Derniers sondages TNS-SOFRES et CSA: stabilité des rapports de force, polarisation et glissement vers la gauche, les tendances repérées sont confirmées

 

TNS-SOFRES – SOPRA Group
i-Télé
12 mars 2012
échantillon: 1000

Hollande 30
Sarkozy 26
Le Pen 16
Bayrou 11,5
Mélenchon 10
Joly 3
Villepin 1,5
Dupont-Aignan 1
Lepage 0
Arthaud 0,5
Poutou 0,5
Cheminade 0

Hollande 58
Sarkozy 42

________________________

CSA
BFM-TV, RMC, 20 Minutes
12-13 mars 2012
échantillon: 861 inscrits sur un échantillon total de 1007

Hollande 28
Sarkozy 28
Le Pen 16
Bayrou 13
Mélenchon 11
Joly 1
Villepin 1
Dupont-Aignan 1
Lepage 0,5
Arthaud 0,5
Poutou 0
Cheminade 0

Hollande 54
Sarkozy 46

1. Les tendances décelées ces derniers jours et répétées dans les articles récents ne sont pas fondamentalement modifiées par la succession de sondages IFOP, CSA et TNS-Sofres depuis lundi, succession qui n’est pas aussi contradictoire que l’on veut bien l’écrire, sauf pour ceux qui s’attachent aux symboles, « à l’américaine » (Mélenchon au-dessus des 10, Sarkozy devant Hollande même si ce n’est que d’1,5 point, etc.).

En premier lieu, un glissement général vers la gauche s’effectue, au sens où de petits paquets d’électeurs migrent vers le candidat placé juste à gauche de celui uq’ils soutenaient quelques jours auparavant: de Le Pen vers Sarkozy, nettement; de Sarkozy vers Bayrou, un peu; de Bayrou vers Hollande de manière marginale mais suffisante pour aboutir à un solde nul pour Bayrou; de Hollande et Joly vers Mélenchon. En fin de compte, les soldes finaux ne paraissent pas importants, mais il y a clairement des réalignements non négligeables entre candidats.

Les reports de voix pour le 2nd tour indiqués par TNS-Sofres (vers Hollande/Sarkozy/l’abstention respectivement) le confirment et sont cohérents avec ceux relevés dans les autres sondages récents:
l’électorat Mélenchon se reporte vers Hollande de manière encore plus massive (90/1/9), ce qui confirme que son embellie de premier tour est bien due à des électeurs venant de Joly et Hollande et disposés à repartir chez Hollande au 2nd tour sans aucune hésitation,
l’électorat Bayrou se reporte de manière moins importante sur Hollande et davantage vers Sarkozy et l’abstention (36/32/32), ce qui montre bien ce mouvement de glissement de chaque électorat vers le candidat situé plus à gauche que le candidat qu’ils soutenaient précédemment: Bayrou se retrouve ainsi davantage positionné au centre-droit, certains électeurs ayant délaissé le Sarkozy davantage coloré « France du non » mais étant prêts à revenir sur lui au second tour ou se réfugiant alors dans l’abstention, sans sauter le pas vers une candidature Hollande plus éloignée que ne le laisse paraître son image de « modération » et de « bonhomie »,
l’électorat Le Pen se reporte davantage vers l’abstention ou soutient Hollande de manière non marginale (26/34/40), ce qui montre bien que Sarkozy a absorbé dès le premier tour ce qu’il pouvait absorber d’électeurs de droite « égarés » sur le vote FN et que Le Pen se retrouve avec les « ultras », les contestataires purs, qui votent pour le FN ou sinon s’abstiennent, ainsi qu’avec une frange d’électorat populaire un peu perdu, mais qui votera Hollande parce que Sarkozy serait le « Président des riches ». Les électeurs prêts à voter Sarkozy au 2nd tour l’ont en partie rejoints dès le 1er tour, ni plus, ni moins.

2. Ensuite, aucun petit candidat ne parvient à émerger et les candidats de deuxième rang (second-tier candidates à la Ron Paul ;)) ne percent pas (Bayrou) ou finalement peu (Mélenchon), voire s’effritent nettement (Le Pen).

Bien entendu, les petits candidats vont avoir une exposition médiatique plus importante mais, en 2007, cela n’avait pas changé les choses. Si Besancenot avait bien progressé, c’était davantage parce qu’il avait « asséché » les électorats Laguiller, Bové voire Voynet.
En 2012, Dupont-Aignan peut certes progresser, mais il commet des « bourdes » assez régulièrement et ne passe pas très bien à la télévision;
Villepin ne devrait pas être candidat et a déjà bénéficié d’un accès très important aux médias (Canal +, chaîne officielle du villepinisme…) au regard de son poids réel, sans empêcher sa décrue constante dans les sondages;
Lepage bénéficie déjà d’une sur-exposition médiatique par rapport à sa force réelle, mais sans effet dans les sondages; au surplus, je pense qu’elle ne pourra réunir 500 signatures valides;
Joly pourrait bien encore s’enfoncer davantage, par sa capacité intacte à déraper ou à rebuter par son inflexibilité apparente;
Arthaud et Poutou ne parviendront pas à faire de l’ombre à Mélenchon;
Cheminade est implicitement boycotté par les médias et fera l’objet d’un ou deux articles qui ressortiront tout son passé et ses déclarations fort troubles, ce qui devrait interrompre toute velléité de progrès; il en serait de même pour un Miguet ou un Governatori.

Les deux candidats principaux ont, par ailleurs, « décroché » les 3 poursuivants du quintette, ce qui n’était pas encore acquis début février. C’est d’ailleurs le seul résultat un peu substantiel pour le candidat Sarkozy: avoir assuré au Président Sarkozy qu’il serait bien au second tour.

Bayrou semble bien en mesure de récupérer encore un peu au centre-droit, surtout avec le probable retrait de Villepin et avec les thématiques adoptées par Sarkozy. Mais il n’est en revanche pas capable de retenir ce qu’il avait su gagner au centre-gauche ou dans l’électorat plus jeune. Il ne connaît donc pas de reprise, contrairement à ce qui pouvvait être anticipé. L’absence de Corinne Lepage ne lui serait que d’un mince secours.

La très lente percée de Mélenchon, même s’il atteint 11 chez CSA et 10,5 dans le sondage quotidien IFOP (mais les électeurs de gauche y décèleront peut-être une autre manoeuvre de l’IFOP: après totu, un Mélenchon plus haut ne peut qu’arranger Sarkozy ;)), a certes conduit, comme prévu, à un peu de bruissement médiatique, mais il ne parvient pas à se hisser au 4e ou au 3e rang. En outre, comme prévu également, Hollande vient de parler de « vote utile » et de rappeler le 21 avril 2002… comme si c’était crédible… mais cela montre à quel point l’extrême prudence de la campagne hollandaise ne veut rien laisser au hasard et est consciente que les scores très élevés de son candidat sont bâtis sur du sable. C’est le tigre de papier à la prudence de Sioux.

3. Enfin, les rapports de force globaux ne connaissent pas d’évolution substantielle. La gauche est aux environs de 40%, la droite de 30%, le centre de 13% et l’extrême-droite de 17%. Et au second tour, si le sondage IFOP quotidien donne désormais un 54/46 rarement vu depuis l’été 2011, les sondeurs sont globalement plus proches des 56/44 (attendons lundi prochain la nouvelle livraison de mon indicateur agrégé :)), ce qui signifierait une déperdition d’environ un point pour Hollande, assez logique alors qu’il ne dit pas grand-chose sur le fond et que Sarkozy occupe l’espace.

Une phase un peu plus « lénifiante » de la campagne lui conviendra de nouveau davantage.

Si l’on considère que l’électorat le moins certain de son vote est celui de Bayrou, l’ouverture sera peut-être un peu plus grande pour Sarkozy. Encore les reports ne sont-ils toujours pas équilibrés entre lui et Hollande sur cet électorat et étaient-ils franchement mauvais il y a encore une dizaine de jours. Surtout, en à peine 40 jours, comment parvenir à mordre sur cet électorat dès le premier tour, alors que Sarkozy fait du Pasqua-Séguin des années 1990 ?

En 1995, Chirac n’avait « que » Balladur à battre, pas Jospin. Aujourd’hui, Sarkozy doit battre tout le monde: c’est un petit peu plus dur… Le « tout sauf Sarkozy » reste le grand favori de cette élection. Le Sarkozy de 2007 aura réussi le tour de force du Chirac de 1995, alors que le Sarkozy de 2012 est contraint de rejouer le scénario perdant du Chirac de 1988… (de là à penser que le Sarkozy de 2017 cherchera le KO effectué involontairement par le Chirac de 2002 !)

Heureusement que les primaires républicaines aux Etats-Unis (je recommande chaudement ! ;)) nous garantissent un réel suspense électoral en cette année 2012, pourtant si prometteuse et maintenant si décevante en rebondissements et en retournements. Peut-être même que l’éelction de novembre sera plus serrée que prévu, même si un Romney fortement affaibli risque bien de ne plus faire le poids, y compris dans le MidWest, certains contreforts de l’Ouest et le nord du Sud. Mais c’est une autre histoire… 😉

PS: J’ajoute pour finir que CSA confirme cette année sa position de sondeur le plus proche de la moyenne. Intéressant pour la suite et étonnant pour ceux qui ont le souvenir de 2007 ! (IPSOS était le meilleur, suivi d’IFOP, et CSA un des moins bons avec LH2)
Voir aussi un de mes commentaires sur cet article.

PS2: Je recommande la lecture de cet article du Figaro, qui ne contient rien de nouveau, mais dresse une liste exhaustive des « problèmes » que peuvent poser les sondages: http://elections.lefigaro.fr/presidentielle-2012/2012/03/14/01039-20120314ARTFIG00662-les-sondages-politiques-incontournables-mais-limites.php
On peut y ajouter les biais « politiques » des instituts et les éventuelles erreurs et « facilités » de ceux qui interrogent concrètement, même si les instituts recourent de plus en plus à Internet, ainsi que le problème des personnes n’ayant plus de ligne téléphonique fixe.
On peut surtout rappeler la volatilité et le comportement de consommateur indécis de beaucoup d’électeurs, qui se décident dans les tout derniers jours.
Mais l’article est bien fait et vite lu!

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6 réactions sur “Derniers sondages TNS-SOFRES et CSA: stabilité des rapports de force, polarisation et glissement vers la gauche, les tendances repérées sont confirmées

  1. ça y est, c’est officiel, les sondages sont de nouveau dans le flou complet. A moins que TNS ne soit l' »outlier », ce qui serait encore pire.

  2. TNS-Sofres est probablement un peu en retard et a un léger tropisme à gauche, comme je l’ai déjà noté. Je pense que CSA est probablement le plus proche de la réalité du moment.

    Mais rien de majeur: Sarkozy gagne 3 points sur Le Pen et en perd 1 vers Bayrou. Celui-ci en gagne aussi 0,5 sur Villepin et en perd 1 vers Hollande. Ce dernier en perd 2 vers Mélenchon, qui en gagne aussi 0,5 sur Joly.
    Et voilà !
    Ce n’est pas ce que j’appelle un tremblement de terre…
    Je re-publierai peut-être la courbe de l’IFOP quotidien mais c’est particulièrement clair: Sarkozy a de nouveau gagné sur L Pen depuis une semaine, mais il commence à perdre vers Bayrou. Et, bien sûr, Mélenchon prend sur Hollande.

    Il faudrait aussi que je re-publie les graphiques de reports de voix, qui sont aussi parlants: Bayrou se reporte moins sur Hollande tout en restant stable: c’est clair, non ?
    Et Le Pen se reporte moins sur Sarkozy tout en baissant: limpide, non ?
    Et Mélenchon se reporte mieux sur Hollande tout en progressant: bon, rien à ajouter !

    CQFD.
    DLPGDT (dans la plus grande des tristesses ;))

  3. Tu oublies le second tour… Le consensus sondagier était à 56-57 la semaine dernière. Aujourd’hui, il semblerait plutôt autour de 54-55 (il faudrait plus de sondages pour le savoir). Ta tectonique politique peut expliquer le resserement au premier tour, mais celui du second est bien réel… DLPGDT

  4. Nous sommes à moins de 2 mois du second tour désormais: il est logique qu’il y ait un resserrement.
    En outre, il n’est pas impossible que Hollande pâtisse d’une certaine démobilisation: non pas un mouvement vers Sarkozy, mais une remontée de l’abstention de second tour, parce que Hollande peut paraître trop appliqué et scolaire, pas vraiment homme du peuple (la verve de Mélenchon le dessert peut-être par différence) et peut-être aussi (enfin !) indécis, à force d’esquisser seulement ou de nuancer dès le lendemain de toute petite proposition nouvelle.
    La saturation sarkozyenne de l’agenda médiatique fonctionne toujours: il sait bien que, au bout de 24 heures, un sujet a déjà quitté la scène. Hollande n’a pas assez de munitions en stock. Un peu comme face à Aubry pendant la primaire: il avait fini « à l’arrache », en se répétant beaucoup et en pouvant dire merci à Montebourg…
    Cette fois-ci, il pourra peut-être dire merci à Mélenchon 😛

    Mais puisses-tu avoir raison 😀

  5. Tu admets donc toi aussi qu’il y a un grignotage de Sarkozy et/ou un effritement de Hollande. Je sais bien que remonter la pente en 52 jours est quasiment impossible, mais c’est quand même une grande déception. C’est triste quand les sondages font miroiter des scores à la Pompidou-69 et qu’on risque de se retrouver quelque part entre Sarko-07 et Mitterrand-88…

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