de changements en revanche.

Hollande reste dominant dans l’électorat Mélenchon (67/1/32), même si ce chiffre de 32% vers l’abstention est surprenant: un premier signe de lassitude de l’électorat extrême à l’égard du social-démocrate Hollande ? ou un sondeur qui maîtrise mal les reports, comme nous avions pu le voir lors de la primaire du PS ou dans de précédents sondages en novembre ?

Hollande reste également fort dans l’électorat Joly (43/3/54), mais seulement par différence avec Sarkozy, avec la même remarque que précédemment. Toutefois, les résultats « qualitatifs » du précédent sondage OpinionWay reçoivent une forme de confirmation ici, avec des difficultés d’image pour Hollande dans « l’autre gauche ».

Hollande reste suffisamment fort dans les électorats Bayrou (34/30/36) et Le Pen (23/28/49, score plus rassurant pour lui que ce que l’on avait pu voir dans les deux dernières semaines) pour gêner Sarkozy. Surtout que les indécis du premier tour lui donnent 21% au second tour (contre 6% pour Sarkozy et 73% d’abstention confirmée).

Certes, il n’est plus accroché aux 60%, mais il reste clairement au-dessus des 55%. Rien d’inquiétant à ce jour, même si le côté « vainqueur par défaut » ne fait que se renforcer.

Sarkozy semble buter sur des plafonds de verre, au premier comme au second tour. Sa constance dans la représidentialisation finira-t-elle par payer ?

4. Notons enfin que Villepin ne confirme pas son précédent frémissement et que le franchissement des 7% par Mélenchon demandera, lui aussi, confirmation. Les petits candidats poursuivent leur ballet entre 0 et 1%, avant de connaître le… balai des 500 signatures.

Indicateur du 19 décembre 2011: vers une configuration 2007 inversée ?

1. Dans la page « indicateur agrégé », vous pourrez découvrir les nouvelles règles de pondération des sondages dans notre indicateur. Avec la publication plus régulière de ces derniers, il est possible de réduire leur poids plus rapidement dans le temps. Cela rejoint en outre la logique d’accélération constante de la campagne électorale et la tendance à une volatilité croissante, et jusqu’à l’ultime moment, de l’électorat dans les pays européens.

2. La récente émergence de François Bayrou est désormais nette dans notre indicateur. C’est la grande nouveauté des deux semaines passées.

Dans le même temps, le tassement de François Hollande, le plafonnement de Nicolas Sarkozy et le maintien à haut niveau de Marion « Marine » Le Pen pourraient faire penser à une configuration 2007 inversée par couples: candidats PS et UMP d’une part, avec un Sarkozy connaissant les affres de l’inquiétude d’une élimination de justesse au premier tour; candidats FN et MoDem d’autre part, avec une Le Pen en embuscade, comme Bayrou l’était en 2007.

(cliquez sur le graphique pour plus de visibilité)

Le léger rebond de Villepin demande confirmation tant il est proche de la zone des « petits » candidats. Jean-Luc Mélenchon semble durablement incapable de s’affirmer au-delà de 7% et la décrue structurelle d’Eva Joly apparaît à peine enrayée.

3. Au second tour, le premier resserrement significatif depuis le début de l’indicateur. Certes, le score a déjà atteint par Nicolas Sarkozy pendant la phase de crise de l’été, mais les sondages de second tour étaient alors beaucoup plus rares.

(cliquez sur le graphique pour plus de visibilité)

Les évolutions récentes sont donc porteuses de suspense, même s’il convient d’être prudent et de rappeler que la situation est structurellement dégradée pour le Président sortant et que les électeurs, surtout de gauche mais aussi de droite, sont conscients des risques de « 21 avril à l’envers ».

Derniers sondages IFOP, OpinionWay et Harris: la tectonique des plaques s’est enclenchée et le paysage bouge dangereusement pour Hollande et Sarkozy

 

IFOP
le JDD.fr
13-15 décembre 2011
échantillon: 937 inscrits sur un échantillon total de 1008

Hollande 27,5
Sarkozy 24
Le Pen 20
Bayrou 11
Mélenchon 6,5
Joly 5
Villepin 3,5
Arthaud 0
Poutou 0
Chevènement 0,5
Morin 0,5
Boutin 0
Dupont-Aignan 0,5
Lepage 1
Nihous 0

Hollande 56
Sarkozy 44

___________________________

OpinionWay – Fiducial
Le Figaro, LCI
13-15 décembre 2011
échantillon: 912 inscrits parmi un échantillon total de 1001

Hollande 29
Sarkozy 25
Le Pen 17
Bayrou 11
Mélenchon 6
Joly 3
Villepin 3
Dupont-Aignan 1,5
Morin 1
Lepage 0,5
Boutin 1
Nihous non testé
Arthaud 0,5
Poutou 1
Chevènement 0,5

Hollande 57
Sarkozy 43

___________________________

Harris Interactive
LCP-Assemblée Nationale
13-15 décembre 2011
échantillon: 1031

Hollande 28
Sarkozy 25
Le Pen 19
Bayrou 11
Mélenchon 6
Joly 4
Villepin 3
Dupont-Aignan 1
Morin 0,5
Lepage 0,5
Boutin 0,5
Nihous 0
Arthaud 0,5
Poutou 0
Chevènement 1

Hollande 57
Sarkozy 43

1. Débutons par deux remarques générales.

La série de 3 sondages réalisés au milieu de cette semaine est là pour démentir ceux qui doutent des enquêtes d’opinion. La convergence de Bayrou vers 11% est remarquable, celle de Villepin vers 3% également. En contrepoint, elle montre que certains instituts continuent de se démarquer et l’évolution des chiffres chez LH2 notamment ne peut manquer de surprendre: ses résultats sont toujours aussi erratiques et distants de ceux du consensus de la majorité des autres instituts.

D’autre part, la perméabilité de nombre de Français à la présence médiatique est toujours étonnante. Il suffit que Bayrou et Villepin officialisent leur candidature pour qu’ils gagnent respectivement 4 et 2 points. Bien entendu, on pourrait argumenter que cela vaudra en sens inverse et qu’ils retomberont à leurs niveaux habituels prochainement.

Ce n’est probablement pas le cas, car, manifestement, la tectonique des plaques a débuté ou s’est accélérée à l’approche de la « trêve » de fin d’année.

2. L’émergence de François Bayrou est claire et très significative chez tous les sondeurs. Nous avons déjà souligné dans le précédent article qu’il est probablement en mesure de poursuivre son ascension aux dépens de Nicolas Sarkozy une fois perdue la note AAA, après avoir grignoté les soutiens rose pâle ou vert pâle de François Hollande et d’Eva Joly.

Plus étonnante encore est sa progression chez les professions intermédiaires et les employés (respectivement 18 et 17% dans le sondage IFOP. OpinionWay décèle également une avancée dans l’électorat populaire. Est-il en train de répéter, par le nationalisme industriel à la Marchais, le succès de Sarkozy en 2007 dans ses visites d’usines et ses slogans sur le travail ?

N’allons pas trop vite en besogne, mais relevons quand même cette progression, pas si étonnante si l’on se souvient, comme je l’ai déjà rappelé, qu’il cache bien son héritage démocrate-chrétien et européen et qu’il avait au contraire déjà montré, en 2007, ses accents poujadistes et anti-système.

S’il conduit bien sa campagne, une alliance subtile, même si totalement incongrue, de la carpe du « centre » et du lapin du « peuple » pourrait le mener loin. Mon article sur les élections gagnées « au centre » et celles gagnées « au peuple » serait alors à compléter d’un codicille sur le centre ayant réussi à gagner au peuple…

J’arrête là les conjectures, mais pour oser une autre hypothèse audacieuse… François Bayrou semble de nouveau rencontrer un petit succès chez les jeunes: peut-être y a-t-il là matière à comparaison avec le succès des « partis pirates » dans les pays germaniques et scandinaves. Ces jeunes partiellement libertaires, mais surtout ultra-consommateurs (contrairement aux Verts plus « historiques », tout aussi « libéraux » du point de vue moral et sociétal, mais anti-libéraux en économie), tout en se piquant de « civisme » ou d’esprit « rebelle » (ah, télécharger gratuitement Lady Gaga, aux frais du contribuable, quelle belle avancée de la liberté et des droits humains…!), n’ont pas encore su s’organiser en France, mais l’aspect « trublion » et « décalé » du MoDem qui avait fait fureur parmi ces jeunes engagés politiquement mais non-alignés, en 2007, pourrait de nouveau séduire cette frange minoritaire mais certainement très présente dans une jeunesse dont les sujets de préoccupation ne dépassent pas le cadre des différents… « écrans » dans lesquels ils vivent.

3. François Bayrou, menaçant pour Hollande et désormais encore davantage pour Sarkozy: qu’en est-il de Villepin ?

Le parallélisme du tassement de Sarkozy et du petit sursaut de Villepin pourrait laisser penser à un transfert. Il n’en est rien au regard des chiffres de nos sondeurs. En réalité, Villepin ratisse sur absolument tout l’éventail politique. Il semble surtout répondre à des électeurs abstentionnistes dans les précédentes enquêtes. C’est également partiellement le cas de Bayrou.

Voilà qui expliquerait l’impact d’une présence médiatique et d’une déclaration de candidature: les indécis et ceux qui ne s’intéressent à la politique qu’à un rythme mensuel permettent en large partie à Bayrou et Villepin de rebondir. Hollande et Sarkozy ne s’effriteraient donc que parce que le nombre de ceux qui se prononcent s’élargit. Cela doit également conduire à s’interroger sur la solidité et la pérennité de ce soutien.

Ne forçons cependant pas le trait: Le Pen et Mélenchon restent stables, en particulier la leader du FN, qui est de nouveau à un très haut niveau. Or, cela signifierait qu’eux également ont trouvé la capacité de rallier des abstentionnistes.

Cela veut bien dire que des mouvements assez profonds sont à l’oeuvre. L’accélération du rythme politique et médiatique dans la deuxième quinzaine, voire la deuxième semaine de janvier, pourrait bien conduire à quelques surprises et à quelques déstabilisations.

Enfin, nous voici entrés dans le vif du sujet ! On ne peut que s’en réjouir !

4. Les instituts semblent prendre l’habitude de publier désormais les reports du premier au second tour, ce qui est une excellente idée, même si l’on doit fortement dégrader la note de ceux qui ramènent ces chiffres uniquement sur la base des exprimés, soit un total Hollande-Sarkozy à 100%, ce qui est évidemment stupide et inintéressant, notamment eu égard à l’importance du « déchet » abstentionniste dans l’électorat de Marion (dite « Marine ») Le Pen.

Pour Harris, la répartition Hollande/Sarkozy se fait à 100/0 dans l’électorat Mélenchon, 93/7 dans l’électorat Joly, 63/37 dans l’électorat Bayrou, ce qui paraît un peu élevé et 37/63 dans l’électorat Le Pen, ce qui serait inespéré pour le Président dans la période actuelle.

L’IFOP et OpinionWay divergent quelque peu, mais nous donnent des ventilations comprenant les abstentionnistes et indécis:
– électorat Mélenchon: 78/0/22 et 71/12/17, ce qui reste assez similaire,
– électorat Joly: 77/6/17 et 53/1/46, ce qui ne peut manquer de s’expliquer par l’étroitesse de l’échantillon, mais confirme au moins que l’électorat écologiste est définitivement et totalement perdu pour le Président, ce qui est cohérent avec son tropisme plus à gauche aujourd’hui,
électorat Bayrou: 41/23/26 et 44/17/39, ce qui est étonamment proche et reste bien défavorable à Sarkozy,
– électorat Le Pen: 20/43/37 et 23/28/49, ce qui dénoterait un rétablissement plus habituel des proportions chez IFOP mais une persistance d’un déficit sarkozyste dans cet électorat pour OpinionWay.

L’IFOP ajoute une ventilation 49/31/20 dans l’électorat Villepin, à prendre avec précaution, mais similaire à ce que nous avions relevé au printemps dernier lorsque Villepin était encore à des niveaux significatifs. Son électorat dispersé et, lorsqu’il vient de droite et du centre-droit, très anti-sarkozyste (le libéral, pro-américain et communautariste, selon cette frange probablement nostalgique des grands envolées gaulliennes, à défaut d’être vraiment gaullistes…) aurait évidemment quelque réticence à rejoindre le Président sortant. Cela confirme en revanche que la marge de progression de Villepine st faible, car ce type d’électorat n’est pas extensible à l’infini. Dupont-Aignan et Bayrou ne sont de toute façon pas très loin…

Les reports de voix s’amélioreraient donc légèrement pour le Président à l’extrême-droite, ce qui explique le tassement de François Hollande au second tour. Rien d’alarmant toutefois pour ce dernier, tant il reste nettement au-dessus des 55%. Le clignotant orange du premier tour (moins de 30% désormais) n’est qu’orange pâle étant donné le tassement de Sarkozy lui-même et il ne s’est pas encore allumé pour le second tour.

Avec grande précaution (OpinionWay travaille pour des médias éminemment favorable au Président sortant), considérons tout de même les questions posées sur le candidat le plus « capable de prendre des décisions difficiles« , ayant le plus « l’autorité d’un chef d’Etat » et le plus « capable de prendre les bonnes décisions face à la crise« : Sarkozy devance Hollande même chez les électeurs MoDem et Vertes et, très largement, chez les électeurs FN. Certes, Sarkozy est lui-même parfois devancé par le très français « aucun des deux »; mais cet élément de force pourrait l’aider dans un second tour serré, avec un Bayrou l’ayant rallié et avec une tempête financière internationale redoublée.

Pour ce qui est d' »avoir un projet » et d’être « proche des préoccupations des gens », il est bien entendu battu par Hollande: mais la crise imposant son propre projet et les préoccupations du moment, s’agira-t-il véritablement d’un avantage pour François Hollande ?

Oui, cette semaine apporte vraiment les premières véritables interrogations sur la solidité du candidat PS, qui reste l’immense favori au regard de l’anti-sarkozysme persistant (sa côte de popularité est de nouveau encarafée aux alentours des 35%), de l’étau de plus en plus serré Bayrou-Le Pen et des fumets des « affaires » qui persistent à se dégager des différentes procédures judiciaires en cours.

Mais attention pour lui à ne pas se faire entraîner par le Président, soit dans sa chute face à « ceux que l’on n’a pas encore essayés » (Bayrou et Le Pen), soit sur son terrain de la « guerre économique mondiale » (dont le président du conseil général de la Corrèze aura bien des difficultés à prouver que ses petits poings suffiront à la terrasser).

Le suspense est de nouveau là ! Inespéré ! Restez à l’écoute !

Derniers sondages LH2 et CSA: la dynamique Bayrou peut-elle sérieusement menacer… Sarkozy ?

 

LH2
Yahoo !
9-10 décembre 2011
échantillon: 953 inscrits

Hollande 31,5 (+1,5)
Sarkozy 26 (-3)
Le Pen 13,5 (-1,5)
Bayrou 13 (+6)
Mélenchon 6,5 (-0,5)
Joly 4,5 (-1,5)
Arthaud 0,5 (=)
Poutou 0 (-0,5)
Chevènement 0,5 (-1)
Villepin 1 (-1)
Morin 1 (+0,5)
Boutin 1 (+0,5)
Dupont-Aignan 1 (+0,5)
Lepage 0,5 (-0,5)
Nihous non testé

Hollande 57 (-1)
Sarkozy 43 (+1)

___________________________

CSA
20 Minutes, BFM TV, RMC
12-13 décembre 2011
échantillon: 859 inscrits parmi un échantillon total de 1006

Hollande 32 (-2)
Sarkozy 26 (-1)
Le Pen 16 (=)
Bayrou 11 (+4)
Mélenchon 6 (+1)
Joly 3 (-1)
Villepin 2 (+0,5)
Dupont-Aignan 0,5 (=)
Morin 0 (-1)
Lepage 0,5 (=)
Boutin 0,5 (=)
Nihous non testé
Arthaud 1 (=)
Poutou 0,5 (=)
Chevènement 1 (=)

Hollande 58 (-1)
Sarkozy 42

1. Il ya seulement dix jours, nous évoquions la menace Bayrou pour Hollande, pour, en réalité, l’écarter.

Aujourd’hui, alors que ma prévision d’un Bayrou au-dessus de 10 et en route vers les 12 se confirme encore plus rapidement qu’anticipé, c’est bien le président sortant qui pourrait être menacé par le centriste renaissant.

Ainsi que je l’ai déjà exposé, Bayrou n’est clairement plus dans son positionnement de centre-gauche qui lui avait permis de profiter, en 2007, des faiblesses de la campagne Royal. Son positionnement personnel, « humaniste », « social », fondé sur les réminiscences de 2007, lui offre de toute façon suffisamment d’espace à gauche pour pouvoir profiter de toute perte de régime plus importante de la campagne Hollande. La faiblesse de la candidature Joly et son positionnement très à gauche assurent également à Bayrou une partie de l’électorat écologiste, d’autant plus que Corinne Lepage n’est pas certaine, loin s’en faut, de poursuivre sa route jusqu’au dépôt de 500 signatures valides.

Mais, dans le même temps, l’essentiel de ses nouveaux soutiens provient du centre-droit et le tirera de ce côté-là. Surtout, Sarkozy reste sous la pression de Marine Le Pen et ne peut trop se recentrer. En outre, sa « représidentialisation », sa modération et son investisseement européo-rigoriste actuels vont subir un important revers lorsque la France va voir sa note dégradée et lorsque, fin février, l’Italie va avoir des difficultés à refinancer ses échéances de dette, sans compter l’enlisement des mécanismes FESF et MSE.

Alors, il sera facile à François Bayrou, soi-disant visionnaire sur l’équilibre des finances publiques (quelle que soit l’inanité d’une telle image), de récupérer entièrement l’électorat de centre-droit si sceptique à l’égard de Sarkozy, que ce soit sur l’Europe, le social ou le style.

La variable Villepin ne fera probablement que gêner davantage Sarkozy mais pas Bayrou: lorsqu’une dynamique négative s’enclenche d’un côté, elle contamine généralement assez rapidement les autres côtés:
– Sarkozy perdra sur sa gauche vers Bayrou après la perte du AAA et autre Aaa,
– sur sa droite vers Le Pen après une énième LFR de rigueur et le regain de bruit médiatique sur les « affaires », patiemment entretenues par les médias de gauche,
– mais aussi au coeur même de son électorat au profit de Villepin, tellement soutenu par les médias en général et surtout ceux de gauche (quel autre candidat à moins de 2% bénéficie d’une telle exposition médiatique ? que ce soit Dupont-Aignan, Arthaud, Lepage ou Morin, ils ont des raisons de se sentir floués…), lorsque Sarkozy, sous l’effet des 2 précédentes « fuites » d’électeurs et de la peur de perdre, reprendra son style agité.

2. Jusqu’où peut aller cette menace ?

Au pire, pourquoi Bayrou ne parviendrait-il pas à réoccuper tout l’ancien espace de l’UDF, que Borloo a lamentablement échoué à fédérer ? Et pourquoi ne parviendrait-il pas à dépasser un Président en perdition ?

Méfions-nous des chiffres de LH2 et de CSA, deux sondeurs apparemment relativement peu fiables en 2011. Rappelons que le précédent LH2 surestimait évidemment le Président à 29% et que la progression actuelle de Bayrou est donc visuellement excessive. Constatons que Marine Le Pen est manifestement sous-évaluée dans le présent LH2.

Un Bayrou au second tour n’est pas totalement exclu mais quand même hautement improbable. Que ce soit Barre en 1988 ou Balladur en 1995, tous les deux promis au moins au second tour, si ce n’est à l’Elysée, ils n’ont pas réussi à vaincre un Chirac détenteur de deux avantages qui sont aussi ceux de Sarkozy:
une capacité éprouvée à faire une bonne campagne, en particulier contre ses propres « amis »,
une machine partisane à leur service (quelles que soient les énormes arrière-pensées de Jean-François Copé).

Mais, si ce n’est pas directement, François Bayrou pourrait se révéler menaçant indirectement.

En rognant la gauche du Président, il risque bien de mettre celui-ci à portée de tir de Marine Le Pen qui, si elle ne progresse plus, reste très haute à environ 17%. Bayrou serait un peu au Sarkozy 2012 ce que Chevènement et Taubira furent au Jospin 2002.

Ainsi, nous retrouvons l’étau dans lequel se trouve le Président depuis le début: entre Le Pen et le centre, son espace est contraint. Même si ce ne serait plus le candidat socialiste modéré (DSK puis Hollande) qui jouerait le rôle de la mâchoire gauche de l’étau, mais Bayrou.

Un Bayrou flirtant avec les 15% à l’approche du printemps, des Nihous, Villepin, Morin, Dupont-Aignan parvenant malgré tout à être candidats et dispersant 2 à 3%, une Marine Le Pen plus proche des 20% qu’aujourd’hui et il n’est pas certain que François Hollande ait finalement besoin de faire campagne…

3. C’est l’autre enseignement du moment, ou plutôt la morne confirmation de ce que nous répétons semaine après semaine: la faiblesse structurelle de Sarkozy est telle que, quelles que soient les divisions à gauche, quels que soient les atermoiements socialistes et notamment au sein même de l’équipe de campagne hollandaise, le candidat du PS et du PRG reste à des hauteurs suffisantes pour lui permettre de se reposer en attendant les deux derniers mois de la bataille.

Des changements de pied sur le nucléaire, les retraites ? Des incertitudes sur la valeur des accords avec EELV, du programme du PS ? Des « affaires » locales dans le Pas-de-Calais ou dans les Bouches-du-Rhône ? Des dérapages multiples chez les Lang, Montebourg, Delanoë, Hamon ? Des éruptions et des erreurs chez les fidèles Lamdaoui, Sapin, Vallini ? Un manque de professionnalisme étonnant des « cadres » Moscovici, Valls, Le Roux ? Un apparent « relâchement » du candidat lui-même, pourtant averti de toutes les possibilités de bisbilles, de petites phrases, d’hypocrisies, devengeances cachées, de règlements de comptes offertes par la vie interne du PS ?

Non, François Hollande reste au-dessus des 30% au premier et des 55% au second tours. Evidemment, pour lui, la meilleure garantie de victoire, c’est l’anti-sarkozysme chevillé au corps des électeurs de gauche et d’une bonne partie de ceux du centre, avec un reste d’amertume du 21 avril 2002, un reste de frustration de l’occasion manquée de 2007 et un sentiment de trahison chez l’électorat populaire de 2007.

Certes, la certitude du choix au premier comme au second tour s’érode continûment chez CSA, mais elle reste respectivement de 47 et 67%, donc fort élevée. Certes, le pronostic de victoire n’est plus qu’à 41% pour Hollande (dans l’électorat en général comme au MoDem), mais il n’est qu’à 29% pour Sarkozy (et même 28% dans l’électorat FN et 26% dans l’électorat MoDem).

Mais les reports de voix (chez LH2) lui restent incroyablement favorables à moins de 5 mois du second tour: 94/6 chez les électeurs Mélenchon; 96/4 chez les électeurs Joly; 59/41 chez les électeurs Bayrou (alors même que Bayrou remonte fortement à 13% chez cet institut); 45/55 chez les électeurs Le Pen.

François Hollande peut laisser passer tranquillement cette phase jusqu’à la mi-janvier qui ne peut lui être favorable, avec les positionnements internes de ses futurs ministres ou « ministrables » et des futurs apparatchiki du parti, avec le persistant rattrapage médiatique des temps de parole, si favorables au PS en septembre-octobre, avec la valse des petits candidats et le « moment Bayrou », avec une situation financière internationale qu’il n’y a que des coups à prendre à trop tenter de « concurrencer » le Président en place.

Même à vide, la dynamique Hollande persiste. Même involontairement, son « timing » est bon. Même par défaut, sa victoire semble structurellement assurée.

Espérons, pour la beauté du combat politique et du suspense électoral, que la campagne, une fois enclenchée la deuxième vitesse (après la mi-janvier et probablement plutôt en février), nous réservera quelques surprises…

Derniers sondages IPSOS et BVA: Bayrou et Mélenchon progressent lentement, Sarkozy marque de nouveau le pas

 

IPSOS-Logica Business Consulting
France-Télévisions, Radio France, Le Monde
2-3 décembre 2011
échantillon: 955

Hollande 32
Sarkozy 25,5
Le Pen 17
Mélenchon 7,5
Bayrou 7
Joly 6
Arthaud 1
Poutou 0
Chevènement 0,5
Villepin 2
Morin 0,5
Boutin 0
Dupont-Aignan 0,5
Lepage 0,5
Nihous 0

Hollande 60
Sarkozy 40

___________________________

BVA
Aujourd’hui en France-Le Parisien
2-3 décembre 2011
échantillon: 798 inscrits parmi un échantillon total de 985

Hollande 35
Sarkozy 24,5
Le Pen 17
Mélenchon 7
Bayrou 9
Joly 3
Villepin 1
Dupont-Aignan 0,5
Morin 0
Lepage 1
Boutin 1
Nihous 0
Arthaud 0
Poutou 0
Chevènement 1

Hollande 59
Sarkozy 41

1. La décrue hollandaise semble ici stoppée, même si BVA a déjà été signalé comme un sondeur « à part ».  Le faible score de Joly et de Villepin peut expliquer cette situation. Toutefois, il semble que l’embellie soit bel et bien grippée pour le Président. Déjà, est-il tentant de dire.

Cela est aussi vrai pour le second tour, avec, dans le sondage IPSOS, un choix définitif déclaré par 81% des répondants… laissant peu d’espoir à ce stade pour Nicolas Sarkozy.

2. Les résultats en termes de report de voix se suivent et se ressemblent, avec une faiblesse structurelle du Président parmi l’électorat Le Pen et une force persistante du candidat socialiste auprès de l’électorat Bayrou.

La répartition Hollande/Sarkozy/abstention s’établit comme suit chez IPSOS et BVA:
– dans l’électorat Mélenchon, 77/2/21 et71/7/22
– dans l’électorat Joly, 82/7/11 et 73/8/19,
– dans l’électorat Bayrou, 44/31/25 et 52/22/26,
– dans l’électorat Le Pen, 22/35/43 et 19/38/43.

Hollande semble un peu moins fort ici parmi les lepénistes, mais le taux de « déchet » est tellement important que le Président sortant n’en profite que marginalement.

En outre, ces données sont toujours à prendre avec réserve. On ose à peine livrer les reports de voix estimés par BVA chez les électeurs Boutin ((57/37/6 pour Hollande !), Lepage (93/0/7 pour Hollande, même si c’est plus crédible), Chevènement (14/22/64, quoique le souverainisme pur et dur puisse justifier en partie cette répartition) et Villepin (30/14/56 même si la réduction de son électorat à son « club de fans » ou à sa « secte » peut éventuellement expliquer ces chiffres).

3. Il est intéressant de constater que la remontée de Bayrou, que nous pressentions, se confirme et que la décrue de Hollande ne le fait pas passer en dessous des 30%, ce que nous pensions également.

Le Président sortant semble avoir déjà atteint son « plafond de verre« . Marine Le Pen ne lui laisse décidément aucun espace de progression.

Bien entendu, le « feu » de la campagne pourra modifier ces équilibres apparemment très ancrés. Mais la ventilation actuelle semble tellement « logique » après ce quinquennat et la perception qu’en ont les Français que l’on se prend facilement à imaginer que l’élection est bel et bien jouée. Heureusement, la politique est un jeu à rebondissements et la surprenante faiblesse de l’équipe de campagne de François Hollande constituera probablement un réservoir non négligeable de surprises….

Derniers sondages SOFRES et IFOP: Bayrou peut-il sérieusement menacer Hollande ?

 

TNS-SOFRES
Le Nouvel Observateur, i-Télé
25-26 novembre 2011
échantillon: 1003 inscrits

Hollande 31
Sarkozy 28
Le Pen 16,5
Mélenchon 8
Bayrou 7
Joly 5
Arthaud 0,5
Poutou 0,5
Chevènement 0,5
Villepin 1
Morin 0,5
Boutin 0
Dupont-Aignan 1
Lepage 0,5

Hollande 60
Sarkozy 40

___________________________

IFOP
Atlantico.fr
29-30 novembre 2011
échantillon: 934 inscrits parmi un échantillon total de 1002

Hollande 29
Sarkozy 26
Le Pen 19,5
Mélenchon 7,5
Bayrou 8,5
Joly 4
Villepin 1,5
Dupont-Aignan 1
Morin 1
Lepage 0,5
Boutin 0,5
Nihous 0
Arthaud 0
Poutou 0
Chevènement 0,5

Hollande 56
Sarkozy 44

1. La décrue hollandaise se poursuit avec, pour la première fois depuis la primaire, un Hollande repassant en dessous des 30%.

Manifestement, il est grignoté à la fois sur sa gauche et sur sa droite, par Mélenchon qui assèche toute l’extrême-gauche et connaît un nouveau « mini-rebond » et par Bayrou qui commence à émerger.

Cette reprise du bayrouïsme est-elle destinée à durer ?

Bayrou bénéficie bien entendu de son exposition médiatique retrouvée, alors même que François Hollande pâtit encore de la trop grande consommation de temps médiatique de la primaire et de ses velléités, contrecarrées, de silence, de diète médiatique, le « buzz » étant toujours plus fort et ses « amis » ne souhaitant pas, eux, se taire.

Bayrou bénéficie aussi des errances de l’électorat de centre-droit, orphelin de Borloo, un temps rallié à Hollande après l’euphorie de la primaire et qui retrouve maintenant un réceptacle plus proche de ses idées, surtout avec les « nouveaux » soutiens de Bayrou, à savoir tous les égarés qui n’ont jamais intégré ni l’UMP, ni le NC.

Bayrou bénéficie enfin du fait que les médias lui attribuent une (pseudo-)préscience des problèmes actuels des finances publiques. A ce compte-là, Barre devrait ressusciter et être élu par 95% des voix… Mais l’essentiel n’est pas la vérité mais l’image et, de ce point de vue, la période est bonne pour Bayrou, d’autant plus qu’il maintient son tour de passe-passe de 2007: être « évidemment » Européen pour tous les modérés du centre-gauche au centre-droit, mais tout en restant étrangement silencieux sur l’Europe, voire en adoptant des accents poujadistes peu compatibles avec l’héritage schumanien. Mais les candidats réellement « Européens » sont aujourd’hui tellement peu nombreux qu’il sait qu’il n’a pas besoin d’en rajouter pour de toute façon recueillir les voix de cet électorat.

2. Il reste que, entre 8,5% et 15-20%, il y a une marge énorme. Il est tout à fait possible qu’il franchisse les 10% pour Noël et les 12% pour l’Epiphanie, mais il ira difficilement plus haut. Les électeurs de gauche sont encore trop traumatisés par 2002 et 2007 pour ne pas voter « utile ». Et les électeurs de centre-droit ont déjà déserté Sarkozy. Les marges de manoeuvre de François Bayrou sont donc réduites. Toutefois, en gagnant encore 3 à 4 points, il peut gêner Hollande et surtout faire perdre à celui-ci la dynamique qu’il avait acquise à l’issue de la primaire.

De ce point de vue, alors que la majorité des médias déteste le Président, il est surprenant de constater l’écho négatif des chamailleries Verts-PS à travers toute la presse. Cela ne fait que confirmer que, encore davantage que le tropisme de gauche de la majorité du monde médiatique, c’est la logique purement commerciale des « événements » et des « polémiques » vendeuses qui mène ce petit monde…

3. Nicolas Sarkozy doit s’en réjouir, lui qui passe à travers les semaines relativement épargné. Il maintient toujours son positionnement présidentiel, de manière surprenamment constante. La répartition des rôles avec Fillon semble bien rôdée désormais et l’UMP se calme quelque peu.

Ce bel agencement n’est cependant pas fait pour durer.

La perte du « AAA » sera un vrai coup dur, alors qu’Angela Merkel est toujours aussi « difficile » en affaires pour le Président français. Il reste seulement à voir qui de Marine Le Pen ou de François Bayrou en recueillera les fruits.

Le rythme de la campagne amènera probablement Nicolas Sarkozy à retomber dans quelques-uns de ses vieux travers. Quant aux « affaires« , elle affleurent régulièrement à la surface et leur débordement peut se produire à tout moement. Le Président danse littéralement sur un volcan… Il fait montre, pour le moment, de grandes qualités d’endurance et d’équilibrisme, mais il est difficile de croire que cela tiendra jusqu’au bout.

4. D’autant plus que, sondage après sondage, sa faiblesse structurelle est confirmée.

Certes, le dernier sondage IFOP le met à un niveau inconnu depuis longtemps face au meilleur candidat socialiste au second tour.

Mais les résultats détaillés du premier tour sont mauvais. Sa seule force réside dans les plus de 65 ans (certes, il s’agit d’un électorat qui se déplace davantage aux urnes) et chez les retraités.

Dans le sondage IFOP, il ne reprend que 77% de ses électeurs de 2007 (10% choisissant Marine Le Pen), alors que cette dernière reprend 92% des électeurs de son père (5% allant chez Sarkozy). De même, Marine Le Pen est à 37% chez les ouvriers, Sarkozy à seulement 17%; ici, Hollande n’est pas mieux, à 17%, contre 12% à Mélenchon; mais SOFRES met Hollande à 37% et Le Pen à 27% dans cette catégorie).

Sarkozy mord très peu sur l’électorat 2007 de Bayrou, qui choisit à 34% le même candidat pour 2012 (41% chez SOFRES) et qui « revient » vers le socialiste à 32% (27% chez SOFRES).

Même s’il est faible sur les 25-34 ans et un peu sur les 35-49 ans, Hollande dispose d’une base large et bien répartie, avec quelques zones de force, comme les salariés du public (33%, contre 15% à Mélenchon et 11% à Sarkozy).

Au second tour, il est supérieur à 50% partout et frôle ce seuil chez les plus de 65 ans (49%) et les retraités (48%). Il est à 69% chez les employés et à 61% chez les ouvriers. Il est à 72% parmi les électeurs de Bayrou 2007 et à 42% chez les électeurs Le Pen 2007.

En termes de report de voix, TNS-SOFRES nous donne une répartition Hollande/Sarkozy/abstention à peu près conforme aux autres récentes enquêtes:
– pas de souci dans l’électorat Mélenchon pour Hollande: 83/4/13,
– une force supérieure aux résultats passés dans l’électorat Joly: 80/3/17,
– un gain hollandais solide et très handicapant pour Sarkozy dans l’électorat Bayrou: 63/23/14,
– une faiblesse persistante de Sarkozy dans l’électorat Le Pen: 29/36/35.

Tant que Sarkozy n’égalisera pas les reports parmi l’électorat Bayrou et n’obtiendra pas le double de Hollande dans l’électorat Le Pen, on ne voit pas comment il peut gagner.

Ainsi, même si l’enthousiasme n’est plus dans le camp de Hollande, même s’il gagne par défaut, il reste un vainqueur solide, manifestement porté par le rejet de Sarkozy, sa meilleure « assurance ».

Le souhait de victoire, testé par TNS-SOFRES, est à 31% pour Hollande et 27% pour Sarkozy, mais seulement 5% pour Mélenchon et 10% pour Le Pen, 14% ne répondant pas, ce qui prouve décidément les désillusions d’une grande partie de l’électorat, peu enthousiasmé par le vainqueur de la « primaire citoyenne ». Le souhait est à 3% pour Joly et 6% pour Bayrou, Chevènement, Lepage, Villepin et Dupont-Aignan recueillant chacun 1%.

Le pronostic lui-même s’est érodé pour Hollande (jamais un bon signe), mais il reste tellement bas pour le Président qu’il n’y a pas, en l’état, de motif d’inquiétude pour Hollande: 48% contre 34% (4% pour Le Pen et 1% pour Bayrou).

Hollande, vainqueur par défaut, mais vainqueur tout de même… Cela suffira-t-il jusqu’en mai 2012 ?