Dernier sondage OpinionWay et sondage quotidien IFOP: glissement général vers la gauche plutôt qu’un resserrement de l’écart Hollande-Sarkozy

 

OpinionWay-Fiducial
LesEchos, Radio Classique
5-7 mars 2012
échantillon: 1098 électeurs inscrits parmi un échantillon total de 1221

Hollande 29
Sarkozy 26
Le Pen 17
Bayrou 13
Mélenchon 8
Joly 3
Villepin 1,5
Arthaud 0,5
Poutou 0,5
Dupont-Aignan 1
Lepage 0,5

Hollande 56
Sarkozy 44

1. Dans ce sondage OpinionWay, comme dans le sondage quotidien IFOP, l’écart Hollande-Sarkozy semble de nouveau se resserrer.

– Un effet du Sarkozy plus franc, plus repentant et tentant d’éviter le référendum sur sa personne ? Cela arrive bien tard et ne s’est produit qu’au cours de la semaine et, s’il y a eu effet, il ne serait pas encore très net, si l’on en juge par le sondage quotidien IFOP.

– Un effet de l’incapacité internationale de Hollande ? Malheureusement, les Français sont peu sensibles à ces problématiques et la tentative de victimisation du pauvre petit François, soi-disant boycotté par les dirigeants « conservateurs » (ben, c’est-à-dire que… quand il leur dit qu’il va remettre sur le tapis un accord international qu’ils ont mis des mois à négocier, comment l’accueilleraient-ils à bras ouverts ???) pourrait même être retournée en sa faveur; même si les images de Varsovie donnaient plutôt l’impression d’une visite mitterrandienne derrière le rideau de fer…

– Un effet d’une nouvelle offensive médiatique du chef de l’Etat ? Les médias se font l’écho des meetings de Hollande tout autant que de ceux de Sarkozy, se complaisent à grossir l’importance d’une Yade, dénigrent à peu près tout ce que dit Sarkozy, quel que soit le sens dans lequel il le dit, sont majoritairement contre lui (même les plus modérés comme l’Express semblent prendre un chemin « quasi-Mariannesque »).

– Un effet d’une meilleure mobilisation à droite ? Borloo et Yade parasitent le soi-disant ralliement du parti radical, devenu non-événement (comme à chaque fois avec Borloo, d’ailleurs…). Juppé pense déjà à l’après. L’effacement probablement définitif de Villepin bénéficie probablement davantage à Bayrou et à l’abstention.

2. En réalité, l’explication tient davantage à un glissement général vers la gauche, avec des dynamiques individuelles plus ou moins fortes.

Sarkozy gagne manifestement sur Le Pen. C’est bien pour lui au premier tour, mais sur les deux tours, cela ne lui rapporte rien, car les reports de voix sont encore moins bons qu’avant: 16/35/49 (sur Hollande/Sarkozy/l’abstention respectivement) selon OpinionWay. Bref, ceux qui le ralliaient au second tour le rallient dès le premier tour. Il n’y a pas de gain structurel sur le vote protestataire « pur », celui qui va sur le FN s’il est présent et qui s’abstient si le FN n’est pas là. Mais, couplé avec un manifeste essoufflement de la candidature Le Pen (et de la candidate elle-même qui semble fatiguée; mais elle joue de malchance avec son « boulet » de père…), ce placement plus à droite de Sarkozy lui permet de gagner effectivement en dynamique, légèrement, au premier tour.

Bayrou ne bouge guère, mais cela cache un double mouvement: une poursuite, à faible dose désormais, de la fuite du centre-droit déçu de Sarkozy et, de l’autre côté, un léger déplacement de Bayrou vers Hollande (ou même l’abstention), probablement d’un électorat plus « jeune » et plus MoDem qu’UDF, à la faveur des discours « sociétaux » de Hollande (ou en raison d’une déception à l’égard d’un Bayrou qui apparaît lui aussi las et un peu vieilli). En effet, dans les reports de voix Bayrou au second tour, alors même que Bayrou stagne ou progresse légèrement, Sarkozy et Hollande (plus faiblement) baissent: 46/20/34.

Hollande s’effrite légèrement, les mouvements limités depuis Bayrou ne compensant pas une certaine déperdition sur sa gauche. Joly ne se relève décidément pas et perd de la même manière qu’Hollande: ses reports sur Hollande s’améliorent un peu (78/8/14), montrant que les plus gauchistes sont partis sur Mélenchon et laissent des électeurs un peu plus modérés, qui se rendent plus facilement sur Hollande.

C’est Mélenchon qui profite de ces déplacements depuis Hollande et Joly. Les médias commencent à s’enticher de l’intolérant qui s’attaque à tout, mais plus aux journalistes… C’est paradoxal, alors qu’il extrêmise son discours (sur les questions « sociétales » et sur la laïcité notamment) et qu’il commence de se contredire (sur la viande halal ou sur le Concordat en Alsace-Moselle). Mais les médias sont en mal de surprises… Et la confiance désormais très forte de la presse de gauche dans la victoire hollandaise l’autorise à se lâcher et à faire la campagne du héraut du gauchisme (c’est flagrant à Libération, mais aussi à Mediapart ou chez un certain nombre de pseudo-intellectuels: on vous le dit, la Méluche est à la mode: le populo qui se veut intello, le populo qui ne menace par le « gros lot » !). La confiance peut-être excessive de la gauche explique une certaine démobilisation au second tour des reports Mélenchon: 64/4/32. C’est aussi la mobilisation forte du gauchisme et de l’extrêmisme de gauche autour de Mélenchon: la baisse de Joly, mais aussi l’incapacité à émerger d’Arthaud et Poutou, alors même qu’ils commencent à être beaucoup plus présents dans les médias.

3. Mais, globalement, la situation ne profite pas fondamentalement à Sarkozy, comme le montre le sondage IFOP quotidien pour le second tour:

Certes, il y a effritement, mais Hollande ne passe toujours pas sous les 55%. Le plafond de verre est intact pour Sarkozy et il semble en verre blindé.

Sarkozy ne peut plus tellement changer de tactique désormais, car faire l’annonce chaque semaine d’un rebond, d’une nouvelle offensive, d’une surprise, cela ne peut plus fonctionner.

Il a en outre perdu deux occasions de rebondir: l’Italie de Monti plaît aux marchés; la Grèce a, de fait, failli, mais les clients des banques paieront sans l’avoir compris: c’est ce que l’on appelle un « sauvetage »… Et même en cas de nouvelle crise financière, on ne doute pas que les Français ne voudraient surtout pas comprendre que la rigueur, ils n’en ont vu qu’un centième et que le discours fillono-sarkozyen serait rejeté.
Et puis, pour pouvoir rejouer la victoire de John Major en 1992, à la faveur d’une crise monétaire bien négociée aux yeux de l’opinion publique, il aurait fallu que quelqu’un remplaçât Sarkozy, comme Major (grâce à Heseltine) avait tué Maggie en 1990, juste à temps pour battre, 18 mois plus tard, un Kinnock pas très habile au final et pâtissant de l’inexpérience: d’une certaine manière, face à Hollande, Fillon aurait eu une chance s’il avait été intronisé dès la fin 2010…

Quant à la Syrie, les Français s’en moquent (ben oui il faut faire face aux errements des forfaits Free, ça occupe, que voulez-vous… :P). Seule une guerre Israël-Iran pourrait avoir quelques répercussions: mais il est difficile de l’appeler de ses voeux au sein de la droite… Encore faudrait-il que Sarkozy s’y positionne correctement, ce qui est loin d’être assuré, car la presse globalement de gauche, un Mélenchon dans le meilleur du plus mauvais des pacifismes, un Bayrou spontanément autruche et un Villepin renaissant dans son chiraquisme décadent (anti-israélien et anti-américain) ne manqueraient pas de pilonner un Sarkozy spontanément pro-israélien et qui croirait « naïvement » que s’afficher alors avec Obama règlerait alors son problème d’image. On nous rejouerait 2003, mais Sarkozy ne serait pas du même côté que Schröder et ne réussirait probablement pas le même retour que lui…

4. Sur le plan strictement politique, la situation « en-dessous » de Sarkozy n’est pas vraiment en mesure de l’aider:
si Bayrou dépassait Le Pen, il pourrait enfin gagner son statut de « recours » pour l’électorat de droite (encore que Sarkozy semble avoir cimenté son fortin, sa redoute);
si Le Pen remontait, cela invaliderait tout son positionnement et il serait trop tard pour revenir plus au centre;
si Mélenchon dépassait Bayrou, cela ne gênerait pas Hollande, tout en affaiblissant Bayrou, qui deviendrait moins utile dans un éventuel ralliement d’entre-deux-tours.

Il faudrait à la fois que Mélenchon accélère et se rapproche des 15%, que Le Pen s’effondre en-dessous de 15% et que Bayrou reste relativement solide, bref que les 3 convergent vers les 14-15%, pour que Sarkozy puisse frôler Hollande et que d’autres dynamiques sinstallent pour le second tour.

Mais, pour le moment, comme le montrent les reports de voix au second tour, qui s’ajustent en fonction des évolutions du premier tour, en termes relatifs (des électeurs allant vers ou venant de Hollande ou Sarkozy dès le premier tour au lieu du second, mais sans nullement changer la répartition finale Hollande/Sarkozy), la structure électorale fondamentale est désespérément stable.

Vivement un ou deux petites surprises dans les signatures déposées et validées au Conseil constitutionnel… Le seul petit espoir de game-changer est là, même si je n’ai jamais réellement cru que Le Pen n’aurait pas ses signatures.

Précisons qu’Arthaud et Cheminade ont assuré avoir les leurs, que Lepage, Poutou et Villepin commencent à sinquiéter, que Dupont-Aignan n’est plus aussi sûr et que Lang, Miguet et Governatori semblent promis à l’anonymat persistant. Encore une semaine de patience pour voir les premières défections et une dizaine de jours pour d’éventuels écarts entre dépôts et validations.

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5 réflexions sur “Dernier sondage OpinionWay et sondage quotidien IFOP: glissement général vers la gauche plutôt qu’un resserrement de l’écart Hollande-Sarkozy

  1. A voir ce qui se passe après Villepinte.
    Ce soir Jean-François Copé a été excellent, notamment face à une Audrey Montebourg moins journaliste que jamais.
    Son temps de parole devrait être décompté de celui du PS…
    La pauvre Natasha Polony n’a pas pu en placer une 🙂
    Des rumeurs de désistement de Villepin et de ralliement à Sarkozy ont fuité sur Twitter : http://d.pr/oS4H
    Je ne sais pas si ça l’aidera beaucoup mais bon tout est bon à prendre en ces temps difficiles 🙂

    • C’était mal exprimé: je veux dire qu’il est très habile pour dire/faire croire à des gens qu’il n’aime pas sincèrement qu’ils sont aussi cultivés que lui…
      Il a un certain talent pédagogique pour faire passer de simples affirmations idéologiques et souvent à l’emporte-pièce pour des constructions intellectuelles subtiles ou pour des vérités « éternelles » (parce qu’il les relie toujours à l’histoire du mouvement ouvrier).
      C’est l’art de l’entourloupe, mâtiné d’une verve de vieux communiste et d’une gouaille à la Zola. Il faut dire qu’il a été obligé de hausser son niveau de jeu car, avec la primaire, le bourgeois provincial à veston cotelé Montebourg était près de lui piquer son fond de commerce, avec la flamboyance du frais converti au révolutionnarisme modernisé.
      Mais Mélenchon a un avantage sur Montebourg: il fait plus vrai (même s’il ne l’est guère davantage: c’est un pur apparatchik, comme les Gaston Plissonnier, André Lajoinie, Georges Marchais ou Alain Bocquet et en cela, il est plus « vieux communiste » que les communistes pâles du PCF actuel).
      Et Montebourg aurait du mal à vivre loin du « monde »…

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