Derniers sondages IPSOS et TNS-SOFRES: le mano-a-mano du premier tour ne remet pas en cause les bons reports de voix sur Hollande au second

 

IPSOS
Radio France, France Télévisions, Le Monde
24-25 février 2012
échantillon: 959 

Hollande 31,5
Sarkozy 27
Le Pen 16
Bayrou 11,5
Mélenchon 8
Joly 2,5
Arthaud 0,5
Poutou 0,5
Villepin 1
Dupont-Aignan 1
Lepage 0,5

Hollande 58
Sarkozy 42

___________________________

TNS-SOFRES – SOPRA Group
i-Télé, Le Nouvel Observateur
27 février 2012
échantillon: 1000

Hollande 30
Sarkozy 28
Le Pen 17
Bayrou 10,5
Mélenchon 9,5
Joly 2,5
Villepin 1
Dupont-Aignan 0
Lepage 1
Arthaud 0
Poutou 0
Cheminade 0,5

Hollande 57
Sarkozy 43

1. Les sondages du jour doivent être remis en perspective avec le sondage quotidien IFOP, qui indique les mêmes tendances:
resserrement Hollande-Sarkozy au premier tour,
effritement de Le Pen,
incertitude sur Bayrou,
plafonnement à un bon niveau pour Mélenchon,
marginalisation des autres candidats,
mais avec un niveau inférieur pour Hollande et, désormais, un niveau supérieur pour Bayrou (ceci expliquant en partie cela).

IPSOS nous surprend vraiment cette année, en étant quelque peu éloigné de la « moyenne », même si Hollande est encore à 30 dans notre indicateur. IPSOS semble avoir du retard à l’allumage par rapport aux autres instituts. C’est plus difficile à estimer pour TNS-SOFRES, qui est peu sollicité cette année. En tous les cas, l’actualisation de mon étude sur les écarts et biais des instituts devient urgente: encore 24 heures de patience ;).

Le meilleur score de Sarkozy au premier tour n’est toutefois pas miraculeux, loin s’en faut:
– il a certes décollé des 25%, mais ne parvient pas à rallier les 30%,
– sans plus de concurrence réelle à droite (même Villepin retombe dans les limbes), ce n’est pas un exploit,
– Hollande ne paraît pas décidé, pour certains instituts à glisser franchement sous les 30%.

En outre, pour Hollande, le fait que Mélenchon plafonne et ne parvienne pas à franchir le seuil psychologique des 10% ( ah, le double-digit score…) ne peut qu’être rassurant. Sans compter l’incapacité à rebondir de Bayrou, dangereusement proche des 10% chez la SOFRES. Avec une Joly atone et une extrême-gauche dans l’épaisseur du trait de crayon, l’avenir est rose.

Bien sûr, des « petits cailloux » pourraient enrayer la belle mécanique: à force de finasser, de faire du « réglage fin » sur ses mesures, peut-être quelques doutes finiront-ils par apparaître sur sa capacité au leadership, notamment si la crise européenne s’offrait une petite remontée printanière. Mais c’est peu probable. Quant à une embellie simultanée pour Mélenchon et Bayrou, elle paraît improbable. Même les quelques remugles de corruption socialiste dans le Nord-Pas-de-Calais n’accrochent pas plus que cela dans les médias. Il est vrai qu’il y aurait de toute façon, immédiatement, quelque nouvelle « révélation » sur Bettencourt ou Karachi pour effacer tout effet négatif.

C’est d’ailleurs bien la caractéristique du moment: globalement, la campagne est brouillonne, foisonnante, désordonnée, mais ne semble pas véritablement influencer le paysage électoral, comme si beaucoup avaient déjà fait leur choix. D’une certaine manière, c’est la victoire prématurée de l’excellent positionnement tactique (et, finalement, stratégique au vu du mauvais sillon pris par Sarkozy et de l’explosion de DSK) de Hollande dès l’origine: le candidat « normal ».

Finalement, ne pas être le candidat de l’enthousiasme, être quasiment le choix par défaut, s’avère très solide en 2012. L’absence de dynamique propre, positive, n’est finalement pas une difficulté, dès lors qu’une dynamqiue négative enfonce votre adversaire. Après tout, Merkel s’est maintenue au pouvoir de cette manière, le Portugal et l’Espagne ont basculé à droite dans cette même logique et Obama pourrait bien prendre le même chemin en novembre prochain.

2. Le second tour continue de confirmer cette situation. Certes, là encore, l’écart se resserre, mais tout en s’accompagnant d’une certaine dégradation des reports de voix pour Sarkozy, de nouveau:
respectivement chez IPSOS et chez la SOFRES, les reports sur Hollande/Sarkozy/l’abstention sont les suivants:
– électorat Mélenchon: 83/2/15 et 75/6/19, toujours aussi élevés pour Hollande,
– électorat Joly: 72/14/14 et non indiqué chez la SOFRES, un peu moins bons mais de manière marginale et avec un échantillon désormais très réduit,
– électorat Bayrou: 48/26/26 et 44/28/28, toujours aussi favorables à Hollande, même plutôt en dégradation poru Sarkozy,
– électorat Le Pen: 26/39/35 et 29/32/39, plutôt encore moins bons pour Sarkozy, ce qui est probablement dû au fait que ce dernier a grignoté des voix dès le premier tour. Ces reports très décevants montrent aussi que même une absence de Le Pen au 1er tour ne remettrait pas fondamentalement en cause les grands équilibres de l’élection.

Finalement, cela confirme largement la dernière mise à jour de mes graphiques de reports des voix, à consulter infra.

Même chez l’IFOP, l’écart de second tour reste conséquent (55-45), malgré une diminution sur les deux derniers jours. Mais les souhaits comme les pronostics de victoire restent majoritairement défavorables à Sarkozy, sans véritable changement de fond. Clairement, aucune autre dynamique contraire n’est venue s’amorcer, malgré les réajustements que nous voyons chaque jour entre les différents candidats. C’est un peu la tectonique des plaques: en 7 semaines et demi, même un demi-continent ne se déplacera pas… Or, arracher 10 points de plus chez les électeurs de Bayrou et 25 points de plus chez les électeurs de Le Pen demande plus de 7 semaines et demi.

Un Fillon libéré de Matignon il y a 18 mois aurait-il pu occuper le créneau du sérieux, du rigoureux, de la modération et en même temps de la fermeté, étouffant Bayrou sans laisser Le Pen émerger trop ? C’est trop tard et il est de toute façon peu probable que toute la droite se serait réunie derrière lui comme un seul homme…

Un Juppé auréolé d’une image de vieux sage et de meilleur sachant que Hollande aurait-il eu sa chance ? Non, les Français détestent les dirigeants plus intelligents qu’eux ;D et les affaires internationales, les Français s’en moquent (il n’est que de voir le peu d’influence qu’ont les déboires de « Monsieur Hollande tentant de rencontrer les dirigeants étrangers » sur sa cote).

Un Sarkozy réellement recentré, appuyé sur un Borloo à Matignon depuis novembre 2010, aurait-il pu jouer un autre jeu ? Je persiste à le croire; en tous les cas, il aurait ouvert un suspense plus important. Mais, là encore, inutile de parler d’un passé qui n’a pas eu lieu.

Pour la droite, après 10 ans de pouvoir, une crise profonde et un leader rejeté pour sa personne même, la partie était probablement perdue d’avance. La semaine prochaine, je m’amuserai donc au petit jeu de la composition du gouvernement de François Hollande !

3. Je me permettrai également de continuer d’enfoncer les deux idées reçues du moment:
– l’élection va se jouer, « comme d’habitude », « au peuple », alors que la victoire de Hollande sera au centre, dans la plus pure tradition du Mitterrand 1988;
– la clef de l’élection est à la droite de la droite, alors que, là encore, comme en 1986-88, la « stérilisation » d’une bonne partie de l’électorat reste entière, par un FN qui est loin d’avoir franchi le cordon sanitaire qui l’entoure, contrairement à ce que les commentateurs ne cessent de répéter.

C’est la campagne de 1988 qui se rejoue: les gesticulations chiraco-pasquaïennes n’y avaient rien fait; Jean-Marie Le Pen avait triomphé du haut de son inutilité et de sa stérilité politiques; Raymond Barre avait, comme tous les politiciens intelligents de la période (Rocard, Juppé), laissé échapper sa chance sans crier gare; Mitterrand n’avait eu besoin que de signer en bas à droite le formulaire à remttre au Conseil constitutionnel.
Remplacez les noms de personnes par « sarkozo-guéantesques », Marion « Marine » Le Pen, Bayrou et/ou Borloo -l’intelligence en moins pour ceux-ci-, Hollande et vous aurez le même scénario, l’affaire DSK en plus, mais, que voulez-vous, nous sommes modernes: autres temps, autres moeurs… quoique…

Le choc post-électoral pour la droite fut rude, secouée par les divisions intestines jusqu’en 1992 et tiraillée de la droite extrême (Pasqua, Millon) jusqu’au centre rallié à Mitterrand (Stirn, Soisson, etc) ou ouvert à Rocard (Stasi, Barrot), traversée de percées éphémères de jeunes Turcs libéraux (la bande à Léotard), gaullistes (Séguin), souverainistes (Villiers) ou simplement jeunes (Bosson) et/ou médiatiques (Noir, Carignon, Barzach), plombée par la déprime du chef (Chirac).
Ici aussi, remplacez les noms qui précèdent par ceux d’aujourd’hui et vous aurez la tentation de l’alliance avec le FN (Mariani, Luca), celle de l’ouverture vers Hollande (Bayrou), les percées des jeunes Turcs « humanistes » (NKM), « classiques » (Pécresse), individualistes (Baroin),  libéraux (Chatel) ou libéraux-droitiers (Copé), post-modernes (Wauquiez). Mais le chef vaincu (Sarkozy) pourrait tenter d’imiter son grand prédécesseur…

Et puis, après tout, 1993 et 1995 furent finalement de grands crus pour la droite

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Indicateur du 27 février 2012: des évolutions claires mais limitées dans une campagne chaotique

1. Cette semaine, notre indicateur confirme les tendances précédentes:
– décrue limitée de Hollande,
– remontée homéopathique de Sarkozy,
– décroissance lente mais durable de Le Pen,
– difficultés de redémarrage pour Bayrou,
– bonne tenue sans grand éclat de Mélenchon,
– raréfaction des petits candidats.

Les évolutions sont toutefois faibles compte tenu des efforts déployés par les candidats: « cirque » lepéno-mélenchonien, ruades d’un Bayrou réveillé, actualité éditoriale de Hollande, attaques tous azimuts du candidat Sarkozy,… La campagne est bien lancée, avec son rythme quotidien de micro-événements, de « polémiques » (ah, combien de fois les journalistes prononcent-ils ce mot…), de scènes posées et filmées, de « marronniers » incontournables, de passages convenus, de petites phrases, s’enchaînant dans un tourbillon où plus rien n’est esentiel puisque tout est nivelé et tout se fond dans une succession perpétuelle ou le suivant chasse le précédent sans avoir eu le temps d’y réfléchir vraiment.

De ce point de vue, ils ont tous tort:
– Hollande et Bayrou n’ont pas réussi à imposer un rythme différent et ils sont bien obligés de se soumettre au feuilleton quotidien,
– Sarkozy est bien dans le rythme, mais il n’en bénéficie pas puisqu’il ne le contrôle pas davantage que les autres,
– Mélenchon et Le Pen sont banalisés malgré leur soi-disant divergence d’avec le « système ».

Ce quintette bien établi peut-il être remis en cause ?

J’ai déjà pu indiquer que, si le croisement des courbes Hollande et Sarkozy est possible, il ne serait pas durable.

Quant à une menace Le Pen sur le second tour, elle semble conjurée: Marion « Marine » Le Pen a démarré trop tôt, elle s’épuise et tourne en rond, elle montre aussi ses faiblesses en économie, thème central de la campagne, ce qui devrait empêcher sa remontée vers les 20%.

Mélenchon a peu de marges de progression car les « sécurités automatiques » du vote utile  au sein de la population de gauche toujours traumatisée par le 21 avril 2002 fonctionneraient s’il s’avisait de grimper trop haut. D’ailleurs, y croit-il et le souhtaite-t-il lui-même, tant ses déclarations sur le désistement réciproque avec Hollande sont dites sur un ton léger ?… Voilà au moins une chose sur laquelle Le Pen voit juste: Mélenchon agit comme un leurre.

Bayrou peut remonter quelque peu, mais il se heurte à l’écueil fondamental que nous signalions avant même son émergence: il ne peut rejouer la campagne de 2007.

Joly et Villepin sont définitivement marginalisés. Lepage progressera bien un peu mais aura-t-elle seulement ses 500 signatures ? Et Dupont-Aignan, le seul qui pourrait créer une surprise, n’en a manifestement pas l’étoffe et aurait de toute façon beaucoup de chemin à parcourir avant de rattraper Mélenchon.

Non, décidément, je n’ai pas grand-chose à écrire cette semaine ! Mais c’est la campagne qui le veut 😉

Notons tout de même que Nihous obtient quasiment son meilleur résultat (il fut à 0,21% en septembre…) aujourd’hui qu’il a renoncé…
Et admirons les traces subsistantes des candidatures Chevènement, Morin, Boutin, qui s’éteignent doucement…

2. Et le second tour n’est pas tellement plus trépidant. Nous voici revenus un mois et demi en arrière, mais sans aucun signe de changement fondamental à l’oeuvre ou même simplement envisageable. Morne plaine…

Je tiendrai donc parole:
la semaine sera propice à revoir notre analyse des résultats des candidats par institut;
et nous pourrons nous faire plaisir en spéculant sur le premier gouvernement Hollande, qui a stupidement re-créé la contrainte de la parité déjà posée par Sarkozy en 2007.

Dernier sondage CSA et sondage quotidien IFOP: le resserrement de l’écart avec Sarkozy n’affaiblit pas Hollande

 

CSA
20 Minutes, BFM TV, RMC
20 février 2012
échantillon: 891 électeurs inscrits parmi un échantillon total de 1014

Hollande 28
Sarkozy 27
Le Pen 17
Bayrou 11
Mélenchon 9
Joly 3
Villepin 2
Arthaud 0,5
Poutou 0
Dupont-Aignan 1,5
Lepage 0,5
Nihous 0,5

Hollande 56
Sarkozy 44

1. Ce sondage CSA avait déjà fait quelque bruit en milieu de semaine. Je ne le publie qu’aujourd’hui, mais il correspond bien à la tendance du sondage IFOP quotidien:

L’écart entre Hollande et Sarkozy n’est plus que de 1 point, ce qui excite l’Elysée et les médias dans l’espoir (ou l’inquiétude) d’un croisement des courbes qui n’a plus été vu depuis la « chute de DSK » ou même l’émergence de Le Pen au début de 2011. Un tel croisement des courbes devrait avoir un effet psychologique certain, de par le simple effet médiatique créé. Et logiquement, devrait s’en suivre une dynamique favorable à Sarkozy.

Mais il n’en sera rien, de manière quasi certaine.

Si le croisement aura peut-être lieu, il n’est pas fondamentalement dû à une réelle remontée du Président sortant. Celui-ci a certes gagné du terrain depuis son entrée en campagne. Mais c’est l’effet de plusieurs facteurs qui ne devraient pas se prolonger, voire qui devraient reculer:
– le retrait de Boutin, Morin et Nihous lui assure mécaniquement quelques dixièmes de points,
– le bruit médiatique lié à son entrée en campagne est déjà en train de refluer et n’est de toute façon pas reproductible,
– il a pu grignoter sur Le Pen par un apparent durcissement (encore qu’il s’agisse davantage de bonapartisme que de lepénisme), mais va vite trouver la limite de ce mouvement, même si la cacophonie qui caracvtérise la candidature Le Pen ces derniers temps fera peut-être encore reculer celle-ci, mais davantage vers l’abstention que vers Sarkozy, dont certaines initiatives remâchant le passé ne montrent ni originalité, ni cohérence et auraient plutôt le goût de l’échec (le retour en grâce de Dati en est le pire exemple… on peut même se demander s’il ne s’agit pas d’un coup Sarkozy-Copé contre Fillon…).

Quant à Hollande, sa décroissance se fait en réalité au profit, marginalement, de Mélenchon, mais plus sûrement de Bayrou. Or, nous avons vu que les reports Bayrou vers Sarkozy ne s’améliorent pas. Bayrou n’agit pas comme un sas pour Sarkozy pour récupérer ces électeurs de centre et de centre-droit qui lui font défaut.

Hollande a donc encore de la marge, avant de véritablement souffrir d’une perte de dynamique. Il a plusieurs « assurances » pour le protéger:
– son score au second tour ne faiblit pas véritablement, si l’on en juge aussi par le sondage quotidien IFOP:

l’anti-sarkozysme, qui est l’explication de ce maintien au score, reste entier, comme le montrent les résultats qualitatifs des sondages, y compris ceux qui montrent la remontée la plus nette de Sarkozy,
Mélenchon continue de couvrir sa gauche et de lui permettre d’éviter, au centre l’émergence trop rapide de Bayrou (même Hamon se met à juger que la campagne de Bayrou patine… n’est-ce pas le signe de ce qui est la véritable inquiétude du PS ?); il est probable que, faute de mieux pour agrémenter le « show », les médias vont se remettre à parler de Bayrou et que Lepage, si elle obtient ses 500 signatures (ce dont je doute toujours très fortement), pourrait atteindre les 2%; mais ce phénomène ne peut être que d’ampleur limitée, tant Bayrou a été incapable de rebondir sur son émergence initiale et tant Sarkozy a solidifé sa base de droite, qui ne devrait plus lui échapper vers le centre,
– de manière secondaire, Villepin et Dupont-Aignan (même si le premier semble loin d’être assuré d’avoir ses signatures) continueront de frapper Sarkozy et, d’autant plus si elle baisse dangereusement vers les 15%, Le Pen devrait l’attaquer de plus en plus durement, histoire de refaire son retard dans cette France boutiquière, dans cette France « beauf » du Sud-Est et dans cette France rurale « lointaine de la capitale » de l’Est, dans lesquelles Sarkozy re-grignote quelque peu, comme en 2007.

Le « tout sauf Sarkozy » ne peut que bénéficier à celui qui est en tête dans les candidats non-Sarkozy…

2. En tous les cas, les symétries Bayrou/Hollande, Sarkozy/Le Pen et Mélenchon/Joly sont confirmées. Je répète qu’il ne s’agit pas uniquement de transferts directs, mais l’idée globale est là et montre que Sarkozy ne parvient pas à regagner là où il va perdre l’élection: non pas « au peuple », comme on nosu le ressasse à longueur de journée, mais « au centre ».

D’ailleurs, ce sont ces modérés que nous pouvons suivre: séduits par DSK (désolé, une fois de plus, pour cette image de mauvais goût… ;)), portés sur Borloo (euh… portés ? ;)), emportés par Hollande dans l’euphorie de la primaire, revenus sur Bayrou en décembre 2011, repartis en partie sur Hollande fin janvier et revenant maintenant sur Bayrou, bref passés presque partout, sauf chez Sarkozy…

Ce sera la revanche de la France du « oui », mais au détriment de Sarkozy: curieux dénouement pour celui qui aura assuré la signature du traité de Lisbonne et celui qui aura contribué, quoi qu’on puisse penser de lui par ailleurs, à sauver au moins provisoirement l’euro… notamment malgré Merkel et sans Cameron.

Cela augure de déconvenues fortes pour le PS par la suite… mais les barons auront gagné quelques maroquins ministériels: ils pourront se permettre de perdre les élections locales en 2014-2016…

Reports de voix entre les deux tours: Hollande consolide à gauche et s’effrite au centre et à droite, mais sans que Sarkozy en profite

1. Pour la deuxième fois, après un premier article le 18 janvier, j’ai repris tous les sondages depuis le second tour de la primaire du PS, j’ai sélectionné ceux contenant des chiffres sur les reports de voix entre les candidats éliminés du 1er tour et les candidats du 2nd tour, Hollande et Sarkozy.

Certains instituts ne publient rien (CSA, Harris, ViaVoice), d’autres ne publient pas toujours (IFOP, TNS-SOFRES) ou seulement sur la base des suffrages exprimés (LH2). Or, la proportion de personnes hésitant ou se réfugiant dans le vote blanc ou nul ou dans l’abstention d’un tour à l’autre est évidemment importante, notamment dans l’électorat Le Pen: autant dire que des ventilations de reports de voix sur les seuls suffrages exprimés n’ont aucun sens.

Enfin, certains instituts publient toujours ces chiffres (IPSOS, BVA, OpinionWay), ce dernier publiant également une intéressante répartition des reports de voix de ceux ne s’étant prononcés pour aucun candidat au premier tour.

Je redis que l’étude des électorats Joly et Villepin doit être interprétée avec prudence, étant donné leurs scores désormais très faibles.

Je présente donc ci-dessous des graphiques simples de reports des voix: ce sont les données brutes de TOUS les sondages pertinents, classés par ordre chronologique, sans pondération par la taille de l’échantillon et sans pondération dans le temps. En revanche, je les ai « agrémentés » de courbes de tendance, selon une régression polynômiale d’ordre 3 (Le Pen, car les résultats sont ici très erratiques et l’ordre 3 rend mieux compte des quelques inflexions de fond intervenues) ou 4 (les autres candidats, car il y a clairement trois inflexions pour eux). Ces courbes permettent une lecture aisée des tendances de fond.

2. Les reports de voix dans l’électorat Mélenchon:

Par rapport à il y a un mois, une certaine remobilisation s’est fait jour du côté de cet électorat et l’effritement de mi novembre-début janvier a disparu.

L’entrée réelle en campagne de Hollande fin janvier, puis la contre-attaque sarkozyste depuis le début février, ont manifestement créé un réflexe de vote utile et de regroupement face à l’ennemi commun.

Pour Hollande, la situation est excellente et il ne peut espérer mieux:
Mélenchon est d’une grande bienveillance avec lui, ce qui n’aurait pas été le cas, à l’évidence, d’un Besancenot et d’une Laguiller, ou même d’un Bové non encore « systémisé »;
en 2007, les reports sur la gauche de la gauche étaient environ de 70% vers Royal, 10% vers Sarkozy et 20% vers l’abstention, ce qui était déjà honorable pour la socialiste (mais l’anti-sarkozysme viscéral quoique naissant faisait déjà son oeuvre à l’extrême-gauche): Hollande est aujourd’hui au-dessus et peut donc déployer sans risque sa stratégie centriste, favorable à son statut d’attrape-tout héritier de DSK et à un étouffement précoce de toute (re)montée bayrouïste.

Cette situation est d’autant plus favorable pour Hollande que, dans le même temps, Mélenchon a progressé: si, donc, Hollande a pu perdre quelques voix à son profit, elles reviennent vers lui sans difficultés au second tour. Et si ces progrès mélenchoniens viennent d’une Eva Joly décevante pour ces électeurs (non par insuffisance de gauchisme, mais par insuffisance d’efficacité électorale), elles ne sont pas pour autant perdues pour Hollande.

3. Les reports de voix dans l’électorat Joly:

Là encore, par rapport au 18 janvier, Hollande se reprend clairement et la période est à la fusion plutôt qu’à la fission.

C’est d’autant plus remarquable que l’électorat de Joly n’a cessé de se réduire, pour, supposément, devenir plus « Vert orthodoxe » et normalement moins disposé à soutenir le « social-traître mou et inféodé au complexe nucléaro-industriel ». A 70% voire davantage, Hollande efface les performances de Mitterrand et Jospin dans cet électorat, qui dépassaient rarement les 60%. A moins de 10%, Sarkozy est deux fois moins performant que Chirac.

Il faut dire que l’environnement est marginalisé dans cette campagne et que l’anti-sarkozysme est une puissante motivation à gauche. Hollande n’a donc pas besoin de se forcer beaucoup.

De surcroît, son offensive sociétale tous azimuts dans le sens du permissif et de la chosification de l’humain (mariage homosexuel, adoption pour les couples homosexuels, théorie du gender dès le primaire, remboursement par la Sécurité Sociale des opérations chirurgicales des transsexuels, procréation médicale totalement libéralisée, euthanasie, recherche sur les cellules souches embryonnaires, « évaluation collective » à l’école, etc, on en passe et des « meilleures »…) ne peut que complaire aux « Khmers verts », toujours soixante-huitards jusqu’au-boutistes.

4. Les reports de voix dans l’électorat Bayrou:

J’écrivais le 18 janvier dernier que c’est évidemment l’une des deux raisons majeures de l’incapacité de Sarkozy à se faire réélire: il ne parvient pas à convaincre cette frange centriste de l’électorat. Cet électorat de centre-droit modéré et européen ou cet électorat strictement centriste et attaché soit à la modération absolue, soit à la simple efficacité, qui ont pu se retrouver sur son nom en 2007, par différence avec une Royal incontrôlable, il les a perdus, d’abord au profit de DSK, puis de Borloo (sans les retrouver au second tour), puis de Hollande momentanément dans l’euphorie de la primaire, enfin de Bayrou depuis 1 mois et demi. Les électeurs de VGE, Barre, Balladur avaient tous fait le choix de Chirac face à l’épouvantial de la gauche.

Paradoxalement, une entrée en campagne de Sarkozy pluôt bonapartiste (davantage que simplement droitière), semble s’accompagner d’une déperdition de voix bayrouïste pour Hollande.

Mais faisons attention à la chronologie: les moins bons reports de voix de Bayrou vers Hollande remontent à la fin janvier et sont consécutifs de l’entrée en campagne de ce dernier. En réalité, ce ne sont pas tant les quelques accents laïcards et à gauche de Hollande qui auraient découragé des électeurs de Bayrou, mais bien plutôt l’effritement de Bayrou qui a réduit la base de celui-ci et, probablement, davantage sur son aile gauche. Ainsi, ces électeurs de Bayrou ne se reportent plus sur Hollande au second tour, tout simplement parce qu’ils se sont déjà reportés sur lui au premier…

L’évolution des reports dans l’électorat Bayrou n’est donc pas spécialement bonne pour Sarkozy, contrairement à ce que nous pouvions croire à première vue. Au contraire même, la base de Bayrou se réduisant quelque peu, Sarkozy devrait progresser. Or, il stagne.

En 2007, les instituts sont très concordants sur ce point dans les sondages « sortie des urnes », les électeurs Bayrou s’étaient répartis à parts égales entre Sarkozy et Royal (40-40), 20% se réfugiant dans l’abstention ou la retrouvant.

Aujourd’hui, même avec le recul des reports vers Hollande, nous sommes dans une proportion de 40-30-30, voire 35-30-35 au pire pour Hollande.

La campagne « au peuple » de Sarkozy risque bien de l’empêcher de s’améliorer ici. Sur le long terme, il est clair qu’aucune tendance positive, même minime, ne se confirme. Ce que Sarkozy gagne auprès du FN ou des abstentionnistes l’empêche de progresser au centre. D’ailleurs, Bayrou occupe davantage le créneau de centre-droit et retrouve ses appels à l' »humanisme » et à l’Europe. Sarkozy aura bien du mal à compenser simplement en faisant monter au front le modéré et rigoureux Fillon ou la moderne et environnementale NKM.

L’étau dans lequel il est pris n’est toujours pas desserré.

5. Le report des voix ans l’électorat Villepin:

Ce que j’écrivais en janvier est encore plus vrai aujourd’hui: les données sont éparses et peu fiables, mais pourraient nous confirmer des éléments déjà notés, valables simultanément ou alternativement:
– Villepin séduit sur tout l’échiquier et son électorat est à son image, tournoyant, incontrôlable, volatile, finalement sans conséquence (inconséquent ?) au regard de la ventilation globale de l’électorat français;
– Villepin séduit un vieil électorat gaullo-chiraquien totalement incompatible avec l’atlantiste, libéral et suractif Sarkozy. De ce point de vue, le bonapartisme de Sarkozy est trop peu napoléonien ou trop commerçant à la mode du Second Empire pour réellement séduire les « césaristes » patriotes et classiques qui peuvent suivre Villepin…

6. Le report des voix dans l’électorat Le Pen:

Comme je l’avais indiqué en janvier, en 2007, Sarkozy avait rallié l’électorat du père Le Pen à plus de 60%, laissant à Royal environ 15% et à l’abstention environ 25%. Encore s’agissait-il de l’électorat qu’il n’avait pas « volé » dès le premier tour de 2007, lors duquel il avait fait main basse directement sur au moins 5 points habituellement gagnés par le président du FN.

Par rapport à mon article du 18 janvier, l’érosion de Hollande se poursuit: il est autour de 20%, ce qui est encore légèrement mieux qu’en 2007, surtout si l’on considère que la fille dépasse largement le père.

Pourtant, cette érosion ne profite pas particulièrement à Sarkozy, malgré tous ses efforts. Depuis le début de l’année, l’évolution de Sarkozy n’est plus symétrique de celle des reports de Le Pen vers l’abstention. C’est celle de Hollande qui l’est. Bien entendu, on peut interpréter cela comme un premier pas: Sarkozy fait douter l’électorat populaire de Le Pen ou les petits employés tentés par le vote protestataire. Mais le temps presse désormais, à 2 petits mois du premier tour: Sarkozy n’en est plus à des manoeuvres de long terme pour transformer en profondeur l’opinion.

Certes, il convient d’apporter un bémol à ce constat peu favorable au Président sortant: il a clairement déjà gagné des électeurs sur Le Pen qui, donc, par définition, ne se reportent plus sur lui au second tour puisqu’ils sont déjà là. Mais il est loin d’avoir regagné le terrain pris sur le père Le Pen en 2007, qui avait fini un peu au-dessus des 10%.

Même si Sarkozy parvenait à gagner son pari de retrouver son ascendant sur cet électorat, on voit bien la volatilité et la fragilité des reports mesurés parmi les votants Le Pen du premier tour (qui justifient mon ordre 3 et non 4 dans les courbes de tendance). Sarkozy est assurément un équilibriste; il est plsu douteux qu’il parvienne à se faire prestidigitateur…

7. Le report des voix parmi les abstentionnistes du premier tour:

J’appelle donc « abstentionnistes » du premier tour ceux qui n’ont pas exprimé d’intention de vote. Ce n’est pas l’exacte réalité, car il y aura de vrais abstentionnistes, il y a de vrais indécis et il y aura des abstentionnistes parmi ceux qui expriment une intention de vote, mais seront atteints de flemme démocratique, d’excès de confiance (à gauche) ou de découragement (à droite).

Toutefois, les enseignements d’il y a un mois évoluent peu:
– un abstentionniste du premier tour sera essentiellement un abstentionniste du second,
– ceux qui se prononceront finalement au second se partagent entre Hollande et Sarkozy, peut-être de manière plus équilibrée qu’en 2011, mais sans apport compensateur décisif pour Sarkozy.

En fin de compte, la détérioration des reports vers Hollande dans les électorats Bayrou et Le Pen et le caractère peu significatif des reports des abstentionnistes et indécis ne profitent pas fondamentalement à Sarkozy à ce stade. Nous suivrons de près l’évolution de ces reports, car c’est à ce niveau que l’effet des campagnes sarkozyste et hollandaise sera évidemment visible.

Derniers sondages IPSOS, BVA, OpinionWay et LH2: faiblesse de Le Pen et robustesse de Mélenchon confirmées, mais incertitude sur l’évolution de Sarkozy et Bayrou

 

IPSOS-Logica Business Consulting
France Télévisions, Radio France, Le Monde
17-18 février 2012
échantillon: 969

Hollande 32
Sarkozy 25
Le Pen 16
Bayrou 11
Mélenchon 9
Joly 3
Arthaud 0,5
Poutou 0,5
Villepin 1,5
Dupont-Aignan 0,5
Lepage 1
Nihous 0

Hollande 59
Sarkozy 41

___________________________

BVA
Orange, RTL, presse régionale
15-16 février 2012
échantillon: 930 inscrits extraits d’un échantillon total de 949

Hollande 31
Sarkozy 26
Le Pen 15
Bayrou 13
Mélenchon 9
Joly 3
Villepin 2
Dupont-Aignan 1
Morin 0
Lepage 0
Nihous 0
Arthaud 0
Poutou 0
Cheminade 0

Hollande 56
Sarkozy 44

___________________________

LH2
Yahoo!
17-18 février 2012
échantillon: 967

Hollande 32
Sarkozy 26
Le Pen 14
Bayrou 13
Mélenchon 8
Joly 3
Villepin 1,5
Dupont-Aignan 0,5
Lepage 0,5
Nihous 0,5
Arthaud 1
Poutou 0

Hollande 55
Sarkozy 45

___________________________

OpinionWay-Fiducial
Le Figaro,  LCI
17-18 février 2012
échantillon: 975 inscrits extraits d’un échantillon total de 1045

Hollande 29
Sarkozy 27
Le Pen 16,5
Bayrou 13
Mélenchon 8
Joly 2
Villepin 2
Dupont-Aignan 0,5
Lepage 0,5
Nihous 0,5
Arthaud 0,5
Poutou 0,5

Hollande 56
Sarkozy 44

1. IPSOS, meilleur institut de 2007, mais malheureusement peu productif cette année, apparaît un peu à contre-courant des autres instituts, LH2, BVA, OpinionWay, mais aussi IFOP dans son sondage quotidien, qui tous, pointent une légère remontée de Sarkozy.

Comme il se trouve que ces mêmes instituts constatent un arrêt de la petite décrue de Bayrou, IPSOS pourrait être un outlier, puisqu’il note une faiblesse persistante du candidat du MoDem. Mais il est en revanche en ligne avec le tableau d’ensemble qui voit une baisse marquée de Marion « Marine » Le Pen et un grignotage limité mais continu de la part de Mélenchon.

L’écart d’IPSOS avec les autres instituts est également présent au second tour, où tous voient un (très) léger resserrement alors qu’IPSOS continue de voir Hollande à près de 60%.

2. A moins qu’IPSOS ne soit en avance…

Il est un fait que les facteurs de faiblesse structurelle de la candidature Sarkozy, maintes fois rappelés ici, n’ont pas changé.
Que sa légère embellie est peut-être due à un simple effet de bruit médiatique.
Qu’elle doit peut-être en partie au retrait de Boutin et Morin (c’est moins probable dans ce second cas).
Qu’elle restera dépendante du flux de l’actualité et de la volatilité du cirque médiatique, puisque le Président sortant l’a, de nouveau, voulu ainsi, considérant que réagir en fonction du « fil info » quotidien est son seul moyen de regagner dans les intentions de vote.

Peut-être allons-nous donc revenir dès la semaine prochaine à des chiffres conformes à ceux de la fin janvier.

Quoi qu’il en soit, Hollande reste très haut, même sans dynamique particulière, au premier comme au second tours. Certes, il fluctue quelquefois assez fortement, mais c’est sa condition de candidat attrape-tout et de la non-prise en compte des abstentions dans le paysage sondagier du premeir tour: c’est lui qui sert de variable d’ajustement en quelque sorte.

Les reports de voix, qui sont meilleurs pour Sarkozy auprès des bayrouïstes chez BVA, sont en revanche tout à fait satisfaisants pour Hollande, tant chez Bayrou que Le Pen, si l’on se réfère à OpinionWay. En revanche, OpinionWay semble ecessivement pessimistes sur les reports de Mélenchon à Hollande. Respectivement, chez BVA, OpinionWay et IPSOS:
– parmi les électeurs Mélenchon: 87/1/12, 67/1/32 et 87/4/9
– parmi les électeurs Joly: 79/3/18, 72/0/28 et 67/20/13 (le résultat curieux d’IPSOS doit être relativisé par la faible taille de l’échantillon Joly)
– parmi les électeurs Bayrou: 34/37/29, 45/20/34 et 37/28/35, ce qui laisse évidemment perplexe
– parmi les électeurs Le Pen: 18/44/38, 14/25/51 et 19/35/46, ce qui confirme qu’Hollande a perdu du terrain chez les électeurs Le Pen, amsi que Sarkozy n’en regagne que peu.
(OpinionWay nosu gratifie d’un 11/11/78 parmi les abstentionnistes du premeir tour, sans conséquence, et BVA d’un 55/35/10 chez les électeurs Villepin toujours aussi sujet à caution)

Je publierai prochainement des reports de voix actualisés, qui confirmeront ces constats:
une bonne tenue de Hollande chez les électeurs Joly et Mélenchon,
une diminution de Hollande parmi les électeurs Le Pen mais un plafonnement des progrès de Sarkozy,
une certaine décrue de Hollande parmi les électeurs Bayrou mais sans bénéfice réel pour Sarkozy,
une inutilité pour Sarkozy de la mobilisation supplémentaire éventuelle d’un tour à l’autre.

3. Au final, qu’il s’agisse de l’écart d’IPSOS ou des fluctuations hollandaises, l’indicateur agrégé rend service en dégageant une tendance de fond. Pour le moment, celle-ci n’a pas fondamentalement changé avec l’entrée en campagne de Sarkozy. Restez connectés !

Indicateur du 20 février 2012: la très légère remontée de Sarkozy est-elle durable ?

1. Les vases communicants, même indirects, que j’évoquai récemment, se lisent désormais assez bien dans l’indicateur agrégé, avec des symétries Bayrou/Hollande, Sarkozy/Le Pen et même Mélenchon/Joly.

Mélenchon passe au-dessus de 8%, ce qui est une nouveauté pour lui, mais il ne paraît pas réellement en mesure de mordre sur Hollande. C’est seulement si Bayrou progressait réellement, tirant Hollande encore davantage vers le centre, que Mélenchon pourrait espérer aller au-delà de la simple aspiration de tout ce qui n’est pas socialiste à gauche. Car, pour le moment, Mélenchon n’a pas fait mieux que cela: réunir les anciens électorats PCF, Besancenot, Laguiller, Bové et, désormais, la gauche des Verts. Il a certes trouvé un rythme probablement efficace et, dans le discours, la modération hollandaise, comme des échos montebourgeois, lui donnent une certaine audience, qui ne se traduit toutefois pas en intentions de vote réelles, au-delà des 10%.

2. Malgré le bruit médiatique important et pas aussi défavorable que d’habitude, la remontée de Sarkozy apparaît limitée et, probablement, fragile. Il a, lui aussi, assuré l’assèchement de toute la droite à l’exception de Dupont-Aignan qui est, heureusement pour Sarkozy, incapable de s’imposer médiatiquement et n’a pas la dangerosité d’un Pasqua ou d’un Villiers du XXIème siècle (Villepin ne prend probablement que très peu à droite: il est le candidat des illuminés, d’une certaine frange d’abstentionnistes; toutefois, le retrait de Boutin et Morin s’accompagne d’un léger regain villepiniste, mais il est vraiment difficile de déterminer s’il y a causalité et non simple simultanéité, Sarkozy progressant lui aussi et Bayrou se stabilisant).

Déjà, la polémique Borloo vient parasiter un début de campagne relativement efficace dans la réappropriation de l’espace médiatique, l’agitation de quelques thèmes fonctionnant décidément très bien dans des médias à la recherche de la prestidigitation et du show politiques… Gageons que les parasitages vont se multiplier, avec une dose de problèmes financiers européens, une dose de vraies « affaires », une dose de ralliement de Borloo à Bayrou, une dose de dérapages morano-guéantesques, une dose d’usine Arcelor-Mittal bloquée, etc.

Bref, il est fort peu probable que la remontée se poursuive et les espoirs du Président-candidat devraient être tués dans l’oeuf. Si, au moment de l’indicateur du 12 mars, il n’a pas réussi à menacer Hollande au premier tour et il n’a pas réussi à passer au-dessus des 45% au second, c’en sera fini. Pourtant, Le Pen diminue même chez l’IFOP et l’écart Hollande-Sarkozy de premier tour est réduit à 2 points chez l’IFOP et chez OpinionWay, tandis que BVA donne des reports de voix Bayrou vers Sarkozy en amélioration. Mais ces signes sont épars et très limités à ce jour.

Bayrou semble avoir stoppé l’hémorragie, mais il ne reprend pas pour autant sa marche en avant et, avec le frémissement sarkozyste, sa perspective d’accéder au second tour s’éloigne. C’est une configuration idéale pour Hollande, même si celui-ci semble presque extérieur à sa propre réussite: ce sont les autres qui construisent sa victoire, en quelque sorte… Et Hollande semble un peu comme ces jongleurs aux assiettes tournantes: ils ont lancé leurs assiettes qui tournent toutes seules, il suffit de retoucher un peu de-ci de-là, et tout marche bien même si tout semble en équilibre instable et menacer de s’écrouler à tout moment… Mais bon, pour lui, so far, so good.

4. De ce point de vue, la situation du second tour est édifiante: Sarkozy a repris du terrain dans quelques sondages, mais sans jamais franchir les 45%… Et il reste juste en-dessous des 43% dans notre indicateur.

Je profiterai de cette semaine pour actualiser les courbes de reports de voix et pour proposer, peut-être, une version raccourcie des graphiques par institut, afin de déterminer des tendances plus contemporaines et de tenter de détecter davantage de micro-retournements de tendance afin de mieux mesurer les écarts entre instituts.

Encore un peu d’artisanat statistique… mais il faut trouver de quoi se distraire dans ce paysage sondagier si morne…

ADDITIF: à titre d’information, l’indicateur agrégé de cette semaine contient 24 sondages et un échantillon total de 14 773,4 électeurs. Je crois que c’est le record. Il sera peut-être battu d’ici le mois de mars, mais, ensuite, avec la réduction progressive de la prise en compte des sondages passés, je pense que ce total se réduira. Sauf si tous les instituts se mettent à sonder 2 fois par semaine ! 😀

Sondage quotidien IFOP: la polarisation gauche-droite s’est mise en place et pourrait affaiblir Hollande

1. Après plus de 5 semaines de sondage quotidien IFOP pour Paris Match et Europe 1, il est temps de faire un point sur l’évolution des données qu’il nous fournit, à l’aube d’une nouvelle phase de la campagne avec l’entrée en lice du Président sortant.

Cette nouvelle phase est caractérisée par une polarisation gauche-droite autour des deux candidats principaux. Certains crieront à la manipulation médiatique pour imposer ce duel tant attendu. Mais il faut aussi reconnaître que les campagnes de Bayrou et Le Pen patinent et que Mélenchon semble s’être modéré et épargne Hollande comme jamais Aubry n’aurait osé le faire… Quant aux petits candidats, ils sont totalement marginalisés.

Les graphiques, comme ceux de l’indicateur agrégé de lundi dernier, montrent que les courbes des couples Bayrou/Hollande et Sarkozy/Le Pen paraissent être devenues symétriques depuis environ un mois.

Toutefois, cette polarisation n’est pas si évidente que cela. La situation est plus fluide et plus troublée que cela et pourrait, à terme, pénaliser quelque peu Hollande, à tout le moins au premier tour.

2. Il est clair que Sarkozy a remobilisé l’électorat traditionnel de la droite et de la droite dure (ancien électorat Villiers, électorat entrepreneurial, électorat boutiquier et électorat catholique). Il a donc pu agir doublement sur Marion « Marine » Le Pen:
lui prendre directement des électeurs;
décourager des électeurs volatils et sans attache partisane, ainsi que quelques électeurs « populaires » de voter pour celle qui, finalement, ne s’avère pas capable de menacer le Président sortant pour la qualification au 2nd tour et qui est même empêtrée dans sa quête du Graal des 500 signatures: à force de crier au loup, d’ailleurs, elle a pu produire un effet négatif de découragement sur ses électeurs, à défaut de mobiliser les maires… ; la majeure partie de ces électeurs découragés sont repartis vers l’abstention ou, de manière marginale, ont alimenté les votes Mélenchon, Bayrou et Dupont-Aignan.

3. Le discours plus droitier, plus populiste et en même temps plus gaulliste (au sens national, voire bonapartiste) du Président-candidat a, dans le même temps, ouvert un petit espace à un François Bayrou bien terne et comme las de la campagne. Passant de nouveau d’un discours pourtant redevenu récemment anti-système à un appel aux « humanistes », il semble avoir enrayé le retournement à la baisse de sa courbe. Certains électeurs modérés ont pu quitter Sarkozy, même de manière « décimale ». Surtout, Bayrou a pu récupérer quelques-uns des « bohèmes » de la politique, ces électeurs prêts à voter à peu près pour tout l’éventail politique et pour ces abstentionnistes réguliers, disposés à faire l’effort de voter seulement pour une personnalité ou un parcours particulier.

De ce point de vue, le sondage quotidien est précieux car, dans les autres sondages, on avait bien perçu le plafonnement de Bayrou mais pas son léger décroché suivi d’une apparente reprise. Or, qui dit Bayrou revigoré, dit Hollande repris d’inquiétude.

4. En effet, le candidat Hollande, déjà largement déporté sur sa droite, ne craint qu’une chose: l’émergence d’un Bayrou se substituant à Sarkozy. Là, sans Sarkozy au second tour, l’anti-sarkozysme s’évanouit et tout est à reprendre. Or, la personnalité et le socle propre de Hollande seraient largement insuffisants pour assurer sa victoire.

Alors, Hollande continue sa course au centrisme, à coups d’interviews à la presse anglo-saxonne de tonalité très blairiste, à coups de déclarations dures sur les Roms (ah, il a le doit de parler de « camps« , mais c’est bien le seul sans s’attirer de polémique hystérique…), à coups de réactions assez nuancées aux « propositions » (incantations ?) de Sarkozy.

D’une certaine manière, le retour en grâce du Président sortant fait l’affaire de Hollande. Ce faisant, il prend le risque, en ne réagissant pas tant que cela, de laisser le débat et le « bruit » médiatique s’organiser de nouveau autour des « idées » de Sarkozy, quelles qu’en soient la pertinence et la pérennité.

C’est un risque pour lui d’affaiblissement de sa dynamique de premier tour: laisser Sarkozy se rapprocher trop près, c’est perdre le discours ambiant d’inévitabilité et la dynamique peut vite se retourner, même si la vulgate médiatique veille au grain… et s’arrêtera peut-être si Hollande devait glisser de nouveau vers les 27-28%, comme elle l’a fait en décembre, après avoir émis trop de doutes en novembre… C’est aussi un risque pour le second tour, car il s’affaiblirait et ne ferait qu’alimenter les futures attaques sur sa pusillanimité.

Hollande prend aussi le risque d’ouvrir réellement un espace sur sa gauche.

5. Jusque là, il a pu adopter le profil social-démocrate, après quelques oeillades laïcardes et permissives à la gauche post-moderne, sans trop de dégâts: il bénéficie de l’incapacité d’Eva Joly à faire campagne et à réunir même les bobos les plus chevelus; il bénéficie aussi de la bienveillance incroyable de Mélenchon, trop classique pour occuper l’ancien créneau de Besancenot et trop conscient des enjeux à venir pour se « griller », même lorsque Hollande tire un trait sur le communisme français. Sur ce point, Mélenchon a vraiment fait le service minimum, se contentant du rectificatif du Guardian, dans lequel la formule a été à peine retouchée et le libéralisme économique a été préservé.

Mais, au bout d’un moment, alors même que Sarkozy est plus offensif, une partie de la gauche « en colère » (quelques ouvriers, beaucoup d’employés et beaucoup de fonctionnaires) pourrait bien se lasser de la présidentialisation précoce de Hollande. Mélenchon va peut-être, bien malgré lui, lui prendre des voix. Arthaud et Poutou bénéficieront peut-être de l’exposition de la campagne officielle. L’abstention pourrait être attractive pour les ouvriers qui se disent que, décidément, il n’y a rien à faire. Ce risque de démobilisation à gauche est probablement le plus important.

Certes, il n’est pas majeur. L’anti-sarkozysme, la volonté d’effacer 2002, le cycle normal d’alternance sont suffisamment puissants. Mais rien n’est jamais impossible dans une campagne.

Le sondage quotidien IFOP pour le second tour est éloquent: jamais Hollande n’a même frôlé les 55%.

6. En fin de compte, le discours du Bourget et les propositions de Hollande ont mis 7 à 10 jours pour produire leurs pleins effets dans les sondages. Attendons donc le début mars pour juger de l’effet de l’entrée en campagne de Sarkozy. Je doute fort qu’il parvienne vraiment à relancer la machine, mais rien n’est impossible et un certain effacement de la campagne Hollande, qui a déjà beaucoup dévoilé, commence de se faire sentir. N’oublions pas cependant qu’à tout moment, des rebondissements dans les affaires Bettencourt et, surtout, Karachi peuvent anéantir tous les efforts de Nicolas et de Carla !

Surveillons surtout l’évolution comparée des couples Hollande/Bayrou et Sarkozy/Le Pen, plus la situation de Mélenchon sur le flanc gauche de Hollande.

Malgré tous ses défauts de présentation et de clarté dans l’échantillon retenu, le sondage quotidien est désormais, bien évidemment, fort utile pour juger de l’effet de chaque mouvement de la campagne. Je publierai régulièrement les courbes actualisées de ce rolling poll.