Derniers sondages IFOP, OpinionWay et Harris: la tectonique des plaques s’est enclenchée et le paysage bouge dangereusement pour Hollande et Sarkozy

 

IFOP
le JDD.fr
13-15 décembre 2011
échantillon: 937 inscrits sur un échantillon total de 1008

Hollande 27,5
Sarkozy 24
Le Pen 20
Bayrou 11
Mélenchon 6,5
Joly 5
Villepin 3,5
Arthaud 0
Poutou 0
Chevènement 0,5
Morin 0,5
Boutin 0
Dupont-Aignan 0,5
Lepage 1
Nihous 0

Hollande 56
Sarkozy 44

___________________________

OpinionWay – Fiducial
Le Figaro, LCI
13-15 décembre 2011
échantillon: 912 inscrits parmi un échantillon total de 1001

Hollande 29
Sarkozy 25
Le Pen 17
Bayrou 11
Mélenchon 6
Joly 3
Villepin 3
Dupont-Aignan 1,5
Morin 1
Lepage 0,5
Boutin 1
Nihous non testé
Arthaud 0,5
Poutou 1
Chevènement 0,5

Hollande 57
Sarkozy 43

___________________________

Harris Interactive
LCP-Assemblée Nationale
13-15 décembre 2011
échantillon: 1031

Hollande 28
Sarkozy 25
Le Pen 19
Bayrou 11
Mélenchon 6
Joly 4
Villepin 3
Dupont-Aignan 1
Morin 0,5
Lepage 0,5
Boutin 0,5
Nihous 0
Arthaud 0,5
Poutou 0
Chevènement 1

Hollande 57
Sarkozy 43

1. Débutons par deux remarques générales.

La série de 3 sondages réalisés au milieu de cette semaine est là pour démentir ceux qui doutent des enquêtes d’opinion. La convergence de Bayrou vers 11% est remarquable, celle de Villepin vers 3% également. En contrepoint, elle montre que certains instituts continuent de se démarquer et l’évolution des chiffres chez LH2 notamment ne peut manquer de surprendre: ses résultats sont toujours aussi erratiques et distants de ceux du consensus de la majorité des autres instituts.

D’autre part, la perméabilité de nombre de Français à la présence médiatique est toujours étonnante. Il suffit que Bayrou et Villepin officialisent leur candidature pour qu’ils gagnent respectivement 4 et 2 points. Bien entendu, on pourrait argumenter que cela vaudra en sens inverse et qu’ils retomberont à leurs niveaux habituels prochainement.

Ce n’est probablement pas le cas, car, manifestement, la tectonique des plaques a débuté ou s’est accélérée à l’approche de la « trêve » de fin d’année.

2. L’émergence de François Bayrou est claire et très significative chez tous les sondeurs. Nous avons déjà souligné dans le précédent article qu’il est probablement en mesure de poursuivre son ascension aux dépens de Nicolas Sarkozy une fois perdue la note AAA, après avoir grignoté les soutiens rose pâle ou vert pâle de François Hollande et d’Eva Joly.

Plus étonnante encore est sa progression chez les professions intermédiaires et les employés (respectivement 18 et 17% dans le sondage IFOP. OpinionWay décèle également une avancée dans l’électorat populaire. Est-il en train de répéter, par le nationalisme industriel à la Marchais, le succès de Sarkozy en 2007 dans ses visites d’usines et ses slogans sur le travail ?

N’allons pas trop vite en besogne, mais relevons quand même cette progression, pas si étonnante si l’on se souvient, comme je l’ai déjà rappelé, qu’il cache bien son héritage démocrate-chrétien et européen et qu’il avait au contraire déjà montré, en 2007, ses accents poujadistes et anti-système.

S’il conduit bien sa campagne, une alliance subtile, même si totalement incongrue, de la carpe du « centre » et du lapin du « peuple » pourrait le mener loin. Mon article sur les élections gagnées « au centre » et celles gagnées « au peuple » serait alors à compléter d’un codicille sur le centre ayant réussi à gagner au peuple…

J’arrête là les conjectures, mais pour oser une autre hypothèse audacieuse… François Bayrou semble de nouveau rencontrer un petit succès chez les jeunes: peut-être y a-t-il là matière à comparaison avec le succès des « partis pirates » dans les pays germaniques et scandinaves. Ces jeunes partiellement libertaires, mais surtout ultra-consommateurs (contrairement aux Verts plus « historiques », tout aussi « libéraux » du point de vue moral et sociétal, mais anti-libéraux en économie), tout en se piquant de « civisme » ou d’esprit « rebelle » (ah, télécharger gratuitement Lady Gaga, aux frais du contribuable, quelle belle avancée de la liberté et des droits humains…!), n’ont pas encore su s’organiser en France, mais l’aspect « trublion » et « décalé » du MoDem qui avait fait fureur parmi ces jeunes engagés politiquement mais non-alignés, en 2007, pourrait de nouveau séduire cette frange minoritaire mais certainement très présente dans une jeunesse dont les sujets de préoccupation ne dépassent pas le cadre des différents… « écrans » dans lesquels ils vivent.

3. François Bayrou, menaçant pour Hollande et désormais encore davantage pour Sarkozy: qu’en est-il de Villepin ?

Le parallélisme du tassement de Sarkozy et du petit sursaut de Villepin pourrait laisser penser à un transfert. Il n’en est rien au regard des chiffres de nos sondeurs. En réalité, Villepin ratisse sur absolument tout l’éventail politique. Il semble surtout répondre à des électeurs abstentionnistes dans les précédentes enquêtes. C’est également partiellement le cas de Bayrou.

Voilà qui expliquerait l’impact d’une présence médiatique et d’une déclaration de candidature: les indécis et ceux qui ne s’intéressent à la politique qu’à un rythme mensuel permettent en large partie à Bayrou et Villepin de rebondir. Hollande et Sarkozy ne s’effriteraient donc que parce que le nombre de ceux qui se prononcent s’élargit. Cela doit également conduire à s’interroger sur la solidité et la pérennité de ce soutien.

Ne forçons cependant pas le trait: Le Pen et Mélenchon restent stables, en particulier la leader du FN, qui est de nouveau à un très haut niveau. Or, cela signifierait qu’eux également ont trouvé la capacité de rallier des abstentionnistes.

Cela veut bien dire que des mouvements assez profonds sont à l’oeuvre. L’accélération du rythme politique et médiatique dans la deuxième quinzaine, voire la deuxième semaine de janvier, pourrait bien conduire à quelques surprises et à quelques déstabilisations.

Enfin, nous voici entrés dans le vif du sujet ! On ne peut que s’en réjouir !

4. Les instituts semblent prendre l’habitude de publier désormais les reports du premier au second tour, ce qui est une excellente idée, même si l’on doit fortement dégrader la note de ceux qui ramènent ces chiffres uniquement sur la base des exprimés, soit un total Hollande-Sarkozy à 100%, ce qui est évidemment stupide et inintéressant, notamment eu égard à l’importance du « déchet » abstentionniste dans l’électorat de Marion (dite « Marine ») Le Pen.

Pour Harris, la répartition Hollande/Sarkozy se fait à 100/0 dans l’électorat Mélenchon, 93/7 dans l’électorat Joly, 63/37 dans l’électorat Bayrou, ce qui paraît un peu élevé et 37/63 dans l’électorat Le Pen, ce qui serait inespéré pour le Président dans la période actuelle.

L’IFOP et OpinionWay divergent quelque peu, mais nous donnent des ventilations comprenant les abstentionnistes et indécis:
– électorat Mélenchon: 78/0/22 et 71/12/17, ce qui reste assez similaire,
– électorat Joly: 77/6/17 et 53/1/46, ce qui ne peut manquer de s’expliquer par l’étroitesse de l’échantillon, mais confirme au moins que l’électorat écologiste est définitivement et totalement perdu pour le Président, ce qui est cohérent avec son tropisme plus à gauche aujourd’hui,
électorat Bayrou: 41/23/26 et 44/17/39, ce qui est étonamment proche et reste bien défavorable à Sarkozy,
– électorat Le Pen: 20/43/37 et 23/28/49, ce qui dénoterait un rétablissement plus habituel des proportions chez IFOP mais une persistance d’un déficit sarkozyste dans cet électorat pour OpinionWay.

L’IFOP ajoute une ventilation 49/31/20 dans l’électorat Villepin, à prendre avec précaution, mais similaire à ce que nous avions relevé au printemps dernier lorsque Villepin était encore à des niveaux significatifs. Son électorat dispersé et, lorsqu’il vient de droite et du centre-droit, très anti-sarkozyste (le libéral, pro-américain et communautariste, selon cette frange probablement nostalgique des grands envolées gaulliennes, à défaut d’être vraiment gaullistes…) aurait évidemment quelque réticence à rejoindre le Président sortant. Cela confirme en revanche que la marge de progression de Villepine st faible, car ce type d’électorat n’est pas extensible à l’infini. Dupont-Aignan et Bayrou ne sont de toute façon pas très loin…

Les reports de voix s’amélioreraient donc légèrement pour le Président à l’extrême-droite, ce qui explique le tassement de François Hollande au second tour. Rien d’alarmant toutefois pour ce dernier, tant il reste nettement au-dessus des 55%. Le clignotant orange du premier tour (moins de 30% désormais) n’est qu’orange pâle étant donné le tassement de Sarkozy lui-même et il ne s’est pas encore allumé pour le second tour.

Avec grande précaution (OpinionWay travaille pour des médias éminemment favorable au Président sortant), considérons tout de même les questions posées sur le candidat le plus « capable de prendre des décisions difficiles« , ayant le plus « l’autorité d’un chef d’Etat » et le plus « capable de prendre les bonnes décisions face à la crise« : Sarkozy devance Hollande même chez les électeurs MoDem et Vertes et, très largement, chez les électeurs FN. Certes, Sarkozy est lui-même parfois devancé par le très français « aucun des deux »; mais cet élément de force pourrait l’aider dans un second tour serré, avec un Bayrou l’ayant rallié et avec une tempête financière internationale redoublée.

Pour ce qui est d' »avoir un projet » et d’être « proche des préoccupations des gens », il est bien entendu battu par Hollande: mais la crise imposant son propre projet et les préoccupations du moment, s’agira-t-il véritablement d’un avantage pour François Hollande ?

Oui, cette semaine apporte vraiment les premières véritables interrogations sur la solidité du candidat PS, qui reste l’immense favori au regard de l’anti-sarkozysme persistant (sa côte de popularité est de nouveau encarafée aux alentours des 35%), de l’étau de plus en plus serré Bayrou-Le Pen et des fumets des « affaires » qui persistent à se dégager des différentes procédures judiciaires en cours.

Mais attention pour lui à ne pas se faire entraîner par le Président, soit dans sa chute face à « ceux que l’on n’a pas encore essayés » (Bayrou et Le Pen), soit sur son terrain de la « guerre économique mondiale » (dont le président du conseil général de la Corrèze aura bien des difficultés à prouver que ses petits poings suffiront à la terrasser).

Le suspense est de nouveau là ! Inespéré ! Restez à l’écoute !

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