Derniers sondages IPSOS et TNS-SOFRES: le mano-a-mano du premier tour ne remet pas en cause les bons reports de voix sur Hollande au second

 

IPSOS
Radio France, France Télévisions, Le Monde
24-25 février 2012
échantillon: 959 

Hollande 31,5
Sarkozy 27
Le Pen 16
Bayrou 11,5
Mélenchon 8
Joly 2,5
Arthaud 0,5
Poutou 0,5
Villepin 1
Dupont-Aignan 1
Lepage 0,5

Hollande 58
Sarkozy 42

___________________________

TNS-SOFRES – SOPRA Group
i-Télé, Le Nouvel Observateur
27 février 2012
échantillon: 1000

Hollande 30
Sarkozy 28
Le Pen 17
Bayrou 10,5
Mélenchon 9,5
Joly 2,5
Villepin 1
Dupont-Aignan 0
Lepage 1
Arthaud 0
Poutou 0
Cheminade 0,5

Hollande 57
Sarkozy 43

1. Les sondages du jour doivent être remis en perspective avec le sondage quotidien IFOP, qui indique les mêmes tendances:
resserrement Hollande-Sarkozy au premier tour,
effritement de Le Pen,
incertitude sur Bayrou,
plafonnement à un bon niveau pour Mélenchon,
marginalisation des autres candidats,
mais avec un niveau inférieur pour Hollande et, désormais, un niveau supérieur pour Bayrou (ceci expliquant en partie cela).

IPSOS nous surprend vraiment cette année, en étant quelque peu éloigné de la "moyenne", même si Hollande est encore à 30 dans notre indicateur. IPSOS semble avoir du retard à l’allumage par rapport aux autres instituts. C’est plus difficile à estimer pour TNS-SOFRES, qui est peu sollicité cette année. En tous les cas, l’actualisation de mon étude sur les écarts et biais des instituts devient urgente: encore 24 heures de patience ;).

Le meilleur score de Sarkozy au premier tour n’est toutefois pas miraculeux, loin s’en faut:
- il a certes décollé des 25%, mais ne parvient pas à rallier les 30%,
- sans plus de concurrence réelle à droite (même Villepin retombe dans les limbes), ce n’est pas un exploit,
- Hollande ne paraît pas décidé, pour certains instituts à glisser franchement sous les 30%.

En outre, pour Hollande, le fait que Mélenchon plafonne et ne parvienne pas à franchir le seuil psychologique des 10% ( ah, le double-digit score…) ne peut qu’être rassurant. Sans compter l’incapacité à rebondir de Bayrou, dangereusement proche des 10% chez la SOFRES. Avec une Joly atone et une extrême-gauche dans l’épaisseur du trait de crayon, l’avenir est rose.

Bien sûr, des "petits cailloux" pourraient enrayer la belle mécanique: à force de finasser, de faire du "réglage fin" sur ses mesures, peut-être quelques doutes finiront-ils par apparaître sur sa capacité au leadership, notamment si la crise européenne s’offrait une petite remontée printanière. Mais c’est peu probable. Quant à une embellie simultanée pour Mélenchon et Bayrou, elle paraît improbable. Même les quelques remugles de corruption socialiste dans le Nord-Pas-de-Calais n’accrochent pas plus que cela dans les médias. Il est vrai qu’il y aurait de toute façon, immédiatement, quelque nouvelle "révélation" sur Bettencourt ou Karachi pour effacer tout effet négatif.

C’est d’ailleurs bien la caractéristique du moment: globalement, la campagne est brouillonne, foisonnante, désordonnée, mais ne semble pas véritablement influencer le paysage électoral, comme si beaucoup avaient déjà fait leur choix. D’une certaine manière, c’est la victoire prématurée de l’excellent positionnement tactique (et, finalement, stratégique au vu du mauvais sillon pris par Sarkozy et de l’explosion de DSK) de Hollande dès l’origine: le candidat "normal".

Finalement, ne pas être le candidat de l’enthousiasme, être quasiment le choix par défaut, s’avère très solide en 2012. L’absence de dynamique propre, positive, n’est finalement pas une difficulté, dès lors qu’une dynamqiue négative enfonce votre adversaire. Après tout, Merkel s’est maintenue au pouvoir de cette manière, le Portugal et l’Espagne ont basculé à droite dans cette même logique et Obama pourrait bien prendre le même chemin en novembre prochain.

2. Le second tour continue de confirmer cette situation. Certes, là encore, l’écart se resserre, mais tout en s’accompagnant d’une certaine dégradation des reports de voix pour Sarkozy, de nouveau:
respectivement chez IPSOS et chez la SOFRES, les reports sur Hollande/Sarkozy/l’abstention sont les suivants:
- électorat Mélenchon: 83/2/15 et 75/6/19, toujours aussi élevés pour Hollande,
- électorat Joly: 72/14/14 et non indiqué chez la SOFRES, un peu moins bons mais de manière marginale et avec un échantillon désormais très réduit,
- électorat Bayrou: 48/26/26 et 44/28/28, toujours aussi favorables à Hollande, même plutôt en dégradation poru Sarkozy,
- électorat Le Pen: 26/39/35 et 29/32/39, plutôt encore moins bons pour Sarkozy, ce qui est probablement dû au fait que ce dernier a grignoté des voix dès le premier tour. Ces reports très décevants montrent aussi que même une absence de Le Pen au 1er tour ne remettrait pas fondamentalement en cause les grands équilibres de l’élection.

Finalement, cela confirme largement la dernière mise à jour de mes graphiques de reports des voix, à consulter infra.

Même chez l’IFOP, l’écart de second tour reste conséquent (55-45), malgré une diminution sur les deux derniers jours. Mais les souhaits comme les pronostics de victoire restent majoritairement défavorables à Sarkozy, sans véritable changement de fond. Clairement, aucune autre dynamique contraire n’est venue s’amorcer, malgré les réajustements que nous voyons chaque jour entre les différents candidats. C’est un peu la tectonique des plaques: en 7 semaines et demi, même un demi-continent ne se déplacera pas… Or, arracher 10 points de plus chez les électeurs de Bayrou et 25 points de plus chez les électeurs de Le Pen demande plus de 7 semaines et demi.

Un Fillon libéré de Matignon il y a 18 mois aurait-il pu occuper le créneau du sérieux, du rigoureux, de la modération et en même temps de la fermeté, étouffant Bayrou sans laisser Le Pen émerger trop ? C’est trop tard et il est de toute façon peu probable que toute la droite se serait réunie derrière lui comme un seul homme…

Un Juppé auréolé d’une image de vieux sage et de meilleur sachant que Hollande aurait-il eu sa chance ? Non, les Français détestent les dirigeants plus intelligents qu’eux ;D et les affaires internationales, les Français s’en moquent (il n’est que de voir le peu d’influence qu’ont les déboires de "Monsieur Hollande tentant de rencontrer les dirigeants étrangers" sur sa cote).

Un Sarkozy réellement recentré, appuyé sur un Borloo à Matignon depuis novembre 2010, aurait-il pu jouer un autre jeu ? Je persiste à le croire; en tous les cas, il aurait ouvert un suspense plus important. Mais, là encore, inutile de parler d’un passé qui n’a pas eu lieu.

Pour la droite, après 10 ans de pouvoir, une crise profonde et un leader rejeté pour sa personne même, la partie était probablement perdue d’avance. La semaine prochaine, je m’amuserai donc au petit jeu de la composition du gouvernement de François Hollande !

3. Je me permettrai également de continuer d’enfoncer les deux idées reçues du moment:
- l’élection va se jouer, "comme d’habitude", "au peuple", alors que la victoire de Hollande sera au centre, dans la plus pure tradition du Mitterrand 1988;
- la clef de l’élection est à la droite de la droite, alors que, là encore, comme en 1986-88, la "stérilisation" d’une bonne partie de l’électorat reste entière, par un FN qui est loin d’avoir franchi le cordon sanitaire qui l’entoure, contrairement à ce que les commentateurs ne cessent de répéter.

C’est la campagne de 1988 qui se rejoue: les gesticulations chiraco-pasquaïennes n’y avaient rien fait; Jean-Marie Le Pen avait triomphé du haut de son inutilité et de sa stérilité politiques; Raymond Barre avait, comme tous les politiciens intelligents de la période (Rocard, Juppé), laissé échapper sa chance sans crier gare; Mitterrand n’avait eu besoin que de signer en bas à droite le formulaire à remttre au Conseil constitutionnel.
Remplacez les noms de personnes par "sarkozo-guéantesques", Marion "Marine" Le Pen, Bayrou et/ou Borloo -l’intelligence en moins pour ceux-ci-, Hollande et vous aurez le même scénario, l’affaire DSK en plus, mais, que voulez-vous, nous sommes modernes: autres temps, autres moeurs… quoique…

Le choc post-électoral pour la droite fut rude, secouée par les divisions intestines jusqu’en 1992 et tiraillée de la droite extrême (Pasqua, Millon) jusqu’au centre rallié à Mitterrand (Stirn, Soisson, etc) ou ouvert à Rocard (Stasi, Barrot), traversée de percées éphémères de jeunes Turcs libéraux (la bande à Léotard), gaullistes (Séguin), souverainistes (Villiers) ou simplement jeunes (Bosson) et/ou médiatiques (Noir, Carignon, Barzach), plombée par la déprime du chef (Chirac).
Ici aussi, remplacez les noms qui précèdent par ceux d’aujourd’hui et vous aurez la tentation de l’alliance avec le FN (Mariani, Luca), celle de l’ouverture vers Hollande (Bayrou), les percées des jeunes Turcs "humanistes" (NKM), "classiques" (Pécresse), individualistes (Baroin),  libéraux (Chatel) ou libéraux-droitiers (Copé), post-modernes (Wauquiez). Mais le chef vaincu (Sarkozy) pourrait tenter d’imiter son grand prédécesseur…

Et puis, après tout, 1993 et 1995 furent finalement de grands crus pour la droite

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10 réflexions sur “Derniers sondages IPSOS et TNS-SOFRES: le mano-a-mano du premier tour ne remet pas en cause les bons reports de voix sur Hollande au second

  1. Personnellement je pense qu’avec l’égalité médiatique, Melenchon va gagner des %, étant un bon orateur et vu la crise économique il trouvera un écho, tout comme Arthaud et Poutou.
    Marine LePen n’étant pas au niveau économiquement je ne pense pas qu’elle décollera et de toutes façon elle a déjà une exposition médiatique assez importante. Sarkozy pourrait lui prendre quelques voix, qu’il ne perdra je pense pas pour NDA qui ne trouve pas son électorat.
    DeVillepin est un grand homme d’état, une bonne image et son programme est assez bon et réaliste, mais dépourvu d’appareil pour relayer son message je ne pense pas qu’il puisse aller au delà des 3/4 %.
    Pour ma part Sarkozy devrait émerger d’une courte tête… en tête du 1er tour.

    Avant la fin de se premier tour il faudra que Sarkozy attaque le centre une fois que sa droite sera consolidée, ce que je pense qu’il fera sans mal vu la faiblesse de Marine LePen.
    Bayrou a fait un excellent score en 2007 sur le rejet de Sarkozy ET de Royal, il ne pourra pas le refaire cette fois ci.
    Je pense qu’il ne fait pas "rêver" même si son discours est assez apprécié.

    Si Sarkozy parvient à regagner sur le centre on devrait arriver à un rapport de force entre lui et Hollande assez équilibré et là je pense que la force de Sarkozy en campagne, sa combativité comparé à la faiblesse de Hollande dans ce domaine, un programme économique somme toute assez faiblard et le manque de charisme du candidat du PS feront que Sarkozy gagnera avec certainement le score le plus serré de la 5ème République :)

    Bon je vote Sarkozy et j’embellis certainement les choses mais j’y crois :)

    En tout cas merci pour ce blog qui donne enfin une analyse utile et pertinente des sondages sur la durée, en instantané ils ne veulent rien dire.

    Cependant ne pencheriez vous pas un peu à gauche ? :P

    • Merci pour ce commentaire !

      Je recommande votre dernière phrase à la lecture d’Antonio et à ceux qui me connaissent vraiment :D

      Soit votre volonté de voir gagner votre favori vous empêche en partie d’adopter une analyse totalement déconnectée de toute préférence, soit je parviens avec succès (si quelques parenthèses sur les "valeurs" et les questions "sociétales" n’ont pas retenu votre attention) à bien déconnecter mon analyse et mes propres préférences.
      Car, non, je ne penche pas à gauche ;)

      Disons que vous seriez plutôt optimiste, alors que je suis plutôt pessimiste et vous aurez l’explication :)

      Sur le fond, je reviendrai sur les effets possibles de la future égalité médiatique.

    • En effet, l’auteur de ce blog est tout sauf de gauche et il te suffira de jeter un coup d’oeuil à les allusions faites dans certains posts précédents pour t’en rendre compte. De fait, la préférence pour un candidat et les prédictions sont deux choses entièrement différentes. En effet, il y a des gens qui parviennent à avoir un avis objectif sur une élection même quand ils soutiennent un candidat.

      • On se calme Antonio ;) je posais juste la question car je trouvais qu’il minimisait parfois la remontée de Sarkozy. Peut être que c’est moi qui ne suis pas objectif mais ça permet de savoir aussi sous quel prisme les analyses sont faites !
        Il n’y avait rien d’agressif dans mon commentaire.

  2. L’auteur n’est pas de gauche, y compris dans cet article.
    On voit bien la déception de ne pas voir Fillon ou Juppé à la place de Sarkozy !

    Concernant Hollande, je persiste à croire qu’il est largement sous-estimé, en particulier par Sarkozy lui-même même s’il doit commencer à reconnaître son erreur.
    Hollande est un fin stratège (il l’a déjà montré lors des primaires) et se débrouille bien tactiquement (ex : sa dernière mesure fiscale avec la tranche d’imposition à 75%).
    Malgré tout ce que disent ses détracteurs, Hollande est le seul candidat à présenter un programme.
    Sarkozy se discrédite avec ses mesurettes quotidiennes et incohérentes ce qui permet à Hollande de revendiquer clairement son programme.

    L’anti-sarkozysme le sert bien mais ce serait malhonnête de réduire son succès à cela. Ca me fait penser à un buteur qui marque un but facile devant le but vide : il fallait encore être là !

    On en vient à s’intéresser à l’après-UMP. Chirac a réussi in-extremis à ressusciter le RPR finissant en créant l’UMP. Mais Chirac était un rassembleur, tout le contraire de Sarkozy !

    • Vous avez raison sur la tactique hollandaise. Il n’en fait pas trop mais semble avoir gardé quelques mesures sous le pied, juste de quoi éviter d’être débordé par Sarkozy. Pas transcendant mais efficace et bien anticipé de sa part.

      • Ne sous-estimons pas Hollande.

        Il est parti en campagne très tôt, ce qui lui a permis de serrer un nombre incalculable de mains avant tout le monde.
        Il a été adoubé par Chirac (ce n’est pas rien).
        Lors des primaires, il a endormi tout son monde sans que personne n’ait pu réagir.
        Malgré les attaques concentrées de ses adversaires du PS (« la gauche molle », « il n’a jamais rien fait », …), tous l’ont rallié après le premier tour.
        Il a été plébiscité au second tour contre le premier secrétaire du PS.
        Il a récupéré le travail de reconstruction du PS mené par Aubry depuis 3 ans.
        Il a mis au pas les éléphants (Fabius, Aubry, Royal, Montebourg, …) dans un parti dont on sait qu’il est très indiscipliné.
        Il a tué dans l’œuf les velléités de prises de parole contradictoires d’Emmanuelli ou Hamon.

        Et la plus grande de ses qualités est la chance : l’inimaginable histoire DSK et surtout l’anti-sarkozysme ambiant (entretenu plus que jamais en ce moment par les maladresses de N. Sarkozy lui-même).

        Il joue très bien sa campagne :
        Il est le seul à avoir présenté un programme.
        Il ne se concentre que sur un seul adversaire alors que ses adversaires se dispersent sur plusieurs fronts. (Il a donc anticipé très tôt que Bayrou n’était pas une menace).

        On aime ou on n’aime pas Hollande mais il a réellement de grandes qualités politiques.
        Incroyable : c’est lui qui met la pression sur Sarkozy alors que tout le monde prévoyait l’inverse !

        Franchement, je ne le croyais pas capable de tout ça il y a quelques mois.

      • Il est tactiquement très bon, c’est clair. Il a surtout pris le bon positionnement dès le départ et n’a pas eu besoin d’en changer après la primaire (même si Aubry lui a fait connaître 2 semaines de doute, mais cela a tenu).
        Il fait du Sarkozy, mais à petites doses: quelques annonces, quelques surprises, mais pas trop pour ne pas être accusé de singer Sarkozy.
        En revanche, sur la mise au pas du PS, je pense que vous vous trompez: c’est l’addition des intérêts personnels qui joue: il y a en a tant qui en ont marre de ne pas être au pouvoir qu’ils sont prêts à avaler toutes les couleuvres…

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