Derniers sondages LH2 et CSA: la dynamique Bayrou peut-elle sérieusement menacer… Sarkozy ?

 

LH2
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9-10 décembre 2011
échantillon: 953 inscrits

Hollande 31,5 (+1,5)
Sarkozy 26 (-3)
Le Pen 13,5 (-1,5)
Bayrou 13 (+6)
Mélenchon 6,5 (-0,5)
Joly 4,5 (-1,5)
Arthaud 0,5 (=)
Poutou 0 (-0,5)
Chevènement 0,5 (-1)
Villepin 1 (-1)
Morin 1 (+0,5)
Boutin 1 (+0,5)
Dupont-Aignan 1 (+0,5)
Lepage 0,5 (-0,5)
Nihous non testé

Hollande 57 (-1)
Sarkozy 43 (+1)

___________________________

CSA
20 Minutes, BFM TV, RMC
12-13 décembre 2011
échantillon: 859 inscrits parmi un échantillon total de 1006

Hollande 32 (-2)
Sarkozy 26 (-1)
Le Pen 16 (=)
Bayrou 11 (+4)
Mélenchon 6 (+1)
Joly 3 (-1)
Villepin 2 (+0,5)
Dupont-Aignan 0,5 (=)
Morin 0 (-1)
Lepage 0,5 (=)
Boutin 0,5 (=)
Nihous non testé
Arthaud 1 (=)
Poutou 0,5 (=)
Chevènement 1 (=)

Hollande 58 (-1)
Sarkozy 42

1. Il ya seulement dix jours, nous évoquions la menace Bayrou pour Hollande, pour, en réalité, l’écarter.

Aujourd’hui, alors que ma prévision d’un Bayrou au-dessus de 10 et en route vers les 12 se confirme encore plus rapidement qu’anticipé, c’est bien le président sortant qui pourrait être menacé par le centriste renaissant.

Ainsi que je l’ai déjà exposé, Bayrou n’est clairement plus dans son positionnement de centre-gauche qui lui avait permis de profiter, en 2007, des faiblesses de la campagne Royal. Son positionnement personnel, « humaniste », « social », fondé sur les réminiscences de 2007, lui offre de toute façon suffisamment d’espace à gauche pour pouvoir profiter de toute perte de régime plus importante de la campagne Hollande. La faiblesse de la candidature Joly et son positionnement très à gauche assurent également à Bayrou une partie de l’électorat écologiste, d’autant plus que Corinne Lepage n’est pas certaine, loin s’en faut, de poursuivre sa route jusqu’au dépôt de 500 signatures valides.

Mais, dans le même temps, l’essentiel de ses nouveaux soutiens provient du centre-droit et le tirera de ce côté-là. Surtout, Sarkozy reste sous la pression de Marine Le Pen et ne peut trop se recentrer. En outre, sa « représidentialisation », sa modération et son investisseement européo-rigoriste actuels vont subir un important revers lorsque la France va voir sa note dégradée et lorsque, fin février, l’Italie va avoir des difficultés à refinancer ses échéances de dette, sans compter l’enlisement des mécanismes FESF et MSE.

Alors, il sera facile à François Bayrou, soi-disant visionnaire sur l’équilibre des finances publiques (quelle que soit l’inanité d’une telle image), de récupérer entièrement l’électorat de centre-droit si sceptique à l’égard de Sarkozy, que ce soit sur l’Europe, le social ou le style.

La variable Villepin ne fera probablement que gêner davantage Sarkozy mais pas Bayrou: lorsqu’une dynamique négative s’enclenche d’un côté, elle contamine généralement assez rapidement les autres côtés:
– Sarkozy perdra sur sa gauche vers Bayrou après la perte du AAA et autre Aaa,
– sur sa droite vers Le Pen après une énième LFR de rigueur et le regain de bruit médiatique sur les « affaires », patiemment entretenues par les médias de gauche,
– mais aussi au coeur même de son électorat au profit de Villepin, tellement soutenu par les médias en général et surtout ceux de gauche (quel autre candidat à moins de 2% bénéficie d’une telle exposition médiatique ? que ce soit Dupont-Aignan, Arthaud, Lepage ou Morin, ils ont des raisons de se sentir floués…), lorsque Sarkozy, sous l’effet des 2 précédentes « fuites » d’électeurs et de la peur de perdre, reprendra son style agité.

2. Jusqu’où peut aller cette menace ?

Au pire, pourquoi Bayrou ne parviendrait-il pas à réoccuper tout l’ancien espace de l’UDF, que Borloo a lamentablement échoué à fédérer ? Et pourquoi ne parviendrait-il pas à dépasser un Président en perdition ?

Méfions-nous des chiffres de LH2 et de CSA, deux sondeurs apparemment relativement peu fiables en 2011. Rappelons que le précédent LH2 surestimait évidemment le Président à 29% et que la progression actuelle de Bayrou est donc visuellement excessive. Constatons que Marine Le Pen est manifestement sous-évaluée dans le présent LH2.

Un Bayrou au second tour n’est pas totalement exclu mais quand même hautement improbable. Que ce soit Barre en 1988 ou Balladur en 1995, tous les deux promis au moins au second tour, si ce n’est à l’Elysée, ils n’ont pas réussi à vaincre un Chirac détenteur de deux avantages qui sont aussi ceux de Sarkozy:
une capacité éprouvée à faire une bonne campagne, en particulier contre ses propres « amis »,
une machine partisane à leur service (quelles que soient les énormes arrière-pensées de Jean-François Copé).

Mais, si ce n’est pas directement, François Bayrou pourrait se révéler menaçant indirectement.

En rognant la gauche du Président, il risque bien de mettre celui-ci à portée de tir de Marine Le Pen qui, si elle ne progresse plus, reste très haute à environ 17%. Bayrou serait un peu au Sarkozy 2012 ce que Chevènement et Taubira furent au Jospin 2002.

Ainsi, nous retrouvons l’étau dans lequel se trouve le Président depuis le début: entre Le Pen et le centre, son espace est contraint. Même si ce ne serait plus le candidat socialiste modéré (DSK puis Hollande) qui jouerait le rôle de la mâchoire gauche de l’étau, mais Bayrou.

Un Bayrou flirtant avec les 15% à l’approche du printemps, des Nihous, Villepin, Morin, Dupont-Aignan parvenant malgré tout à être candidats et dispersant 2 à 3%, une Marine Le Pen plus proche des 20% qu’aujourd’hui et il n’est pas certain que François Hollande ait finalement besoin de faire campagne…

3. C’est l’autre enseignement du moment, ou plutôt la morne confirmation de ce que nous répétons semaine après semaine: la faiblesse structurelle de Sarkozy est telle que, quelles que soient les divisions à gauche, quels que soient les atermoiements socialistes et notamment au sein même de l’équipe de campagne hollandaise, le candidat du PS et du PRG reste à des hauteurs suffisantes pour lui permettre de se reposer en attendant les deux derniers mois de la bataille.

Des changements de pied sur le nucléaire, les retraites ? Des incertitudes sur la valeur des accords avec EELV, du programme du PS ? Des « affaires » locales dans le Pas-de-Calais ou dans les Bouches-du-Rhône ? Des dérapages multiples chez les Lang, Montebourg, Delanoë, Hamon ? Des éruptions et des erreurs chez les fidèles Lamdaoui, Sapin, Vallini ? Un manque de professionnalisme étonnant des « cadres » Moscovici, Valls, Le Roux ? Un apparent « relâchement » du candidat lui-même, pourtant averti de toutes les possibilités de bisbilles, de petites phrases, d’hypocrisies, devengeances cachées, de règlements de comptes offertes par la vie interne du PS ?

Non, François Hollande reste au-dessus des 30% au premier et des 55% au second tours. Evidemment, pour lui, la meilleure garantie de victoire, c’est l’anti-sarkozysme chevillé au corps des électeurs de gauche et d’une bonne partie de ceux du centre, avec un reste d’amertume du 21 avril 2002, un reste de frustration de l’occasion manquée de 2007 et un sentiment de trahison chez l’électorat populaire de 2007.

Certes, la certitude du choix au premier comme au second tour s’érode continûment chez CSA, mais elle reste respectivement de 47 et 67%, donc fort élevée. Certes, le pronostic de victoire n’est plus qu’à 41% pour Hollande (dans l’électorat en général comme au MoDem), mais il n’est qu’à 29% pour Sarkozy (et même 28% dans l’électorat FN et 26% dans l’électorat MoDem).

Mais les reports de voix (chez LH2) lui restent incroyablement favorables à moins de 5 mois du second tour: 94/6 chez les électeurs Mélenchon; 96/4 chez les électeurs Joly; 59/41 chez les électeurs Bayrou (alors même que Bayrou remonte fortement à 13% chez cet institut); 45/55 chez les électeurs Le Pen.

François Hollande peut laisser passer tranquillement cette phase jusqu’à la mi-janvier qui ne peut lui être favorable, avec les positionnements internes de ses futurs ministres ou « ministrables » et des futurs apparatchiki du parti, avec le persistant rattrapage médiatique des temps de parole, si favorables au PS en septembre-octobre, avec la valse des petits candidats et le « moment Bayrou », avec une situation financière internationale qu’il n’y a que des coups à prendre à trop tenter de « concurrencer » le Président en place.

Même à vide, la dynamique Hollande persiste. Même involontairement, son « timing » est bon. Même par défaut, sa victoire semble structurellement assurée.

Espérons, pour la beauté du combat politique et du suspense électoral, que la campagne, une fois enclenchée la deuxième vitesse (après la mi-janvier et probablement plutôt en février), nous réservera quelques surprises…

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2 réactions sur “Derniers sondages LH2 et CSA: la dynamique Bayrou peut-elle sérieusement menacer… Sarkozy ?

  1. Il semblerait que tu avais raison sur Bayrou, en effet. Les Français ne se lassent jamais de tous ces tribuns qui se prennent tous pour le nouveau De Gaulle ou le nouveau Jaurès… Après Villepin, le Monsieur CPE devenu gaulliste « social », Bayrou, le démocrate-chrétien devenu poujadiste… Enfin, si au moins il peut se rendre utile et mordre sur l’électorat sarkozyste…

    Par contre, je suis pour le moins amusé par tes diatribes répétées contre les « médias de gauche » qui se démèneraient en continuation pour salir Sarkozy. Franchement, à part Libé, l’Huma, Marianne et deux ou trois sites (c’est à dire des médias qui de toute façon ne sont lus que par des gens de gauche), je ne sais vraiment pas ou tu vois tant de parti pris. Tous les présidents n’ont-ils pas fait l’objet de scandales médiatisés, des diamants de Giscard aux affaires de fin de règne de la mitterrandie ? Considérons la complaisance qui fut celle de certains médias étiquetés « de gauche » comme le Nouvel Obs, en début de mandat. Et surtout, que Sarkozy a toujours TF1 à sa botte et des chaînes publiques qui « se tiennent tranquilles ». M’enfin, j’imagine que chacun voit les choses à sa manière. 😉

  2. Mediapart, Rue89, Slate ont de bonnes audiences sur le net… mais peut-être suis-je moi-même trop sur le net et suis-je horrifié par son tropisme de gauche… sans me souvenir à chaque seconde que, Dieu merci, le net n’est pas le pays… 😉

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