Derniers sondages IPSOS et Harris et sondage quotidien IFOP: stabilisation du paysage, défavorable au Président sortant

 

IPSOS-Logica Business Consulting
Radio France, France Télévisions, Le Monde
16-17 mars 2012
échantillon: 950 

Hollande 28,5
Sarkozy 27,5
Le Pen 15
Bayrou 13
Mélenchon 11,5
Joly 2
Arthaud 0,5
Poutou 0,5
Dupont-Aignan 1,5
Cheminade 0

Hollande 56
Sarkozy 44

___________________________

Harris Interactive
VSD
15-19 mars 2012
échantillon: 1097

Hollande 28
Sarkozy 27
Le Pen 16
Bayrou 12
Mélenchon 11
Joly 3
Dupont-Aignan 1
Arthaud 0,5
Poutou 1
Cheminade 0

Hollande 56
Sarkozy 44
1. Il faut vraiment que je prenne le temps de publier un article actualisé sur les résultats par sondeur, mais la convergence est vraiment extrêmement forte entre la quasi-totalité des instituts ayant sondé depuis 10 jours (je mets à part LH2, le plus « mauvais » des instituts).

Que les médias arrêtent de se répandre en vains commentaires sur l’incohérence des sondages… Si beaucoup de Français embrayent sur cette critique injustifiée, c’est bien parce qu’ils se contentent de lire les gros titres. Or, que font les médias quand ils qualifient un sondage ?

Ils ne précisent jamais (dans les titres, les chapeaux ou les résumés) s’ils comparent par rapport au sondage précédent publié par eux, au sondage précédent du même sondeur ou au plus récent sondage publié par tout sondeur dans tout média… Evidemment, par rapport au mois d’avril 2011, DSK a enregistré une forte baisse 😛 !!!

Oui, les sondages sont fiables et cohérents à un instant « t ». Ce sont les commentaires qui ne le sont pas.
Et puis, en fonction de ses dates de parution, tel ou tel média peut publier un sondage déjà un peu daté… d’une certaine manière, un sondage est déjà faux quand il est publié… mais ce n’est pas la faute du sondeur !

Bref, la lassitude est extrême devant ces critiques récurrentes. Mais, comme d’habitude, elles montrent que le monde médiatique critique les outils, alors que c’est bien la capacité intellectuelle d’exploitation et d’utilisation des outils, d’interprétation des résultats, qui est en cause. Mais bon, c’est toujours difficile de reconnaître qu’on est soi-même pas très bon… Soupir….

2. Sur le fond, je suis content de voir que, après m’être trompé sur la capacité de rebond de Bayrou (mais avoir bien anticipé sa montée de décembre ;)), des « stabilisateurs automatiques » à gauche sont à l’oeuvre, qui permettent à Hollande de ne pas descendre trop bas et qui freinent Mélenchon, ainsi que je le pensais. Certes, ces sondages n’intègrent qu’en partie la Bastille, mais les tueries de Montauban et Toulouse auront vite effacé le sujet « Mélenchon » dans les médias. Il est donc peu probable qu’il poursuive sur cette lancée et Bayrou devrait préserver sa quatrième place.

Une légère remontée de Le Pen à l’occasion du « bruit » médiatique actuel n’est pas à exclure, mais elle pourrait bien être quasi-insensible.

Sarkozy s’est hissé au niveau de Hollande. Première étape franchie. Mais la deuxième (le seuil psychologique des 30) semble encore loin (même si je parie sur une légère sous-évaluation de Sarkozy par rapport à ce que sera son score de premier tour au final). Surtout, faire mieux qu’en 2007 et atteindre les 32 paraît hors d’atteinte. Peut-être que le côté « capitaine dans la tempête » fonctionnera légèrement cette semaine. Mais tout cela est éphémère… Et plus la campagne s’accélère et est volatile, plus on entend de commentaire nous disant, « tout va changer », « la campagne n’est plus la même »… Justement, non, les intentions de vote sont extrêmement stables !

Enfin, notons que Joly semble définitivement condamnée et que Dupont-Aignan ne perce toujours pas.

Le sondage quotidien IFOP confirme tous ces éléments:

Il nous indique aussi clairement que Hollande, tout en réussissant à contenir Mélenchon, bénéficie d’un petit flux positif depuis Bayrou: Sarkozy n’a donc pas réussi à préserver son aile gauche, sans pourautant gagner autant qu’il le faudrait sur son aile droite. Cela fait un million de fosi que le dis, mais, que voulez-vous, c’est toujours vérifié…

Tactiquement, le positionnement hollandais tient toujours, même si on a l’impression d’un jongleur aux assiettes tournantes, un peu comme lros de la primaire, ainsi que je l’ai déjà écrit… Mais, pour lui, so far, so good… Il doit vraiment avoir hâte que cela se finisse… Etre le favori par défaut, instable et potentiellement grignoté des deux côtés, ce n’est pas idéal, mais c’est bien suffisant, surtout dans la configuration de 2012 !

Au second tour, même si ce n’est plus du 57-43, c’est redevenu davantage du 55-45 que du 54-46: structurellement, le candidat Sarkozy a donc raté son pari à ce jour et je doute qu’il lui reste suffisamment de temps pour inverser la tendance. Tout cela est parfaitement logique et déprimant du point de vue du suspense électoral. Nous aurons vraiment vécu une élection dénuée de toute réelle trépidation… 😦

Pour IFOP aussi, la « compétitivité » ne s’améliore déjà plus pour Sarkozy au second tour:

3. Sommes-nous complètement « scotchés » ou peut-il encore y avoir des évolutions en un mois ?

Je pencherais pour la poursuite de la stabilité, avec quelques nuances:
Mélenchon parviendra peut-être à tangenter Bayrou, davantage par tassement de ce dernier, qui semble vraiment d’un autre temps et dans la répétition un peu stérile; à peine avait-il changé son slogan en « La France solidaire » (pour récupérer 0,39% d’anciens électeurs villepinistes ?), qu’il ressort l’ancien « un pays uni, rien de lui résiste » à l’occasion des tueries… ce qui n’est pas la marque d’une grande cohérence et d’une parfaite organisation de campagne… (en dehors du fait qu’il est mal placé pour donner de grandes leçons de morale sur la non-exploitation des événements dramatiques du moment…);

Sarkozy devrait repartir légèrement à la hausse après un petit pic lepéniste et bénéficier à la toute fin d’électeurs qui sont toujours dans des intentions de vote protestataires mais qui, au final, voteront « utile » ou « efficace », pour un Président qu’ils considèreront comme imparfait mais « éprouvé » (ce ne sera pas un raz-de-marée, mais cela assurera juste de quoi approcher les 30);

Hollande va préserver son capital mais subira probablement une légère décrue le jour du premier tour, par démobilisation populaire et dispersion devant une victoire annoncée;

– Dupont-Aignan et/ou un trotskyste parviendra peut-être à arracher un 2%, mais sans plus.

Décidément, mon indicateur ne pourra déployer toutes ses vertus qu’en 2017… 😦

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8 réactions sur “Derniers sondages IPSOS et Harris et sondage quotidien IFOP: stabilisation du paysage, défavorable au Président sortant

  1. « Certes, ces sondages n’intègrent qu’en partie la Bastille, mais les tueries de Montauban et Toulouse auront vite effacé le sujet “Mélenchon” dans les médias. Il est donc peu probable qu’il poursuive sur cette lancée et Bayrou devrait préserver sa quatrième place. »
    ahahaha. L’art de se voir démenti par là où on pêche, les sondages. Aujourd’hui CSA met Mélenchon à 13%, soit à égalité avec Bayrou et 1/2 point seulement derrière Le Pen. Ne jamais prendre ses désirs pour des réalités…

    • « Pèche », s’il vous plaît, pas « pêche ».
      Et je n’ai pas de désir particulier, si ce n’est un peu plus de « suspense » (et justement Mélenchon peut y contribuer…).

      Je reviendrai sur ce sondage ce soir, pour persister dans mon opinion.
      Mais CSA détecte effectivement un regroupement des 3 poursuivants. J’avais envisagé cette hypothèqe il y a quelques temps pour l’écarter.
      L’IFOP quotidien ne détecte toutefois pas une telle évolution. Et CSA constitue la grande inconnue de cette année: des sondages totalement « à l’écart » alternent avec des enquêtes parfaitement dans la moyenne. Je crains que CSA ne fasse en réalité que grossir chaque micro-évolution.
      En 2007, cela donnait des sondages « à la Harris ». En 2012, cela donne des choses curieuses et apparemment contradictoires dans le temps.

      Restons prudents. N’inférez pas toute une analyse ou un démenti d’analyse sur un seul sondage. C’est bien le principe, ici, d’éemttre des hypothèses mais de ne les considérer comme vérifiées que lorsqu’il y a un faisceau minimal.

      • Non non, pêcher, en référence à la pêche aux voies et à la phrase de Montaigne « Celui qui cherche la vraie science doit la pêcher là où elle se trouve. »
        Celui qui n’est pas prudent en l’occurrence, ce n’est pas moi. La science est justement le fait d’être démenti par un fait. Il s’agit ici d’un fait. Pas suffisant pour prouver que l’affirmation est fausse, mais assez pour y apporter un démenti tout au moins provisoire. Donc j’ai été prudent et montrer l’imp(r)udence du propos tenu dans le précédent post.

    • Je n’ai, ici, nullement caché les orientations supposées de certains instituts.
      Attention toutefois à ne pas perpétuellement crier avec la meute.

      Le risque de biais, pour les sondeurs, est davantage d’origine commerciale que politique: sous la pression de leurs médias commanditaires (par exemple, Le Parisien avec Harris), ils veulent être les premiers à repérer une nouvelle évolution ou, surtout, un changement symbolique et médiatiquement parlant, même s’il ne représente pas grand chose électoralement: franchir un seuil arrondi en dizaine(s), passer devant ou derrière un autre candidat, etc.

      Car, sur le fond, manipuler un sondage « seulement » pour des raisons politiques, mais s’éloigner par trop de la réalité, c’est prendre le risque de se tromper in fine et d’apparaître comme un mauvais sondeur.
      N’oublions jamais que les instituts de sondage font bien autre chose que des enquêtes sur les intentions de vote. Celles-ci sont davantage une « vitrine », un argument commercial pour le reste. Bref, ils n’ont pas intérêt à mettre du bazar derrière leur vitrine.

      Quant aux enquêtes par Internet plutôt que par téléphone (on ne parle quasiment plus d’entretiens directs en face à face, qui sont lourds et coûteux), elles répondent à un souci pragmatique: de moins en moins de personnes ont une ligne directe, les lignes mobiles sont très changeantes et pas toutes recensées de manière stable et les habitudes de vie rendent les interrogés potentiels plus difficiles à joindre.
      Il y a des différences entre les deux modes d’interrogation, mais nul « complot sarkozyste » derrière le fait de choisir Internet plutôt que le téléphone. A priori, sur Internet, les personnes qui s’auto-administrent le questionnaire sont plus « motivées » pour répondre et répondent plus franchement: d’où des extrêmes plus forts, notamment le FN (moins « honteux » derrière l’écran que de vive voix), ainsi que des Verts plus forts aussi; Internet n’est donc pas spécialement favorable aux candidats de la droite et de la gauche classiques… Mélanger Internet et le téléphone comme IFOP le fait sur ses « gros » sondages, c’est, contrairement à ce qui est dit dans le lien que vous proposez, un gage de meilleur équilibre. Et puis, le sondage CSA rendu public aujourd’hui, avec Sarkozy devant et à 30% a été réalisé par téléphone…

      Le risque d’Internet, c’est de surévaluer la participation au scrutin. Mais, globalement, autant les sondages n’étaient pas bons il y a encore 5 ans en raison de la « jeunesse » de la communauté numérique, autant l’expérience américaine et le recul nous montrent (cf. les primaires républicaines actuelles, même comparées à celles de 2008 et aux résultats désastreux, alors, de Zogby et d’ARG) que le sondage par Internet a rejoint en qualité celui par téléphone.

      Pour la primaire du PS, OpinionWay, dénoncé comme le grand Satan dans votre lien, n’a pas totalement démérité (en tout cas au second tour), ni Harris (très bon au premier tour, alors que la primaire était beaucoup plus difficile à sonder)… Les « vieux » sondeurs comme TNS-Sofres sont plutôt décevants à ce jour, franchement…

      Enfin, arrêtons de voir des conspirations partout… Du commerce et du marketing, pourquoi pas; des complots politiques, non: la vie est plus prosaïque que cela (et, d’une certaine manière, plus décevante… :P). Surtout, les médias n’ont pas besoin des sondages pour déformer la réalité: que les Français se cultivent, aillent voir et écouter les médias britanniques, qu’ils s’ouvrent au monde et ils sauront prendre tout cela avec davantage de distance.

  2. Il est frappant de remarquer à quel point les courbes de Hollande/Bayrou et Sarkozy/Le Pen sont symétriques sur l’IFOP quotidien. Est-ce un effet du redressement IFOP (forcément subjectif) ?
    On serait tenté de répondre non à la vue de l’indicateur agrégé (le dernier que je vois date du 12 mars) où les 2 couples de courbes sont aussi parfaitement symétriques.

    En ce qui concerne votre article, que les médias (et les plébéiens) soulignent l’incohérence des sondages ne me surprend pas :
    • Les médias ne veulent trop techniciser leurs articles.
    • Ils ont chacun leur institut et peuvent difficilement faire la promotion d’un autre.
    • Nous avons la chance d’avoir trouvé un blog qui agrège tous les sondages ! Tout le monde n’a pas eu cette chance.
    Et les gens aiment se sentir malins en véhiculant le message qu’on est tous manipulés ! (Démonstration à l’appui !).

  3. Un petit commentaire pour vous féliciter de la qualité de votre blog et de vos analyses.

    C’est intéressant à lire, instructif et ça ne tombe pas dans les lieux communs populistes habituels.

    Une petite question-analyse si je peux me permettre :

    De ce que je peux en voir, Hollande semble être dans une stratégie attentiste, qui me semble parfaitement appropriée dans la mesure où il a vraiment une avance très large au second tour. Et il faut remonter à loin pour observer une élection où le PS bénéficiait d’un tel matelas de sécurité (1988 ?). Hollande joue donc le second tour. Finalement, mis à part la proposition des 75%, sa campagne cherche plus à jouer sur le rassemblement et l’anti-sarkozysme, donc second tour, que sur la chasse à un socle dur de gauche dès le premier.

    De façon intéressante, Sarkozy joue exactement le contraire. Il fait campagne bien à droite pour passer au premier plan dès le premier tour, quitte prendre le risque de moins rassembler au second. Il avait déjà cette stratégie en 2007, mais il bénéficiait à l’époque d’un engouement dans les sondages de second tour qu’on ne retrouve pas du tout aujourd’hui. Les stratèges de l’Elysée considère que « le second tour est une autre élection » et qu’il faut « créer une dynamique dès le premier tour ». ça me semble extrêmement risqué de sa part (car risque de s’aliéner les centristes modérés). Qu’en pensez vous ?

    Ceci étant dit, je trouve sa façon de gérer la crise toulousaine plus dans une optique second tour-rassemblement (appel à éviter les amalgames, union nationale, etc).

    • En effet, ainsi que je l’avais déjà dit, Hollande ’12 copie le Mitterrand ’88. Ce n’est pas forcément ultra-brillant, mais c’est suffisamment efficace à ce jour. D’une certaine manière, ce n’est pas à lui de « provoquer », pas à lui de prendre des risques et ce n’est de toute façon pas dans sa nature.

      Quant à Sarkozy ’12, il essaie en effet de rejouer Sarkozy ’07, mais vous avez raison, il n’a plus du tout la même base de départ. Au contraire, il semble incapable de réduire l’écart, même à 52-48. De toute façon, dès l’instant où Sarkozy ne s’est pas recentré dès 2010 ou n’a pas accepté un candidat fort de centre-droit, avec lequel il aurait ensuite pu « dealer » (quitte, d’ailleurs à être derrière lui ou elle…), il n’a pas d’autre moyen que de prendre au seul endroit où il y a une réserve: chez Le Pen. Les centristes sont trop réticents vis-à-vis de lui, il n’aurait probablement pas pu les récupérer suffisamment; surtout en jouant Bayrou plutôt que Borloo…

      Mais le second tour n’est nullement une autre élection: on ne peut totalement changer de pied entre les deux tours; très basiquement, il n’y a que deux semaines; en plus, Hollande est un meilleur candidat de second tour que de premier (contrairement à Royal); et aucune élection n’a vu un renversement entre les deux tours (même en 74, l’événement de la campagne était un événement de premier tour: la trahison de Chirac avait assuré la victoire de Giscard, même si celle-ci fut courte).

      Bref, la stratégie élyséenne est mauvaise, mais c’est la moins mauvaise dans la mesure où, fin 2010 (voire fin 2008 en prétextant de la crise), il n’a pas formé un gouvernement modéré, Borloo-Juppé-NKM-Barnier-J.C.Lagarde-Lepeltier-Méhaignerie…

      Pour la gestion de l’affaire Merah, il peut en effet, comme je viens de l’écrire, en profiter pour effectuer le changement qu’il devait de toute façon faire: s’éloigner de l’identitaire et du droitier pour aller vers le présidentiel et le rassembleur. Cela arrive peut-être un peu tôt pour lui. Inversement, cela a l’avantage de se faire dans une optique d' »ordre », ce qui laisse une coloration évitant un retour de certains électeurs vers Le Pen.
      Ah, il réussira peut-être son premier tour, mais de là à gagner au second…

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