Sondage quotidien IFOP: la polarisation gauche-droite s’est mise en place et pourrait affaiblir Hollande

1. Après plus de 5 semaines de sondage quotidien IFOP pour Paris Match et Europe 1, il est temps de faire un point sur l’évolution des données qu’il nous fournit, à l’aube d’une nouvelle phase de la campagne avec l’entrée en lice du Président sortant.

Cette nouvelle phase est caractérisée par une polarisation gauche-droite autour des deux candidats principaux. Certains crieront à la manipulation médiatique pour imposer ce duel tant attendu. Mais il faut aussi reconnaître que les campagnes de Bayrou et Le Pen patinent et que Mélenchon semble s’être modéré et épargne Hollande comme jamais Aubry n’aurait osé le faire… Quant aux petits candidats, ils sont totalement marginalisés.

Les graphiques, comme ceux de l’indicateur agrégé de lundi dernier, montrent que les courbes des couples Bayrou/Hollande et Sarkozy/Le Pen paraissent être devenues symétriques depuis environ un mois.

Toutefois, cette polarisation n’est pas si évidente que cela. La situation est plus fluide et plus troublée que cela et pourrait, à terme, pénaliser quelque peu Hollande, à tout le moins au premier tour.

2. Il est clair que Sarkozy a remobilisé l’électorat traditionnel de la droite et de la droite dure (ancien électorat Villiers, électorat entrepreneurial, électorat boutiquier et électorat catholique). Il a donc pu agir doublement sur Marion « Marine » Le Pen:
lui prendre directement des électeurs;
décourager des électeurs volatils et sans attache partisane, ainsi que quelques électeurs « populaires » de voter pour celle qui, finalement, ne s’avère pas capable de menacer le Président sortant pour la qualification au 2nd tour et qui est même empêtrée dans sa quête du Graal des 500 signatures: à force de crier au loup, d’ailleurs, elle a pu produire un effet négatif de découragement sur ses électeurs, à défaut de mobiliser les maires… ; la majeure partie de ces électeurs découragés sont repartis vers l’abstention ou, de manière marginale, ont alimenté les votes Mélenchon, Bayrou et Dupont-Aignan.

3. Le discours plus droitier, plus populiste et en même temps plus gaulliste (au sens national, voire bonapartiste) du Président-candidat a, dans le même temps, ouvert un petit espace à un François Bayrou bien terne et comme las de la campagne. Passant de nouveau d’un discours pourtant redevenu récemment anti-système à un appel aux « humanistes », il semble avoir enrayé le retournement à la baisse de sa courbe. Certains électeurs modérés ont pu quitter Sarkozy, même de manière « décimale ». Surtout, Bayrou a pu récupérer quelques-uns des « bohèmes » de la politique, ces électeurs prêts à voter à peu près pour tout l’éventail politique et pour ces abstentionnistes réguliers, disposés à faire l’effort de voter seulement pour une personnalité ou un parcours particulier.

De ce point de vue, le sondage quotidien est précieux car, dans les autres sondages, on avait bien perçu le plafonnement de Bayrou mais pas son léger décroché suivi d’une apparente reprise. Or, qui dit Bayrou revigoré, dit Hollande repris d’inquiétude.

4. En effet, le candidat Hollande, déjà largement déporté sur sa droite, ne craint qu’une chose: l’émergence d’un Bayrou se substituant à Sarkozy. Là, sans Sarkozy au second tour, l’anti-sarkozysme s’évanouit et tout est à reprendre. Or, la personnalité et le socle propre de Hollande seraient largement insuffisants pour assurer sa victoire.

Alors, Hollande continue sa course au centrisme, à coups d’interviews à la presse anglo-saxonne de tonalité très blairiste, à coups de déclarations dures sur les Roms (ah, il a le doit de parler de « camps« , mais c’est bien le seul sans s’attirer de polémique hystérique…), à coups de réactions assez nuancées aux « propositions » (incantations ?) de Sarkozy.

D’une certaine manière, le retour en grâce du Président sortant fait l’affaire de Hollande. Ce faisant, il prend le risque, en ne réagissant pas tant que cela, de laisser le débat et le « bruit » médiatique s’organiser de nouveau autour des « idées » de Sarkozy, quelles qu’en soient la pertinence et la pérennité.

C’est un risque pour lui d’affaiblissement de sa dynamique de premier tour: laisser Sarkozy se rapprocher trop près, c’est perdre le discours ambiant d’inévitabilité et la dynamique peut vite se retourner, même si la vulgate médiatique veille au grain… et s’arrêtera peut-être si Hollande devait glisser de nouveau vers les 27-28%, comme elle l’a fait en décembre, après avoir émis trop de doutes en novembre… C’est aussi un risque pour le second tour, car il s’affaiblirait et ne ferait qu’alimenter les futures attaques sur sa pusillanimité.

Hollande prend aussi le risque d’ouvrir réellement un espace sur sa gauche.

5. Jusque là, il a pu adopter le profil social-démocrate, après quelques oeillades laïcardes et permissives à la gauche post-moderne, sans trop de dégâts: il bénéficie de l’incapacité d’Eva Joly à faire campagne et à réunir même les bobos les plus chevelus; il bénéficie aussi de la bienveillance incroyable de Mélenchon, trop classique pour occuper l’ancien créneau de Besancenot et trop conscient des enjeux à venir pour se « griller », même lorsque Hollande tire un trait sur le communisme français. Sur ce point, Mélenchon a vraiment fait le service minimum, se contentant du rectificatif du Guardian, dans lequel la formule a été à peine retouchée et le libéralisme économique a été préservé.

Mais, au bout d’un moment, alors même que Sarkozy est plus offensif, une partie de la gauche « en colère » (quelques ouvriers, beaucoup d’employés et beaucoup de fonctionnaires) pourrait bien se lasser de la présidentialisation précoce de Hollande. Mélenchon va peut-être, bien malgré lui, lui prendre des voix. Arthaud et Poutou bénéficieront peut-être de l’exposition de la campagne officielle. L’abstention pourrait être attractive pour les ouvriers qui se disent que, décidément, il n’y a rien à faire. Ce risque de démobilisation à gauche est probablement le plus important.

Certes, il n’est pas majeur. L’anti-sarkozysme, la volonté d’effacer 2002, le cycle normal d’alternance sont suffisamment puissants. Mais rien n’est jamais impossible dans une campagne.

Le sondage quotidien IFOP pour le second tour est éloquent: jamais Hollande n’a même frôlé les 55%.

6. En fin de compte, le discours du Bourget et les propositions de Hollande ont mis 7 à 10 jours pour produire leurs pleins effets dans les sondages. Attendons donc le début mars pour juger de l’effet de l’entrée en campagne de Sarkozy. Je doute fort qu’il parvienne vraiment à relancer la machine, mais rien n’est impossible et un certain effacement de la campagne Hollande, qui a déjà beaucoup dévoilé, commence de se faire sentir. N’oublions pas cependant qu’à tout moment, des rebondissements dans les affaires Bettencourt et, surtout, Karachi peuvent anéantir tous les efforts de Nicolas et de Carla !

Surveillons surtout l’évolution comparée des couples Hollande/Bayrou et Sarkozy/Le Pen, plus la situation de Mélenchon sur le flanc gauche de Hollande.

Malgré tous ses défauts de présentation et de clarté dans l’échantillon retenu, le sondage quotidien est désormais, bien évidemment, fort utile pour juger de l’effet de chaque mouvement de la campagne. Je publierai régulièrement les courbes actualisées de ce rolling poll.

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7 réflexions sur “Sondage quotidien IFOP: la polarisation gauche-droite s’est mise en place et pourrait affaiblir Hollande

  1. Tiens, tiens… Serais-tu finalement tenté par un regain d’optimisme ? Dire que tu n’y croyais déja plus alors que l’affaire DSK battait son plein et que les primaires pouvaient à tout moment dégénérer !

    Non, en effet, rien n’est jamais joué mais au bout d’un certain moment, une certaine avance devient impossible à rattrapper faute de temps. Personnellement, je dirais qu’il reste à peut près un mois à Sarkozy pour rendre l’éleciton ne serait-ce que compétitive. Il pourrait y parvenir bien sûr, mais c’est maintenant ou jamais (et cela ne lui assûrerait, de toute façon, qu’une chance assez mince).

  2. En effet, il ne reste plus beaucoup de temps. Mais c’est curieux, l’atmosphère générale est légèrement moins anti-sarkozyste qu’à l’accoutumée. Et, on le verra dans le sondage BVA que je n’ai toujours pas publié, les reports de voix de Bayrou vers Sarkozy s’améliorent curieusement. Peut-être un outlier ou l’effet de la baisse de Bayrou. Ou peut-être une minuscule ouverture pour Sarkozy.
    Que veux-tu, il faut bien vivre d’espoir et penser que le suspense peut renaître, au moins un peu…

    A défaut, je spéculerai sur la composition du gouvernement Moscovici I 😉

  3. Je n’adhère pas trop à l’argument selon lequel l’émergence d’un Bayrou se substituant à Sarkozy serait une menace pour Hollande.
    Bayrou est trop loin et ne reviendra plus. Par contre, Sarkozy créera une dynamique de second tour s’il rejoint ou dépasse Hollande.
    C’est Sarkozy le seul danger de Hollande maintenant. Et Mélenchon peut grignoter les petits points qui manqueront à Hollande pour être en tête.
    Mais bon, il faut bien qu’il s’exprime aussi !

    Et à propos de votre dernier commentaire, je trouve qu’il y a encore beaucoup d’anti-sarkozysme, je dirais même de plus en plus.
    Mais bizarrement, il remonte petit-à-petit.

    Question :
    Vous nous avez montré que certains instituts de sondage sont politiquement marqués. Ont-ils le droit de sur-évaluer ou sous-évaluer ou cela est-il interdit par la loi ? Les résultats publiés sont-ils contrôlés par une quelconque institution ?

    • Ils font ce qu’ils veulent dasn leurs redessements: ils essaient de détecter quels personnes mentent (volontairement ou involontairement, comme je l’ai déjà dit dans un commentaire) en analysant leur vote passé et leur profil.
      Toutefois, dans les proportions de redressement interviennent des pondérations qu’ils fixent eux-mêmes et il est évident qu’en fonction de l’orientation politique de chaque directeur d’institut, il n’est pas impossible que 0,5 point par-ci ou 0,5 point par-là sont attribués à tel ou tel candidat de manière partiale…
      Ceci étant dit, le meilleur contrôle des sondeurs, c’est le marché: s’ils sont vraiment trop mauvais, ils risquent de perdre de futurs contrats et pas seulement en matière politique (la politique est une vitrine pour eux pour engragner des contrats sur d’autres thèmes, pas un moyen de gagner beaucoup d’argent directement).

  4. Je viens de revoir les courbes et vous dites à juste titre que les courbes de Le Pen et Sarkozy sont symétriques. C’est flagrant.
    Mais alors, ça veut dire que l’électorat de Le Pen vire chez Sarkozy, si je comprends bien.

    Et dans un commentaire, vous dites que dans le prochain sondage BVA, on voit un report des voix de Bayrou vers Sarkozy.
    Si les courbes de Hollande et Bayrou sont symétriques elles aussi et que Hollande baisse, c’est qu’il y a des reports de voix de Hollande vers Bayrou.

    Compliqué, tout ça !

    • C’est complexe, en effet.
      Depuis 2 mois, l’IPSOS suit un même panel pour le CEVIPOF, en tentant de déterminer les mouvements d’un candidat à l’autre. C’est très intéressant mais malheureusement trop « historique » et trop épisodique pour que nous puissions nous en servir utilement ici.
      Mais cela montre bien qu’il peut très bien, entre deux candidats, y avoir un transfert de 1% dans un sens et de 1% dans l’autre… donc apparente stabilité, mais mouvement de fond non négligeable et peut-être révélateur de positionnements en cours d’évolution…

      Ici, des électeurs FN partent sur Sarkozy, mais surtout fuient vers l’abstention. Sarkozy perd sûrement un peu vers Bayrou au premier tour, mais les regagne au second.
      Paradoxalement, la meilleure santé de Bayrou sur sa droite apparaît menaçante (enfin, c’est relatif: c’est dans les cauchemars de l’équipe Hollande, surtout…) pour Hollande. Et celui-ci est victime de son caractère attrape-tout: je ne crois pas qu’il perde vers M2lenchon, en tous les cas très peu, pas plus que vers Lepage, Bayrou, Villepin, l’abstention ou Sarkozy… oui, certains repartent directement vers Sarkozy, même si c’est quelques petits dixièmes de points…

      Tout cela est assez fluide et, comme tout est relatif et affaire de positionnement et pas seulement de résultat brut, les interprétations sont souvent de simpels spéculations !

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