Indicateur du 20 février 2012: la très légère remontée de Sarkozy est-elle durable ?

1. Les vases communicants, même indirects, que j’évoquai récemment, se lisent désormais assez bien dans l’indicateur agrégé, avec des symétries Bayrou/Hollande, Sarkozy/Le Pen et même Mélenchon/Joly.

Mélenchon passe au-dessus de 8%, ce qui est une nouveauté pour lui, mais il ne paraît pas réellement en mesure de mordre sur Hollande. C’est seulement si Bayrou progressait réellement, tirant Hollande encore davantage vers le centre, que Mélenchon pourrait espérer aller au-delà de la simple aspiration de tout ce qui n’est pas socialiste à gauche. Car, pour le moment, Mélenchon n’a pas fait mieux que cela: réunir les anciens électorats PCF, Besancenot, Laguiller, Bové et, désormais, la gauche des Verts. Il a certes trouvé un rythme probablement efficace et, dans le discours, la modération hollandaise, comme des échos montebourgeois, lui donnent une certaine audience, qui ne se traduit toutefois pas en intentions de vote réelles, au-delà des 10%.

2. Malgré le bruit médiatique important et pas aussi défavorable que d’habitude, la remontée de Sarkozy apparaît limitée et, probablement, fragile. Il a, lui aussi, assuré l’assèchement de toute la droite à l’exception de Dupont-Aignan qui est, heureusement pour Sarkozy, incapable de s’imposer médiatiquement et n’a pas la dangerosité d’un Pasqua ou d’un Villiers du XXIème siècle (Villepin ne prend probablement que très peu à droite: il est le candidat des illuminés, d’une certaine frange d’abstentionnistes; toutefois, le retrait de Boutin et Morin s’accompagne d’un léger regain villepiniste, mais il est vraiment difficile de déterminer s’il y a causalité et non simple simultanéité, Sarkozy progressant lui aussi et Bayrou se stabilisant).

Déjà, la polémique Borloo vient parasiter un début de campagne relativement efficace dans la réappropriation de l’espace médiatique, l’agitation de quelques thèmes fonctionnant décidément très bien dans des médias à la recherche de la prestidigitation et du show politiques… Gageons que les parasitages vont se multiplier, avec une dose de problèmes financiers européens, une dose de vraies « affaires », une dose de ralliement de Borloo à Bayrou, une dose de dérapages morano-guéantesques, une dose d’usine Arcelor-Mittal bloquée, etc.

Bref, il est fort peu probable que la remontée se poursuive et les espoirs du Président-candidat devraient être tués dans l’oeuf. Si, au moment de l’indicateur du 12 mars, il n’a pas réussi à menacer Hollande au premier tour et il n’a pas réussi à passer au-dessus des 45% au second, c’en sera fini. Pourtant, Le Pen diminue même chez l’IFOP et l’écart Hollande-Sarkozy de premier tour est réduit à 2 points chez l’IFOP et chez OpinionWay, tandis que BVA donne des reports de voix Bayrou vers Sarkozy en amélioration. Mais ces signes sont épars et très limités à ce jour.

Bayrou semble avoir stoppé l’hémorragie, mais il ne reprend pas pour autant sa marche en avant et, avec le frémissement sarkozyste, sa perspective d’accéder au second tour s’éloigne. C’est une configuration idéale pour Hollande, même si celui-ci semble presque extérieur à sa propre réussite: ce sont les autres qui construisent sa victoire, en quelque sorte… Et Hollande semble un peu comme ces jongleurs aux assiettes tournantes: ils ont lancé leurs assiettes qui tournent toutes seules, il suffit de retoucher un peu de-ci de-là, et tout marche bien même si tout semble en équilibre instable et menacer de s’écrouler à tout moment… Mais bon, pour lui, so far, so good.

4. De ce point de vue, la situation du second tour est édifiante: Sarkozy a repris du terrain dans quelques sondages, mais sans jamais franchir les 45%… Et il reste juste en-dessous des 43% dans notre indicateur.

Je profiterai de cette semaine pour actualiser les courbes de reports de voix et pour proposer, peut-être, une version raccourcie des graphiques par institut, afin de déterminer des tendances plus contemporaines et de tenter de détecter davantage de micro-retournements de tendance afin de mieux mesurer les écarts entre instituts.

Encore un peu d’artisanat statistique… mais il faut trouver de quoi se distraire dans ce paysage sondagier si morne…

ADDITIF: à titre d’information, l’indicateur agrégé de cette semaine contient 24 sondages et un échantillon total de 14 773,4 électeurs. Je crois que c’est le record. Il sera peut-être battu d’ici le mois de mars, mais, ensuite, avec la réduction progressive de la prise en compte des sondages passés, je pense que ce total se réduira. Sauf si tous les instituts se mettent à sonder 2 fois par semaine ! 😀

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3 réflexions sur “Indicateur du 20 février 2012: la très légère remontée de Sarkozy est-elle durable ?

  1. Un travail précieux et exemplaire (les moyennes de sondages sont bien plus fiables que les sondages tant les tendances comptent plus que les scores) respect et remerciements au créateur de ce site. Globalement en accord avec la majorité des commentaires et conclusions actuelles. Une remarque cependant, cette campagne est spéciale comme l’était déjà celle de 2007, de part la défiance record que les citoyens ont envers les deux partis majoritaires (les scores agglomérés de MLP, FB et JLM – entre 35 et 38% – l’indiquent, sans parler de l’abstention record de ces dernières années) sans parler de l’infusion de la crise dans l’économie réelle qui accentue certainement encore ce phénomène. Les « bulles » (montés et descentes rapides de certains candidats tels Bayrou fin décembre ou MLP quelques mois plus tôt sans parler des scores étonnants atteints par Nicolas Hulot dans certains sondages) en sont un autre signe. L’électorat est volatile et semble chercher un ancrage pour ne pas dire un espoir. Cette situation peut encore nous réserver quelques surprises même si il est vrai que la sacro sainte cristallisation gauche/droite semble s’être mise en route, elle ne présage pas de ce que sera la mobilisation (dans l’absolu et selon les camps) ni la cristallisation finale de l’électorat flottant. A 60 jours le décor est maintenant en place (il ne manquait que l’entrée en scène de NS) et tout peut encore bouger en fonction d’un coup de théâtre (petite phrase dévastatrice, affaire ou autres buzz). Maintenant que le duel Hollande/Sarkozy est installé (et poussé par les médias qui ne font rien d’autre que commenter les trains qui passent sans imagination, anticipation ni audace notamment dans les prises de positions et les questions posées aux candidats) un Bayrou stabilisé sur un socle important peut encore espérer tirer profit d’un scénario trop classique et prévisible pour être satisfaisant de même qu’un Mélenchon qui n’a pas encore entamé le capitale de Hollande peut aussi surprendre (en dépassant les 10%). Reste le cas MLP qui après avoir atteint son plafond (20/21%) est confronté a un nouveau siphonnage de la part de Nicolas Sarkozy et la limite de son discours anti euro et de sa maitrise économique. Certes le duel annoncé semble se profiler mais attendons tout de même la prochaine séquence (campagne officielle + intensification des meetings) pour valider ce scénario. Bien à vous. Un citoyen parmi d’autres.

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