Indicateur du 30 janvier 2012: les concurrences Bayrou-Sarkozy-Le Pen favorisent un Hollande qui a bénéficié de « sa » semaine

1. Les semaines se suivent et se ressemblent pour François Hollande, qui peut être satisfait du « bruit » médiatique favorable et dont le positionnement stratégique comme tactique semble justifié de jour en jour.

Ayant donné des gages à la gauche sur les sujets sociétaux et les symboles, il occupe le terrain bayrouïste sur les questions économiques et financières, alors même que l’intervention télévisée du Président sortant, bonne sur la forme mais difficilement lisible sur le fond pour le Français moyen et rejeée a priori par les faiseurs d’opinion, ne peut que consolider l’électorat sarkozyste et empêcher Bayrou d’y gagner beaucoup.

Ainsi, Le Pen empêche Sarkozy de reprendre du terrain « au peuple »; Sarkozy empêche Bayrou de progresser chez les artisans-commerçants-professions indépendantes-chefs d’entreprise-personnes âgées, qui veulent du libéralisme économique et/ou de la sécurité; Bayrou empêche Sarkozy de revenir au centre-droit, car il ne peut « changer » une autre fois et une partie de cet électorat a probablement compris que Bayrou a de meilleures chances de l’emporter au second tour.

Ces neutralisations du centre à l’extrême-droite permettent à Hollande de butiner tranquillement au centre-gauche mais aussi au centre-droit, a fin de conjurer la vraie menace pour lui (Bayrou), sans même avoir à trop s’inquiéter de la remontée de Mélenchon, bon petit soldat du futur « rassemblement au second tour », dans la grande tradition du vieux PCF des années 1970 et 1980.

2.  Assistons-nous à la cristallisation ou à une simple stabilisation avant une nouvelle guerre de mouvement ?

Il semble bien que ce soit la cristallisation, car l’intervention télévisée de Nicolas Sarkozy n’est pas susceptible de faire sensiblement évoluer les lignes. Il rassure son électorat de droite traditionnelle, mais ne permet pas de gagner au-delà.

Surtout, quels angles d’attaque maintenant pour Bayrou, alors que Sarkozy pratique une orthodoxie de droite et que Hollande a adopté une façade sociale-démocrate fort modérée (la réalité post-mai 2012 risque d’être fiscalement tout autre, mais ce n’est pas le sujet ni la perception du moment…) ? Car c’est bien à lui de faire « bouger les lignes ». Difficile sans se répéter, sans tourner quelque peu à vide sur l’unité nationale et sur le « j’avais bien raison en 2007 ». Il faut trouver un game-changer… Signe que nous ne sommes pas encore totalement américanisés, la rareté des débats télévisés à plusieurs empêche de « forcer » les choses plus régulièrement, comme la primaire républicaine nous le montre entre ce moment, avec le chassé-croisé incessant Romney-Gingrich.

3. La tendance pour le second tour se fait de nouveau défavorable pour Sarkozy, qui ne parvient pas à faire mieux que 43%… score pour le moins déprimant à à peine plus de 3 mois du second tour.

 

4. Laissons enfin s’exprimer de nouveau notre agacement devant le sondage quotidien IFOP:
– comme redouté la semaine dernière, je me retrouve aujourd’hui à ne pas être capable de reconstituer l’échantillon du 26 ou à ne pas pouvoir supprimer proprement un doublon de l’échantillon du 24… Vraiment, la perfection n’est pas de ce monde, en tous les cas pas de ce pays… Me voici donc contraint d’effectuer une règle de trois qui surestime légèrement l’échantillon du 24 et sous-estime légèrement l’échantillon du 25 et celui du 26.

Oh, ce sont là de bien ridicules problèmes me direz-vous; et c’est vrai que la différence ne doit pas dépasser le demi-dixième de point. Mais c’est intellectuellement irritant !

Bon, l’addiction est telle que je publierai quand même une petite étude au bout de 3 semaines d’IFOP quotidien (qui montre un petit effet positif post-Bourget et post-programme pour Hollande). Mais l’institut exagère quand même!

J’essaierai également prochainement de prendre le temps de constituer des courbes par institut, de manière à identifier les biais de chacun à l’égard des 4 grands candidats (voire en incluant Mélenchon).

Dernier sondage OpinionWay et sondage quotidien IFOP: une stabilisation favorable à Hollande, jusqu’à la cristallisation ?

 

OpinionWay-Fiducial
Le Figaro, LCI
23-25 janvier 2012
échantillon: 1087 inscrits sur un échantillon total de 1206

Hollande 27,5
Sarkozy 24
Le Pen 17
Bayrou 14
Mélenchon 8
Joly 3
Arthaud 0,5
Poutou 0,5
Chevènement 0,5
Villepin 1
Morin 1
Boutin 1
Dupont-Aignan 1
Lepage 1
Nihous 0

Hollande 56
Sarkozy 44

1. La situation du premier tour, comme celle du second, paraît se stabiliser.

Les chiffres bruts n’apportent aucun élément véritablement nouveau:
– Hollande reste clairement en tête au premier tour, même s’il ne tutoierait pas aussi facilement les 30% que nous le disent CSA, BVA ou IPSOS par ailleurs; il n’est peut-être pas non plus si proche des 60% au second tour, mais il reste au-dessus des 55%;
– Sarkozy ne décline plus, mais ne parvient pas à franchir durablement les 25% et reste, selon l’IFOP, à portée de Marion « Marine » Le Pen;
– Bayrou consolide sa progression mais décélère;
– Le Pen maîtrise toujours l’électorat populaire, mais ne semble pas en mesure de créer la surprise qui, à force d’être annoncée et/ou redoutée, perd de sa probabilité;
– Mélenchon connaît une bonne phase, sans pour autant gêner Hollande.

Cette stabilisation générale est à l’avantage de François Hollande:
– il n’a pas besoin de beaucoup de s’époumoner, de beaucoup s’agiter, il lui suffit de « gérer l’acquis »; et comme il dispose finalement de temps, il peut en profiter pour « jouer » au Président et tenter de régler sa dernière faiblesse majeure: la personnalité, perçue comme molle et trop peu « présidentielle »;
Bayrou est handicapé par un positionnement modéré de Hollande et aura des difficultés à conquérir une part de l’électorat de droite, sans perdre du terrain sur sa gauche; le positionnement plus à gauche de Hollande sur les « valeurs », tellement « facile », est évidemment porteur stratégiquement, car les médias, si « modernes », ne peuvent qu’approuver et faire approuver par l’opinion le mariage et l’adoption pour les homosexuels, l’euthanasie et une nouvelle couche de laïcisme (une loi dans la Constitution… révisions nos cours de droit sur la hiérarchie des normes…); « faire un peu de gauche » sur ce qui ne coûte rien à court terme pour le budget, cela permet à Hollande de jouer en revanche au « responsable » sur l’économique et le financier: positionnement évident et facile, mais efficace;
la droite elle-même a du mal à trouver l’angle d’attaque: elle ne peut revenir sur le terrain des « valeurs », fondamentalement gagné par la gauche depuis si longtemps (contrairement à ce que nous dit la vulgate gauchiste, qui utilise justement cette illusion du retour de l' »ordre » pour avancer encore davantage); sur l’économique et le financier, Hollande a beau jeu de souligner que les perspectives budgétaires du PS, de l’UMP et du MoDem sont peu différentes, sans risque de perdre trop à l’extrême-gauche, tant les électeurs de gauche ne veulent qu’une chose, battre Sarkozy et oublier 2002; Hollande peut se concentrer sur le seul thème du moment, comme Bill Clinton en 1992 (« it’s the economy, stupid !« );
il n’a même pas besoin de jouer à l’antisarkozyste primaire et peut également laisser Le Pen (sur laquelle son silence est assez assourdissant) « manger » l’électorat populaire sur le dos de Sarkozy; certes, à terme, cette perte durable de l’électorat populaire est inquiétante pour Hollande, mais l’enjeu du moment, c’est de gagner en avril-mai, et puis, dans une société de services et de consommation, après tout, ces catégories sociales auront tendance à disparaître…

2. Cette stabilisation est-elle en train de devenir une cristallisation, cette fameuse période pendant laquelle l’électorat fait son choix fondamental et pendant laquelle se joue en réalité la campagne, la suite n’étant que péripéties ? Depuis 1974 (les précédents scrutins furent assez particuliers, de Gaulle et Pompidou ayant intrinsèquement gagné avant même que la campagne ne commence), cette cristallisation est intervenue à des moments assez différents.

Aujourd’hui, certains éléments semblent indiquer que cette cristallisation est en cours:

–  Hollande n’a pas besoin de changer de positionnement, ce qui est toujours un gage de réussite à long terme et facilite cette cristallisation: la présidence « normale », en permettant un bon créneau contre Sarkozy (et DSK…), est une formule habile; la confrontation de la primaire, face à une Aubry plus à gauche, déjà dépassée par la crise et finalement trop agressive « à la Sarkozy », n’a fait que confirmer ce positionnement et permettre à Hollande de creuser le même sillon et de donner l’impression de la stabilité et de la sécurité à un électeur qui, inconsciemment, va d’abord vers ce qu’il (croit) connaît(re);

– le bruit de fond médiatique lui est ultra-favorable et crée une atmosphère, à moitié inconsciente, d’évidence; pourtant, la campagne de Hollande n’a rien de transcendant et se contente souvent de l’évidence, mais les médias ont besoin de considérer qu’il y a une dynamique victorieuse et de la créer au besoin; en 2007, même une partie des médias de gauche (Le Monde en particulier) avait été fascinée par l’efficacité de la campagne de Sarkozy: le bruit de fond médiatique était posé et, malgré les charges hallucinantes de Marianne, du Canard Enchaîné ou des médias Internet émergents, cela avait suffi à installer l’idée, dès la mi-janvier, que Sarkozy devait logiquement l’emporter;

– Hollande a compris ou bénéficie du fait que l’élection de 2012 semble devoir se gagner « au centre » et non « au peuple »; Marion « Marine » Le Pen est son alliée objective, en stérilisant toute une part de l’électorat sarkozyste de 2007, que le Président sortant, à supposer qu’il le puisse sur le fond, ne peut tenter d’aller chercher sans s’aliéner encore davantage le centre-droit; la gauche ayant de toute façon perdu les ouvriers (mais Sarkozy aussi) et les gauchistes (i.e. les « trotskystes », la gauche radicale, les vrais Verts) ne pouvant aller au-delà de l’électorat de petits fonctionnaires et d’étudiants ratés et paresseux, Hollande peut se concentrer sans risque sur les « bobos » et les professions intermédiaires.

Les reports de voix analysés par OpinionWay sont eux aussi très stables, de manière déprimante pour l’UMP:
– l’électorat Mélenchon se reporte à 71/1/28 sur Hollande/Sarkozy/l’abstention, ce qui est stable et donc positif pour Hollande étant donné l’élargissement de cet électorat,
– l’électorat Joly à 47/8/45, ce qui est moins bon, mais peu inquiétant étant donné la rétraction dudit électorat,
– l’électorat Bayrou à 49/26/25, problème structurel pour Sarkozy, alors même qu’il devrait s’y améliorer avec une certaine droitisation de cet électorat,
– l’électorat Le Pen à 17/37/46, ce qui est un peu mieux pour Sarkozy, mais catastrophique par rapport à 2007, et ce qui montre que le « peuple » s’exclut lui-même de cette élection dans la mesure où Le Pen ne figure pas au second tour et où il ne veut pas faire de choix entre Hollande et Sarkozy,
– les abstentionnistes du premier tour à 18/17/65, sans effet de rattrapage majeur pour Sarkozy, qui enregistre ici toutefois une légère amélioration.

3. Face à ces éléments, il est surprenant de constater que Sarkozy est aujourd’hui en porte-à-faux, mal positionné ou en retard:

– curieusement, il n’a pas tranché: il n’a pas de positionnement stable et n’a pas choisi entre une campagne « au centre » et une campagne « au peuple »; d’une part, il n’a pas repris entièrement la stratégie de 2007, qui aurait certes probablement échoué: étouffer le FN; d’autre part, il n’a pas non plus adopté suffisamment tôt le créneau bayrouïste de la « responsabilité » et des efforts, tout en emballant cela dans de l' »équité »; de ce point de vue, nommer Borloo à Matignon suffisamment tôt aurait pu constituer un moyen de creuser un certain sillon depuis la fin 2010; mais Sarkozy a voulu courir tous les lièvres à la fois et risque de n’en attraper aucun;

l’agitation et la frénésie de mesures ne peuvent que nuire à l’ambiance médiatique entourant la campagne de Sarkozy et il n’a, de ce point de vue, pas compris qu’il falait rompre avec la pratique passée; surtout, faire campagne sans être candidat se retourne contre lui, car il ne peut complètement avancer des propositions, mais prête déjà le flanc à la critique; le positionnement très délicat d’Alain Juppé lors de son débat avec Hollande le démontre clairement;

sa « présidentialisation » a été trop tardive et a été concomittante de l’aggravation de la crise, ce qui peut signifier, pour l’électeur, que ce n’est pas un changement fondamental de la personne Sarkozy; l’antisarkozysme vieux de 5 ans (voire 8, à la prise de l’UMP) peut donc s’exprimer pleinement.

4. Certains chiffres tendraient à confirmer cette cristallisation.

Dans le sondage IFOP quotidien, si les chiffres d’intentions de vote sont globalement stables, ceux de la sûreté du choix au premier tour ne le sont pas: la progression est nette, de 55% le 12 janvier à 62% le 26 janvier. Dans un environnement globalement favorable, la consolidation des positions ne peut qu’arranger Hollande.

Les pronostics de victoire sont également très favorables, montrant que l’idée de la victoire de Hollande s’est « installée » dans l’inconscient ou même le conscient des électeurs, ce qui était loin d’être le cas, même en décembre dernier: progression de 30 à 39% de pronostic de victoire pour Hollande et effritement de 22 à 19% pour Sarkozy.

Dans le sondage OpinionWay, la sûreté du choix est surtout élevée pour Hollande (69%), mais aussi pour Le Pen (71%), ce qui rend toute tentative de reconquête de Sarkozy à ce niveau difficile.

Certes, Sarkozy lui-même a solidifié son noyau de soutiens (80% de certitude), mais c’est aussi une bonne nouvelle pour… Hollande, car cela signifie que le seul véritable danger pour lui (Bayrou) aura bien du mal à grignoter des voix sur l’UMP, ce dont il a pourtant besoin pour se rapprocher de la qualification au second tour.

Le niveau faible de la sûreté du choix dans l’électorat Bayrou (43%) est évidemment favorable à Hollande, qui a encore une marge de progression, de même que dans les électorats Joly (54%) et Mélenchon (61%), tant il est vrai qu’il y a peu de risques que ces électeurs, s’ils devaient changer d’avis, partent vers Sarkozy ou même Bayrou (les « écologistes » modérés ayant déjà quitté Joly). Et s’ils devaient rallier Le Pen, ce serait tout bénéfice pour Hollande.

5. Finalement, la seule faiblesse de François Hollande, c’est la personnalité et la stature présidentielle.

Martine Aubry avait déjà bien creusé le sujet et l’émission politique de France 2 du 26 janvier a mal démarré de ce point de vue pour le candidat socialiste, suspect d’être un héritier du radicalisme pusillanime et procrastinateur à la Henri Queuille. Quant à la stature, pour un chef de parti toujours privé de portefeuille ministériel et de toute expérience internationale, elle est évidemment totalement en chantier.

Toutefois, malheureusement pour le Président sortant, le thème de la « normalité » est porteur et son image personnelle profondément altérée rend probablement moins gênantes pour Hollande les questions sur sa personnalité velléitaire.

Surtout, sur ce thème, le seul en mesure de battre Hollande (Bayrou) ne peut véritablement l’attaquer, lui-même n’ayant pas une expérience ministérielle et internationale dense et caractérisée par la force de caractère et la capacité de décision et lui-même prônant l’apaisement, le rassemblement et l’unité nationale.

Après tout, une campagne peut se gagner en ayant quelques points faibles et le climat de crise fait apprécier l’humour aux Français… Hollande, le Flamby chanceux, le culbuto au bon endroit au bon moment, s’en sort bien aussi de ce point de vue.

En termes de faiblesse, mais là conjoncturelle et non pas structurelle, il convient de ne pas oublier non plus le risque de « s’endormir », de trop anticiper la victoire et de créer un réflexe contraire chez certains électeurs. Mais ce risque est désormais tellement connu des politiques… et l’erreur de jouer le second tour avant le premier, comme Jospin en 2002, François Hollande la connaît bien, y ayant alors contribué… D’où les petits signes « à gauche » du Bourget ou l’adjectif « socialiste » à la fin du programme hollandais.

Sur ce type de risque, il peut aussi y avoir une part non maîtrisable pour Hollande: les médias tiendront-ils 3 mois avec une élection jouée d’avance ? Peu vendeur… Pour le moment, le phénomène médiatique et sondagier s’auto-entretient et a une dimension auto-réalisatrice. Mais si les médias se lassent de l’histoire du « gentil sur lequel tout glisse et qui surfe vers la victoire », un autre caniddat frémissant pourrait bénéficier d’un soutien de fait du buzz médiatique. Nous verrons bien.

6. Bien entendu, sur le moyen terme, l’avenir sera moins rose pour Hollande. Il n’y aura aucun enthousiasme dans son élection. Le sondage IFOP quotidien nous montre que, malgré les bons chiffres cités plus haut, dans le même temps, les souhaits de victoire baissent en sa faveur de 43 à 40% du 12 au 26 janvier… (de 31 à 28% pour Sarkozy)

Hollande restera un vainqueur par défaut, même s’il aura techniquement fait ce qu’il fallait pour gagner cette victoire déjà acquise… Cela promet probablement des lendemains d’élection difficiles et de mauvaises surprises fiscales. Mais, comme dans toute campagne, c’est l’élection qui focalise l’attention et non l’après… Chanceux, décidément, que ce candidat Hollande…

7. En fin de compte, si le Président sortant ne parvient pas à reprendre la main, s’il ne se déclare pas vite et si François Bayrou, dans la foulée, ne parvient pas à reprendre sa progression et à prendre le pas sur Sarkozy, alors, rétrospectivement, il sera possible de dire que la cristallisation s’est produite dans la 4e semaine de janvier 2012 (même si d’aucuns pourraient dire qu’elle s’est produite dès 2008…).

A suivre…

Derniers sondages IPSOS, BVA, Harris et CSA: consolidation de Hollande et de Bayrou, frémissement de Mélenchon, fragilisation de Sarkozy et incertitudes sur Le Pen

 

IPSOS
France Télévisions, Radio France, Le Monde
13-14 janvier 2012
échantillon: 948

Hollande 29
Sarkozy 23
Le Pen 18
Bayrou 14
Mélenchon 7,5
Joly 3
Arthaud 1
Poutou 0
Chevènement 0
Villepin 3
Morin 0,5
Boutin 0
Dupont-Aignan 0,5
Lepage 0,5
Nihous 0

Hollande 59
Sarkozy 41

___________________________

BVA
Orange, RTL, presse régionale
18-19 janvier 2012
échantillon: 959 inscrits extraits d’un échantillon total de 974

Hollande 30
Sarkozy 23
Le Pen 18
Bayrou 13
Mélenchon 7
Joly 4
Villepin 1,5
Dupont-Aignan 1,5
Morin 1
Lepage 0
Boutin 0,5
Nihous 0
Arthaud 0,5
Poutou 0
Chevènement 0

Hollande 57
Sarkozy 43

___________________________

CSA
20 Minutes, BFM TV, RMC
23-24 janvier 2012
échantillon: 898 inscrits parmi un échantillon total de 1011

Hollande 31
Sarkozy 25
Le Pen 17
Bayrou 15
Mélenchon 9
Joly 2
Villepin 1
Dupont-Aignan 0
Morin 0
Lepage 0
Boutin 0
Nihous 0
Arthaud 0
Poutou 0
Chevènement 0

Hollande 60
Sarkozy 40

___________________________

Harris Interactive
VSD
19-22 janvier 2012
échantillon: 1029 inscrits

Hollande 27
Sarkozy 23
Le Pen 20
Bayrou 14
Mélenchon 8
Joly 4
Villepin 1
Dupont-Aignan 1
Morin 0,5
Lepage 0
Boutin 0,5
Nihous 0,5
Arthaud 0,5
Poutou 0
Chevènement 0

Hollande 55
Sarkozy 45

1. Voici une série de sondages qui confirment que François Hollande reste plus proche des 30% que des 25% et que sa qualification pour le second tour ne semble plus souffrir d’incertitude. Le discours ambiant sur une « réussite » de son entrée en campagne -malgré les palinodies sur la date des annonces et sur le caractère juridiquement incohérent ou économiquement surprenant des quelques mesures contenues dans le discours- semble prendre dans l’opinion. C’est une confirmation en creux de l’anti-sarkozysme viscéral et probablement insurmontable du moment: le borgne Hollande est roi au royaume des aveugles de l’UMP. S’enthousiasmer d’aussi peu montre bien le désamour à l’égard de Sarkozy et la volonté inébranlable de la presse de gauche et de la presse « indépendante » d’en finir avec Sarkozy: elles se sont vite repris après les quelques flottements hollandais de décembre… Désormais, plus aucune critique du candidat socialiste ne doit passer.

C’est de bonne guerre, car Hollande, comme nous l’avions justement noté en novembre-décembre, ne s’embarrasse en réalité pas du rythme des médias et sait bien qu’il n’a pas grand-chose à faire pour voir tomber le fruit mûr du sarkozysme. Il fait donc le strict minimum et garde probablement quelques réserves pour les dernières semaines et pour l’entre-deux-tours. Il a bien raison, même si l’on peut douter de la réalité de ses réserves (le 2e tour des primaires face à Martine Aubry avait montré qu’il n’en avait pas et qu’il avait, lors du débat, frôlé la défaite). Il a surtout raison si, en fin de course, Bayrou se qualifie face à lui, seule situation réellement périlleuse.

Certes, ses scores à 30-31% sont issus des instituts qui paraissent parmi les moins affutés cette année (BVA, CSA) et le sondage quotidien IFOP le voit un peu plus fragile, mais IPSOS le situe quand même à 29%. Au second tour, il se rapproche de nouveau des 60%, même si Harris le situe au contraire à 55%. Cela témoigne d’une incertitude toujours réelle sur les niveaux de second tour, mais pas sur le nom du vainqueur en cas de duel Hollande-Sarkozy… Ces niveaux sont impressionnants pour une dernière décade de janvier

2. Mélenchon semble (enfin?) émerger, mais comme cela fait 3, voire 4 fois, que cela se produit, restons prudents… En outre, son 9% du jour sort d’un sondage CSA, institut qui ne brille toujours pas par sa fiabilité.

Cela se produit sans accroc pour Hollande, ce qui est également impressionnant et prouve qu’Hollande est désormais le digne (ce n’est pas très difficile d’un certain point de vue…) successeur de DSK: il prend largement une partie du centre et du centre-droit, par-dessus même la tête de Bayrou.

La marginalisation complète des petits candidats et le score très faible de Joly dans le sondage CSA expliquent probablement la remontée de Mélenchon. Mais quel avantage pour Hollande que d’avoir ce faux révolutionnaire sur sa gauche ! Enfin, la tranquillité de l’époque Marchais, où le PCF n’était plus menaçant et canalisait l’extrême gauche et la gauche dure vers la gauche de gouvernement, est de retour… Finies les incertitudes des Laguiller, Besancenot, Bové… Quelle belle opération que cette dissidence mélenchonienne…

3. François Bayrou semblait marquer le pas autour des 13%, notamment dans le sondage quotidien IFOP, mais Harris, CSA et IPSOS le voient plutôt à 14-15%. Il doit probablement trouver un second souffle, après une semaine hollandaise et une tentative de contre-attaque sarkozyste. Il n’est cependant pas en retard sur sa feuille de route, même si sa pointe à 15% (la première cette « saison ») intervient chez CSA, seul institut à l’avoir situé nettement au-dessus de Royal en 2007.

Evidemment, pour Bayrou, l’idéal serait l’apparition de sondages de 2e tour l’opposant à Sarkozy ou surtout à Hollande. Mais faisons confiance aux médias de droite comme de gauche pour éviter de telles commandes (ou de telles publications).

Autant je suis très sceptique sur toutes les rumeurs de sondages non révélés, sur toutes les pseudo-interprétations et sur toutes les manipulations supposées de chiffres, autant je suis convaincu de l’influence essentielle de la commande passée aux instituts. Les médias de droite n’ont pas intérêt à montrer que, perdu pour perdu, l’électorat sarkozyste ferait mieux de privilégier le candidat le moins éloigné de leurs vues; les médias de gauche, échaudés par l’expérience de 2007 et les faiblesses trop apparentes de Royal face à Bayrou, se garderont bien de montrer que les scors kim-il-sungiens de Hollande ne sont que du papier: l’enthousiasme est inexistant et, face à un Bayrou au second tour, synonyme de mort prématurée du sarkozysme abhorré, tout redevient possible…

Ce n’est que lorsque Bayrou rattrapera Marine Le Pen et s’approchera ou atteindra les 20% que la presse populiste (Le Parisien, VSD,…) se lancera probablement à commander des hypothèses Bayrou-Hollande, juste pour l’intérêt financier d’être les premiers à publier un résultat dérangeant…

4. La situation de Marine Le Pen reste bien incertaine. Proche des 20%, voire au-delà, selon l’IFOP quotidien ou selon Harris (qui avait déjà été le premier à la voir en tête au printemps dernier), elle serait plutôt stagnante à 17-18 pour IPSOS, BVA et CSA. Il y a vraiment là une difficulté et deux écoles de sondeurs: IFOP et Harris la placent très haut; les autres la placent 3 à 4 points plus bas. De nouveau, les redressements semblent poser problème.

J’incline vers un score plus bas de Marine  Le Pen, car je la pense surévaluée et faisant l’objet de réponses défouloirs, au contraire du vote pour son père qui était « honteux » et était sous-estimé dans les sondages. Mais je n’ai aucun élément pour étayer cette thèse, hors du fait que son émergence a succédé à une présence médiatique forte au 1er trimestre 2011, alors que c’est le phénomène inverse qui avait caractérisé les différentes « renaissances » de son père.

Une déliquescence sarkozyste prononcée verrait peut-être son électorat se diviser en deux entre Bayrou et Le Pen, et celle-ci justifier effectivement son score de 20%, surtout si elle reprend des couleurs parmi les personnes âgées, où elle réussit moins que son père et qui sont aussi plus susceptibles d’aller voter que les enfants de soixant-huitards gavés et égoïstes, parmi lesquels elle semble bien réussire….

5. Dans ce paysage, la déprime de l’UMP semble bien justifiée. Le Président sortant ne parvient pas à se maintenir au-dessus de 25% et, quelles que soient les différences entre sondeurs sur Hollande, Bayrou, Le Pen , Joly et Villepin, le score de Sarkozy du premier tour semble faire consensus…

Au second tour, ce n’est guère mieux, avec des « espoirs » dans le sondage Harris aussitôt douchés par le sondage CSA.

Le caractère décousu et vibrionnant de la campagne a repris le dessus, sur fond de perte du triple A, de hausse du chômage et d’accroissement des prélèvements fiscaux (dont on ne voit pas bien l’intérêt, sauf à faire des cadeaux à Hollande qui pourra dire ensuite: « ah ben, c’était l’autre avant, c’est pas ma faute, maintenant je peux plus les changer, sinon Moody’s et Fitch seront pas contents »). A force de dire que la campagne n’a pas commencé, que tout se jouera à la fin, il sera trop tard…

Les reports de voix fournis respectivement par IPSOS et BVA sont toujours aussi décevants pour Sarkozy et donnent, pour Hollande/Sarkozy/l’abstention:
– parmi les électeurs Mélenchon: 76/1/23 et 71/4/25, plus conformes aux reports traditionnels de l’extrême gauche,
– parmi les électeurs Joly: 65/23/12 et 65/0/35, toujours aussi peu favorables à Sarkozy,
– parmi les électeurs Bayrou: 46/32/22 et 53/19/28, toujours aussi catastrophiques pour Sarkozy,
– parmi les électeurs Le Pen: 31/35/34 et 15/49/36, ce qui est mieux chez BVA, mais comme cet institut donne une situation encore plus dramatique dans l’électorat Bayrou, ce n’est pas si positif.

Parmi l’électorat Villepin, seul BVA donne un chiffre un peu plus favorable que d’habitude pour Sarkozy: 19/54/27. Mais ce n’est qu’un retour à la normale et c’est sur un échantillon si réduit que cela ne change rien au résultat final.

La messe est-elle déjà dite pour Sarkozy ? Probablement. Les amateurs de suspense ne peuvent plus se reposer que sur Marion « Marine » Le Pen et sur le deuxième François pour créer un peu d' »animation », seul ce dernier pouvant toutefois raisonnablement empêcher le premier François de succéder au François historique.

Indicateur du 23 janvier 2012: la tenaille enserrant Sarkozy se fait sentir dès le 1er tour

1. L »indicateur de ce jour ne comporte que des bonnes nouvelles pour François Hollande qui, en outre, malgré une prestation passable jusque là, jouit clairement, depuis hier, d’une mansuétude de la majorité des médias.

Au premier tour, il se stabilise au-dessus de 28%, score très élevé, rarement atteint depuis 30 ans (Mitterrand 88 et Sarkozy 07 font exception). Certes, Mélenchon semble enfin se réveiller à sa gauche, mais sans dégât pour Hollande pour le moment, et c’est concomittant d’une nouvelle décrue de Joly.

Au centre, Bayrou commence de décélérer et semble se stabiliser aux alentours de 13-14%. Reste à voir si le gauchissement subtil du discours de Hollande (peut-être préventif d’une montée mélenchonienne ou simplement décidée selon le petit bréviaire du bon candidat: « d’abord mobiliser son camp ») peut redonner quelques ailes à Bayrou sur sa gauche.

2. La menace Bayrou est en revanche réelle pour Sarkozy, dont nous avons souligné à maintes reprises le dilemme, l’étau auquel il fait face: devant la proximité de Le Pen, il est contraint de se droitiser, s’aliénant l’électorat de centre-droit et de centre, qui fuit désormais sur Bayrou. S’il veut reconquérir le centre, il perd « au peuple », s’aliénant les ex-électeurs du « non » de 2005. Cette difficile équation, qui le tenaillait au second tour, l’enserre désormais dès le premier tour.

En cas de poursuite de l’émergence de Bayrou, celui-ci pourrait le priver de second tour, voire le devancer. En cas de tentative de reconquête raisonnable, modérée, européenne, financièrement responsable, du centre, Le Pen pourrait encore davantage capitaliser l’électorat populaire et lui souffler la qualification « à la 2002 ».

Même les manoeuvres un peu désespérées pour empêcher Villepin, Boutin et Morin de diluer encore l’électorat de droite et de centre-droit et pour (probablement) assurer à Dupont-Aignan ses 500 signatures afin de dégonfler un peu Marion « Marine » Le Pen ne semblent pas suffisantes.

Les médias nous abreuvent d’un match à 3, mais en réalité, le match à 3 a lieu pour la deuxième place: Hollande n’est pas menacé.

3. La tendance pour le second tour marque un écart persistant de près de 14 points en défaveur de Sarkozy, impressionnant à cette époque de l’année où les courbes auraient déjà dû commencer de se resserrer.

Le suspense espéré fin décembre n’est décidément plus de mise…

4. Laissons enfin s’exprimer notre agacement devant le sondage quotidien IFOP:
– déjà, nous savions que le samedi et le dimanche sont sacro-saints: pas de publication, même s’il y a apparemment interrogation du panel,
– mais, en outre, d’un jour à l’autre, l’IFOP retient 3, 4 ou 5 échantillons, ce qui fait que les chiffres ne reflètent pas véritablement des échantillons comparables; peut-être cela cache-t-il des écarts d’un jour à l’autre trop importants pour être publiés tels quels; plus probablement, c’est simplement le traditionnel manque de rigueur et de précision à la française… (ou plutôt des médias français et de leurs prestataires…)

Pour le moment, je parviens à ne pas compter deux fois un échantillon quotidien ou à ne pas en omettre, mais si cet « accordéon » se poursuit entre 3et 5 échantillons de base agglomérés de manière erratique selon les jours, il n’est pas impossible que je ne parvienne pas à retrouver les résultats de chaque soir…

Soupir…

Reports de voix entre les deux tours: malgré l’effritement à gauche, Sarkozy est profondément affaibli

1. En reprenant tous les sondages depuis le second tour de la primaire du PS, j’ai sélectionné ceux contenant des chiffres sur les reports de voix entre les candidats éliminés du 1er tour et les candidats du 2nd tour, Hollande et Sarkozy.

Certains instituts ne publient rien (CSA, Harris, ViaVoice), d’autres ne publient pas toujours (IFOP, TNS-SOFRES) ou seulement sur la base des suffrages exprimés (LH2). Or, la proportion de personnes hésitant ou se réfugiant dans le vote blanc ou nul ou dans l’abstention d’un tour à l’autre est évidemment importante, notamment dans l’électorat Le Pen: autant dire que des ventilations de reports de voix sur les seuls suffrages exprimés n’ont aucun sens.

Enfin, certains instituts publient toujours ces chiffres (IPSOS, BVA, OpinionWay), ce dernier publiant également une intéressante répartition des reports de voix de ceux ne s’étant prononcés pour aucun candidat au premier tour.

Il est arrivé que des reports de voix soient indiqués depuis les électorats Arthaud, Boutin, Dupont-Aignan ou Morin, mais cela représente des échantillons tellement faibles qu’ils n’ont pas véritablement d’intérêt, outre celui de l’amusement (ce qui est déjà beaucoup…).

Déjà, l’étude des électorats Joly et Villepin doit être interprétée avec prudence, en particulier pour ce dernier (l’électorat Vert est désormais plus ancré et plus identifié dans le temps et il est probablement beaucoup plus facile de le cerner, lui-même étant plus « sûr » dans son expression; alors qu’un électeur Villepin est, pour un large part, un élément… « instable », même si pas au même sens que son « idole » !!!).

Je présente donc ci-dessous des graphiques simples de reports des voix: ce sont les données brutes de TOUS les sondages pertinents, classés par ordre chronologique, sans pondération par la taille de l’échantillon et sans pondération dans le temps (étant donné le nombre de sondages -15 depuis la mi-octobre– ce ne serait pas possible). En revanche, je les ai « agrémentés » de courbes de tendance, selon une régression polynômiale d’ordre 2. Ces courbes permettent une lecture aisée de la tendance de fond et nous verrons que cela est tout à fait parlant.

2. Les reports de voix dans l’électorat Mélenchon:

La tendance est certes faible dans son ampleur absolue, mais assez nette: une certaine désaffection se fait jour au cours du temps à l’égard de François Hollande, probablement au fur et à mesure du développement de la crise et de la réduction des marges de manoeuvre potentielles du candidat de l' »espérance lucide« . Les critiques récentes des Hamon, Emmanuelli, Lienemann, comme l’annonce concertée entre Hollande et Montebourg d’un tour de France des usines par ce dernier confirment cette interprétation.

Cette désaffection reste cependant limitée pour Hollande, pour trois raisons:
– elle alimente l’abstention et non le vote Sarkozy,
– elle vient probablement d’électeurs qui auraient, à défaut du héraut du Front de Gauche, opté pour un néo-trotskyste et se seraient de toute façon difficilement vu voter pour Hollande, au premier comme au second tours,
– elle ne fait que normaliser la situation de Hollande à la gauche de la gauche: en 2007, les reports sur cette aile étaient environ de 70% vers Royal, 10% vers Sarkozy et 20% vers l’abstention, ce qui était déjà honorable pour la socialiste (mais l’anti-sarkozysme viscéral quoique naissant faisait déjà son oeuvre à l’extrême-gauche).

C’est probablement « à surveiller » pour Hollande, mais il a encore une petite marge de déclin avant de s’inquiéter.

3. Les reports de voix dans l’électorat Joly:

Là encore, Hollande s’effrite, même s’il semble que les différentes querelles nucléaro-identitaro-politiciennes ont des effets nets mais assez brefs dans l’électorat Joly. Il faut aussi compter avec le fait que cet électorat se réduit lentement mais sûrement et que, progressivement, ne subsistent plus chez Eva Joly qu’un électorat plus gauchiste, plus « Khmer vert » ou plus « identitaire », donc moins disposé à soutenir le « social-traître mou ».

Plus subtilement et de manière moins étayée, il n’est pas impossible que les naïfs qui pensent encore que les Verts sont d’abord des écolos amis des oiseaux et de l’air pur se soient désormais orientés en partie vers Bayrou et se retrouvent quand même au final sur Hollande au second tour.

D’ailleurs, si l’on semble tendre vers une ventilation 60/20/20, elle reste presque meilleure que celle connue dans les années 1980-1990, où même le pompidolien Chirac parvenait à grappiller jusqu’à 25% et où les radioactifs Mitterrand et Jospin atteignaient avec peine, voire pas du tout, ces mêmes 60%.

C’est donc moins bon pour Hollande, mais cela partait de très haut.

4. Les reports de voix dans l’électorat Bayrou:

C’est évidemment l’une des deux raisons majeures de l’incapacité de Sarkozy à se faire réélire: il ne parvient pas à convaincre cette frange centriste de l’électorat. Cet électorat de centre-droit modéré et européen ou cet électorat strictement centriste et attaché soit à la modération absolue, soit à la simple efficacité, qui ont pu se retrouver sur son nom en 2007, par différence avec une Royal incontrôlable, il les a perdus, d’abord au profit de DSK, puis de Borloo (sans les retrouver au second tour), puis de Hollande momentanément dans l’euphorie de la primaire, enfin de Bayrou depuis 1 mois et demi. Les électeurs de VGE, Barre, Balladur avaient tous fait le choix de Chirac face à l’épouvantial de la gauche.

Or, en 2012, au second tour, ils ne reviennent pas. Certes, parmi les électeurs Bayrou qui se reportent sur Hollande, il y a de vrais électeurs de centre-gauche, vieux républicains, radicaux et laïcs, écologistes modérés à la Lalonde, orphelins de la social-démocratie rêvée (de Delors au miroir aux alouettes DSK). ll y a aussi quelques illuminés, jeunes « pirates » ou sectaires d’une mythique union nationale, « modernes » perpétuels ou sans-partis. Mais il y a aussi ces électeurs que le discours sécuritaire du Président sortant, son bonapartisme bien peu Européen et ses habitudes « bling-bling » ont définitivement, semble-t-il, éloignés.

En 2007, les instituts sont très concordants sur ce point dans les sondages « sortie des urnes », les électeurs Bayrou s’étaient répartis à parts égales entre Sarkozy et Royal (40-40), 20% se réfugiant dans l’abstention ou la retrouvant.

Or, aujourd’hui, nous sommes dans une proportion de 40-30-30, relativement stable. Le sérieux apparemment retrouvé de Sarkozy depuis l’été semblait commencer de porter ses fruits en fin d’année, mais la perte du triple AAA et la reprise d’un activisme tous azimuts risquent bien de stopper cette légère amélioration.

A l’heure actuelle, cela doit coûter jusqu’à 2 points à Nicolas Sarkozy.

5. Le report des voix ans l’électorat Villepin:

Les données sont ici éparses et peu fiables, mais pourraient nous confirmer des éléments déjà notés, valables simultanément ou alternativement:
– Villepin séduit sur tout l’échiquier et son électorat est à son image, tournoyant, irascible, incontrôlable, volatile, finalement sans conséquence(inconséquent ?) au regard de la ventilation globale de l’électorat français;
– Villepin séduit un vieil électorat gaullo-chiraquien totalement incompatible avec l’atlantiste, libéral et suractif Sarkozy.

6. Le report des voix dans l’électorat Le Pen:

Là se situe évidemment la cause majeure de l’échec de Sarkozy, en particulier en comparaison de 2007, élection gagnée « au peuple »: la perte de l’électorat populaire, déjà « largué » par toute la structure politique classique depuis la fin des années 1970 (souvenons-nous des tentatives désespérés des communistes de certaines banlieues parisiennes de cette période-là, faisant de la surenchère populiste, voire raciste, car ils sentaient bien « quelque chose »…) et trouvant sa meilleure traduction électorale et cartographique dans le référendum de 2005 (celui de 1992 était déjà révélateur).

Cet électorat populaire semble désormais le rejeter massivement. En 2007, Sarkozy avait rallié l’électorat du père Le Pen à plus de 60%, laissant à Royal environ 15% et à l’abstention environ 25%. Encore s’agissait-il de l’électorat qu’il n’avait pas « volé » dès le premier tour de 2007, lors duquel il avait fait main basse directement sur au moins 5 points habituellement gagnés par le président du FN.

Aujourd’hui, alors même que Marion « Marine » Le Pen enregistre des intentions de vote inconnues du père, le report vers Sarkozy n’est que d’environ 35%, au mieux 40%, et plutôt en baisse, alors que l’abstention -probablement « rageuse »- atteint 40% et que Flamby, le mou, le culbuto, l’Européen, l’énarque, l’héritier de Jacques Delors, atteint 25% même après une certaine érosion…

Evidemment, avec son projet de TVA sociale (en théorie une excellente idée, mais qu’un quinquennat entier aurait probablement été nécessaire pour mettre en place, expliquer, faire digérer, faire émerger des avantages, etc), Sarkozy fait tout pour « aggraver son cas » et quelques conférences de presse de Claude Guéant n’y suffiront pas. Le trio Buisson-Hortefeux-Guaino semble avoir perdu la main sur le sujet, à l’épreuve des faits.

S’il ne parvient pas à briser la tendance ici, Sarkozy a perdu. Et on voit mal, alors qu’il doit tout faire pour satisfaire Merkel, les marchés et Bayrou, comment il y parviendrait.

Seule l’abstention massive pourrait sauver Sarkozy. Or, son propre activisme et sa propre volonté de saturer l’actualité vont à l’encontre de cette tactique qui serait la seule payante: parier sur la démobilisation face à une victoire hollandaise annoncée, assurée, acquise. La démobilisation étant toujours plus forte plus on est jeune et plus on est bas dans l’échelle des CSP, il y aurait quelque espoir….

Au sein de cet électorat, Sarkozy perd ici au moins 4 points, voire 5.

7. Le report des voix parmi les abstentionnistes du premier tour:

Les indécis des sondages sont les « abstentionnistes » du premier tour, même si la réalité sera tout autre le jour du vote. Toutefois, les quelques données disponibles ne semblent pas irréalistes:
– un abstentionniste du premier tour sera essentiellement un abstentionniste du second,
– en cette élection présidentielle de facture a priori (à ce jour…) classique, ceux qui se prononcent seulement au second tour reproduisent la ventilation de l’électorat engagé et amplifient le mouvement.

En conséquence, avec 15 à 20% d’indécis « purs » dans les sondages, Sarkozy perd ici 1 à 1,5 points sur Hollande, ce qui est important.

On le voit, additionner les pertes sur Bayrou, Le Pen et les abstentionnistes suffit à faire passer Sarkozy d’une réélection étroite à une déroute, telle qu’elle se présente aujourd’hui dans les enquêtes de second tour. Car les 57-43, voire pire, que l’on croyait révolus pour passer en deçà de la barre des 55 et revenir à des duels plus « classiques », sont bel et bien de retour.

Est-ce la TVA sociale ? Est-ce Standard and Poor’s ? Est-ce la remontée de l’anti-sarkozysme primaire, après trop d’interventions médiatiques sur le thème « rien n’est joué » ? Toujours est-il que le frémissement pour Sarkozy ne se confirme pas et que, si je persiste à penser qu’il peut encore s’effondrer et passer derrière Le Pen, voire, plus probable et plus intéressant, derrière Bayrou si celui-ci joue finement, les duels Bayrou-Le Pen qu’on aime nous annoncer pour faire « rebelle » n’ont aucune chance de se réaliser tant Hollande, abonné aux 28% semble hors d’atteinte pour tout autre candidat.

Le commentaire d’un aubryste sur le fait que « même une chèvre en kilt » (on aura deviné qu’il s’agissait d’une tendresse à l’égard de la campagne morne et brouillonne du président du conseil général de la Corrèze) pourrait gagner contre Sarkozy en 2012 pourrait bien s’avérer d’une grande justesse…

J’essaierai de revenir à intervalles réguliers sur ces reports de voix, à condition que nos amis sondeurs veuillent bien nous abreuver en chiffres.

Indicateur du 16 janvier 2012: en quel sondeur faut-il avoir confiance ?

1. L »indicateur de ce jour nous montre une seule nouveauté par rapport aux semaines précédentes: une légère reprise du score lepéniste, largement due à une très bonne tenue dans le sondage IFOP.

La tendance pour le second tour marque de nouveau un tassement pour Sarkozy, après une tendance légèrement favorable:

2. De manière assez étonnante, deux sondeurs qui jusqu’à présent s’éloignaient de l’indicateur se retrouvent plus proches de la moyenne: BVA et CSA. Il faut tenir compte de deux faits:
– le sondage IFOP quotidien surévalue manifestement Le Pen, même si elle y est en voie de normalisation; à ce sujet, regrettons qu’IFOP ne tienne qu’en partie parole: le sondage paraît tous les jours sauf… le week-end ! Notre réputation auprès des Anglo-Saxons va encore se trouver ruinée… En outre, ce lundi, nous découvrons que l’IFOP du jour est basé sur 875 électeurs incrits, une nette baisse par rapport à vendredi… Certes, si l’échantillon est très bien constitué un écart de 80-90 individus n’est pas dramatique, mais quand même… IFOP veut-il trop en faire ?
– TNS-SOFRES et encore plus IPSOS sont singulièrement absents de l’actualité sondagière, ce qui place hors du jeu deux sondeurs a priori de qualité. Même Harris sonde beaucoup moins que pendant la primaire du PS.

LH2 reste manifestement à l’écart du mouvement général et produit les chiffres les plus éloignés de l’indicateur. OpinionWay paraît également un peu distant, mais le caractère erratique de ses publications rend le jugement plus difficile. ViaVoice est quasi-inexistant des sondages « bruts » d’intentions de vote.

Nous voici bien en peine de déterminer un sondeur fiable. Comme d’habitude, diront certains… Mais il est clair que l’estimation du niveau de Le Pen est de nouveau malaisé. Le « vote honteux » pour son père, qui le faisait systématiquement sous-estimer dans les intentions de vote, n’existe plus pour la fille et pourrait même s’être transformé en un réflexe exutoire la faisant légèrement surestimer. Ce n’est pas à exclure.

En outre, la montée de Bayrou revêt, comme en 2007, un caractère désordonné et délicat à estimer précisément. Même s’il semble marquer un palier, il introduit un facteur d’incertitude important, plus ou moins en parallèle avec l’effet des arrondis sur les multiples petits candidats. A la mi-mars, le problème de ces derniers sera réglé, dans un sens ou dans l’autre, et nous y verrons alors plus clair.

N’oublions pas qu’en 2007, Bayrou a finalement été bien estimé, que son haut score dans les sondages en mars a probablement été assez juste, créant un réflexe de défense des électeurs socialistes qui ont voté davantage « utile » pour leur candidate que prévu. D’un autre côté, Le Pen père avait, pour la première fois, été surévalué face à une campagne sarkozyste terriblement efficace.

Méfions-nous de ceux qui ont des souvenirs tronqués des sondages et qui nous disent a posteriori que tous les sondages ont tort. Méfions-nous aussi de la volatilité de l’électeur et des décisions de dernière minute qui font que, dans les deux derniers jours, alors que les sondages ne sont plus publiés, l’opinion évolue encore (voir le premier tour de 2002).

Cette semaine, je publierai donc une étude rapide mais intéressante des reports de voix, que j’essaierai ensuite de suivre régulièrement, malgré le fait que de grands instituts ne publient pas systématiquement ces chiffres…

Derniers sondages OpinionWay, LH2 et CSA: Bayrou poursuit sa progression et Le Pen est normalisée

 

OpinionWay-Fiducial
Les Echos, Radio Classique
10-11 janvier 2012
échantillon: 967 inscrits sur un échantillon total de 1060

Hollande 27
Sarkozy 25
Le Pen 17
Bayrou 15
Mélenchon 6
Joly 3
Arthaud 0,5
Poutou 1
Chevènement 0,5
Villepin 2
Morin 1
Boutin 0,5
Dupont-Aignan 1
Lepage 0,5
Nihous 0

Hollande 55
Sarkozy 45

___________________________

CSA
20 Minutes, BFM TV, RMC
9-10 janvier 2012
échantillon: 875 inscrits parmi un échantillon total de 1005

Hollande 29
Sarkozy 26
Le Pen 19
Bayrou 13
Mélenchon 7
Joly 2
Villepin 3
Dupont-Aignan 0
Morin 0
Lepage 0
Boutin 0,5
Nihous 0
Arthaud 0
Poutou 0,5
Chevènement 0

Hollande 57
Sarkozy 43

___________________________

LH2
Yahoo!
13-14 janvier 2012
échantillon: 966

Hollande 30
Sarkozy 23,5
Le Pen 17
Bayrou 14
Mélenchon 8,5
Joly 3
Villepin 2
Dupont-Aignan 0
Morin 0
Lepage 0,5
Boutin 0,5
Nihous 0
Arthaud 0,5
Poutou 0
Chevènement 0,5

Hollande 57
Sarkozy 43

1. Par apport au sondage IFOP quotidien, ces trois enquêtes présentent un paysage plus « classique », avec une Le Pen élevée mais à distance respectable de Sarkozy et un Bayrou en progression lente mais continue.

Alors que l’IFOP était jusqu’ici le plus proche de notre indicateur, il semble qu’une divergence apparaisse. J’en profite pour m’étonner de l’absence de publication du sondage quotidien hier soir: alors, c’est « tous les jours » sauf le week-end ? Décidément, la France reste la France…

2. Ces trois enquêtes confirment également la marginalisation progressive d’Eva Joly (et la décision, à raison, de Cécile Duflot de rester en charge du parti et de l’appareil, pour mieux négocier un groupe à l’Assemblée et des ministères: une vraie professionnelle de la IVe République…). Eva Joly rejoint désormais Villepin parmi les « grands des petits ».

La poussée de Mélenchon chez BVA est encore une fois démentie par CSA et OW, mais pas par LH2, qui reste quand même le plus éloigné de notre indicateur avec BVA, à ce jour. Mélenchon ne semble pas parvenir à se rapprocher durablement des 10%.

Enfin, notons l’ampleur des différences entre sondeurs sur les petits candidats: entre 1 et 5%… D’où l’intérêt d’arrondir au dixième de point le plus proche et non au demi-point, voire un point entier, comme le pratiquent encore trop les sondeurs. Certes, un sondage n’est pas si précis qu’il puisse anticiper au dixième de point près, mais ces arrondis induisent des écarts énormes et peuvent, visuellement, créer ou freiner la dynamique d’un des grands candidats. Manifestement, Bayrou est le plus en mesure de faire la « voiture-balai » de ces 8 petits candidats potentiels et c’est lui qui peut pâtir ou profiter d’arrondis intempestifs.

3. Au premier comme au second tour, la hiérarchie Hollande-Sarkozy ne se modifie pas et le candidat socialiste reste archi-favori (même si LH2 ne surestime probablement, comme à l’accoutumée, malgré les signes d’une légère démobilisation à gauche. Mais les reports de voix sont tellement défavorables pour Sarkozy parmi les électeurs Bayrou et Le Pen qu’il ne parvient pas à inverser la tendance. Cette semaine, malgré une grosse grippe ;), je publierai une étude des reports de voix tout à fait éclairante.

La perte du AAA ne va pas arranger les choses. Reste à voir si Bayrou est en mesure, à un moment donné, de faire basculer l’électorat sarkozyste en masse, qui pourrait se dire: « fichu pour fichu, autant choisir le seul en mesure de battre Hollande au second tour ». Si quelques médias se lançaient à demander aux instituts de sonder d’autres hypothèses de second tour, cela pourrait aider au mouvement… C’est là que l’on constate l’importance des questions posées dans les sondages…

Quand Bayrou sera installé au-dessus de 15% et que Sarkozy s’effritera vers les 20%, l’hypothèse pourrait prendre corps.