Derniers sondages TNS-SOFRES et CSA: la consolidation de Sarkozy au premier tour n’est pas (encore ?) suffisante pour le second

 

TNS-SOFRES – SOPRA Group
i-Télé
26-27 mars 2012
échantillon: 1000

Hollande 28
Sarkozy 29
Le Pen 15
Bayrou 10
Mélenchon 13,5
Joly 2
Dupont-Aignan 1
Arthaud 0,5
Poutou 0,5
Cheminade 0,5

Hollande 55
Sarkozy 45

________________________

CSA
BFM-TV, RMC, 20 Minutes
26-27 mars 2012
échantillon: 876 inscrits sur un échantillon total de 1000

Hollande 26
Sarkozy 30
Le Pen 15
Bayrou 12,5
Mélenchon 12,5
Joly 2,5
Dupont-Aignan 0,5
Arthaud 0,5
Poutou 0,5
Cheminade 0

Hollande 53
Sarkozy 47

1. Il y en a pour tous les goûts aujourd’hui.

Le sondage TNS-Sofres est plutôt dans la continuité des autres livraisons récentes: équivalence Sarkozy-Hollande, en deçà de 30%; progression mélenchoniste; faiblesse bayrouiste; résistance hollandaise au second tour. Pour ce qui est des reports de voix, confirmation de la force grandissante de Sarkozy dans l’électorat Le Pen (20/50/30), mais résistance de Hollande dans l’électorat Mélenchon (85/4/11) et, surtout, dans l’électorat Bayrou (47/33/20).

Toutefois, je suis très sceptique à l’égard de TNS-Sofres cette année. Les résultats par sondeur (cf. en dernier lieu mon article du 23 mars) montrent des résultats assez éloignés du consensus (même si cela peut être une qualité pour certains ou dans certaines circonstances… mais tant que nous n’avons pas les résultats du 22 avril, nous ne pouvons comparer les sondages qu’entre eux). Surtout, TNS-Sofres semble toujours en retard par rapport aux autres sondeurs et faire preuve d’une certaine inertie.

Les médias, qui sont eux-mêmes en retard sur les analyses (pas sur le flux des événements bruts, évidemment), vont peut-être y voir confirmation de la percée de Mélenchon, du tassement de Bayrou et de la bonne tenue de Hollande au second tour, oubliant que TNS-Sofres a clairement un biais pro-Hollande, pro-Mélenchon et anti-Bayrou.

CSA nous donne d’autres indications. Non pas que ce sondeur ait montré sa grande qualité cette année (ne parlons pas de 2007…): j’ai déjà eu l’occasion d’écrire qu’il me semblait exagérer certaines évolutions, dans un sens ou dans l’autre, mais qu’en revanche, il était à surveiller (avec IFOP et IPSOS, voire Harris) comme l’un des « bons » sondeurs potentiels. Surtout, il semble que CSA soit, au contraire de TNS-Sofres, « à la pointe » pour repérer de nouvelles tendances.

Or, que nous dit-il aujourd’hui ?
Que Sarkozy s’affirme au premier comme au deuxième tours.
Que Hollande s’effrite un peu plus sérieusement, atteignant le niveau de Royal au premier tour, et n’affichant plus « que » 53% au second.
Que Bayrou et Mélenchon se tiennent.

Néanmoins, CSA semble avoir un tropisme pro-Sarkozy et anti-Hollande au premier tour. C’est en revanche plus partagé au second. En outre, CSA nous dit que l’électorat Bayrou vote désormais davantage Sarkozy que Hollande mais, comme à l’accoutumée, ne publie aucune matrice de reports 😡

Pour compléter le tableau, étonnons-nous que l’échantillon TNS-Sofres soit toujours de 1000 tout rond (comment font-ils pour éliminer les quelques « surnuméraires »?) et rappelons que CSA a l’habitude d’avoir des échantillons d’inscrits systématiquement inférieurs à 900. Bref, ne nous voilà pas beaucoup plus avancés…

2. Ce qui est certain, c’est que les reports de voix de l’électorat Bayrou sont totalement flous et contradictoires:
IFOP, BVA et CSA voient Sarkozy progresser et dépasser Hollande,
IPSOS et OpinionWay voient un rééquilibrage,
TNS-Sofres voit une persistance de la prédominance de Hollande.

Cette répartition n’a malheureusement pas de lien logique avec le niveau de Bayrou: ainsi, ce niveau est le plus faible chez TNS-Sofres, on pourrait donc supposer que c’est là qu’il est le plus « droitisé », mais c’est aussi là que les reports vers Hollande sont les plus importants.

Il se passe donc quelque chose au centre, mais rien n’est clair (vous me direz, avec Bayrou, ce n’est pas illogique :P).

En revanche, Sarkozy a clairement progressé dans l’électorat Le Pen, même (je me répète) dans un électorat diminué, sur lequel il a déjà ponctionné, dès le premier tour, 2 à 3 points au minimum.

Malgré une faiblesse passagère, il semble en revanche que Hollande reste solide dans l’électorat Mélenchon, malgré la progression de ce dernier. Ce qui validerait le « penchant » naturel de Hollande de jouer, encore et toujours, la recherche du consensus et du compromis, de ne pas attaquer pour ne pas insulter l’avenir. Il n’en reste pas moins que, malgré lui, Hollande risque de s’effriter au centre, car certains électeurs de Bayrou vont commencer de craindre les revendications de Mélenchon, qui semble désormais plus péremptoire à l’égard du socialiste, qu’il avait clairement ménagé jusque là.

Une fois de plus, les fondamentaux restent solides pour Hollande: 10 ans de droite, crise, chômage, anti-sarkozysme « spontané », bon positionnement initial de présidence « normale », même l’audacieuse comparaison avec la primaire du PS que j’avais tentée il y a peu de temps pourrait confirmer qu’il a beau s’effriter, il est capable de bien finir (par la seule volonté des électeurs de gauche de venger l’affront de 2002 et de se débarrasser de Sarkozy).

Pourtant, commence de flotter un soupçon tenace de fragilité

L’ambiance médiatique a changé. Certes pas dans une tonalité sécuritaire, mais dans une forme de tension devant ce qui pourrait être une situation inattendue de suspense…
– Bayrou est désormais traité avec ironie et distance par beaucoup de médias, un signe qui ne trompe pas… il ne se relèvera pas. Il n’est plus une menace pour Sarkozy, de quelque manière que ce soit.
– Le Pen ne suscite plus réellement de réaction, car, dans son fonds de commerce habituel et retrouvé, elle n’étonne plus et « tourne en rond ».
– Hollande semble un peu aux « abonnés absents » et « décalé » en voulant à tout prix maintenir son agenda fixé il y a 4 mois. Les médias ne l’accablent pas, mais il est comme noyé et inaudible dans le brouhaha médiatique rendu encore plus chaotique par les séquences imposées au profit de Cheminade, Poutou, Arthaud, Dupont-Aignan et même Joly.
– Sarkozy bénéficie d’un traitement relativement moins « dur » (mais le « déchaînement » vu en 2007 chez Marianne et Libération est peut-être à venir), car même ses dérapages (en début de semaine, probablement dus à la fatigue et à l’incapacité de contrôler l’excitation à l’idée de redevenir partiellement compétitif) et, surtout, les « affaires » ne paraissent pas « tenir ». La perception d’une progression continue depuis un mois (exagérée car, s’il a progressé, il plafonne déjà… mais Hollande s’effrite, d’où cette perception comparée qui lui est favorable dans des médias très… synthétiques) l’avantage également à l’heure où Hollande et lui ont moins de temps de parole.
– Mélenchon bénéficie du même traitement avantageux que Sarkozy: perception d’une progression continue alors qu’elle semble désormais plafonner (mais Bayrou continue de s’effriter), faiblesses économiques, hypocrisie sur l’Europe et sur la lutte contre le FN (oui, vous pouvez commenter :D) et acrimonie à l’égard des journalistes moins soulignées dans un environnement où tout est traité plus rapidement puisqu’il faut aussi faire parler Cheminade…

Surtout, si Mélenchon a permis d’écrire un nouvel épisode depuis 2 semaines, son « histoire » va devenir moins intéressante (car il ne semble pas parti pour dépasser Le Pen), alors que les médias vont vouloir écrire un ultime « rebondissement » (ou non) avant le premier tour: Sarkozy peut-il retourner la situation ?
En cela, Sarkozy est un bon scénariste car il flatte le penchant purement commercial de tout média (même de certains qui sont loin de lui être favorables).

Dans cette optique, un certain nombre de variables viennent le conforter:
– dans le sondage quotidien IFOP et d’autres sondages, même s’il reste en dessous de Hollande, parfois assez nettement, il a progressé dans les pronostics comme dans les souhaits de victoire,
– dans le sondage CSA, les raisons avancées par les personnes interrogées pour leur vote montrent un équilibre entre adhésion au candidat Sarkozy et rejet de Hollande, alors que, pour le vote en faveur de ce dernier, le rejet de Sarkozy progresse encore, au détriment de l’adhésion à Hollande; on pourra argumenter que le rejet peut être une motivation tout aussi puissante et il est un fait qu’il s’agit là, pour Hollande, d’une « assurance » minimale, d’un « matelas de sécurité » très significatif; mais peut-être y a-t-il un début de changement qualitatif.

Je le redis, Sarkozy a 3 symboles à réunir (Nicolas’ quest !):
– être devant Hollande,
– dépasser le seuil des 30%,
– dépasser les 31,2 de 2007.
Accessoirement, si Hollande tombe au niveau ou en dessous de Royal (25,9), ce serait symboliquement également fort.

Mais, bien entendu, à quasiment trois semaines utiles du premier tour, la porte est étroite pour Sarkozy…

PS: pour rigoler un peu, un article du site de l’Est Républicain s’est trompé de lien: en voulant renvoyer sur un sondage IPSOS (d’ailleurs faussement intelligent, à mon sens), il pointe en réalité directement ici… Comme quoi, de petits journalistes de province se promènent également sur ces pages… Nous voici en bonne compagnie 😛
http://www.estrepublicain.fr/politique/2012/03/29/presidentielle-fort-recul-de-sarkozy-dans-la-france-peripherique-fragilisee-(ipsos)

Derniers sondages IPSOS, IFOP, OpinionWay et Harris: une fragilité de François Hollande sur les reports de voix est-elle en train d’apparaître ?

 

IPSOS-Logica Business Consulting
Radio France, France Télévisions, Le Monde
23-24 mars 2012
échantillon: 978 

Hollande 28
Sarkozy 27,5
Le Pen 16
Bayrou 11,5
Mélenchon 13
Joly 2
Arthaud 0,5
Poutou 0,5
Dupont-Aignan 1
Cheminade 0

Hollande 54
Sarkozy 46

___________________________

IFOP-Fiducial
Paris-Match, Europe 1, Public Sénat
22-25 mars 2012
échantillon: 1769 inscrits sur un total de 1901

Hollande 27
Sarkozy 28,5
Le Pen 15,5
Bayrou 11,5
Mélenchon 13
Joly 2
Dupont-Aignan 1
Arthaud 0,5
Poutou 0,5
Cheminade 0,5

Hollande 54
Sarkozy 46

___________________________

Harris Interactive
VSD, LCP-Assemblé Nationale
22-26 mars 2012
échantillon: 1231 inscrits

Hollande 27
Sarkozy 28
Le Pen 16
Bayrou 11
Mélenchon 13
Joly 3
Dupont-Aignan 1
Arthaud 0,5
Poutou 0,5
Cheminade 0

Hollande 54
Sarkozy 46

___________________________

OpinionWay-Fiducial
Le Figaro, LCI
26-27 mars 2012
échantillon: 1148 inscrits sur un total de 1209

Hollande 27
Sarkozy 28
Le Pen 17
Bayrou 12
Mélenchon 11
Joly 2
Dupont-Aignan 1
Arthaud 1
Poutou 0,5
Cheminade 0,5

Hollande 54
Sarkozy 46

Rien pendant le week-end et 4 sondages aujourd’hui… réjouissons-nous quand même…: IPSOS et Harris sont maintenant hebdomadaires. Attristons-nous: CSA, BVA et OpinionWay restent de publication erratique (je ne parle même plus de LH2 et TNS-Sofres, si rarement sollicités).

1. Sur les niveaux bruts des candidats au premier tour, ces sondages apportent surtout des confirmations:
équivalence Hollande-Sarkozy,
érosion de Le Pen, mais en atténuation, notamment pour OpinionWay
– poursuite de la progression de Mélenchon, désormais 4ème, même si OpinionWay est moins « franc »,
tassement de Bayrou,
– quasi-relégation de Joly parmi les « petits » candidats et absence d’émergence parmi ces derniers.

Une fois de plus, on peut constater la grande convergence des sondeurs. La semaine précédente avait vu quelques décalages sur le niveau réel de Hollande, notamment par rapport à Sarkozy; puis nous avons été fixés. La semaine dernière a vu une incertitude sur le niveau réel de Mélenchon, notamment par rapport à Bayrou; aujourd’hui, nous sommes fixés.

2. Au second tour, le retour de Hollande vers les 54 se confirme également, de manière vraiment uniforme. Ce score est évidemment très bon dans l’absolu. Mais la tendance est à la baisse, comme le montrait notre indicateur publié hier.

Surtout, les reports de voix mesurés par IFOP, OpinionWay et IPSOS sont bien différents, malgré un résultat final identique. En conservant notre ventilation de reports vers Hollande/Sarkozy/l’abstention, les instituts IFOP, OpinionWay et IPSOS donnent respectivement les chiffres suivants:

dans l’électorat Mélenchon, 79/5/16, 80/1/19 et 84/3/13, ce qui reste très élevé pour Hollande bien qu’en légère érosion (IFOP et OW donnent également les reports depuis l’électorat Joly, soit 68/11/21et 71/1/28, ce qui est un peu moins bon pour Hollande mais peut être lié à l’étroitesse de l’échantillon),

dans l’électorat Bayrou, 32/43/25, 35/34/31 et 32/28/40, ce qui confirmerait le recul de Hollande dans cet électorat, déjà repéré (et expliqué, très probablement, par la « droitisation » de l’électorat Bayrou), mais qui donnerait, pour IFOP et même OW, une vraie progression de Sarkozy, que BVA avait déjà mesurée,

dans l’électorat Le Pen, 31/39/30, 20/40/40 et 13/52/35, ce qui confirmerait, soit simplement que Le Pen se retrouve avec un électorat moins classiquement de droite, pour IFOP, soit que son électorat, même « résiduel » après la ponction déjà réalisée par le Président sortant dans les dernières semaines, serait nettement plus disposé à rallier Sarkozy au second tour, selon IPSOS (tendance déjà mesurée par BVA), OpinionWay étant à mi-chemin.

Les différences sur Bayrou peuvent être expliquées et ne paraissent pas encore trop gênantes pour Hollande:
l’électorat de Bayrou, déjà constitué de ces centristes « à la française » qui ont navigué entre DSK, Borloo, Hollande et, donc, Bayrou, s’est droitisé ces derniers temps, par transfert d’un nouveau contingent d’électeurs de Sarkozy rebutés par la stratégie bonapartiste puis sécuritaire et par perte parallèle des derniers centristes de gauche ou écologistes vers Hollande; logiquement, Hollande ayant déjà ponctionné sa quote-part avant le premier tour, les reports vers lui au second sont en baisse dans cet électorat;
pour le moment, les reports (d’un bon tiers et, surtout, au moins équivalents à ceux sur Sarkozy) sont suffisants pour Hollande. Même si le « déchet » sur l’abstention est supérieur à 2007, le rapport de force relatif entre Sarkozy et Hollande reste au moins aussi favorable qu’en 2007.

Toutefois, une nouvelle dégradation de ces reports signifierait
soit une marge réduite pour Hollande et l’on connaît le risque de déclenchement d’une dynamique négative pour un candidat; surtout qu’elle accompagnerait les pertes à gauche, ce qui jetterait Hollande dans l’étau que Sarkozy a tant de mal à desserrer: perdre à droite en essayant de gagner à gauche ou l’inverse, mais ne pas réussir en tous les cas à marcher sur ses deux jambes, voire finir par perdre des deux côtés;
soit la nécessité de se positionner encore plus au centre, ouvrant encore plus large l’espace pour Mélenchon, voire pour Joly, avec des risques de surenchère à gauche et, finalement, une déperdition d’électeurs se disant que le candidat socialiste est décidément trop rose pâle.

Le léger effritement des reports depuis Mélenchon et Joly n’est peut-être qu’un peu de bruit statistique. Il est peut-être aussi la confirmation qu’une frange d’électorat populaire venu de Le Pen s’est posée sur Mélenchon, mais seulement pour son rôle de contestation et de protestation, pas dans une optique de ralliement au candidat de gauche le mieux placé. Constatons d’ailleurs que le léger « moins » de Hollande chez les électeurs Mélenchon, mais aussi Joly, se fait surtout au profit de l’abstention, ce qui rendrait plus crédible ce résultat et cadrerait avec une attitude actuelle de Hollande considérée comme trop modérée et trop « présidentielle » (trop Jospin 2002 ?).

Les différences sur Le Pen apportent encore davantage d’incertitudes pour Hollande:
– le fait qu’à la fois BVA, IPSOS et OpinionWay perçoivent une amélioration des reports sur Sarkozy montre que la logique de 2007 est peut-être de retour: même si Sarkozy avait « humilié » Le Pen père dès le premier tour et semblait avoir déjà fait le plein des voix et si les deux s’étaient affrontés vertement, Sarkozy avait quand même réussi à rallier une large majorité des électeurs restants de Le Pen;
– il s’agit peut-être là de la vraie conséquence de l’affaire Merah: non pas des changements au premier tour, déjà réalisés, mais bien un ralliement au second tour, même par défaut, à Sarkozy, dans une logique d’autorité (dans tous les sens du terme) et dans des situations de « tempête » (ou supposées ou perçues comme telles).

Ce serait plus difficile de combattre ce phénomène pour Hollande car il serait basé sur le positionnement respectif de chaque candidat et serait donc plus profond qu’un simple choix conjoncturel pour un candidat « sympathique » ou avançant quelques thèmes populaires: le « président normal » contre le « capitaine dans la tempête ».

Voici les graphiques actualisés des reports de voix:

– depuis l’électorat Mélenchon, le niveau reste appréciable pour Hollande, bien qu’en très léger recul:

– depuis l’électorat Joly, la tendance semble également à une légère érosion, mais sans véritable conséquence étant donné l’étroitesse de cet électorat, désormais:

– depuis l’électorat Bayrou, l’effritement se poursuit et semble s’accélérer pour Hollande:

– depuis l’électorat Le Pen, l’amélioration est incontestable pour Sarkozy depuis le début du mois de mars:

– enfin, depuis les abstentionnistes (au sens large) du premier tour, donnée que nous délivre seulement OpinionWay, il n’y a pas réellement d’évolution:

Ainsi, en dehors même du niveau réel des deux principaux candidats au premier tour, qui n’est l’affaire que d’un ou deux points – même si l’ordre d’arrivée, le franchissement de la barre symbolique des 30% (voire de celle des 25%) et les niveaux respectifs par rapport à Sarkozy ’07 (31,18%) et Royal ’07 (25,87%), y compris en nombre absolu de voix, auront des effets psychologiques et médiatiques forts -, ce sont davantage ces signaux légèrement moins positifs liés aux reports de voix que le candidat socialiste doit surveiller…

Il ne reste toutefois que moins de 4 semaines. Ou plutôt 6 semaines, dirait-on à l’Elysée… 😉

Indicateur du 26 mars 2012: quels correctifs pour prédire le résultat du premier tour ?

1. En l’absence de nouveau sondage ce week-end, il est difficile de trancher sur la principale inconnue du moment: Mélenchon poursuivra-t-il sa progression et dans quels secteurs et au détriment de quel(s) candidat(s) cette dernière s’effectue-t-elle ?
L’IFOP quotidien le voit pour la première fois au-dessus de Bayrou et Le Pen historiquement basse. Quant à l’écart Sarkozy-Hollande, il s’accroîtrait, davantage par érosion de Hollande que par progression de Sarkozy, qui plafonne. Au second tour, retour sur l’écart historiquement le plus faible (53,5-46,5), mais qui reste appréciable pour Hollande.

Dans notre indicateur, Sarkozy n’est pas encore passé au-dessus de Hollande mais s’en rapproche. Sur le graphique de l’indicateur, l’explication d’un glissement général vers la gauche tient toujours:
– de Le Pen vers Sarkozy,
– de Sarkozy vers Bayrou, compensé par un glissement de Bayrou vers Hollande,
– inférieur au glissement de Hollande vers Mélenchon, qui « reçoit » aussi de Joly et semble avoir été le bénéficiaire du « nettoyage » du paysage, avec les échecs de Lepage et Villepin.
Reste l’inconnue de transferts directs de Le Pen vers Mélenchon.

Enfin, de manière probablement anecdotique, Dupont-Aignan s’approche des 1% et dépasse Villepin, qui devrait disparaître de l’indicateur d’ici 2 semaines.

Quant au second tour, Hollande n’a jamais été aussi bas, mais… à 55/45, cela reste extrêmement solide. Rappelons que les élections ont vu l’écart au second tour être inférieur à la tendance générale des sondages depuis le 1er janvier: en particulier 1965, 1974, 1981 (au point de se retourner) et 1995. Certes, 2002 ne peut être retenue. Et 2007 a vu Sarkozy démarrer fort à la mi-janvier, s’éroder ensuite (des sondages à 50 ou 51 ponctuant le mois de mars), pour regagner en fin de campagne, reperdre légèrement après le premier tour, puis regagner après son débat gagné et reperdre dans les deux derniers jours: bref, 2007 fut dans la moyenne.

Encore une fois, une seule élection ressemble à celle-ci: 1988. On connaît le début et la fin de cette élection sans surprise… (on s’est toutefois éloigné du modèle 1988 au premier tour, à moins que Mélenchon prenne le rôle de Le Pen père et Le Pen fille celui de…. Lajoinie ! Piquant… :D) 

2. Abordons dès maintenant, à moins d’un mois du premier tour, les correctifs probables qu’il conviendra d’appliquer aux résultats agrégés des sondages, afin de s’approcher du résultat final du 22 avril. L’indicateur agrégé permettra de faire apparaître un niveau « moyen », mais aussi de dégager la tendance du moment.

Mais cela ne sera pas entièrement suffisant, il conviendra de tenir compte des écarts et biais des sondeurs: jusque là, Bayrou, Sarkozy et Mélenchon paraissaient mesurés de manière fiable et cohérente; mais ce derneir rejoindra peut-être Hollande et Le Pen parmi les candidats importants plus délicats à estimer.

En outre, des correctifs, liés à des caractéristiques propres à chaque candidat ou type de candidat, devront probablement être effectués pour tenter de poser un pronostic moins hasardeux.

– En ce qui concerne Sarkozy, il est probable qu’il sera un peu au-dessus du niveau mesuré par les sondages.
C’était déjà le cas en 2007.
Il a bénéficié et bénéficiera probablement d’un vote « utile » ou plutôt « efficace », notamment de la part des électeurs tentés par le vote Le Pen.
Sur le fond, le vote « efficace » sera aussi celui d’électeurs estimant que, finalement, malgré ses défauts, il est un Président éprouvé (au sens « qui a fait ses preuves »…) et que, tous comptes faits, tout n’est pas négatif. Dans le même ordre d’idées, la demande d’autorité et de présidentialité est forcément un peu plus importante après les tueries de Toulouse et Montauban.
De plus, il existe peut-être un vote « honteux » marginal pour Nicolas Sarkozy ou, plus exactement (ce qui rejoint l’argument précédent), des électeurs se « défoulant » avant l’élection en annonçant des votes Le Pen, Bayrou ou Dupont-Aignan, mais revenant « à la raison » le jour du vote.
Enfin et surtout, l’électorat de Sarkozy est âgé. Or, plus on est âgé, plus on se rend aux urnes. Cette plus forte mobilisation proportionnellement à l’âge est un élément positif pour Sarkozy, en tous les cas au premier tour.
Même s’il est douteux qu’il gagne autant que les 3 points (environ) de 2007, il devrait se hiser au-desus de son niveau dans les sondages. Pour soigner sa dynamique (ou en créer une réelle….), il doit de toute façon passer les 30 et même les 32%.

– En ce qui concerne Bayrou, il est probable qu’il est à son juste niveau, tant la convergence des sondeurs est forte en ce qui le concerne.
La tendance de l’indicateur (au tassement ces jours-ci) suffira probablement à le situer. Il n’a pas su recréer la dynamique de 2007 et, après son émergence de décembre 2011, n’a pas su prolonger.
Il s’achemine donc vers un score et une configuration plus proche du noyau central traditionnel, comme la liste Veil aux européennes de 1989, par exemple.

– En ce qui concerne Mélenchon, il est, pour le moment, probablement estimé à son juste niveau, les sondeurs ayant été, jusqu’à la semaine dernière au moins, nettement convergents.
Cela demandera confirmation car, s’il a récupéré une frange d’électorat populaire volatil (auparavant hésitant entre Le Pen et Hollande), il pourrait être quelque peu surévalué et pâtir d’une légère démobilisation, cet électorat ne se rendant tout simplement pas aux urnes.
Il faut aussi tenir compte de la concurrence des petits candidats d’extrême-gauche, que les sondages évaluent très mal en raison de leurs scores confidentiels: or, il est douteux qu’ils n’atteignent que 0,4 ou 0,5%; s’ils dépassent tous deux ne serait-ce que 1%, cela écrêtera Mélenchon d’autant.
Son électorat plus jeune peut également se démobiliser un peu plus que celui d’autres candidats; en revanche, son électorat travaillant dans le secteur public est plus susceptible de participer fortement.
Peut-être aura-t-il également atteint son peak trop tôt. Mais cela sera visible dans la tendance de l’indicateur.
A l’inverse, le favori est un socialiste et, donc, toute démobilisation sur le favori lui sera favorable.
Au total, tous ces éléments devraient peu ou prou se compenser et nous pourrons nous focaliser sur la seule tendance.

– En ce qui concerne l’ensemble des petits candidats, ils devraient être au-dessus de leus scores dans les sondages. En effet, ceux-ci ont du mal à les cerner et, surtout, publient des chiffres arrondis au demi-point. C’est très grossier pour des scores inférieurs à 3%.
En outre, des écarts non négligeables ont pu exister sur les candidats communistes, verts, divers gauche aux élections de 2002 et 2007, mais avec une tendance générale à un meilleur score que prévu au final. Potentiellement, jusqu’à 2 ou 3 points peuvent se disperser sur ces petits candidats.
Il serait surprenant que Poutou et Arthaud ne parviennent même pas à franchir le seuil de 1% et que Dupont-Aignan ne tangente pas celui des 2%.
Bien sûr, ce sera moins net pour Cheminade, mais passer de 0 à 0,3% en réel, cela contribue aussi à écorner les grands candidats…

– En ce qui concerne Joly, il est bien probable qu’elle soit encore un peu en dessous du niveau mesuré par les sondages.
La déconvenue Voynet de 2007 constitue un précédent, alors que le bon score de Mamère en 2002 tenait davantage à l’effritement de Jospin de totues parts (de ce point de vue, Mamère et Taubira sont tout autant responsables de l’échec de Jospin que Chevènement qui est pourtant la cible quasi-unique du ressentiment…).

– En ce qui concerne Hollande, il devrait être un peu au-dessous du score annoncé dans les sondages.
Favori, il ne pourra probablement échapper à une légère démobilisation et à une dispersion de voix de gauche, l’offre médiatique étant désormais plus large avec l’égalité de temps de parole: Mélenchon, Joly, Poutou, Arthaud et même Cheminade.
Son électorat plus jeune est encore plus sujet à une telle démobilisation et à une telle dispersion.
Même s’il s’est plutôt agi des élections locales, la tendance récente est à une légère sur-évaluation de la gauche socialiste par les sondages.
En sens inverse, la volonté d' »effacer » 2002 jouera dans le sens de la remobilisation, mais probablement pas suffisamment pour compenser les raisons de « fuites » d’électeurs.

– En ce qui concerne Le Pen, c’est l’inconnue majeure. Son père a été systématiquement sous-évalué, ainsi que le FN aux élections réellement nationales (législatives de 1986 à la proportionnelle, européennes même réalisées par grandes circonscriptions). A une exception essentielle près: 2007. Or, Sarkozy rejoue la stratégie de 2007 et, sans aller jusqu’à rééditer la « prise » de 4 à 5 points, il est bien possible qu’il parvienne à préempter dès le premier tour des voix lepénistes, au-delà même des quelques points déjà gagnés depuis fin février.
En outre, je pense, sans que cela soit toutefois étayé, que Marion « Marine » Le Pen est sur-évaluée, car elle se situe davantage encore que son père dans le « défouloir », d’autant plus aisé à exprimer que les médias ont tous répété qu’il n’était plus honteux de voter ou de vouloir voter FN.
Mais une fois « défoulés » et constatant l’écart avec la crédibilité intrinsèque de la candidate et de son programme (alors que ce n’était nullement gênant pour le père, puisqu’il n’a jamais cherché à être élu… bien au contraire), un certain nombre d’électeurs ne devraient finalement pas la soutenir. Rappelons-nous du cinquième d’électeurs de premier tour de Le Pen 2002 qui se sont finalement abstenus ou reportés sur Chirac au second tour: cette frange qui ne voulait que « protester » et utiliser la fonction tribunicienne du lepénisme s’est vite ralliée au candidat « raisonnable ». Le mouvement se fera probablement dès le premier tour avec la fille.
Au final, il me semble donc qu’elle se situera en dessous du niveau annoncé par les sondages.

Certains commentaires diront peut-être que moyenner les erreurs des sondages pour ensuite encore apporter des correctifs, c’est scandaleux. Mais la satisfaction est aussi dans le chemin, dans la spécualtion intellectuelle et dans le « pari ». Quand Nate Silver aura demandé l’asile en France, nous pourrons enfin compter sur un « pro » 😉

Dernier sondage BVA et analyse des écarts entre sondeurs: malgré la difficulté persistante à évaluer Le Pen et l’apparente « surprise » Mélenchon, il y a convergence globale des instituts

 

BVA
RTL, Orange, presse régionale
21-22 mars 2012
échantillon: 978

Hollande 29,5
Sarkozy 28
Le Pen 13
Bayrou 12
Mélenchon 14
Joly 2
Dupont-Aignan 1,5
Arthaud 0
Poutou 0
Cheminade 0

Hollande 54
Sarkozy 46

1. Voici donc un deuxième sondage, après celui de CSA, qui « fait » l’actualité: la percée de Mélenchon, visuellement accompagnée de la décrue prononcée de Le Pen.

Venant juste après mon appréciation d’une stabilisation, cela pourrait montrer, au moins à court terme, que je me suis trompé sur la capacité de Mélenchon à poursuivre sa progression. Toutefois, je vois encore plusieurs éléments, à ce jour, qui m’incitent à rester sur mon analyse et sur ma position, en considérant que la « bulle » Mélenchon devrait prochainement se dégonfler et qu’il retrouvera une place plus conforme à son niveau réel: 11-12%.

– En premier lieu, il convient de remarquer que, dans les deux sondages en cause, Mélenchon est à 13 et 14% alors que Poutou et Arthaud sont tous deux à 0, ce qui n’est le cas dans aucune autre enquête récente. Certes, à eux deux, ils ne sont en moyenne qu’à 1%, mais ce point supplémentaire, c’est celui qui permet de rejoindre ou de dépasser un Bayrou stagnant, voire effrité. De même, dans ces deux sondages, Joly est à 2% (pas à 3 ni même à 2,5).

– Dans le même ordre d’idées sur les « petits » candidats, il n’est nullement impossible que le « rebasage » général résultant de la disparition de Villepin et Lepage ait finalement été favorable à Mélenchon. Non pas forcément directement (encore que certains électeurs séduits par le cavalier seul et la verve de Villepin aient pu, dans un élan d’irrationalité digne de leur champion initial, rejoindre la « grande gueule » souverainiste Mélenchon; mais ce serait marginal car Bayrou et Dupont-Aignan ont également dû aspirer des « villepinistes »), mais plutôt parce que Mélenchon est, depuis une semaine, le seul à se renforcer ou, au moins, à se maintenir, et donc à profiter d’une éventuelle baisse générale de la mobilisation et de la participation (une fois de plus et malheureusement, très difficile à mesurer au travers des sondages, qui ne publient pas la donnée ou publient une donnée non comparable d’une enquête à l’autre, puisque s’apparentant à de l’abstention réelle ou à une vraie incertitude sur le candidat ou à de la perplexité face au sondage lui-même). Les autres candidats s’épuisant et les Français se lassant de la campagne, une baisse de tous les autres fait visuellement progresser Mélenchon.

– Ensuite, ni CSA, ni BVA ne publient de détail de leurs chiffres par CSP ou secteur d’activité. Les sondeurs qui le font et qui ont récemment publié ne montrent aucune remontée de Mélenchon chez les ouvriers et employés, ni même chez les chômeurs, sauf, justement, l’IFOP quotidien de ce soir…! Mélenchon semble rester le candidat des fonctionnaires, petits et moyens, pas encore le candidat populaire ou du communisme renaissant. Mais, bien entendu, peut-être BVA et CSA ont-ils détecté un mouvement inédit, qui expliquerait en partie la décrue de Le Pen. Ce serait vraiment une grosse nouveauté.
A l’appui de cette thèse, constatons que les reports de voix de l’électorat Le Pen au second tour, chez BVA sont de 11/50/39, soit historiquement bas pour Hollande et historiquement haut (en 2011-12, s’entend) pour Sarkozy. Or, comme Hollande se maintient au second, à peu de choses près, cela signifierait que, chez BVA, des lepénistes ont déserté, dès le premier tour, à gauche ! Mazette !

– C’est justement le quatrième point: y aurait-il transfert entre Le Pen et Mélenchon, enfin significatif, alors que j’ai toujours souligné qu’il était marginal ? J’en doute toujours, d’abord simplement parce que nous n’avons aucun élément pour le justifier, ensuite parce que le glissement général vers la gauche détecté depuis quelques semaines est toujours la variable explicative des mouvements d’intentions de vote que mesurent les sondeurs aujourd’hui.
1- Le renforcement de Sarkozy se fait clairement au détriment de Le Pen.
2- La stagnation ou le tassement de Bayrou, après un léger mieux dû à la fuite de quelques modérés de droite depuis Sarkozy, s’explique par un prélèvement de Hollande sur son électorat de centre-gauche. D’ailleurs, les reports de voix au second tour chez BVA dans cet électorat Bayrou sont éloquents: 33/47/20 , soit un Sarkozy pour la première fois au-dessus de Hollande ! Soit BVA s’est totalement emmêlé les pinceaux dans l’échantillon, soit il s’est bien passé quelque chose, mais de vraiment massif, sans que le score global de Bayrou ait changé.
3- Le même Hollande continue de connaître une déperdition sur le « petit peuple de gauche » (ou plus exactement la petite bourgeoisie de gauche, autour des fonctionnaires, des salariés des entreprises publiques et du secteur para-public et associatif, et des cadres intermédiaires) vers Mélenchon, mais au total se stabilise en compensant les pertes vers Mélenchon par les gains sur Bayrou.

– Enfin, il faut compter plusieurs jours avant qu’un événement de campagne produise ses effets et, inversement, cesse de les produire. Certes, le rythme de la campagne s’accélère à mesure qu’approche le 22 avril et « nous vivons une époque moderne » et de l’instantanéité numérique. Toutefois, cette inertie reste vérifiée. BVA présentant donc « commercialement » son sondage comme le premier « après la révélation de l’identité de Mohamed Merah » (encore une preuve que la manipulation n’est pas dans le sondage et son résultat mais bien dans la présentation, le commentaire et les titres médiatiques…) nous induit en erreur car il s’agit plutôt, à mon sens, d’un sondage pleinement « post-Bastille ». Attendons ce week-end et le début de la semaine prochaine pour connaître réellement l’impact de l’affaire Merah.

Même si je serais heureux de lire la propre analyse d’un expert franco-canadien du vote FN, du vote populaire et du vote communiste ou ex-communiste (help me, Gaël ! :D), je persiste donc dans mon idée que Mélenchon devrait plafonner et revenir vers les 11-12, en dessous de Le Pen (qui connaîtra bien un petit regain, même de courte durée, après les événements de Toulouse et Montauban) et même Bayrou (qui est décevant mais semble avoir fidélisé un noyau légèrement au-dessus du traditionnel centrisme mesuré lors des élections européennes de 1989, 1999, 2004 ou 2009). Même si de gros doutes commencent de s’accumuler… 😛

Je persiste peut-être à tort dans l’erreur (et si les « fans » de Mélenchon ont raison, pour me consoler, je goûterai au moins le plaisir de voir qu’ils auront pris pour argent comptant, dans la seconde, les horribles sondages et les horribles sondeurs, dès l’instant où leur lider maximo y progressait nettement ;)).

2. D’ailleurs, le caractère incertain de CSA cette année (qui alterne sondages totalement « moyens » et sondages présentant des écarts notables, et dont les anti-sondeurs nous diraient qu’il appartient au diable Bolloré) et le tropisme favorable à la gauche de BVA (comme son caractère d’institut plutôt « passable » dans ses performances) ne peuvent que m’inciter encore davantage à la prudence.

C’est l’occasion de refaire le point sur les écarts perceptibles entre sondeurs. La convergence de la semaine précédente a été massive et impressionnante. Mais, bien entendu, CSA et BVA viennent d’introduire le trouble !

Il reste que les tendances générales restent valables (je précise que les courbes de tendance sont des polynomiales d’ordre 2 ou 3: je n’ai pu tout harmoniser car les sondages TNS-Sofres et, quelquefois, Harris ou BVA, sont trop peu nombreux ou trop erratiques; ils donnent donc des courbes un peu curieuses, notamment TNS-Sofres, mais cela ne remet pas en cause les constats globaux):

Bayrou est désormais stabilisé et évalué de manière très cohérente par tous les instituts à 12-13%:

Sarkozy a progressé mais paraît désormais ralentir et rester, globalement, en dessous des 30%:

Mélenchon reste estimé de manière assez convergente, même si CSA et BVA voient une nouvelle étape de progression:

Le Pen a décliné, mais se retrouve ici l’écart habituel entre les instituts, avec une amplitude atteignant les 4 points, même si, hors CSA et BVA, il y a bien eu un rapprochement des sondeurs en peu en dessous des 16%; reste à voir si la décrue se poursuit ou si elle est stoppée à ce niveau:

Hollande, candidat « résultante », reste également soumis à des écarts, ainsi qu’il a déjà été noté à de multiples reprises, même si, pour lui, également, une nette convergence peut être notée entre instituts, à peu près au même niveau que Sarkozy et, en tous les cas, clairement en-deçà des 30% désormais:

Ce resserrement des écarts entre sondeurs, comme l’apparition d’une divergence plus grande sur Mélenchon, tendraient à confirmer que cet électorat populaire hésitant (auparavant entre Hollande et Le Pen) serait maintenant entre Mélenchon et Le Pen, Hollande se stabilisant à mesure qu’il regagne au centre-gauche et perd sur sa gauche. Voyez que je ne cache nullement tout ce qui va à l’encontre de mon « pronostic » des derniers jours sur une stabilisation générale ;).

– Pour le second tour, les sondeurs sont désormais très cohérents, autour de 54-55 la semaine dernière, de 55-56 à la charnière des 2 semaines, de 54-55 de nouveau maintenant. Cette grande convergence est, de nouveau, favorable au candidat Hollande, qui reste étonnamment solide au second tour, à un mois et demi de l’échéance:

Au final, il apparaît que le paysage est assez clairement analysé, même si 2 points d’électorat populaire semblent en balance. Toutefois, sur le moyen terme, contrairement au discours ambiant et aux critiques récurrentes, je répète que cette campagne 2012 montre une convergence significative des sondeurs, qui semble même se renforcer dernièrement, au-delà de quelques « sorties de route ». Les sondages ne sont pas une science exacte mais ils sont, pour le moment, d’un niveau de cohérence tout à fait satisfaisant et même supérieur à l’accoutumée. Bien sûr, ils se trompent peut-être tous sur tel ou tel candidat: nous le saurons le 22 avril prochain; mais j’en doute fort…

Dernier sondage CSA: la stabilisation survivra-t-elle à l’affaire Merah ?

 

CSA
20 Minutes, BFM TV, RMC
19-20 mars 2012
échantillon: 888 électeurs inscrits parmi un échantillon total de 1004

Sarkozy 30
Hollande 28

Le Pen 13,5
Bayrou 13
Mélenchon 13
Joly 2
Arthaud 0
Poutou 0
Dupont-Aignan 0,5
Cheminade 0

Hollande 54
Sarkozy 46

1. Ce sondage CSA semble contredire la stabilisation détectée depuis quelques jours au travers de plusieurs enquêtes. La convergence de différents instituts (IFOP, IPSOS, OpinionWay, Harris, CSA lui-même mais dans sa précédente livraison) ne serait donc plus aussi frappante.

Le rapprochement Le Pen/Bayrou/Mélenchon, que j’évoquais la semaine dernière pour dire qu’il s’agissait du seul espoir de poursuite de sa progression pour Mélenchon (par effet de « bruit » médiatique s’il parvenait à doubler Bayrou et à rejoindre Le Pen) et pour l’écarter, semble se produire.

Toutefois, j’émettrai plusieurs bémols, qui me conduisent à confirmer la stabilisation que je pense à l’oeuvre:

– ce sondage tombe certes au milieu des événements du moment, mais la campagne nous montre qu’il faut toujours attendre quelques jours d’inertie avant d’intégrer des événements dans les intentions de vote: je vois donc ce sondage comme la conséquence directe de la Bastille pour Mélenchon et le passage des médias à un autre sujet, qui va les occuper jusqu’au week-end prochain, associé au dernier débordement anti-journalistes de Mélenchon (qui avait réussi à se contenir depuis plusieurs mois), devrait mettre un terme à sa progression;

– parallèlement, Le Pen a connu 2 à 3 semaines décevantes pour elle, faites d’interventions médiatiques faibles sur le fond, d’une dilution de son message (inaudible sur l’insécurité et l’immigration, démonétisée sur l’économie, dispersée sur les questions sociales et sociétales) et d’une incapacité à « utiliser » de nouveau le sujet des parrainages, corde probablement trop usée désormais; elle devrait parvenir à se refaire partiellement, notamment avec l’affaire Merah, qui la replacera sur ses thèmes de prédilection et lui redonnera son « identité » habituelle;

– malgré la grande hypocrisie de ces derniers jours, Bayrou devrait parvenir à convaincre des électeurs centristes de tous poils (y compris donc d’anciens « lepagistes » ou « villepinistes ») qu’il est le seul « modéré » du paysage et que c’est son positionnement qui est le bon; une certaine remobilisation en quelque sorte, sans compter que pourrait être jugée paradoxalement décevante l’attitude personnelle de Hollande, non polémique, assez nette et digne, mais peut-être perçue comme trop réservée.

Pour ce qui est des deux leaders, Hollande ne bouge pas et la poursuite de la progression de Sarkozy n’est pas une surprise, mais je doute qu’il reste fort longtemps au niveau des 30%. En réalité, c’est bien la faiblesse de Le Pen qui justifie ce nouveau sommet de Sarkozy. J’avais déjà eu l’occasion de remarquer que CSA, contrairement à 2007, semblait placer le FN plutôt bas cette fois-ci, peut-être par phénomène de « (sur-)compensation »… Peut-être sommes-nous de nouveau dans cette situation.

Au final, ne sur-interprétons pas ce sondage. La situation est justement tellement stabilisée depuis si longtemps (je ne peux que vous inciter à vous replacer début janvier…) que l’on prend des mouvements de 2 points (donc dans les marges d’erreur) pour des grands séismes. Je continue d’interpréter la situation actuelle comme à peu près cristallisée.

2. L’affaire Merah peut-elle avoir une influence, maintenant qu’elle est close sur le plan policier ?

J’en doute (toujours) fort:
– sa dimension criminelle « classique », mais liée à un jeune de quartier difficile et néanmoins habitué d’une certaine aisance matérielle de trafiquant, comme on en voit beaucoup dans les reportages « chocs » des télévisions à sensations, ne peut que favoriser une légère remontée de Marion « Marine » Le Pen, tant cette affaire répond aux « canons » du discours lepéniste depuis un quart de siècle (un peu comme la crise de la dette souveraine pour Bayrou…);
– mais le Président sortant a correctement géré la crise, n’a pas dérapé (à ce jour) et il devrait donc limiter la progression lepéniste, bénéficiant aussi d’une présence médiatique forte pendant 3 jours; s’il devait y avoir une influence de moyen terme de l’affaire, c’est qu’elle aurait permis à Sarkozy d’effectuer un recentrage et surtout une représidentialisation (tout en restant sur les questions d’ordre et d’autorité, mais sans le halal) qui étaient de toute façon indispensables en fin de campagne: peut-être les circonstances lui permettent-elles d’effectuer cette nouvelle inflexion sans que cela trop apparaisse artificiel: bref, pouvoir regagner au centre-droit sans perdre les acquis récents sur la droite dure et l’extrême-droite;
cependant, cela fait plusieurs fois que l’on imagine ainsi des évolutions de fond et des potentialités fortes pour le Président sortant, sans que les résultats soient probants au-delà des quelques points pris à Le Pen « à l’arrache » et non par de subtils changements de cap…
En outre, Merah n’est pas Ben Laden et son dérapage de gros voyou lourdement armé, cherchant à donner un sens à son existence vide, caricaturalement moderne et banalement démantibulée, n’est pas la menace « existentielle » du 11 septembre 2001: non, Sarkozy ’12 ne sera pas Bush ’04…
Sarkozy ’12 ne pourra non plus bénéficier du même climat médiatique que celui du Chirac ’02, tant les médias, globalement défavorables à sa réélection, veilleront à ne pas lui servir le même avantage;
– la vague Mélenchon est passée au second plan et elle est fondée sur d’autres critères, qui ne sont pas affectés par l’affaire Merah;
– Hollande bénéficiera du fait que le buzz médiatique se soit éloigné de Mélenchon et du fait qu’il n’a pas fait d’erreur majeure sur le sujet (contrairement à des Dray, Urvoas ou, hors du PS, des Joly et Duflot, qui se permettent, en plein deuil et/ou en pleine opération policière, d’émettre des avis, des critiques des leçons, y compris sur le plan opérationnel, sans rien connaître de la configuration des lieux ou de l’évolution psychologique du bonhomme… affligeant même si hautement prévisible et prévu);
toujours positionné de manière à pouvoir prendre sans risque une direction ou une autre s’il y était finalement contraint (dénoncer les polémiques si elles viennent de droite, en se plaçant comme le seul au profil « présidentiel », ou, si les polémiques venant de gauche devaient « prendre » dans l’opinion, finalement dire qu’il est d’accord, tout en jouant au « bon élève » qui a su se contenir et respecter les familles et la police…), sa tactique « normande » est de bon aloi dans une période dans laquelle il y a surtout des coups à prendre;
– Bayrou, comme je l’ai dit plus haut, convaincra les déjà convaincus qu’il n’a pas non plus démérité;
– même Joly décevra les déjà déçus ou énervés par ses polémiques lancées dès le premier jour, mais contentera le noyau dur de son électorat par ces mêmes critiques aigres.

En fin de compte, il me semble que chacun aura soigné son « fonds de commerce » et renforcé les fidélités déjà acquises, mais n’aura probablement pas convaincu grand monde au-delà de son électorat de base.

De plus, la peur d’être accusé de « récupérer » est telle (et à juste titre, car l’effet serait désastreux si un candidat particulier était dans une récupération décalée par rapport à son positionnement traditionnel) que tous se bloquent mutuellement, peu ou prou, même si les seconds et même troisièmes couteaux se lancent des invectives. En ces périodes d’ultra-sensibilité, de modernité numérique fondée sur les réflexes et les réactions épidermiques et, en même temps, sur la conviction d’être bien informé, « plus malin que les autres » et plus « exigeant » en termes de démocratie, donner l’impression de récupérer est vécu par beaucoup d’électeurs comme une offense bien plus grande que les questions de fond en jeu. Le PP espagnol et sa mésaventure des élections de 2004 peuvent en témoigner amèrement.

Mais l’électeur-internaute ressemble quand même au consommateur-internaute: il n’aime pas Ronald McDonald et aime bien Steve Jobs, mais il achète de toute façon chez les deux… (bon, il faut vraiment que je me recentre sur le thème de ce blog, mais cette campagne de 2012 est tellement pauvre en rebondissements réels que la tentation est grande de dériver…)

La suite dans les prochains sondages ! En espérant avoir tort, afin que le suspense revienne…
Surtout que les médias américains semblent s’épuiser à dire que la primaire républicaine n’est pas jouée: la victoire de Romney dans l’Illinois paraît avoir sonné le glas définitif de Santorum et Gingrich: si on ne peut même plus s’amuser aux Etats-Unis, étant donné que le Mexique, l’Inde, l’Ukraine et la Grèce vont être hautement ennuyeux et comme on ne peut même plus compter sur une crise en Australie, en Allemagne ou au Royaume-Uni, l’année électorale va vraiment, vraiment, être triste 😦
La Roumanie, la Serbie et la Corée du Sud, cela fait peu pour divertir les fanatiques des élections…

PS: demain soir, j’actualiserai les graphiques sur les écarts entre sondeurs.

Derniers sondages IPSOS et Harris et sondage quotidien IFOP: stabilisation du paysage, défavorable au Président sortant

 

IPSOS-Logica Business Consulting
Radio France, France Télévisions, Le Monde
16-17 mars 2012
échantillon: 950 

Hollande 28,5
Sarkozy 27,5
Le Pen 15
Bayrou 13
Mélenchon 11,5
Joly 2
Arthaud 0,5
Poutou 0,5
Dupont-Aignan 1,5
Cheminade 0

Hollande 56
Sarkozy 44

___________________________

Harris Interactive
VSD
15-19 mars 2012
échantillon: 1097

Hollande 28
Sarkozy 27
Le Pen 16
Bayrou 12
Mélenchon 11
Joly 3
Dupont-Aignan 1
Arthaud 0,5
Poutou 1
Cheminade 0

Hollande 56
Sarkozy 44
1. Il faut vraiment que je prenne le temps de publier un article actualisé sur les résultats par sondeur, mais la convergence est vraiment extrêmement forte entre la quasi-totalité des instituts ayant sondé depuis 10 jours (je mets à part LH2, le plus « mauvais » des instituts).

Que les médias arrêtent de se répandre en vains commentaires sur l’incohérence des sondages… Si beaucoup de Français embrayent sur cette critique injustifiée, c’est bien parce qu’ils se contentent de lire les gros titres. Or, que font les médias quand ils qualifient un sondage ?

Ils ne précisent jamais (dans les titres, les chapeaux ou les résumés) s’ils comparent par rapport au sondage précédent publié par eux, au sondage précédent du même sondeur ou au plus récent sondage publié par tout sondeur dans tout média… Evidemment, par rapport au mois d’avril 2011, DSK a enregistré une forte baisse 😛 !!!

Oui, les sondages sont fiables et cohérents à un instant « t ». Ce sont les commentaires qui ne le sont pas.
Et puis, en fonction de ses dates de parution, tel ou tel média peut publier un sondage déjà un peu daté… d’une certaine manière, un sondage est déjà faux quand il est publié… mais ce n’est pas la faute du sondeur !

Bref, la lassitude est extrême devant ces critiques récurrentes. Mais, comme d’habitude, elles montrent que le monde médiatique critique les outils, alors que c’est bien la capacité intellectuelle d’exploitation et d’utilisation des outils, d’interprétation des résultats, qui est en cause. Mais bon, c’est toujours difficile de reconnaître qu’on est soi-même pas très bon… Soupir….

2. Sur le fond, je suis content de voir que, après m’être trompé sur la capacité de rebond de Bayrou (mais avoir bien anticipé sa montée de décembre ;)), des « stabilisateurs automatiques » à gauche sont à l’oeuvre, qui permettent à Hollande de ne pas descendre trop bas et qui freinent Mélenchon, ainsi que je le pensais. Certes, ces sondages n’intègrent qu’en partie la Bastille, mais les tueries de Montauban et Toulouse auront vite effacé le sujet « Mélenchon » dans les médias. Il est donc peu probable qu’il poursuive sur cette lancée et Bayrou devrait préserver sa quatrième place.

Une légère remontée de Le Pen à l’occasion du « bruit » médiatique actuel n’est pas à exclure, mais elle pourrait bien être quasi-insensible.

Sarkozy s’est hissé au niveau de Hollande. Première étape franchie. Mais la deuxième (le seuil psychologique des 30) semble encore loin (même si je parie sur une légère sous-évaluation de Sarkozy par rapport à ce que sera son score de premier tour au final). Surtout, faire mieux qu’en 2007 et atteindre les 32 paraît hors d’atteinte. Peut-être que le côté « capitaine dans la tempête » fonctionnera légèrement cette semaine. Mais tout cela est éphémère… Et plus la campagne s’accélère et est volatile, plus on entend de commentaire nous disant, « tout va changer », « la campagne n’est plus la même »… Justement, non, les intentions de vote sont extrêmement stables !

Enfin, notons que Joly semble définitivement condamnée et que Dupont-Aignan ne perce toujours pas.

Le sondage quotidien IFOP confirme tous ces éléments:

Il nous indique aussi clairement que Hollande, tout en réussissant à contenir Mélenchon, bénéficie d’un petit flux positif depuis Bayrou: Sarkozy n’a donc pas réussi à préserver son aile gauche, sans pourautant gagner autant qu’il le faudrait sur son aile droite. Cela fait un million de fosi que le dis, mais, que voulez-vous, c’est toujours vérifié…

Tactiquement, le positionnement hollandais tient toujours, même si on a l’impression d’un jongleur aux assiettes tournantes, un peu comme lros de la primaire, ainsi que je l’ai déjà écrit… Mais, pour lui, so far, so good… Il doit vraiment avoir hâte que cela se finisse… Etre le favori par défaut, instable et potentiellement grignoté des deux côtés, ce n’est pas idéal, mais c’est bien suffisant, surtout dans la configuration de 2012 !

Au second tour, même si ce n’est plus du 57-43, c’est redevenu davantage du 55-45 que du 54-46: structurellement, le candidat Sarkozy a donc raté son pari à ce jour et je doute qu’il lui reste suffisamment de temps pour inverser la tendance. Tout cela est parfaitement logique et déprimant du point de vue du suspense électoral. Nous aurons vraiment vécu une élection dénuée de toute réelle trépidation… 😦

Pour IFOP aussi, la « compétitivité » ne s’améliore déjà plus pour Sarkozy au second tour:

3. Sommes-nous complètement « scotchés » ou peut-il encore y avoir des évolutions en un mois ?

Je pencherais pour la poursuite de la stabilité, avec quelques nuances:
Mélenchon parviendra peut-être à tangenter Bayrou, davantage par tassement de ce dernier, qui semble vraiment d’un autre temps et dans la répétition un peu stérile; à peine avait-il changé son slogan en « La France solidaire » (pour récupérer 0,39% d’anciens électeurs villepinistes ?), qu’il ressort l’ancien « un pays uni, rien de lui résiste » à l’occasion des tueries… ce qui n’est pas la marque d’une grande cohérence et d’une parfaite organisation de campagne… (en dehors du fait qu’il est mal placé pour donner de grandes leçons de morale sur la non-exploitation des événements dramatiques du moment…);

Sarkozy devrait repartir légèrement à la hausse après un petit pic lepéniste et bénéficier à la toute fin d’électeurs qui sont toujours dans des intentions de vote protestataires mais qui, au final, voteront « utile » ou « efficace », pour un Président qu’ils considèreront comme imparfait mais « éprouvé » (ce ne sera pas un raz-de-marée, mais cela assurera juste de quoi approcher les 30);

Hollande va préserver son capital mais subira probablement une légère décrue le jour du premier tour, par démobilisation populaire et dispersion devant une victoire annoncée;

– Dupont-Aignan et/ou un trotskyste parviendra peut-être à arracher un 2%, mais sans plus.

Décidément, mon indicateur ne pourra déployer toutes ses vertus qu’en 2017… 😦

Indicateur du 19 mars 2012: comment la primaire du PS peut éclairer (ou non) la prochaine élection !

1. L’indicateur de cette semaine enregistre les tendances des derniers jours, de manière d’autant plus nette que la pondération des sondages dans le temps s’accélère un peu aujourd’hui: désormais, seuls les sondages des 3 dernières semaines sont pris en compte (voir la page « mode de calcul ») et leur « valeur » décroît plus vite dans le temps.

Une fois de plus, je me félicite 😉 de ce calendrier, car nous entrons dans la phase de campagne officielle et nous sommes à à peine plus d’un mois de l’élection, ce qui implique effectivement d’être plus « réactif ». Toutefois, grâce à une recrudescence de sondages, nous sommes toujours avec un panel total d’environ 12 000 personnes, ce qui est significatif, et nous conservons toujours au moins un sondage de chaque institut, puisque les moins « chanceux » (commercialement…) d’entre eux ont quand même réussi à dépasser le niveau d’une enquête par mois… Mais certains instituts (ou plutôt leurs commanditaires) ont un peu renforcé la voilure et LH2 ou IPSOS, par exemple, sont à un sondage par quinzaine (c’est plus erratique pour OpinionWay). TNS-Sofres, BVA et surtout Harris semblent un peu inactifs encore, mais cela devrait changer.

Les tendances ne sont donc pas surprenantes, au premier tour:
– montée de Mélenchon,
– effritement accru de Hollande
– faux-plat de Bayrou,
– reprise modérée de Sarkozy,
– érosion de Le Pen,
– quasi-disparition des petits candidats,

comme au second tour:
– tassement de Hollande,
– retard toujours important de Sarkozy.

Les transferts Le Pen->Sarkozy, Hollande/Joly->Mélenchon, Villepin/Lepage->Bayrou sont confirmés.

Par rapport à ma série d’articles de la semaine passée, rien de bien neuf donc.

2. Reste à savoir où s’arrêtera la décrue de Hollande. Un ressort s’est clairement brisé, mais son sens tactique est sûrement intact et la volonté de revanche à gauche, l’anti-sarkozysme et la… longue attente des hiérarques socialistes et de gauche en général joueront pour remobiliser son électorat, au moins en partie, ce qui stabilisera Mélenchon et n’entraînera pas, finalement, de glissement vers Bayrou.

Il doit toutefois prendre garde à la tactique de l’underdog adoptée par Sarkozy: se positionner comme le challenger contre l’ordre établi fonctionne toujours aussi bien. Souvenons-nous de la « rupture » du ministre de l’Intérieur de Chirac (un candidat du nom de Sarkozy) en 2007. Souvenons-nous des pommes du président du RPR en 1995 contre son ex-conseiller spécial.

Souvenons-nous surtout de la campagne de la première secrétaire du PS Aubry, lors de la primaire du PS de 2011, contre le « favori », l' »homme installé », bref le « candidat du système« . « Ne vous laissez pas voler la victoire par les sondages et les médias »: tous les candidats aux primaires américaines ont, à un moment ou à un autre, prononcé une phrase équivalente.

Les enseignements de la primaire du PS peuvent en effet être éclairants, jusqu’à un certain point.

Cette primaire, qui voyait Hollande dominer assez fermement à compter de la fin août (La Rochelle), lui avait quand même apporté quelques sueurs froides quand, à l’approche du premier tour et surtout dans l’entre-deux-tours, Holande avait été poussé « dans les cordes » et, à force de rester vague et pâle, se retrouvait à répéter, à tourner à vide et en rond, à ne pouvoir répliquer et à être réellement menacé.

Sarkozy dans le rôle d’Aubry ?
Se présenter, alors que l’on est en fonction, comme le candidat anti-système ne manque pas d’audace et peut rapporter gros, on vient de le voir pour Martine Aubry et cela se dessine quelque peu pour Nicolas Sarkozy. Aubry avait su utiliser l’appareil et le programme officiel du PS pour coincer Hollande, comme Sarkozy sait et saura utiliser la crise et l’Europe ou reprendre la casquette présidentielle en cas de coup dur (fait divers médiatisé comme aujourd’hui, guerre Israël-Iran, nouvelle crise financière dans le sud de l’Europe, catastrophe naturelle, etc.). Elle avait harcelé et mordillé les mollets de Hollande en permanence dans les débats (jusqu’à l’agacement du téléspectateur, mais avec une certaine réussite médiatique), ce qui Sarkozy fait à longueur de terrain et de meetings.

Mélenchon dans le rôle de Montebourg ?
Lors de la primaire du PS, l' »insurrection montebourgeoise » avait finalement abouti à un ralliement prudent mais clair de Montebourg à Hollande, dans les formes et de manière… « bourgeoise ». Montebourg avait frisé le ridicule en tentant de faire monter les enchères et en surjouant sa situation; Mélenchon sera peut-être davantage dans la tactique et la combinazzione et moins dans le panache.

Mais Mélenchon se montebourgeoisera-t-il, au sens électoral du terme ? Je le pense, quoi que beaucoup disent ou écrivent en ce moment. Il n’a jamais créé l’irréparable avec Hollande et il a toujours ménagé l’avenir. N’oublions pas non plus qu’il a été ministre, sénateur, apparatchik, « poisson-pilote » de l’Elysée en matière d’anti-racisme, d’action lycéenne, d’agitation laïcarde et enseignante: Mélenchon n’est pas Laguiller. Je ne pense donc pas qu’il y ait là un vrai danger pour Hollande.

Bayrou dans le rôle de Valls ?
Hollande avait fini par concéder quelques mesures dépensières et plus à gauche (qu’il traîne d’ailleurs encore aujourd’hui) pour amadouer les électeurs de Montebourg. Mais cela ne l’avait pas empêché de rallier Valls et ses électeurs. Dans le cas de Bayrou, il s’agit plutôt de ses électeurs que de lui-même, bien entendu, car lui ne peut plus se rallier à personne sauf à décréter publiquement la fin de sa carrière politique (et Hollande n’a pas besoin de l’homme Bayrou pour gagner; il serait surtout un poids supplémentaire dans un gouvernement ô combien difficile à équilibrer et à constituer).

Joly dans le rôle de Royal ?
Avec un score très décevant, elle avait été contrainte de se rallier sans exigences à Hollande, mais l’avait fait vite pour en retirer un certain profit. Nul doute que Duflot poussera en ce sens, afin de préserver l’accord EELV-PS, par lequel ils devraient avoir une place indue à l’Assemblée. Il n’est que de voir les sévères attaques actuelles du duo Duflot-Placé contre Mélenchon pour comprendre leurs craintes et leurs orientations…

Le Pen dans le rôle de Guérini ?
Oui, je n’ai pas trouvé mieux… 😀 Mais c’est bien l’acteur extérieur au duel que François Hollande agitera en sous-main pour faire perdre son adversaire… Le parallèle n’est pas si décoiffant 😉 D’ailleurs, si Sarkozy a exploité la polémique du halal, la condamnation de ses déclarations ne manque pas de sel, lorsque l’on se souvient que c’est le maire PS de Roubaix qui, en 2010, voulait porter plainte contre Quick qui ne proposait plus, chez lui, que du halal, déclenchant la première grande polémique du genre… Comme quoi, la vieille technique mitterrandienne de la diabolisation des thèmes et des électeurs du FN pour handicaper fatalement la droite (victoire étriquée en 1986, victoire ample au centre en 1988, victoire par triangulaires en 1997, division de la droite et du centre-droit après les régionales de 1998,…) continue d’être bien utile !

3. Mais le précédent (ou le parallèle s’arrête là). Le second tour de 2012 sera davantage droite/gauche, même si Sarkozy fera tout pour en faire un second tour « peuple »/ »système ». C’est une élection nationale, avec de multiples composantes dans l’opinion.

A moins qu’il ne se poursuive en fait jusqu’au bout: lors du second tour de la primaire du PS, le vote utile et la volonté de battre Sarkozy ont constitué des socles solides pour le candidat Hollande.

La véritable clef, le véritable élément d’incertitude, pourrait finalement être la participation. Elle avait été supérieure au second tour de la primaire et avait quasi-exclusivement profité à Hollande. C’était la manifestation la plus nette du vote utile.

En 2012, pour l’élection présidentielle, la participation pourrait être décevante pour Hollande au premier tour et au moins aussi favorable à Sarkozy qu’à Hollande au second tour, avec l’effacement de l’efficacité du « sortez le sortant » et avec une certaine jospinisation rampante de Hollande (sur laquelle Mélenchon tente habilement de capitaliser). Le dernier espoir de suspense réside probablement là.

A court terme, j’ai bien peur que le fait divers dramatique de ces derniers jours n’aseptise tout et ne « gèle » encore davantage les rapports de force… Soupir…