Derniers sondages IFOP, OpinionWay et Harris: la candidature Sarkozy peut-elle vraiment ouvrir une nouvelle phase de la campagne ?

 

IFOP-Fiducial
Puvlic Sénat, Europe 1, Paris-Match
9-12 février 2012
échantillon: 1723 inscrits sur un échantillon total de 1896

Hollande 30
Sarkozy 25
Le Pen 17,5
Bayrou 12,5
Mélenchon 8,5
Joly 3
Villepin 2
Arthaud 0
Poutou 0,5
Morin 0
Boutin 0
Dupont-Aignan 0,5
Lepage 0,5
Nihous 0

Hollande 57,5
Sarkozy 42,5

___________________________

OpinionWay – Fiducial
Les Echos, Radio Classique
6-8 février 2012
échantillon: 1215 inscrits parmi un échantillon total de 1346

Hollande 29
Sarkozy 25,5
Le Pen 18
Bayrou 13
Mélenchon 7
Joly 3
Villepin 1
Dupont-Aignan 0,5
Morin 0,5
Lepage 0,5
Boutin 0,5
Nihous 0,5
Arthaud 0,5
Poutou 0,5

Hollande 56
Sarkozy 44

___________________________

Harris Interactive
VSD
9-13 février 2012
échantillon: 954

Hollande 28
Sarkozy 24
Le Pen 20
Bayrou 13
Mélenchon 8
Joly 4
Villepin 1
Dupont-Aignan 1
Morin 0
Lepage 1
Boutin 0
Nihous 0
Arthaud 0
Poutou 0

Hollande 57
Sarkozy 43

1. Une grande stabilité caractérise la dernière livraison des instituts de sondages.

Même s’il est plutôt en deçà qu’au-dessus des 30%, la petite bulle post-entrée en campagne étant logiquement dégonflée, Hollande reste dominateur, encore davantage au second tour. De premiers signes d’essoufflement apparaissent cependant (la gaffe sur les communistes et le blairisme échevelé dans ses déclarations à la presse britannique), mais la bienveillance de la gauche de la gauche (Mélenchon pourra vraiment être grassement récompensé après mai 2012, tant il est peu agressif à l’égard du social-démocrate Hollande) et des médias suffisent à empêcher toute erreur de prendre de trop grandes proportions.

Sarkozy se tient bien, mais peine à décoller des 25% et n’a surtout plus de réserves de voix à droite. Christine Boutin a renoncé, Hervé Morin s’apprête à le faire, mais leurs ralliements ne pèsent pas grand-chose. Ils ont juste amputé les chances de leurs formations respectives aux législatives… c’est donc une bonne opération pour l’UMP, pas spécialement pour Sarkozy.

Bayrou stagne et ne trouve pas le moyen de retrouver la « lumière » médiatique. Il faut dire que ce que je craignais pour lui il y a bien longtemps (on ne peut pas refaire le coup deux fois: il ne peut plus être la même « surprise »qu’en 2007 en refaisant une copie conforme de la campagne) se réalise sous nos yeux: face à un Hollande plus « pro » ou en tout cas moins « gaffeur » que Royal, la partie est plus rude; dans un contexte où le principal moteur du vote est le rejet du sortant, ne pas en être suffisamment éloigné n’est pas un avantage non plus.

Le Pen s’effrite, notamment pour l’IFOP, même si pas pour Harris. Or, nous avons vu, dans mon avant-dernier article, le biais favorable à Le Pen dans les sondages IFOP. La nouvelle est donc importante. Comme pour Bayrou, la candidature semble tourner un peu en rond et ne pas se renouveler. En outre, la focalisation des médias sur le duel classique droite-gauche est réelle.

Mélenchon se tient bien, mais sans être menaçant pour Hollande et sans parvenir à franchir les 10%. Les autres candidats restent insignifiants.

2. La candidature de Sarkozy, ce soir, peut-elle ouvrir une nouvelle phase de la campagne ?

Sa prestation, plus classique que prévu, plus gaullienne dans le vocabulaire, moins à droite, n’était formellement pas très réussie, car trop tendue et quelque peu expédiée, comme un point de passage obligé mais réalisé à contre-coeur. Ce n’est donc pas ce soir qu’a commencé la contre-attaque.

Si elle démarre toutefois dans les jours qui viennent, elle ne peut véritablement s’appuyer que sur le volontarisme, un combat de personnalités, une attaque sur les capacités limitées du candidat Hollande, sur son indécision (compter le nombre de « en même temps,… » dans les interventions de Hollande permet de comprednre combien le « ptêt ben qu’oui, ptêt ben qu’non » et la « gauche molle » de Martine Aubry étaient justes). L’appel au peuple paraît en revanche cousu de fil blanc et si l’idée de référendums peut séduire, la personnalité de Sarkozy (qui a déjà tellement changé…) n’est jamais très loin dans l’esprit de beaucoup d’électeurs. Je répète en outre que l’élection se joue pour le moment « au centre » et non « au peuple ».

Je doute donc très fort que son entrée en campagne s’accompagne de la même dynamique sondagière que celle connue par Hollande il y a 3 semaines, encore moins celle connue par le même au lendemain de la primaire.

S’il y a déplacement de voix vers Sarkozy, ce seront 2-3 points depuis Le Pen, de la part de la France boutiquière et entrepreneuriale, qui considèrera avoir suffisamment fait part de son ire en menaçant d’un vote Le Pen et qui reviendra sur un vote utile pour un « vrai chef ».

Mais ces points seront perdus d’un autre côté chez les modérés, qui seront tentés par un Bayrou qui va peut-être retrouver un espace ou par l’abstention. Encore que Sarkozy semble avoir cimenté son électorat actuel et se retrouve un peu comme Chirac, qui avait toujours ses 19-20%, jamais moins, jamais plus.

Comme il patine, Bayrou n’en sera plus à un changement de tactique près et, perdu pour perdu (c’est sa dernière élection… car on le voit mal rempiler en 2017), il reviendra peut-être au pilonnage de Sarkozy.

Du coup, Hollande, sentant Bayrou frémir de nouveau, sera peut-être tiré sur sa droite, ouvrant alors un véritable espace à Mélenchon. La véritable menace de Sarkozy sur Hollande est donc bien indirecte et, étant donné le matelas de départ important de Hollande, on a du mal à imaginer un gros déplacement de voix.

3. Sarkozy part avec de tels handicaps structurels que l’on ne voit pas bien comment il pourrait s’en sortir. Il est utile de les rappeler:
– il est le sortant,
– il est le sortant de 10 ans de droite, ce qui correspond au cycle électoral désormais habituel en Europe pour un changement de majorité,
– il est le sortant en période de crise et de chômage (it’s the economy, stupid !),
– il est le sortant en s’étant déporté du centre, alors que son principal adversaire, « attrape-tout », essaie d’y rester et bénéficie d’une vraie dynamique,
– il est le sortant le plus impopulaire de toute la Ve République, sans dynamique propre,
– il est le sortant détesté de la majorité des médias, après avoir bénéficié soit de leur soutien, soit de leur fascination, soit de leur excessive détestation en 2007: aujourd’hui, un peu comme George W. Bush avait subi la curée médiatique en 2005 après Katrina, alors que les médias regrettaient de s’être laissés hypnotiser après le 11 Septembre et par sa réélection très « pro » menée par le génial Karl Rove (les retours de bâton des faveurs médiatiques sont toujours dévastateurs…).

Même l’absence de Marion « Marine » Le Pen paraît désormais peu probable. Même si elle n’aurait probablement constitué qu’un avantage factice et peu durable, cette absence aurait pu au moins lui permettre de « raconter une autre histoire » et d’alimenter les médias, au désavantage de Hollande, dont le déroulement de campagne assez millimétré et « scolaire » aurait été effacé car peu attirant.

Pour le plaisir du suspense, il serait bon que la campagne de Sarkozy commence d’accrocher. Mais à 10 semaines du premier tour, il va vraiment falloir accélérer…

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