Indicateur du 27 février 2012: des évolutions claires mais limitées dans une campagne chaotique

1. Cette semaine, notre indicateur confirme les tendances précédentes:
– décrue limitée de Hollande,
– remontée homéopathique de Sarkozy,
– décroissance lente mais durable de Le Pen,
– difficultés de redémarrage pour Bayrou,
– bonne tenue sans grand éclat de Mélenchon,
– raréfaction des petits candidats.

Les évolutions sont toutefois faibles compte tenu des efforts déployés par les candidats: « cirque » lepéno-mélenchonien, ruades d’un Bayrou réveillé, actualité éditoriale de Hollande, attaques tous azimuts du candidat Sarkozy,… La campagne est bien lancée, avec son rythme quotidien de micro-événements, de « polémiques » (ah, combien de fois les journalistes prononcent-ils ce mot…), de scènes posées et filmées, de « marronniers » incontournables, de passages convenus, de petites phrases, s’enchaînant dans un tourbillon où plus rien n’est esentiel puisque tout est nivelé et tout se fond dans une succession perpétuelle ou le suivant chasse le précédent sans avoir eu le temps d’y réfléchir vraiment.

De ce point de vue, ils ont tous tort:
– Hollande et Bayrou n’ont pas réussi à imposer un rythme différent et ils sont bien obligés de se soumettre au feuilleton quotidien,
– Sarkozy est bien dans le rythme, mais il n’en bénéficie pas puisqu’il ne le contrôle pas davantage que les autres,
– Mélenchon et Le Pen sont banalisés malgré leur soi-disant divergence d’avec le « système ».

Ce quintette bien établi peut-il être remis en cause ?

J’ai déjà pu indiquer que, si le croisement des courbes Hollande et Sarkozy est possible, il ne serait pas durable.

Quant à une menace Le Pen sur le second tour, elle semble conjurée: Marion « Marine » Le Pen a démarré trop tôt, elle s’épuise et tourne en rond, elle montre aussi ses faiblesses en économie, thème central de la campagne, ce qui devrait empêcher sa remontée vers les 20%.

Mélenchon a peu de marges de progression car les « sécurités automatiques » du vote utile  au sein de la population de gauche toujours traumatisée par le 21 avril 2002 fonctionneraient s’il s’avisait de grimper trop haut. D’ailleurs, y croit-il et le souhtaite-t-il lui-même, tant ses déclarations sur le désistement réciproque avec Hollande sont dites sur un ton léger ?… Voilà au moins une chose sur laquelle Le Pen voit juste: Mélenchon agit comme un leurre.

Bayrou peut remonter quelque peu, mais il se heurte à l’écueil fondamental que nous signalions avant même son émergence: il ne peut rejouer la campagne de 2007.

Joly et Villepin sont définitivement marginalisés. Lepage progressera bien un peu mais aura-t-elle seulement ses 500 signatures ? Et Dupont-Aignan, le seul qui pourrait créer une surprise, n’en a manifestement pas l’étoffe et aurait de toute façon beaucoup de chemin à parcourir avant de rattraper Mélenchon.

Non, décidément, je n’ai pas grand-chose à écrire cette semaine ! Mais c’est la campagne qui le veut 😉

Notons tout de même que Nihous obtient quasiment son meilleur résultat (il fut à 0,21% en septembre…) aujourd’hui qu’il a renoncé…
Et admirons les traces subsistantes des candidatures Chevènement, Morin, Boutin, qui s’éteignent doucement…

2. Et le second tour n’est pas tellement plus trépidant. Nous voici revenus un mois et demi en arrière, mais sans aucun signe de changement fondamental à l’oeuvre ou même simplement envisageable. Morne plaine…

Je tiendrai donc parole:
la semaine sera propice à revoir notre analyse des résultats des candidats par institut;
et nous pourrons nous faire plaisir en spéculant sur le premier gouvernement Hollande, qui a stupidement re-créé la contrainte de la parité déjà posée par Sarkozy en 2007.

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6 réactions sur “Indicateur du 27 février 2012: des évolutions claires mais limitées dans une campagne chaotique

  1. Bonjour,

    Grand fan de Nate Silver et son http://www.fivethirtyeight.com je cherchais depuis longtemps un site comparable en France et je suis heureux d’avoir trouvé le votre. Je regrette néanmoins une chose, c’est que vous prenez un peu trop position sur le fond. Dire que Hollande a « stupidement » re-crée la « contrainte de la parité » me semble très discutable, tout comme vos analyses sur les médias soi-disant pro-hollande ou le côté « bonapartiste » de Sarkozy (en lieu de nationaliste). Pourquoi ne pas juste s’en tenir au chiffres?

    • Merci. Malheureusement, ce que je propose n’est que de l’artisanat, avec un simple tableur et sans connaissance statistique ni bases de données historiques de sondages, en comparaison du travail de Nate Silver. Mais nous sommes là pour nous divertir, avant tout.

      A part mon « social conservatism« , rien ne se veut prise de position:
      – le « stupidement », c’est simplement parce que, pour les « fans » de la politique politicienne, cela contraint toutes les élucubrations que l’on peut faire sur la composition du gouvernement… 😛 Ce n’est pas du tout un jugement de fond: là-dessus, honnêtement, il fait ce qu’il veut, surtout que les ministres n’ont plus de réel pouvoir (et cela ne changera pas avec Hollande, c’est l’évolution de fond et le quniquennat est passé par là).
      – les médias pro-Hollande ? eh bien, il est clair que tout faux pas de Hollande est minimisé et que rien ne « prend » vraiment, même pas les critiques sur la personnalité, sur l’hyper-prudence en matière économique, sur l’acceptation denombre de réformes sarkozystes, etc. En 2007, la majorité des médias n’était pas pro-Sarkozy mais l' »histoire » qu’elle nous contait était celle de sa victoire. Aujourd’hui, le scénario, c’est celui de la victoire du candidat « normal ».
      – le « bonapartisme » de Sarkozy, ma foi, cela s’applique plutôt bien, car il faut le distinguer du gaullisme (il a une pratique institutionnelle qui n’est pas celle du Général; son mélange d’atlantisme et d’européisme forcé, certes frappé au coin du réalisme, n’est pas non plus très gaulliste; son interventionnisme industriel se mâtine quand même beaucoup d’un libéralisme économique de fond, notamment en matière fiscale ou commerciale). Il faut aussi le distinguer du nationalisme pur, qui revient davantage au FN. Il faut aussi ne pas se limiter à l’adjectif « droitier » car ses propositions de campagne (réforme de la prime pour l’emploi, interventionnisme industriel renforcé, régulation européenne,…) ne le sont pas toutes.

  2. J’attends avec impatience les analyses par institut actualisées, prenant en compte la période post-primaires uniquement et avec des courbes de tendance plus expressives. 🙂 Au fait, pourquoi ne pas appliquer la même analyse au second tour aussi ? Je sais que les tendances y sont plus monotones, mais ce serait tout de même intéressant d’identifier les « house effects » des sondeurs.

    Et à propos des gouvernements : la chose la plus triste, à mon sens, est que les gouvernements post-élections ne sont en fait qu’une vaste opération de com’ en vue des législatives. Après quoi un vaste remaniement a lieu et tous les beaux principes du gouvernement post-élections passent à la trappe.

    • J’ajoute que ma « tristesse » sur la parité, c’est que je crois qu’Hollande, de manière spontanée, aurait fait un gouvernement à la Mitterrand: énorme, plein de secrétaires d’Etat, et surtout issu d’un subtil équilibre entre origine géographique et tendance ou courant politique interne au PS, voire, à l’époque, au PCF ou, délice des délices, au MRG 😉
      Bref, un gouvernement vraiment « top » pour les political geeks !

      Oui, pour le second tour, j’essaierai aussi de faire une analyse par institut: j’espère ne pas perdre trop de temps, mais je suis dubitatif, surtout que le 57-43, depuis le début de l’année (plutôt le 56-44 en ce moment), est quand même sorti beaucoup !

      • N’empêche que, entre IPSOS qui donne Hollande à 58-59% et IFOP qui le donne à 55-56%, il pourrait être intéressant d’y voir plus clair. La possibilité existe encore, même si elle s’éloigne, que Sarkozy parviène à ramener cette élection à des niveaux plus habituels (disons entre 52 et 54 pour Hollande), auquel cas un écart de 3 points pourraits se révéler décisif.

        • Bien sûr, Sarkozy fera mieux que 43. Mais guère mieux que 47.
          Les sondages peuvent se tromper sur le niveau, mais manifestement, cette année, ils ne se trompent pas sur l’ordre des candidats…
          Nous verrons à la mi-avril, peut-être que Mélenchon et Bayrou, ou Sarkozy et Hollande, seront dans des mouchoirs de poche. Mais en l’état actuel, je ne comprends pas le débat médiatique ambiant…
          Le problème, c’est toujours le même, ce sont les titres des médias: une fois ils nous disent « ça monte », une autre fois « ça descend ». Mais cela dépend tout simplement de la base de comparaison… Mais ce qui les intéresse, c’est de faire dire aux chiffres ce que eux veulent dire. Et ensuite, on nous dit que les sondages sont incohérents…
          Rien de nouveau sous le soleil, c’est le même cirque à chaque élection… Il est vrai que la mémoire est également bien démonétisée et raccourcie ! (à propos, j’ai longuement répondu à ton long commentaire ;))

          Pour revenir à ce qui nous occupe, je ferai des graphiques pour le second tour également, par institut, mais peut-être sans courbe de tendance ou en doublant avec des courbes brutes également, en fonction de ce que l’on peut tenter de « découvrir ». Ce ne sera peut-être pas en même temps que le 1er tour actualisé (j’ai une vie aussi ;)), mais je le ferai sans faute.

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