Les écarts, biais et tropismes des sondeurs: les tendances de fond s’harmonisent entre les instituts

1. J’actualise comme promis mon article du 11 février dernier, en regroupant toujours les résultats des sondages publiés pour les ventiler par institut et par grand candidat, afin d’essayer de déterminer les house effects des différents sondeurs. Toutefois, je limite la période de référence à l’après-primaire du PS, afin de ne conserver que les tendances les plus récentes et mieux les faire apparaître.

Cela me permet notamment d’adopter des courbes de tendance polynomiales d’ordre 3 ou 4 selon les cas. J’ai même « mixé » des ordres 3 et des ordres 4 pour un même candidat, tout simplement parce que certains instituts (TNS-Sofres en particulier) publient peu et que, même si un candidat justifie un ordre 4 par son parcours, je ne peux dépasser l’ordre 3 pour TNS-Sofres. Vous verrez que cela ne pose aucun problème.

Mélenchon est désormais inclus, mais son cas n’est pas, comme prévu et comme je l’avais écrit, très intéressant car ses résultats sont extrêmement cohérents d’un institut à l’autre et les écarts sont très faibles. Je l’inclus en prévision d’un éventuel dépassement du seuil psychologique fort des 10% et d’un éventuel croisement avec Bayrou.

– La leçon générale, c’est que, contrairement au populisme anti-sondagier savamment entretenu par les médias à chaque élection (tout en continuant à en commander sur tous les sujets…), les sondages révèlent des tendances identiques, même s’ils montrent des écarts pour certains candidats. Mais l’ordre des candidats, leurs dynamiques dans le temps et relatives entre eux, ne diffèrent pas fondamentalement. La structure générale de la campagne, la physionomie électorale sont donc connues et maîtrisées: il ne devrait pas y avoir de grosse surprise en l’état actuel de la comparaison entre sondages (sauf à dire que 8 instituts se trompent tous à l’identique). Le discours de ces derniers jours sur les sondages « faux » et « contradictoires » est donc infondé.

Evidemment, dire qu’il n’y a pas trop de place pour une surprise, c’est bon essentiellement pour un candidat: celui en tête…

Toutefois, c’est la deuxième leçon, l’incertitude majeure porte toujours sur le niveau de Le Pen et, en conséquence seulement indirecte, sur celui de Hollande, candidat attrape-tout et variable d’ajustement de tous les autres, malgré lui. Toutefois, étant donné les reports de voix et le « plafond de verre » auquel se heurte Sarkozy, cela n’affecte pas, à ce jour, le pronostic de victoire de second tour.

2. Le candidat Bayrou est toujours, curieusement au regard des incertitudes sur leur choix exprimées par ses électeurs, le plus cohérent dans ses résultats.

Mes commentaires sur son électorat aggloméré et ayant subi la plus forte évolution relatibve de tous les candidats restent tout à fait valables.

La cohérence et la convergence des instituts est toujours aussi nette:
dans les tendances et les changements de tendances: l’émergence fin novembre-début décembre avec l’entrée en campagne, la décrue relative à partir de la fin janvier avec les rythmes de croisière acquis par Hollande puis Sarkozy;
dans les résultats bruts: les écarts entre instituts sont au maximum de 2 à 3 points; certes, il est plutôt haut chez OpinionWay et plutôt bas TNS-Sofres et chez l’IFOP, mais ce n’est pas d’une absolue évidence.

La période la plus récente voit s’amorcer une stabilisation, repérée surtout chez IFOP, qui est le plus « sensible » en raison de son sondage quotidien.

Je ne peux donc que me répéter: la volatilité supposée de l’électorat Bayrou n’est que de surface. Son électorat n’est pas si imprévisible que cela. Or, un Hollande ultra-prudent et extérieurement rassurant et un Sarkozy reprenant le virage de 2007 ne peuvent que conduire à une même conclusion: quel que soit le niveau de Bayrou, il est bien apprécié par les sondeurs, ne devrait donc pas entraîner de surprise au premier tour (en l’occurrence pour Hollande) et devrait se reporter conformément aux sondages au second tour. Mauvaise nouvelle pour Sarkozy…

Les sondages sont fiables en tendance. Reste à savoir si, le 22 avril, il sera en haut ou en bas de la fourchette. Cela se décidera en fonction de la mobilisation autour de Sarkozy et de Hollande à ce moment-là: si nous sommes encore dans la polarisation, Bayrou sera en bas; si nous sommes dans un combat plus chaotique, avec un Sarkozy plus agressif et déporté vers la droite, ce qui semble de nouveau s’amorcer avec la « chaude journée » du 1er mars, Bayrou devrait être en haut de la fourchette.

3. Le candidat Sarkozy donne toujours des résultats assez cohérents d’un institut à l’autre.

La cohérence s’est même améliorée avec le temps.

En tendances, la montée d’octobre-novembre, à la faveur de la crise et de sa « re-présidentialisation », s’est retournée en décembre-janvier, pour se reprendre ensuite, avec son entrée en campagne volontariste et son exposition médiatique.

En brut, la convergence des instituts a progressé: des écarts qui allaient jusqu’à 3 points sont aujourd’hui réduits à 2 points. Certes, il est plutôt haut chez OpinionWay et TNS-Sofres et plutôt bas chez Harris, mais les biais sont vraiment limités.

L’indicateur agrégé des sondages est donc fiable pour Sarkozy, puisque les sondages semblent l’être nettement. Au moins, c’est plus clair pour lui, mais cela invalide les quelques analyses sur un électorat Sarkozy caché. Certes, en 2007, il avait été sous-évalué au premier tour. Mais je finis par penser que tenter de rejouer la campagne de 2007 pourrait lasser et se retourner contre lui… Quoi qu’il en soit, il est « à son niveau ».

4. La situation de Mélenchon est également assez cohérente.

Ne vous laissez pas abuser par le début de la courbe TNS-Sofres: le faible nombre de sondages fait que la courbe de tendance polynomiale crée artificiellement une première tendance à la baisse depuis un point infiniment haut. Quant à sa fin, la « bosse » est artificiellement accentuée.

A part cela, commeprévu, la convergence est grande:
dans les évolutions: progression en novembre, régression en décembre, hausse régulière depuis début janvier, avec un palier récemment,
dans les écarts, qui sont réduits et même très réduits depuis janvier (attention à l’échelle): maximum 2 points et souvent seulement 1 point.

Pour rendre le tableau encore plus clair, il ne semble pas y avoir de biais particulier chez un sondeur ou un autre, même si TNS-Sofres le voit un peu plus haut et OpinionWay un peu plus bas.

Au final, la situation est fiable et l’indicateur l’est également.

5. Comme dans mon article précédent, je rappelle que le candidat Hollande:
– a remplacé DSK comme candidat « attrape-tout »,
– a le score le plus important et donc celui susceptible de présenter des écarts relatifs les plus importants,
– a longtemps constitué une énigme sur son positionnement,
– continue d’adopter une tactique ultra-prudente, pour en dire le moins possible sur le fond (ne nous laissons pas abuser par le chiffon rouge fiscal, habilement placé sur quelques très riches) et pour adopter un « réglage fin » au gré des coups de boutoir sarkozyens et des fluctuations de l’humeur et du bruit médiatiques.

Attention aux entrées de courbe IPSOS et OpinionWay, ainsi qu’à la sortie de courbe chez Harris: le faible nombre de sondages crée des tendances artificielles.

Sur le fond, les tendances paraissent désormais mieux détectées par les instituts et le tableau d’ensemble est cohérent, en tous les cas depuis la primaire: forte décrue depuis les sommets atteints à cette occasion de monopole médiatique socialiste, reprise en janvier avec l’entrée en véritable campagne, retournement de tendance en février, mais sans excès.

En revanche, en niveau brut, les écarts sont plus importants, jusqu’à 4 points. C’est toutefois en réduction et cela n’est pas étonnant étant donné mes remarques préalables. Il reste de réels tropismes en faveur de Hollande chez LH2 et BVA, voire IPSOS. En revanche, Hollande est bas chez Harris, OpinionWay, voire IFOP.

La tendance est donc fiable, reste la question du niveau qu’atteindra Hollande: en haut de la fourchette s’il paraît en danger face à Sarkozy (le vieux réflexe du vote utile et le peur de 2002), en bas de la fourchette si les écarts avec Sarkozy se ré-accroissent au premier tour ou restent aussi forts au second tour (créant une certaine démobilisation à gauche). L’effet Le Pen jouera également: l’électorat populaire ira-t-il vers elle ou vers l’abstention ?

En tous les cas, et c’est encore (oui, je sais, cela commence à être lassant…) une bonne nouvelle pour lui: la campagne tourne autour de son score, à défaut d’être totalement maîtrisée par sa personnalité. C’était un peu la même chose en 2007 pour Sarkozy, où c’est d’abord le score de Sarkozy qui était scruté: sera-t-il au-dessus de 30%, quelle sera son avance, quelle sera sa dynamique de premier tour en vue du second ?

6. Le score hollandais dépendra en partie de l’effet Le Pen, car la candidature Le Pen reste encore la plus délicate à appréhender.

D’abord, les tendances ne sont pas entièrement ajustées d’un institut à l’autre. Mais, depuis le début de l’année, et encore davantage avec le recul du mois de février, un certain regroupement s’est opéré. S’il y a bien convergence des instituts sur l’évolution de Le Pen, ce sera essentiel pour l’utilisation des derniers indicateurs que je publierai car ils nous pointeront vers le bon niveau.

Ce sera une aide réelle, car les écarts dans les résultats bruts restent importants: on est aujourd’hui autour des 4-5 points d’écart.

Les biais des sondeurs restent en partie identiques et je vous renvoie à mon article du 11 février: l’IFOP et Harris placent Le Pen clairement au-dessus, alors que LH2 et BVA la placent en-dessous. N’oublions pas que le sondage quotidien IFOP, qui pèse lourdement sur le paysage général est réalisé par Internet, ce qui, habituellement, surévalue Le Pen.

Ma remarque précédente reste vraie, même si le paysage d’ensemble s’est amélioré: les vases communicants entre Hollande et tous les candidats d’une part, entre Le Pen et l’abstention d’autre part (le volume de l’abstention influe sur tous les candidats mais en proportion de leur niveau propre, donc beaucoup plus pour Hollande que pour les autres), restent les deux inconnues du premier tour. Le lien n’est donc qu’indirect entre Hollande et Le Pen

6. Au final, les tropismes des instituts apparaissent suffisamment variés et ne dégagent pas des sondeurs qui seraient réellement influencés par la recherche d’un objectif inavouable en faveur d’un candidat, car leurs biais s’annulent d’un candidat à l’autre ou ne sont pas logiques. Des biais incohérents dans un paysage de convergence des tendances et même des niveaux: ma foi, ce n’est pas si mal. Cela voudrait dire qu’un indicateur agrégé est une bonne idée et permet a priori d’avoir une idée réaliste de la « vraie » situation ;D. L’avenir nous le dira.

Je remarque enfin que CSA semble s’être rapproché de la moyenne (finalement, il suffisait peut-être que le fat Cayrol prenne sa retraite ;)), après des écarts à la hausse et à la baisse et qu’IPSOS n’en est pas trop éloigné non plus, l’IFOP consrvant l’avantage de la sensibilité et de la traçabilité grâce à son sondage quotidien. De là à dire que CSA a raison cette année, ce serait abusif. Mais ces 3 instituts sont probablement à surveiller de près, IPSOS semblant toutefois enregistrer les mouvements avec inertie. TNS-Sofres est malheureusement trop peu présent pour le rejeter définitivement. Une fois de plus, comme aucun institut ne se dégage vraiment des autres, faisons confiance à mon indicateur agrégé :).

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2 réactions sur “Les écarts, biais et tropismes des sondeurs: les tendances de fond s’harmonisent entre les instituts

  1. Bravo et merci pour ces analysles, très intéressantes en effet. Les courbes, bien qu’un peu chaotiques et si l’on excepte les instituts effectuant trop peu de sondages (pour lesquelles l' »overfitting » est patent) sont beaucoup plus expressives. J’attends avec impatience une telle analyse pour le second tour !

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