Derniers sondages IFOP, BVA et TNS-SOFRES: Hollande peut-il encore perdre ?

 

IFOP-Fiducial
Europe 1, Paris Match, Public Sénat
29-30 janvier 2012
échantillon: 1387 inscrits extraits d’un total de 1655
(comparaison avec un sondage précédent des 11-13 janvier 2012, échantillon de 1550 inscrits extraits d’un total de 1976) 

Hollande 31 (28)
Sarkozy 24,5 (24)
Le Pen 19 (20)
Bayrou 11,5 (12,5)
Mélenchon 7,5 (7,5)
Joly 3 (3)
Arthaud 0,5 (0,5)
Poutou 0 (0,5)
Chevènement 0,5 (0,5)
Villepin 1 (2)
Morin 0,5 (0,5)
Boutin 0 (0)
Dupont-Aignan 0,5 (1)
Lepage 0,5 (0)
Nihous 0 (0)

Hollande 58 (57)
Sarkozy 42 (41)

___________________________

BVA
Orange, RTL, presse régionale
30-31 janvier 2012
échantillon: 1407 inscrits extraits d’un total de 1448

Hollande 34
Sarkozy 25
Le Pen 15
Bayrou 12
Mélenchon 8
Joly 3
Villepin 2
Dupont-Aignan 1
Morin 0
Lepage 0
Boutin 0
Nihous 0
Arthaud 0
Poutou 0
Chevènement 0

Hollande 57
Sarkozy 43

___________________________

TNS-SOFRES
i-Télé, Le Nouvel Observateur
30 janvier 2012
échantillon: 1000

Hollande 31,5
Sarkozy 26
Le Pen 16
Bayrou 12
Mélenchon 9
Joly 3
Villepin 1,5
Dupont-Aignan 0,5
Morin 0
Lepage 0,5
Boutin 0
Nihous 0
Arthaud 0
Poutou 0
Chevènement 0

Hollande 58
Sarkozy 42

1. Commençons par répéter l’irritation que suscite l’activisme brouillon de l’IFOP, qui veut apparemment rentabiliser ses échantillons et son exposition.

Alors que l’on pouvait initialement penser que ses sondages bimensuels avec échantillon approchant les 1500 étaient des compilations du rolling poll quotidien, réalisé pour les mêmes médias (ou presque), il n’en est rien. C’est pourquoi, ci-dessus, je récapitule un sondage de la mi-janvier, à titre de base de comparaison du dernier qui vient d’être publié. L’indicateur agrégé de la semaine dernière n’intégrait donc pas ce sondage de la mi-janvier, mais la différence, sauf pour Marine Le Pen, était inférieure au dixième de point. L’erreur est réparée cette semaine: heureusement, l’IFOP reste suffisamment proche de la moyenne agrégée (aussi parce qu’il l’influence fortement) pour ne pas trop troubler les choses.

Plus agaçant encore, le sondage quotidien ne reprend toujours pas de manière homogène les 3 jours précédents: il varie entre 3 et 5 jours, mais de manière un peu aléatoire et sans cohérence dans le temps, ce qui fait que je suis incapable de reconstituer les échantillons des 25 et 28 janvier par exemple. Je suis donc contraint de les inclure en réduisant par une règle de trois les résultats couvrant, par exemple du 24 au 27.

Comme je ne veux pas surestimer ces sondages IFOP déjà fort nombreux, je préfère être assez strict dans leur prise en compte. D’autant que les sondages IPSOS et TNS-SOFRES sont toujours aussi rares.

Heureusement, TNS-SOFRES comme BVA nous fournissent aujourd’hui des échantillons substantiels qui éviteront qu’IFOP dépasse le quart de l’indicateur à lui tout seul !

2. Sur les chiffres du jour, une conclusion s’imposerait: Hollande a déjà gagné. La situation ressemble puissamment à celle de 1988, avec
un candidat socialiste (Mitterrand-Hollande) placé au centre, prudent et plutôt consensuel, exerçant une certaine attraction sur le candidat de centre/centre-droit (Barre-Bayrou), finalement pas si dangereux qu’il pouvait initialement paraître,
un candidat du FN (Le Pen-Le Pen) suffisamment haut pour gêner le candidat de droite et l’obliger à ne pas oublier les questions de sécurité et d’immigration,
un candidat de droite (Chirac-Sarkozy) dominant dans son camp mais bien incapable de vraiment concurrencer le candidat de gauche,
un candidat communiste ou assimilé (Lajoinie-Mélenchon) pittoresque mais bien inoffensif pour le candidat socialiste,
un tarissement des autres candidatures après quelques velléités de progression (Juquin et Waechter-Villepin et Hulot/Joly).

On connaît la suite et la fin: Mitterrand était systématiquement donné gagnant au second tour autour de 55% et l’a emporté avec plus de 54%. Rien n’y a fait du côté de Chirac et Pasqua. Hollande se permet cette fois-ci de jouer le rôle à la fois de Mitterrand et de Rocard, ce dernier utilisé par le précédent pour empêcher Barre de prendre trop d’ascendant à la fin de 1987 puis pour s’assurer de se retrouver face à un Chirac largement plus battable au second tour. Mais l’évolution de la Ve République, avec le quinquennat et la pratique fillono-sarkozyenne, justifie finalement que Hollande joue à la fois le rôle du candidat et de son futur Premier ministre…

Tout est aujourd’hui favorable à François Hollande:

– Jean-Pierre Chevènement vient de se retirer, ce qui n’apportera rien statistiquement à Hollande (car les moins de 0,4% qui se portaient sur Chevènement se dilueront sur Hollande mais aussi sur Mélenchon et Dupont-Aignan, voire Villepin) mais permet d’entretenir le « bruit de fond » médiatique favorable et d’accréditer encore davantage l’inéluctabilité supposée de la victoire hollandaise.

– De même, l’assèchement des petits candidats est un élément positif pour Hollande: l’extrême-gauche rebelle et volatile est désormais canalisée par le faux révolutionnaire Mélenchon; la faiblesse persistante des Morin, Boutin, Dupont-Aignan et Nihous assure à Sarkozy un score plus élevé, Sarkozy étant le « meilleur ennemi » de Hollande.

– En effet, éviter à tout prix Bayrou est un impératif pour Hollande, dont on peut se demander si le refus de prononcer le nom de Sarkozy et d’attaquer directement ce dernier n’est pas aussi une manière de conjurer le risque de substitution de Bayrou à Sarkozy dans l’électorat de droite. Pour le moment, tout va bien pour Hollande de ce point de vue, car Bayrou marque le pas dans toutes les enquêtes, grignoté probablement à la fois par le social-démocrate modéré Hollande et par un Président sortant remobilisé et remobilisateur de son électorat traditionnel.

De surcroît, son électorat reste le moins certain de ses choix (moins de 50%, alors que les électorats Hollande-Sarkozy et Le Pen sont entre 65 et 80%) et c’est un électorat plus jeune qu’en 2007 (17% chez les 18-24 ans, mais seulement 11% chez les plus de 65 ans et surtout 7% chez les 35-49 ans, contre 35% à Hollande, selon la SOFRES), donc plus volatile et moins susceptible d’aller voter le 22 avril. En termes de pronostic de victoire, Bayrou est à… 1% (et seulement à 9% en termes de souhait).

– Parallèlement, Marion « Marine » Le Pen plafonne (IFOP) voire diminue carrément (BVA, SOFRES), ce qui est favorable à Sarkozy, mais n’est pas défavorable à Hollande, qui semble reprendre un peu dans l’électorat ouvrier et employé, ni surtout à Mélenchon, plus à même, évidemment, de canaliser tout cela vers Hollande. Les mouvements et ajustements entre Hollande, Mélenchon et Le Pen sont difficiles à analyser précisément, mais il se passe clairement quelque chose, là encore favorable à Hollande au final.

– Les reports de voix montrent une remobilisation à gauche en faveur de Hollande. Si nous regardons comme d’habitude les reports vers Hollande/Sarkozy/l’abstention, cela donne
dans l’électorat Joly, 79/13/8 pour l’IFOP et 77/3/20 pour BVA, ce qui est une claire amélioration pour Hollande,
dans l’électorat Mélenchon, 82/4/14 pour l’IFOP, 74/10/16 pour BVA et 84/4/12 pour la SOFRES, là aussi en amélioration pour Hollande.

Dans le même temps, l’électorat Bayrou, alors même qu’Hollande re-grignote au 1er tour, continue de se reporter toujours aussi favorablement au 2e tour: 52/26/22 pour l’IFOP, 45/34/21 pour BVA, 51/28/21 pour la SOFRES.

Si Sarkozy semble reprendre quelques couleurs auprès de l’électorat Le Pen, ce n’est pas massif: 25/44/31 pour l’IFOP, 13/44/43 pour BVA et 29/40/31 pour la SOFRES.

– De fait, la prestation télévisée de Sarkozy semble avoir surtout remobilisé les électeurs UMP, désormais solidifiés dans leur redoute néanmoins trop étriquée pour constituer une bonne base de départ pour le second tour et, surtout, sans alliés hors de la place forte. Sarkozy a ainsi été jugé convaincant au sein de l’UMP à 86 contre 12 ou 93 contre 7, selon BVA et l’IFOP.

Sarkozy a aussi quelque peu avancé au centre et sur sa droite, mais de manière marginale. Au sein des électeurs MoDem, il a été convaincant à 40 contre 59 ou 53 contre 47; au sein de l’électorat FN, à 50-50. Selon BVA son image s’est améliorée pour 27% du MoDem (contre 12% détériorée, le reste inchangée ou sans avis) et pour 26% du FN (contre 18%). C’est donc insuffisant.

– Or, la solidification de Sarkozy est une bonne chose pour Hollande… L’antisarkozysme assure à Hollande un socle minimal et il a peu de mérites à maintenir une avance outrancière au second tour, de nouveau en hausse au-dessus des 57%, niveau que même de Gaulle aurait regardé avec envie. Hollande pourrait maintenant imaginer battre le score de Pompidou…

Sarkozy n’est pas un atout pour la droite, mais c’est le meilleur qu’elle ait…

– Enfin, l’idée d’une victoire de Hollande s’est désormais imposée et l’heure semble venue. Cela lui assure un buzz très favorable et une véritable dynamique, même si elle est un peu par défaut et malgré lui.

Selon la SOFRES, le pronostic de victoire est monté à 52% ! Contre 23% à Sarkozy, 4% à Le Pen et 1% à Bayrou. Pourtant, le souhait de victoire n’est qu’à 28% (largement inférieur au pronostic et légèrement inférieur à son électorat de 1er tour) , contre 24% à Sarkozy (équivalent à son électorat de 1er tour et… supérieur au pronostic): cette inversion pronostic/souhait est très parlante. Hollande serait vraiment un net vainqueur mais par défaut et sans enthousiasme.

3. Alors, qu’est-ce qui pourrait faire perdre Hollande ?

L’excès de confiance et les dérapages de l’entourage (une bataille pour Matignon et les futurs portefeuilles ministériels; des « sorties » incontrôlés d’une Royal personnellement et politiquement amère de voir qu’elle aura tout perdu: élection et « compagnon », les deux moyens dont elle disposait pour approcher du pouvoir…) sont possibles. Mais les socialistes sont tellement impatients de redevenir ou, pour les jeunes prématurément anciens (Peillon, Valls, Montebourg) ou les frustrés du tour précédent (Ayrault, Rebsamen, Hollande lui-même…), de devenir ministres, qu’ils feront attention. De plus, vu l’organigramme de la campagne Hollande, les maroquins ministériels seront probablement distribués avec autant de générosité que sous Mitterrand et l’on retrouvera un gouvernement à près de 50 membres.

– Les attaques réelles et mieux ciblées de l’UMP pourraient faire mal, si elles s’éloignent de la simple « arrogance » (terme décalé et peu cohérent avec l’accusation de mollesse) et se recentrent sur l’indécision et l’inexpérience (notamment internationale), vraies faiblesses de François Hollande, déjà pointées par Martine Aubry. La recherche permanente du consensus et du compromis est castratrice et la seule période où Hollande était aux commandes -comme premier secrétaire du PS- n’a été qu’une longue suite de discussions interminables, de lâchetés, de petits arrangements. Mais, même là, Hollande a beau jeu de renvoyer à la « division » créée par le sarkozysme, la « rupture ».

Des attaques plus personnelles (sur la patrimoine sous-évalué, par exemple, gênant pour un apôtre de la justice fiscale) « américaniseraient » le processus, mais, surout, entraîneraient en retour des investigations sur Sarkozy qui pourraient faire perdre des points (financement de la campagne de 2007; patrimoine personnel de Sarkozy).

Les attaques politiques, pour justifiées qu’elles seraient (Hollande n’a pas vraiment l’intention d’être rigoureux et de tailler dans les dépenses; son programme est « mal » financé; il faut faire bien davantage pour réduire le déficit et la dette), entraîneraient là encore un effet boomerang, la droite n’ayant pas détaillé ses propres financements, soit par incertitude, soit par volonté de ne pas dévoiler que la TVA devra encore augmenter…

A part, donc, la personnalité de François Hollande, les angles d’attaque ne sont pas évidents, la droite ayant elle-même affaibli ou compromis ses propres armes. Encore le positionnement de la « normalité », grande trouvaille de Hollande plus de 18 mois avant l’échéance), désamorce-t-il une partie de la critique sur ses faiblesses pourtant bien réelles.

– Reste une crise majeure sur le plan international. Mais c’est hautement aléatoire et Sarkozy serait aussi en partie tenu pour responsable alors qu’il annonce que les choses se calment et se détendent.

Espérons donc que quelque évolution imprévue réintroduira du suspense dans cette campagne qui n’en est pas une (de ce point de vue, pour une fois, Villepin a raison). Sinon, il ne nous restera plus qu’à spéculer sur le nom du prochain Premier ministre (Moscovici ?) et des prochains ministres… Passionnant, mais un peu tôt, normalement…

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Une réaction sur “Derniers sondages IFOP, BVA et TNS-SOFRES: Hollande peut-il encore perdre ?

  1. Vous croyez sincèrement aux farces des sondeurs qui annoncent des scores de second tour avec plus de 12 pour cents de différence ?
    Regardez l’histoire de ce type de scrutins présidentiels de par le monde, souvent majoritaires à 2 tours. Très rares sont ceux qui dépassent 60 p. 100.

    Du côté des acteurs politiques : la nature ayant horreur du vide, les outsiders de second tour font plein de courbettes.
    Chirac – Le Pen est une exception rare, on pourrait dire que c’est parce que Le Pen n’avait pas joué le jeu de l’élargissement (évidemment, parce que pas dans sa nature).

    Du côté des électeurs : ils relativisent, ceux qui préfèrent le favori ne vont pas voter
    En France il suffit de se rappeler les législatives de 2007, forte abstention de droite au 2nd tour au vu d’une victoire écrasante.
    Des hésitants peuvent voter pour l’outsider, comme Cohn-Bendit pour Joly 🙂 (mais c’est plus discutable, il faut voir aussi s’il y a un stress qui suscite le conformisme).

    Il peut enfin y avoir, de chaque côté, une surprise, qui immobilisera les rapports, cf. France 2002, alors qu’on prévoit en 2012 à la fifille un peu plus de 30 p. 100 si elle va en ballotage.

    La présidentielle en Finlande, second tour dimanche, ne devrait pas faire exception. Dans les sondages le retard du vert sur le conservateur était de 30 points il y a deux semaines, 24 points avant-hier.

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