Indicateur du 5 mars 2012: maintenant que Sarkozy a perdu, Bayrou ou un autre candidat peut-il encore créer une surprise ?

1. Cette semaine, notre indicateur est globalement stable, avec des évolutions inférieures à 0,3 point pour quelque candidat que ce soit.

Cette stabilité traduit ce que j’écrivais la semaine dernière: la difficulté pour tout candidat du quintette de tête à faire évoluer sa position:
Mélenchon confronté aux « sécurités automatiques » du vote utile de gauche en faveur de François Hollande qui de toute façon, dès qu’il sent un frémissement supplémentaire à sa gauche, ajuste le tir et donne en pâture un petit os laïcard, libertaire ou de soi-disant justice fiscale à ronger;
–  Le Pen confrontée à sa propre incompétence et/ou aux limites de sa logique (« dédiaboliser » revient à se mettre sous le regard « classqiue » de l’analyse du réalisme des propositions; revenir au fonds de commerce du FN revient à s’auto-stériliser de nouveau derrière le « cordon sanitaire »);
–  Sarkozy confronté à l’effet répétitif de sa reprise de la campagne de 2007, qui ne fait finalement que réveiller aussi les souvenirs du début douloureux de son quinquennat et qui est en décalage avec l’aspiration bien perçue par Hollande à la « normalité » et à l’apaisement, qu’il soit réel ou apparent, qu’il soit paralysant ou non, pourvu qu’il soit a-sarkozyien;
Hollande transformé en variable d’ajustement, résultante attrape-tout des avancées ou des reculs des autres candidats, stade suprême du « par défaut », mais à un niveau suffisamment élevé pour n’être rattrapable par personne, même par un Sarkozy bénéficiant d’une Le Pen privée de candidature;
Bayrou ayant perdu du souffle et peinant lui aussi à s’écarter d’une redite de 2007.

Toutefois, ce que notre indicateur ne traduit pas (encore), c’est l’erreur de stratégie de Sarkozy: je le répète, malgré ce que peuvent dire nombre de commentateurs et de politologues, cette élection se gagnera « au centre » et non « au peuple ».
Or, Sarkozy a choisi l’affrontement et ne fait que creuser sa propre tombe. Hollande a beau jeu de ne pas même avoir besoin de changer fondamentalement de positionnement, au centre-gauche: Sarkozy lui-même se projette vers la droite et réouvre de l’espace au centre.

D’ailleurs, le second tour montre que Hollande ne dévie pas d’une victoire 57-43, certes surévaluée, mais tellement stable sur le moyen terme qu’elle ne manque pas d’impressionner (au sens neutre du terme…):

De fait, Hollande mène une campagne qui n’est bonne que par différence avec celles de Sarkozy, Le Pen et Bayrou, qui ont déjà atteint leurs maximums respectifs ou qui peinent à se renouveler. Hollande n’est que dans le tactique désormais, puisque son positionnement stratégique (le Président « normal ») est le bon et qu’il n’a aucun besoin d’y revenir. Il est désormais dans le « réglage fin » perpétuel, ne craignant pas la critique de « flip-flopping«  (retournements de veste), puisque Sarkozy lui-même a changé sur beaucoup de choses, et ne craignant pas non plus de faire du Sarkozy (les « annonces » qui n’en sont pas forcément dès que les courbes ou l’intérêt médiatique font mine de retomber), mais à dose suffisamment homéopathique pour ne pas en souffrir, au regard de l’overdose du côté de Sarkozy, dont la campagne vibrionnante n’accroche plus ou seulement auprès du scole électoral traditionnel effectivement remobilisé (ce qui explique que, là où un Chirac était calé sur 19%, Sarkozy est à 24-25%). Le simple fait de n’être pas Sarkozy est déjà le gage d’une certaine réussite en 2012… En outre, la campagne de Hollande maîtrise la parole à un point tel que ses « envolées » en meeting paraissent totalement décalées si l’on analyse le fond de chaque phrase prononcée en forçant la voix… Mais, peu importe, c’est tactiquement efficace. La centralisation extrême de la campagne hollandaise évite les dérapages des Hamon, Cambadélis, Hammadi, Lienemann ou Bartolone, alors que les attaques de la Droite populaire, de Guéant ou de Copé lui-même, dans le registre agressif, ne font que desservir Sarkozy).

2. Ce qui nous amène à la question d’une éventuelle réémergence de Bayrou. Je pense que cela peut être l’évolution principale des prochaines semaines, comme un effet retard du décalage sur la droite de Sarkozy (ou perçu comme tel, car il n’est pas que cela ou ne se voulait pas que cela initialement). De manière conjoncturelle, il va bénéficier des temps de parole alignés des candidats et reprendre un peu de terrain.

Certes, une remontée ne tiendrait pas beaucoup à une bonne campagne de Bayrou ou à sa mise en avant de propositions nouvelles. Ce serait davantage la résultante d’une réaction de l’électorat modéré à ce qui serait perçu comme un affrontement excessif, un clivage artificel et trop violent. Sarkozy, dans sa maladroite tentative d’exploitation de l’incident bayonnais, ne fait que présenter cette image de clivage, sans véritablement parvenir à entraîner Hollande avec lui dans cette tendance.

Tout ce que Sarkozy peut espérer, c’est un regain de Mélenchon, des trotskystes et de Joly, mais cela ne ferait que marginalement écorner Hollande et ne modifierait pas l’écart Hollande-Sarkozy si important aux yeux de l’Elysée. Car, dans le même temps, Sarkozy baissera et Bayrou peut, de manière totalement opportuniste, reprendre son discours de l’unité nationale et du ni droite, ni gauche.

Considérant en outre qu’une petite partie de l’électorat lepéniste peut être déroutée par les incertitudes sur sa candidature, par son patinage sur le fond et par une certaine radicalisation et se reporter, dans la logique anti-système, sur Bayrou, et les ingrédients sont là pour une remontée de Bayrou. S’il parvenait à rattraper Le Pen, une petite dynamique pourrait se créer et ébranler Sarkozy (peut-être aussi un peu Hollande, mais, une fois de plus, celui-ci est hors d’atteinte, tant il ne semble pas destiné à vraiment passer en-deçà des 28%).

3. D’autres peuvent créer une surprise, mais sans commune mesure:
– Cheminade ou Governatori simplement en parvenant à être candidats;
– Dupont-Aignan ou l’un des trotskystes en sachant profiter de la campagne officielle;
– Lepage en parvenant à réunir les 500 signatures puis en profitant des erreurs récurrentes de Joly.

Je ne suis pas convaincu, en revanche, que l’égalité des temps de parole avantage tant que cela Le Pen et Mélenchon. Certes, leurs capacités et leurs qualités tribuniciennes sont indéniables, mais les médias ont tendance à les enfermer dans ce rôle, à la recherche d’un peu de « différence » et de « spectacle » dans la campagne. Et j’ai déjà montré les limites de leurs positionnements respectifs. Mais ce n’est pas complètement exclu. Le seuil des 10% pour Mélenchon déclencherait toutefois une contre-attaque à gauche de Hollande, d’autant moins dommageable que Sarkozy serait occupé à chasser sur sa droite, d’autant plus si Le Pen parvient à regagner un peu de terrain, notamment en exploitant le soutien des dirigeants européens à Sarkozy, ce qui risque d’être plutôt un « boulet » en ces temps de scepticisme anti-européen et anti-libéral.

Les jeux semblent donc faits dans les grandes lignes, mais ne désespérons pas d’une éventuelle surprise. En attendant, je tiendrai dès demain ma promesse de la semaine dernière et vous soumettrai le premier gouvernement Hollande. Vous n’hésiterez pas à le transmettre à Stéphane Le Foll ou à Faouzi Lamdaoui, après tout, cela peut leur servivr 😉

Ah, il faut bien faire contre mauvaise fortune bon coeur… 😦

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8 réflexions sur “Indicateur du 5 mars 2012: maintenant que Sarkozy a perdu, Bayrou ou un autre candidat peut-il encore créer une surprise ?

  1. Sauf accident improbable qui ne peut en aucun cas constituer une hypothèse de travail (AVC de NS ou de FH, ou réédition pour l’un des deux d’un épisode comparable au 15 mai de DSK etc.) qu’est ce qui peut faire bouger la campagne à ce stade ? Rien d’autre que l’installation parmi ses électeurs de l’évidence NS ne peut plus remonter la pente. Comment vont-ils réagir, quelle issue inventer pour rattraper les choses ? Vous faites l’hypothèse d’une reprise de Bayrou, ce sera une tentation pour certains, il y aura un bourdonnement et des vibrations. Mais pour qu’il y ait mouvement de fond, il faudrait que soit levée l’hypothèque qui pèse sur sa capacité à gouverner dans la mesure où il n’a pas réussi à obtenir le moindre ralliement de poids et où il existe un nombre importants d’ex-barouïstes qui n’ont pas supporté sa suffisance et son incapacité de faire la synthèse (cette capacité qu’on reproche si fortement à FH, bien à tort selon moi car elle lui assure sur lelong terme la collaborations d’équipes nombreuses et dans l’ensemble riches en personnes douées… Son problème sera d’avoir un vrai premier ministre et de lui laisser un vraie marge de manoeuvre.
    Seul un « appel des 43 », version 2012, pourrait enclancher une logique favorable à FB, mais les ex-barouïstes sont devenus tellement amers que je les crois incapables d’un tel retour au bercail, or leur absence découragera d’autres ralliements. Le plus excitant pourrait être une descente en vrille de NS, ces électeur se détournant de lui en se dispersant. Mais le coeur de son électorat UMP peut encore parier sur la certitude que FH échouera et que 2017 arrivera vite.
    Question : cet échec est-il garanti ? J’en suis moins sûr que vous semblez l’être.Mais la réponse à la question arrivera bien après le 6 avril.
    Bon courage pour continuez vos commentaires, même si désormais la matière à excitation pré-électorale semble se raréfier.

    • En effet, pour Bayrou, rééditer l' »appel des 43″ paraît peu probable. Aucun des membres importants du NC, même ceux contestant Hervé Morin, ne s’est rallié au MoDem. Aucun non plus des centristes de l’UMP, malgré la campagne bonapartiste puis droitière de Sarkozy qui ne doit pas trop plaire aux Méhaignerie, Daubresse et autres Léonetti (c’est déjà dur pour Juppé, alors…).
      Reste Borloo, mais la rumeur de nomination à Veolia, peut-être lancée par des sarkozystes pour le « griller », l’a quelque peu démonétisé.
      Même s’il a lamentablement échoué à structurer l’ARES (mort-née ?), il garde un pouvoir médiatique certain. Son seul nom derrière Bayrou pourrait contribuer, avec des sondages en remontée et un Sarkozy empêtré à droite, à créer un faisceau favorable.
      Mais, je vous l’accorde, tout cela est bien ténu.

  2. Le problème de Sarkozy est qu’il n’est allié ni avec l’extreme droite ni avec le centre de Bayrou, le nouveau centre n’ayant pas réussi à évincer le palois du paysage politique français.
    Il ne pourra pas être élu sans récupérer une partie des voix de Bayrou et Lepen, mais quand il part à droite il perd le centre.
    Sa tentative de consolider sa droite prend plus de temps ou ne marche pas.
    Si LePEn n’avait pas ses signatures cela lui faciliterait la tache pour retourner vers le centre mais l’abstention d’une bonne partie du FN le desservirait aussi.
    Ca plus la mauvaise image qu’il traine, mélange d’erreurs de communications et d’acharnement de la presse et de l’opposition (cf. la couverture récente de Libé qui parle ENCORE du Fouquet’s et de Bolloré, comme ils l’ont ressassé pendant 5 ans).
    Dans les faits que lui reproche t on concrètement ? Le bouclier fiscal qui était dans son programme et que les français ont approuvé à 53% lors d’une élection à forte participation ?
    A coté de ça FH avec son accord EELV et sa taupe Melenchon tient son extreme gauche et peut tranquillement dérouler au centre.

    Attendons de voir qui seront les qualifiés pour avoir une vision plus claire des stratégies et l’effet de l’égalité médiatique.
    Je ne pense pas que LePen en profite, elle parle déjà beaucoup et ça ne la sert pas tant que ça.
    Melenchon est très fort et pas surexposé à la TV, il a encore une marge de progression.

    Mais tout cela ne résous pas le problème pour Sarkozy du second tour !

    Sarkozy regagnera du centre lors de la campagne de second tour, s’il y accède, n’ayant plus à se préoccuper de l’extreme droite mais quel retard aura t il avant la fin du 1er tour ?

    • Malheureusement (ben oui… ;)), je crains que Sarkozy ne soit contraint de « changer » encore une fois avant le premier tour et donc, l’opération recentrage entre le 22 avril et le 6 mai risque bien d’être catastrophique: les modérés n’y croiront vraiment plus et les « durs » se sentiront floués.

      A défaut d’avoir adopté un virage modéré fin 2010, avec Borloo à Matignon et Juppé comme quasi-vice-Premier ministre, il aurait vraiment dû sortir « par le haut » et creuser le seul sillon « présidentiel ». Cela lui avait plutôt réussi en juillet-août puis en novembre, au moment les plus durs de la crise européenne.
      Là, il est redescendu dans l’arène et ne fait que lui-même s’abaisser au niveau de Hollande qui, une fois de plus, quelle que soit son intelligence (réelle), n’a jamais été en position de responsabilité, à part 3 années de présidence de conseil général et … de longues années d’apparatchik.

      Aujourd’hui, seule une forte progression de Mélenchon, vraiment menaçante pour Hollande, pourrait servir Sarkozy. Mais je n’y crois franchement pas. Et, comme je l’ai écrit, Hollande a de la marge pour faire du « gauchiste » avant que Sarkozy ou même Bayrou ait le temps de regagner au centre. Et ce qui reste de cadres communistes a peut-être envie d’accéder au pouvoir, eux aussi… et/ou d’éviter que Mélenchon ne joue encore davantage au Chef Suprême de la gauche de la gauche. Le vote révolutionnaire, l’autre, ça existe… ! (Marchais pour VGE et Chirac pour Mitterrand)

  3. Il y a quelques semaines, on jugeait probable la victoire de Bayrou face à Hollande au second tour. Il fallait encore que les déçus de Sarkozy viennent chez Bayrou. Visiblement, ça ne s’est pas produit, sauf peut-être ces derniers jours.

    Bayrou peut-il encore rattraper une douzaine de points sur Sarkozy en un mois et demi ?
    Si oui, y a-t-il des données chiffrées sur le résultat d’un duel Hollande/Bayrou ?

    Sarkozy s’étant déjà éliminé tout seul, on devrait s’attendre à un ajustement de la campagne de Hollande dirigé contre Bayrou si celui-ci monte dans les sondages.

    Ce ne sera pas facile pour Bayrou tant il énerve les politiques et les électeurs.
    Chez les politiques, le Nouveau Centre a choisi Sarkozy à 84%. Au Sénat, il ne recueille que 20 sur 31 sénateurs centristes. Raffarin affiche clairement son soutien à Bayrou.
    Chez les électeurs, on commence à s’agacer de ses atermoiements et de ses louvoiements opportunistes.
    Hollande mettra alors en lumière son hyper-austérité très libérale puisque Bayrou a vigoureusement défendu les politiques espagnole (malgré ses 23% de chômeurs) et irlandaise (malgré son dumping social).

    • Les seuls sondages publiés, que je n’ai pas repris, sont des sondages de préférence entre personnalités, mais hors contexte de l’élection présidentielle. Bayrou l’emportait alors à 53%.
      Mais, attention, ce ne sont que des popularités comparées, en quelque sorte et de tels sondages sont à ranger avec toutes les enquêtes de « confiance », de « popularité », de « cote d’avenir », dont l’intérêt n’est pas nul, mais qui ne valent rien pour prévoir les résultats des élections.
      Sinon, ni Mitterrand ni Chirac n’auraient été réélus et nous aurions déjà vécu les présidences Veil, Kouchner, Borloo et Delanoë, sans compter la future présidence Yade… 😛

      Il y a peut-être eu de vrais sondages avec un 2e tour Bayrou-Hollande, encore qu’il faille avoir de l’argent à dépenser.
      Même sans les connaître, il est clair que Bayrou serait compétitif, car il rallierait ses propres électeurs, a minima 2/3 des électeurs de Sarkozy voire 3/4, au moins autant d’électeurs de Le Pen que Sarkozy lui-même, les électeurs Villepin et Lepage, quelques électeurs Hollande (mais oui: ces anciens soutiens de DSK puis de Borloo), enfin un bon paquet d’abstentionnistes.

      Bien entendu, encore faudrait-il qu’il ne devienne pas insupportable d’excès de confiance… Mais, en restant calme et en veillant à ne pas se laisser déborder par le côté « normal », faussement humble et réellement humoristique de Hollande, l’Elysée serait à portée.

  4. Bayrou entretient le fantasme d’un centre giscardien qui a déjà goûté à la victoire.
    Il a su résister à l’UMP qui a phagocyté le centre. Bon calcul puisqu’il a réussi à garder la fonction de chef de la défunte UDF.

    Ce fantasme du ni droite ni gauche séduit dans un premier temps mais la réalité nous ramène toujours à le requalifier à droite. Avec l’impression désagréable qu’il veut nous enfumer. Ceci dit, c’est sa seule façon d’exister : l’espace à droite est complètement pris et le libéralisme n’a pas la cote.

    C’est pourquoi je suis très intéressé par la crédibilité d’un gouvernement issu d’une victoire de F. Bayrou.
    Il n’aura qu’une minuscule représentation législative et devra composer avec un premier ministre de droite ou de gauche.
    Ses velléités de gouvernement d’union nationale feront la part belle à des représentants de la société civile choisis pour leurs convictions très libérales (ex. Peyrelevade).

    Un tel gouvernement sera soumis à des risques réels de motion de censure si la majorité est à gauche.

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