Indicateur du 26 mars 2012: quels correctifs pour prédire le résultat du premier tour ?

1. En l’absence de nouveau sondage ce week-end, il est difficile de trancher sur la principale inconnue du moment: Mélenchon poursuivra-t-il sa progression et dans quels secteurs et au détriment de quel(s) candidat(s) cette dernière s’effectue-t-elle ?
L’IFOP quotidien le voit pour la première fois au-dessus de Bayrou et Le Pen historiquement basse. Quant à l’écart Sarkozy-Hollande, il s’accroîtrait, davantage par érosion de Hollande que par progression de Sarkozy, qui plafonne. Au second tour, retour sur l’écart historiquement le plus faible (53,5-46,5), mais qui reste appréciable pour Hollande.

Dans notre indicateur, Sarkozy n’est pas encore passé au-dessus de Hollande mais s’en rapproche. Sur le graphique de l’indicateur, l’explication d’un glissement général vers la gauche tient toujours:
– de Le Pen vers Sarkozy,
– de Sarkozy vers Bayrou, compensé par un glissement de Bayrou vers Hollande,
– inférieur au glissement de Hollande vers Mélenchon, qui « reçoit » aussi de Joly et semble avoir été le bénéficiaire du « nettoyage » du paysage, avec les échecs de Lepage et Villepin.
Reste l’inconnue de transferts directs de Le Pen vers Mélenchon.

Enfin, de manière probablement anecdotique, Dupont-Aignan s’approche des 1% et dépasse Villepin, qui devrait disparaître de l’indicateur d’ici 2 semaines.

Quant au second tour, Hollande n’a jamais été aussi bas, mais… à 55/45, cela reste extrêmement solide. Rappelons que les élections ont vu l’écart au second tour être inférieur à la tendance générale des sondages depuis le 1er janvier: en particulier 1965, 1974, 1981 (au point de se retourner) et 1995. Certes, 2002 ne peut être retenue. Et 2007 a vu Sarkozy démarrer fort à la mi-janvier, s’éroder ensuite (des sondages à 50 ou 51 ponctuant le mois de mars), pour regagner en fin de campagne, reperdre légèrement après le premier tour, puis regagner après son débat gagné et reperdre dans les deux derniers jours: bref, 2007 fut dans la moyenne.

Encore une fois, une seule élection ressemble à celle-ci: 1988. On connaît le début et la fin de cette élection sans surprise… (on s’est toutefois éloigné du modèle 1988 au premier tour, à moins que Mélenchon prenne le rôle de Le Pen père et Le Pen fille celui de…. Lajoinie ! Piquant… :D) 

2. Abordons dès maintenant, à moins d’un mois du premier tour, les correctifs probables qu’il conviendra d’appliquer aux résultats agrégés des sondages, afin de s’approcher du résultat final du 22 avril. L’indicateur agrégé permettra de faire apparaître un niveau « moyen », mais aussi de dégager la tendance du moment.

Mais cela ne sera pas entièrement suffisant, il conviendra de tenir compte des écarts et biais des sondeurs: jusque là, Bayrou, Sarkozy et Mélenchon paraissaient mesurés de manière fiable et cohérente; mais ce derneir rejoindra peut-être Hollande et Le Pen parmi les candidats importants plus délicats à estimer.

En outre, des correctifs, liés à des caractéristiques propres à chaque candidat ou type de candidat, devront probablement être effectués pour tenter de poser un pronostic moins hasardeux.

– En ce qui concerne Sarkozy, il est probable qu’il sera un peu au-dessus du niveau mesuré par les sondages.
C’était déjà le cas en 2007.
Il a bénéficié et bénéficiera probablement d’un vote « utile » ou plutôt « efficace », notamment de la part des électeurs tentés par le vote Le Pen.
Sur le fond, le vote « efficace » sera aussi celui d’électeurs estimant que, finalement, malgré ses défauts, il est un Président éprouvé (au sens « qui a fait ses preuves »…) et que, tous comptes faits, tout n’est pas négatif. Dans le même ordre d’idées, la demande d’autorité et de présidentialité est forcément un peu plus importante après les tueries de Toulouse et Montauban.
De plus, il existe peut-être un vote « honteux » marginal pour Nicolas Sarkozy ou, plus exactement (ce qui rejoint l’argument précédent), des électeurs se « défoulant » avant l’élection en annonçant des votes Le Pen, Bayrou ou Dupont-Aignan, mais revenant « à la raison » le jour du vote.
Enfin et surtout, l’électorat de Sarkozy est âgé. Or, plus on est âgé, plus on se rend aux urnes. Cette plus forte mobilisation proportionnellement à l’âge est un élément positif pour Sarkozy, en tous les cas au premier tour.
Même s’il est douteux qu’il gagne autant que les 3 points (environ) de 2007, il devrait se hiser au-desus de son niveau dans les sondages. Pour soigner sa dynamique (ou en créer une réelle….), il doit de toute façon passer les 30 et même les 32%.

– En ce qui concerne Bayrou, il est probable qu’il est à son juste niveau, tant la convergence des sondeurs est forte en ce qui le concerne.
La tendance de l’indicateur (au tassement ces jours-ci) suffira probablement à le situer. Il n’a pas su recréer la dynamique de 2007 et, après son émergence de décembre 2011, n’a pas su prolonger.
Il s’achemine donc vers un score et une configuration plus proche du noyau central traditionnel, comme la liste Veil aux européennes de 1989, par exemple.

– En ce qui concerne Mélenchon, il est, pour le moment, probablement estimé à son juste niveau, les sondeurs ayant été, jusqu’à la semaine dernière au moins, nettement convergents.
Cela demandera confirmation car, s’il a récupéré une frange d’électorat populaire volatil (auparavant hésitant entre Le Pen et Hollande), il pourrait être quelque peu surévalué et pâtir d’une légère démobilisation, cet électorat ne se rendant tout simplement pas aux urnes.
Il faut aussi tenir compte de la concurrence des petits candidats d’extrême-gauche, que les sondages évaluent très mal en raison de leurs scores confidentiels: or, il est douteux qu’ils n’atteignent que 0,4 ou 0,5%; s’ils dépassent tous deux ne serait-ce que 1%, cela écrêtera Mélenchon d’autant.
Son électorat plus jeune peut également se démobiliser un peu plus que celui d’autres candidats; en revanche, son électorat travaillant dans le secteur public est plus susceptible de participer fortement.
Peut-être aura-t-il également atteint son peak trop tôt. Mais cela sera visible dans la tendance de l’indicateur.
A l’inverse, le favori est un socialiste et, donc, toute démobilisation sur le favori lui sera favorable.
Au total, tous ces éléments devraient peu ou prou se compenser et nous pourrons nous focaliser sur la seule tendance.

– En ce qui concerne l’ensemble des petits candidats, ils devraient être au-dessus de leus scores dans les sondages. En effet, ceux-ci ont du mal à les cerner et, surtout, publient des chiffres arrondis au demi-point. C’est très grossier pour des scores inférieurs à 3%.
En outre, des écarts non négligeables ont pu exister sur les candidats communistes, verts, divers gauche aux élections de 2002 et 2007, mais avec une tendance générale à un meilleur score que prévu au final. Potentiellement, jusqu’à 2 ou 3 points peuvent se disperser sur ces petits candidats.
Il serait surprenant que Poutou et Arthaud ne parviennent même pas à franchir le seuil de 1% et que Dupont-Aignan ne tangente pas celui des 2%.
Bien sûr, ce sera moins net pour Cheminade, mais passer de 0 à 0,3% en réel, cela contribue aussi à écorner les grands candidats…

– En ce qui concerne Joly, il est bien probable qu’elle soit encore un peu en dessous du niveau mesuré par les sondages.
La déconvenue Voynet de 2007 constitue un précédent, alors que le bon score de Mamère en 2002 tenait davantage à l’effritement de Jospin de totues parts (de ce point de vue, Mamère et Taubira sont tout autant responsables de l’échec de Jospin que Chevènement qui est pourtant la cible quasi-unique du ressentiment…).

– En ce qui concerne Hollande, il devrait être un peu au-dessous du score annoncé dans les sondages.
Favori, il ne pourra probablement échapper à une légère démobilisation et à une dispersion de voix de gauche, l’offre médiatique étant désormais plus large avec l’égalité de temps de parole: Mélenchon, Joly, Poutou, Arthaud et même Cheminade.
Son électorat plus jeune est encore plus sujet à une telle démobilisation et à une telle dispersion.
Même s’il s’est plutôt agi des élections locales, la tendance récente est à une légère sur-évaluation de la gauche socialiste par les sondages.
En sens inverse, la volonté d' »effacer » 2002 jouera dans le sens de la remobilisation, mais probablement pas suffisamment pour compenser les raisons de « fuites » d’électeurs.

– En ce qui concerne Le Pen, c’est l’inconnue majeure. Son père a été systématiquement sous-évalué, ainsi que le FN aux élections réellement nationales (législatives de 1986 à la proportionnelle, européennes même réalisées par grandes circonscriptions). A une exception essentielle près: 2007. Or, Sarkozy rejoue la stratégie de 2007 et, sans aller jusqu’à rééditer la « prise » de 4 à 5 points, il est bien possible qu’il parvienne à préempter dès le premier tour des voix lepénistes, au-delà même des quelques points déjà gagnés depuis fin février.
En outre, je pense, sans que cela soit toutefois étayé, que Marion « Marine » Le Pen est sur-évaluée, car elle se situe davantage encore que son père dans le « défouloir », d’autant plus aisé à exprimer que les médias ont tous répété qu’il n’était plus honteux de voter ou de vouloir voter FN.
Mais une fois « défoulés » et constatant l’écart avec la crédibilité intrinsèque de la candidate et de son programme (alors que ce n’était nullement gênant pour le père, puisqu’il n’a jamais cherché à être élu… bien au contraire), un certain nombre d’électeurs ne devraient finalement pas la soutenir. Rappelons-nous du cinquième d’électeurs de premier tour de Le Pen 2002 qui se sont finalement abstenus ou reportés sur Chirac au second tour: cette frange qui ne voulait que « protester » et utiliser la fonction tribunicienne du lepénisme s’est vite ralliée au candidat « raisonnable ». Le mouvement se fera probablement dès le premier tour avec la fille.
Au final, il me semble donc qu’elle se situera en dessous du niveau annoncé par les sondages.

Certains commentaires diront peut-être que moyenner les erreurs des sondages pour ensuite encore apporter des correctifs, c’est scandaleux. Mais la satisfaction est aussi dans le chemin, dans la spécualtion intellectuelle et dans le « pari ». Quand Nate Silver aura demandé l’asile en France, nous pourrons enfin compter sur un « pro » 😉

Publicités

4 réflexions sur “Indicateur du 26 mars 2012: quels correctifs pour prédire le résultat du premier tour ?

  1. Quelle constance !

    le 18/02
    Mélenchon passe au-dessus de 8%, ce qui est une nouveauté pour lui, mais il ne paraît pas réellement en mesure de mordre sur Hollande.

    le 27/02
    Mélenchon a peu de marges de progression car les “sécurités automatiques” du vote utile au sein de la population de gauche toujours traumatisée par le 21 avril 2002 fonctionneraient s’il s’avisait de grimper trop haut. D’ailleurs, y croit-il et le souhtaite-t-il lui-même, tant ses déclarations sur le désistement réciproque avec Hollande sont dites sur un ton léger ?… Voilà au moins une chose sur laquelle Le Pen voit juste: Mélenchon agit comme un leurre.

    le 4/03
    Le seuil des 10% pour Mélenchon déclencherait toutefois une contre-attaque à gauche de Hollande,

    le 10/03
    vous dite beaucoup de mal de Mélenchon (intolérant, gauchiste…) mais ne prédisez pas l’arrêt de la hausse des intentions de vote en sa faveur.

    le 12/03
    mais Mélenchon a été un rabatteur si fidèle et respectueux jusque là qu’il saura peut-être s’auto-censurer…

    le 14/03
    La très lente percée de Mélenchon ../.. a certes conduit, comme prévu, à un peu de bruissement médiatique, mais il ne parvient pas à se hisser au 4e ou au 3e rang.

    le18/03
    la lente progression de Mélenchon se heurte au “vote utile” et à ce que j’ai appelé les “stabilisateurs automatiques ../.. En outre, je doute que Mélenchon parvienne au-delà des 12, pour la raison évoquée plus haut.

    le 19/03
    Mélenchon sera peut-être davantage dans la tactique et la combinazzione et moins dans le panache.

    le 21/03
    des “stabilisateurs automatiques” à gauche sont à l’oeuvre, qui permettent à Hollande de ne pas descendre trop bas et qui freinent Mélenchon, ../.. les tueries de Montauban et Toulouse auront vite effacé le sujet “Mélenchon” dans les médias. Il est donc peu probable qu’il poursuive sur cette lancée

    le 23/03
    Toutefois, je vois encore plusieurs éléments, à ce jour, qui m’incitent à rester sur mon analyse et sur ma position, en considérant que la “bulle” Mélenchon devrait prochainement se dégonfler et qu’il retrouvera une place plus conforme à son niveau réel: 11-12%.

    le 26/03 :
    – En ce qui concerne Mélenchon ../.. il pourrait être quelque peu surévalué et pâtir d’une légère démobilisation, cet électorat ne se rendant tout simplement pas aux urnes.

    Est-ce seulement vos préférences politiques qui parlent ou est-ce que votre grille de lecture d’une politique à la papa serait inadaptée à l’analyse d’un candidat qui, quoique l’on pense de lui, est le seul à proposer une société réellement différente. Avec, de plus, une cohérence des propos rarement mise en défaut .

    Je pense que vous vous fixez trop sur le jeu de miroirs des sondages et en oubliez de regarder le reste du paysage. Un exemple : lisez les commentaires qui suivent les articles dans les différents journaux. Je suis d’accord, cela vole parfois assez bas, mais le nombre de ces commentaires en faveur de Mélenchon est tout simplement effarant, même dans le Figaro, l’Express ou les Échos, dont on imagine mal que le lectorat soit constitué de militants communistes.

    Autre exemple, plus anecdotique mais amusant et non moins intéressant : le vote sur Twitter donne Mélenchon vainqueur au premier tour avec 56% (http://veritablevote.fr/). Bien sûr cela ne reflète en rien la réalité des intentions sur le plan national, mais comment les sondages appréhendent-ils cette génération Twitter/Facebook ? Avec quels outils « corrigent-ils » ?

    Errare humanum est, perseverare diabolicum ?

    • Les Mélenchonistes militants sont tout à fait susceptibles d’aller porter la bonne parole dans les commentaires du Figaro, de l’Express ou des Échos. Je ne pense pas que ce soit le lectorat traditionnel de ces journaux qui donne cette impression de Mélenchonite massive.

      Les partisans du Front de Gauche sont enthousiastes, bien plus que ceux de Sarkozy ou Hollande, ce qui amplifie fortement leur présence sur internet.

      La question est donc « pourquoi sont ils si enthousiastes ? » plutôt que « pourquoi sont ils si nombreux ? ».

  2. Si je pensais être lu aussi attentivement et, surtout, relu… 😉
    Vous auriez aussi pu citer mon erreur d’avoir prévu une deuxième impulsion à la hausse pour Bayrou.
    Je n’écris pas, sur Bayrou comme sur Mélenchon, en fonction de mes préférences politiques, croyez-moi…
    Cela n’aurait aucun intérêt.
    Quant aux adjectifs que je peux accoller ici ou là aux candidats, ils sont effectivement liés à mes opinions, mais seulement en termes de degré, par en termes de nature… De plus, ils n’influencent pas mon analyse.
    Je peux vous l’assurer, j’écris tout de manière directe et sincère: depuis le temps que je dis que Sarkozy ne peut que perdre (après avoir pointé les faiblesses de Boutin :D, de Borloo ou de Morin :)) et que je reconnais le grand sens tactique de Hollande et son excellent positionnement « normal » de départ, on ne peut m’accuser d’essayer, au travers de ce blog, d’influencer les lecteurs en faveur de « mes » candidats possibles… 😉
    Que voulez-vous, j’ai pris un biais, celui des sondages, parce que c’est la seule donnée chiffrée que nous ayons: je ne dévierai pas de cet axe, sinon, autant faire un énième blog d’opinion, sans grande utilité fondamentale.

    • Oui, j’ai bien compris la règle du jeu. Mais quand – comme vous l’admettez vous-même, vous entendez « corriger des moyennes » vous entrez clairement dans le domaine spéculatif et c’est à ce moment que vos analyses peuvent êtres influencées. C’est du moins ce que je ressens.
      Et c’est à ce moment aussi que le fait de prendre l’air ailleurs pour confirmer (ou non) votre étude ne serait pas farfelue.

      Pour l’anecdote je me souviens d’un jour où, dans un amphi de science-éco, à Grenoble, dans les années 80, un grand professeur parisien est venu défendre les thèses néo-classique. À la fin de la conférence il demanda à la salle s’il y avait des questions, et un étudiant plus hardi que les autres demanda à notre mandarin s’il existait un seul pays au monde où cette théorie avait été appliquée avec succès. À notre grande surprise nous entendîmes la réponse suivante :
      « À ma connaissance non et rien ne permet de valider réellement notre théorie. Mais nous somme comme un aveugle qui a perdu ses lunettes dans le noir et qui aperçoit un réverbère. Nous savons que ce n’est pas là que nous les avons perdu, mais comme c’est le seul endroit ou nous voyons à peu près, c’est là que nous cherchons ».

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s