Dernier sondage LH2: érosion de Le Pen, stagnation de Bayrou et domination de Hollande apparemment confirmées

 

LH2
Yahoo!
3-4 février 2012
échantillon: 955

Hollande 34
Sarkozy 25,5
Le Pen 15
Bayrou 12
Mélenchon 7,5
Joly 3
Villepin 1,5
Dupont-Aignan 0
Morin 0
Lepage 0,3
Boutin 0,2
Nihous 0
Arthaud 1
Poutou 0

Hollande 57
Sarkozy 43

1. Il devient urgent que je publie l’analyse des résultats des 4 candidats qui dépassent les 10% au travers des différents instituts.

En effet, LH2 confirme son caractère « spécifique », avec un Hollande probablement surévalué et une Le Pen toujours « basse ». Toutefois, la tendance déjà décelée chez TNS-Sofres et chez BVA semble confirmée ici, avec une érosion de Marion « Marine » Le Pen, soit au profit de l’abstention, soit au profit de Nicolas Sarkozy, dont le « courage » présumé des dernières annonces porte peut-être ses fruits auprès d’un électorat droitier.

Quant à la poursuite de la progression hollandaise, elle a peut-être mordu sur une partie de l’électorat populaire de Le Pen, notamment féminin, tant celle-ci semble reculer parmi les femmes. Là encore, comme du côté Sarkozy, cela paraît surprenant tant Hollande, après un discours du Bourget laïcard (mais aussi anti-banquier et presque « anti-ploutocrate », ce qui plaît peut-être à la droite extrême), creuse le sillon social-démocrate, voire démocrate social, histoire d’étouffer Bayrou.

2. Bien entendu, tout cela va demander confirmation, car l’IFOP, au quotidien, a bien décelé un frémissement supplémentaire pour Hollande, une petite embellie pour Sarkozy, une stagnation de Bayrou, mais pas vraiment de décrue lepéniste. Mais l’IFOP reste l’institut qui place Le Pen le plus haut.

L’IFOP a par ailleurs publié un sondage dans le Journal du Dimanche en faisant l’hypothèse d’une Le Pen absente du premier tour.

Hollande est alors à 33%, soit 2 à 3 points de plus. Sarkozy est à 33% également, soit 8 à 9 points de plus. Bayrou est à 17 %, soit 4 à 5 points de plus. Mélenchon est à 9%, soit 1 à 2 points de plus. Joly est à 3%, sans changement. Dupont-Aignan est à 3%, soit 2 points de plus. Arthaud et Poutou sont à 1%, soit 1 point de plus au total. Bizarrement, l’IFOP n’a pas non plus testé Boutin, Villepin, Morin, Lepage et Nihous, mais probablement pour ne pas « froisser » Le Pen, ce qui a évidemment raté, celle-ci étant trop contente de dénoncer le complot sondagier du « système »… (l’IFOP étant l’entreprise d’origine de la patronne du MEDEF, honnie par le FN).

Cela confirme en tous les cas, grosso modo, les reports de voix de Le Pen au second tour, tels que je les ai déjà détaillés. Sauf qu’ici, une petite déperdition des suffrages Hollande s’effectue vers Mélenchon et les deux pseudo-trotskystes, ce qui est logique (et même faible si l’on considère l’origine d’une partie de l’électorat lepéniste). Bayrou remplace simplement l’abstention et confirme son statut de candidat alternatif de l' »anti-système », comme en 2007. Ainsi, 40% des électeurs « orphelins » du FN iraient sur Sarkozy, 22% sur Bayrou, 18% sur Hollande et 9% sur Mélenchon.

Notons enfin que Bayrou capterait les 3/4 des orphelins de Morin, Villepin et Boutin, ce qui illustre une fois de plus l’anti-sarkozysme personnel d’une partie du centre-droit et de la droite, déjà relevé.

3. L’état-major sarkozyste semble caresser avec intérêt cette hypothèse d’une Le Pen n’obtenant pas ses 500 signatures. Mais c’est une illusion. Certes, visuellement, Sarkozy reviendrait peut-être au niveau de Hollande, mais de là à créer une véritable dynamique, il y a loin: les reports depuis Bayrou resteraient catastrophiques et il est peu probable que la presse donne dans le piège et salue un comeback kid en Sarkozy. Surtout que cette histoire vient d’être éventée et n’aura plus le goût de l’inattendu (seul susceptible de diminuer l’idolâtrie latente pour Hollande d’une grande partie des médias) le 22 avril prochain…

Surtout, le report d’intentions de vote vers Mélenchon et l’extrême-gauche serait si faible qu’il n’obligerait pas Hollande à se déporter vers la gauche pour se « couvrir » et prévenir une résurgence menaçante: le candidat socialiste pourrait poursuivre ses mouvements au centre sans trop d’inquiétude. Or, repousser Hollande vers la gauche serait évidemment une des dernières ressources pour Sarkozy, à tout le moins pour remobiliser l’ancien électorat UDF, grignoter sur la part d’électorat « boutiquier » qui serait encore dispersé sur le FN, voire récupérer les « souverainistes ».

4. Rien de fondamentalement nouveau, donc, même si l’on sent que l’Elysée fait feu de tout bois pour tenter de modifier le scénario que les médias et une large partie de l’opinion sont en train d’écrire, la défaite annoncée du Président sortant. Au moins n’abandonne-t-il jamais… Un retour à la Chirac 1995 paraît toutefois fort difficile, car les ennemis à « tuer » (Hollande et Le Pen) sont plus éloignés ou plus forts qu’un Balladur. Et le seul sur lequel Sarkozy peut espérer prospérer (Bayrou) est aussi celui qui ne doit pas trop descendre, pour affaiblir Hollande et se rallier avec une certaine valeur au second tour.

Juppé pour attirer le centre-droit et Bayrou, Guéant pour mordre sur Le Pen, NKM pour gagner quelques jeunes, quelques « bobos » et quelques écologistes indépendants…

En tous les cas, que de contradictions et de paradoxes à démêler… Si Sarkozy y parvient, ce sera vraiment le plus grand magicien politique de la Ve République.

Car un autre sondage BVA donnaît un pourcentage de 58 pour les Français souhaitant la défaite du sortant… La barre est haute.

Je complète cet article par un sondage ViaVoice publié par Libération et réalisé sur un échantillon de 1 391, du 2 au 4 février 2012. Les souhaits de victoire (oui/non/ne se prononce pas) ne sont vraiment pas encourageants pour le Président sortant:
– Hollande 45/52/3
– Bayrou 31/66/3
– Sarkozy 30/67/3
– Mélenchon 15/80/5
– Villepin 15/83/2
– Le Pen 15/84/1
– Joly 10/87/3
– Morin 4/89/7
ce qui place de nouveau François Bayrou en position potentiellement menaçante pour Nicolas Sarkozy et pousse encore davantage cette élection 2012 vers celle de 1988, avec un Chirac tiraillé entre un Barre encore fort (même si en deçà de ses hauteurs de 1987) et un Le Pen père en pleine ascension, Mitterrand se contentant de grandes généralités modérées, à grand renfort de « France unie », de « ni privatisation, ni nationalisation » et d' »ouverture » (déjà…) vers le centre et le centre-droit du CDS, du groupe sénatorial « Gauche démocratique » et de quelques élus divers droite en mal de portefeuilles ministériels.

Espérons quand même le retour du suspense avant le 22 avril prochain…

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4 réactions sur “Dernier sondage LH2: érosion de Le Pen, stagnation de Bayrou et domination de Hollande apparemment confirmées

  1. Bravo et merci , je me régale sur ce blog.

    Plusieurs questions, alors 1 question par post :

    Qu’est-ce qui justifie les gros écarts de résultats entre les différents instituts de sondage ?

    • Ces écarts sont-ils uniquement justifiés par des méthodes de compensation en fonction des différents candidats ? Un article du Canard pointe un sondage Ifop suspecté d’avoir un peu trop redressé le score de Hollande. On y apprend que Hollande passe ainsi de 24,2% à 28% et Sarkozy de 28% à 26%. Cet article est-il raisonnable ?

    • Les panels sont-ils les mêmes ?
    • Peut-on parler d’appartenance politique d’un institut de sondage (l’IFOP appartenant plus ou moins à Laurence Parisot) ?

    Pourrais-tu nous dire quels instituts sont plus ou moins orientés et lesquels sont plus réalistes ?

  2. Question 2 :

    Comment justifier des écarts entre cote de popularité et intention de vote ?
    34 % des sondés ont une opinion favorable sur Sarkozy mais il ne recueille que 23 % des intentions de vote.
    C’est déjà difficile de trouver des gens qui ont une bonne opinion de Sarkozy mais en plus, ils ne voteraient pas pour lui ???

  3. Je publierai cette semaine un article sur les différents instituts. Je ne les connais pas forcément bien, mais peux donner quelques indications. Surtout, des petits graphiques nous permettront de détecter les écarts entre instituts.
    Leurs méthodes de redressement sont « secrètes », mais on peut déjà identifier quelques biais.
    D’autres lecteurs du blog peuvent déjà tenter de répondre à vos pertinentes questions.

    Quant aux écarts entre popularité et intentions de vote, pas trop d’émotion: la « popularité » est mesurée au moyen de questions très différentes selon les instituts (parfois ce sont des « cotes d’avenir », parfois de la « satisfaction », parfois de l' »approbation d’action »,…). Bref, on ne sait plus trop si l’on est questionné sur la personne, sur la politique, sur un pronostic, sur une opinion personnelle dans l’absolu ou par rapport à un contexte économique et international particulier, etc.
    Je ne m’intéresse pas à la popularité (qui est en général une cote mal taillée entre les scores de premier et de second tours), trop fluctuante. L’intention de vote est plus claire dans le questionnement.
    Reste le problème des redressements. J’y reviendrai bientôt.

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