Derniers sondages IPSOS, IFOP, OpinionWay et Harris: une fragilité de François Hollande sur les reports de voix est-elle en train d’apparaître ?

 

IPSOS-Logica Business Consulting
Radio France, France Télévisions, Le Monde
23-24 mars 2012
échantillon: 978 

Hollande 28
Sarkozy 27,5
Le Pen 16
Bayrou 11,5
Mélenchon 13
Joly 2
Arthaud 0,5
Poutou 0,5
Dupont-Aignan 1
Cheminade 0

Hollande 54
Sarkozy 46

___________________________

IFOP-Fiducial
Paris-Match, Europe 1, Public Sénat
22-25 mars 2012
échantillon: 1769 inscrits sur un total de 1901

Hollande 27
Sarkozy 28,5
Le Pen 15,5
Bayrou 11,5
Mélenchon 13
Joly 2
Dupont-Aignan 1
Arthaud 0,5
Poutou 0,5
Cheminade 0,5

Hollande 54
Sarkozy 46

___________________________

Harris Interactive
VSD, LCP-Assemblé Nationale
22-26 mars 2012
échantillon: 1231 inscrits

Hollande 27
Sarkozy 28
Le Pen 16
Bayrou 11
Mélenchon 13
Joly 3
Dupont-Aignan 1
Arthaud 0,5
Poutou 0,5
Cheminade 0

Hollande 54
Sarkozy 46

___________________________

OpinionWay-Fiducial
Le Figaro, LCI
26-27 mars 2012
échantillon: 1148 inscrits sur un total de 1209

Hollande 27
Sarkozy 28
Le Pen 17
Bayrou 12
Mélenchon 11
Joly 2
Dupont-Aignan 1
Arthaud 1
Poutou 0,5
Cheminade 0,5

Hollande 54
Sarkozy 46

Rien pendant le week-end et 4 sondages aujourd’hui… réjouissons-nous quand même…: IPSOS et Harris sont maintenant hebdomadaires. Attristons-nous: CSA, BVA et OpinionWay restent de publication erratique (je ne parle même plus de LH2 et TNS-Sofres, si rarement sollicités).

1. Sur les niveaux bruts des candidats au premier tour, ces sondages apportent surtout des confirmations:
équivalence Hollande-Sarkozy,
érosion de Le Pen, mais en atténuation, notamment pour OpinionWay
– poursuite de la progression de Mélenchon, désormais 4ème, même si OpinionWay est moins « franc »,
tassement de Bayrou,
– quasi-relégation de Joly parmi les « petits » candidats et absence d’émergence parmi ces derniers.

Une fois de plus, on peut constater la grande convergence des sondeurs. La semaine précédente avait vu quelques décalages sur le niveau réel de Hollande, notamment par rapport à Sarkozy; puis nous avons été fixés. La semaine dernière a vu une incertitude sur le niveau réel de Mélenchon, notamment par rapport à Bayrou; aujourd’hui, nous sommes fixés.

2. Au second tour, le retour de Hollande vers les 54 se confirme également, de manière vraiment uniforme. Ce score est évidemment très bon dans l’absolu. Mais la tendance est à la baisse, comme le montrait notre indicateur publié hier.

Surtout, les reports de voix mesurés par IFOP, OpinionWay et IPSOS sont bien différents, malgré un résultat final identique. En conservant notre ventilation de reports vers Hollande/Sarkozy/l’abstention, les instituts IFOP, OpinionWay et IPSOS donnent respectivement les chiffres suivants:

dans l’électorat Mélenchon, 79/5/16, 80/1/19 et 84/3/13, ce qui reste très élevé pour Hollande bien qu’en légère érosion (IFOP et OW donnent également les reports depuis l’électorat Joly, soit 68/11/21et 71/1/28, ce qui est un peu moins bon pour Hollande mais peut être lié à l’étroitesse de l’échantillon),

dans l’électorat Bayrou, 32/43/25, 35/34/31 et 32/28/40, ce qui confirmerait le recul de Hollande dans cet électorat, déjà repéré (et expliqué, très probablement, par la « droitisation » de l’électorat Bayrou), mais qui donnerait, pour IFOP et même OW, une vraie progression de Sarkozy, que BVA avait déjà mesurée,

dans l’électorat Le Pen, 31/39/30, 20/40/40 et 13/52/35, ce qui confirmerait, soit simplement que Le Pen se retrouve avec un électorat moins classiquement de droite, pour IFOP, soit que son électorat, même « résiduel » après la ponction déjà réalisée par le Président sortant dans les dernières semaines, serait nettement plus disposé à rallier Sarkozy au second tour, selon IPSOS (tendance déjà mesurée par BVA), OpinionWay étant à mi-chemin.

Les différences sur Bayrou peuvent être expliquées et ne paraissent pas encore trop gênantes pour Hollande:
l’électorat de Bayrou, déjà constitué de ces centristes « à la française » qui ont navigué entre DSK, Borloo, Hollande et, donc, Bayrou, s’est droitisé ces derniers temps, par transfert d’un nouveau contingent d’électeurs de Sarkozy rebutés par la stratégie bonapartiste puis sécuritaire et par perte parallèle des derniers centristes de gauche ou écologistes vers Hollande; logiquement, Hollande ayant déjà ponctionné sa quote-part avant le premier tour, les reports vers lui au second sont en baisse dans cet électorat;
pour le moment, les reports (d’un bon tiers et, surtout, au moins équivalents à ceux sur Sarkozy) sont suffisants pour Hollande. Même si le « déchet » sur l’abstention est supérieur à 2007, le rapport de force relatif entre Sarkozy et Hollande reste au moins aussi favorable qu’en 2007.

Toutefois, une nouvelle dégradation de ces reports signifierait
soit une marge réduite pour Hollande et l’on connaît le risque de déclenchement d’une dynamique négative pour un candidat; surtout qu’elle accompagnerait les pertes à gauche, ce qui jetterait Hollande dans l’étau que Sarkozy a tant de mal à desserrer: perdre à droite en essayant de gagner à gauche ou l’inverse, mais ne pas réussir en tous les cas à marcher sur ses deux jambes, voire finir par perdre des deux côtés;
soit la nécessité de se positionner encore plus au centre, ouvrant encore plus large l’espace pour Mélenchon, voire pour Joly, avec des risques de surenchère à gauche et, finalement, une déperdition d’électeurs se disant que le candidat socialiste est décidément trop rose pâle.

Le léger effritement des reports depuis Mélenchon et Joly n’est peut-être qu’un peu de bruit statistique. Il est peut-être aussi la confirmation qu’une frange d’électorat populaire venu de Le Pen s’est posée sur Mélenchon, mais seulement pour son rôle de contestation et de protestation, pas dans une optique de ralliement au candidat de gauche le mieux placé. Constatons d’ailleurs que le léger « moins » de Hollande chez les électeurs Mélenchon, mais aussi Joly, se fait surtout au profit de l’abstention, ce qui rendrait plus crédible ce résultat et cadrerait avec une attitude actuelle de Hollande considérée comme trop modérée et trop « présidentielle » (trop Jospin 2002 ?).

Les différences sur Le Pen apportent encore davantage d’incertitudes pour Hollande:
– le fait qu’à la fois BVA, IPSOS et OpinionWay perçoivent une amélioration des reports sur Sarkozy montre que la logique de 2007 est peut-être de retour: même si Sarkozy avait « humilié » Le Pen père dès le premier tour et semblait avoir déjà fait le plein des voix et si les deux s’étaient affrontés vertement, Sarkozy avait quand même réussi à rallier une large majorité des électeurs restants de Le Pen;
– il s’agit peut-être là de la vraie conséquence de l’affaire Merah: non pas des changements au premier tour, déjà réalisés, mais bien un ralliement au second tour, même par défaut, à Sarkozy, dans une logique d’autorité (dans tous les sens du terme) et dans des situations de « tempête » (ou supposées ou perçues comme telles).

Ce serait plus difficile de combattre ce phénomène pour Hollande car il serait basé sur le positionnement respectif de chaque candidat et serait donc plus profond qu’un simple choix conjoncturel pour un candidat « sympathique » ou avançant quelques thèmes populaires: le « président normal » contre le « capitaine dans la tempête ».

Voici les graphiques actualisés des reports de voix:

– depuis l’électorat Mélenchon, le niveau reste appréciable pour Hollande, bien qu’en très léger recul:

– depuis l’électorat Joly, la tendance semble également à une légère érosion, mais sans véritable conséquence étant donné l’étroitesse de cet électorat, désormais:

– depuis l’électorat Bayrou, l’effritement se poursuit et semble s’accélérer pour Hollande:

– depuis l’électorat Le Pen, l’amélioration est incontestable pour Sarkozy depuis le début du mois de mars:

– enfin, depuis les abstentionnistes (au sens large) du premier tour, donnée que nous délivre seulement OpinionWay, il n’y a pas réellement d’évolution:

Ainsi, en dehors même du niveau réel des deux principaux candidats au premier tour, qui n’est l’affaire que d’un ou deux points – même si l’ordre d’arrivée, le franchissement de la barre symbolique des 30% (voire de celle des 25%) et les niveaux respectifs par rapport à Sarkozy ’07 (31,18%) et Royal ’07 (25,87%), y compris en nombre absolu de voix, auront des effets psychologiques et médiatiques forts -, ce sont davantage ces signaux légèrement moins positifs liés aux reports de voix que le candidat socialiste doit surveiller…

Il ne reste toutefois que moins de 4 semaines. Ou plutôt 6 semaines, dirait-on à l’Elysée… 😉

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22 réflexions sur “Derniers sondages IPSOS, IFOP, OpinionWay et Harris: une fragilité de François Hollande sur les reports de voix est-elle en train d’apparaître ?

  1. Sapristi, vos remarques sont fort brillantes et elles ont le mérite de nous donner du grain à moudre, pour nos élucubrations de pauvres lecteurs malades de spéculations hardies, mais… et si cela était un peu plus simple que cela ?

    Le résultat le plus convergent des derniers sondages, qui le sont déjà beaucoup en ce moment – convergents – sur tout le reste, c’est le résultat du second tour : Tous les sondages (au nombre de 7) ayant été faits à partir du 20 mars, donnent le même résultat : 54 – 46. Difficile de faire mieux, convenez-en, si les résultats sont vraiment indépendants les uns des autres (ce dont je doute, mais, soyons fou, postulons cela)
    Contrairement à vous, je pense que les sondages de 2ième tour sont beaucoup plus fiables que ceux du 1er (mais je travestis peut-être honteusement votre pensée), car la question est plus simple et le traitement statistique des résultats plus robuste.
    Donc, encore plus dingue, faisons la somme des échantillons, même si je sais que c’est pas rigoureux du tout, ça donne quoi : entre 6000 et 7000 personnes. Marge d’erreur à 50% : 1,4% (et pas points comme ils disent à la télé).

    Vos échantillons de rapport de voix, par contre, sont basés sur des corpus, allez, je vous concède des scores de 20% sur des échantillons de 1000 personnes : au minimum, les marges d’erreurs, pour les électorats de Bayrou et Le Pen sont de 6,5% (on est dans la tranche des 30%) et je crois qu’on peut même se rapprocher, pour Bayrou des 9%.
    Pas étonnant donc que ça tangue, que ça titube du côté de la convergence de ces résultats de repports entre sondages.

    Permettez moi donc, d’avancer benoitement une analyse plus simple que la votre : et si les gens étaient beaucoup plus constants dans leur choix de second tour, choix plus simple vous en conviendrez, que de leur choix de premier ? Ça nous donnerai tous simplement l’adage suivant : ce n’est pas parce que je change de vote au premier que je vais évoluer au second.
    Ça correspond d’ailleurs à mon expérience quotidienne (bien limitée, j’en conviens) : les gens que je connais savent déjà ce qu’ils voteront au second tour (sauf en cas de cataclysme), mais pas forcément au premier.

    Si Hollande a un peu baissé au deuxième tour depuis un mois, c’est peut être tout simplement parce qu’il a un report de voix moins bon chez…. des gens qui changent d’avis au premier tour en même temps !!!
    Si les gens changent d’avis à la fois lors des deux tours, la matrice de transfert de vote, qui mouline déjà sur des corpus de 100 à 200, risque fort de nous envoyer un message qui tend vers le bruit stochastique.

    • Vos remarques sont en effet de bon sens.

      Notez bien que j’écris toujours que Hollande reste le grand favori et qu’à 54%, il est au niveau de Mitterrand 88…

      Pour Mélenchon, Bayrou, évidemment Joly, vous avez tout à fait raison: il peut tout simplement s’agir, à force d’arrondis, de marges d’erreur, de changements du corps électoral de premier tour, etc., de mouvements purement statistiques.
      Même si la modification des reports chez Bayrou correspond quand même à ce que l’on peut supposer de la modification récente de son électorat.

      En revanche, il semble y avoir une vraie tendance dans l’électorat Le Pen. Oh, bien sûr, comme je crois l’avoir écrit ironiquement, cette évolution permettra à Sarkozy de gagner dans 3, 4 ou 6 mois 😉
      Mais bon, tout ce qui peut nous donner un peu de suspense est bon à prendre.

      Ce que je veux dire in fine, c’est que Hollande va probablement finir un peu plus à l’arrache que prévu, comme lors de la primaire: cela avait tenu jusqu’au bout, mais Aubry l’avait réellement menacé ou inquiété, l’espace de 2 ou 3 semaines.

      Surtout, plus sérieusement (ou plus follement ;)), si Mélenchon continue, passe les 15 et double Le Pen, Hollande ne pourra pas ne pas réagir, tout simplement sous la pression médiatique (c’est aussi bête que ça…): il devra se « gauchiser », même visuellement. Et de là à ce que Bayrou finisse par rallier Sarkozy…
      Même s’il n’influerait au final que sur 0,5% de l’électorat, cela pourrait contribuer à la remontée de Sarkozy.

      Bien sûr, en contre-attaque, il reste les « affaires » et Le Monde s’y met. Mais cela ne semble plus avoir véritablement d’effet sur l’électorat (sauf si c’était Karachi car il y a mort d’hommes, je persiste à le penser): les anti-sarkozystes sont simplement confortés (mais n’avaient pas tellement besoin de cela) et ceux qui ne veulent soit pas y croire soit pas y attacher d’importance ne sont pas influencés.
      Nous verrons bien…

      Merci, en tous les cas, d’entretenir ainsi la discussion et le débat.

  2. Mine de rien, Sarkozy est en train de réussir un formidable come back rarement vu:

    -il est maintenant en tete du premier tour (sauf chez ipsos).

    -parti de 40 %, il est maintenant à 46 %. Il gagne un point par semaine ! La tendance est lente mais très claire ici. A ce rythme là, sarkozy pourrait très bien l’emporter à l’arrache, surtout vu la non-campagne de hollande. Pour cela, il doit impérativement améliorer son report de voix chez Le Pen (63 % des électeurs de le pen en 2007 ont voté sarko au second), maintenir voir améliorer son report de voix chez bayrou (déjà bien meilleur qu’en 2007, probablement à cause du fait que bayrou attire moins d’électeurs de gauche), espérer que melanchon va se dégongler dans les sondages car l’électorat de ce dernier vote massivement Hollande au second tour et last but not least, sarkozy doit atteindre la barre des 30 % au premier tour pour se donner de l’air.

    Je ne serais pas étonner qu’un institut de sondage fasse un coup et mette sarko vainqueur au second tour ou à égalité, ce qui créera un phénomène de « destruction créatrice » et resserera encore un peu plus la course.

    Sinon Marine Le Pen semble stabilisée, voire meme remonter un petit peu, probablement la tuerie de toulouse.

    • Attention, en 2007, c’était plutôt du 40-40 dans l’électorat Bayrou (avec de l’abstention à 20). Sarkozy n’en est pas encore tout à fait là.

      Quant à l’électorat Le Pen, il était plutôt à 70% pour Sarkozy. Mais il est vrai avec une base plus faible.

      En revanche, Sarkozy ne gagne pas un point par semaine. Il est certes à son meilleur depuis mai 2011, mais il lui reste 5 semaines pour effacer 10 mois de retard 😛

      Toutefois, hors analyse, vous avez raison d’y croire 😀

    • N’étant pas de nature « complotiste », je ne crois pas qu’un sondeur « fasse un coup et mette sarko vainqueur » si ce n’est pas justifié par les réponses réelles audit sondeur. Je veux dire que les sondeurs mettront Sarko vainqueur si celui-ci dépasse 50% d’intentions de vote, ce qui n’est quand même pas encore le cas.

      54-46, avec une remarquable constance, c’est tout de même 8 points d’écart, ça ne se trouve pas sous le pied d’un cheval. Mais il est vrai qu’à partir d’un 52-48, voire d’un 52,5-47,5, les commentaires commenceraient à être nombreux sur le thème « et si…? ».

      Le rejet du sarkozysme, et le rejet de la personne Sarkozy, deux motivations distinctes quoique largement partagées pour voter Hollande, me semblent devoir tenir encore jusqu’au 6 mai…

      Enfin, je ne crois pas que Le Pen se stabilise, et encore moins qu’elle remonte. Elle a certes pris un point dans un sondage, mais en perd dans la plupart des autres, et a atteint le plancher de 15,5 chez le quotidien Ifop qui la positionnait toujours assez haut si je ne m’abuse.

      Il faut toujours, et sur ça je crois que l’hôte de ces lieux me rejoindra, distinguer ce qu’un seul sondage a dit, et ce que plusieurs sondages de chaque sondeur disent sur deux semaines de rang. J’ai beau être pour le Front de gauche, les articles de ce weekend disant « Mélenchon étant maintenant le 3e homme devant Le Pen dans les sondages » m’ont horripilé ! Un seul sondage a vu ça ! Il ne faut pas désespérer Billancourt nom de Zeus ! Maintenant si Mélenchon finit avec 11% et 4e juste devant Bayrou et 2 ou 3 points derrière Le Pen, ce qui serait déjà un très bon résultat, certains y verront une déception, une baudruche dégonflée alors que seuls les médias imbéciles l’auront ainsi gonflée… C’est peu dire qu’ils nous gonflent, ces médias… 😉

      • Un résultat n’est qualifié qu’en fonction de sa différence aux attentes et aux anticipations, pas pour sa valeur propre, réelle, brute, historique…
        C’est en effet bien dommage…

  3. A moins de ne pas vouloir voir l’évolution depuis l’entrée en campagne de Sarkozy, il y a un point très clair: il est en réelle progression et Hollande marque le pas. La raison en est simple: ce dernier ne fait pratiquement pas campagne, et ne fait pas le procès de la présidence sortante, ce qui est le moyen le plus simple d’agréger à la fois sur sa droite et sa gauche, alors que Sarkozy, lui, ne se prive pas de faire de son adversaire un épouvantail, dans le même but.
    Le fait qu’il ne reste que trois semaines avant le premier tour, et cinq avant le second tour ne doit pas nous illusionner, le temps qui précède l’élection compte double et le résultat risque, à mon avis, d’être beaucoup plus serré que prévu initialement. Ce scrutin me fait irrésistiblement penser à celui de 2006 en Italie, dans lequel la gauche l’emporta d’extrême justesse alors qu’elle était donnée largement favorite face à un Berlusconi discrédité. Ce dernier a mené une campagne très combative alors que son adversaire Prodi fut lui beaucoup plus terne.
    A moins d’un ressaisissement au PS, on pourrait voir l’histoire se répéter.

      • Eh bien oui, ne me tentez pas pour ce qui est de filer la métaphore Sarkozy/Berlusconi, parce que nous risquerions le dérapage… 😉

        En tout cas l’analyse de Sissa est très pertinente à mon sens. C’est la raison de mon inquiétude constante depuis la reprise de Sarkozy il y a près de deux semaines. Je suis en effet pessimiste par nature et donc l’idée d’une victoire de Sarkozy à l’arrachée m’a plus que traversé l’esprit.

        Mais, pour aller encore plus loin, l’expérience Prodi nous enseigne aussi des choses au delà du simple aspect électoral : que gouverner quand on a gagné de justesse, c’est beaucoup plus compliqué que lorsqu’on a une solide majorité. Prodi avait gagné, il avait, bon an mal an, la majorité au parlement. Mais, psychologiquement, il avait perdu : il était devenu un « lame duck » dès sa prise de fonctions. Et c’est pourquoi les électeurs n’ont accueilli aucune des mesures prises à ce moment là (qui étaient pourtant des mesures de bon sens – soit dit en passant, l’Italie n’en serait certainement pas là si Prodi avait été à sa tête à la place de Berlusconi) avec bienveillance. Indépendamment des défauts inhérents à la gauche italienne (quoique peut-être pas tant que ça… que se passerait il si le PS était dépendant des verts et du FG pour gouverner ?), Prodi était condamné à l’échec par sa victoire étriquée et Berlusconi a eu beau jeu de le fustiger avec sa démagogie habituelle.

        Peut-être j’exagère, mais je sense que Sissa a touché une corde sensible (sur tout dans l’âme d’un socialiste inquiet…). Puissent les évènements lui donner tort !

  4. 28 mars ,18 h : le roulant Ifop bégaie un 54 – 46 et la Sofres, très favorable à la gauche, fait sa mariole en hasardant un inouï 55 – 45.
    Depuis le 12 mars, c’est à dire depuis plus de deux semaines, aucun résultat de second tour hors de la fourchette 53,5 – 56 pour Hollande et 44 – 46,5 pour Sarkozy. Depuis une semaine, les 56 – 44 ont disparu, alors Hollande est en train de perdre, forcément.
    Et je vous rappelle (mais dois-je ?) qu’on vient en plus de se prendre un bon drame national monté en épingle dans la gueule.
    Calme plat au second tout, donc tout le monde s’affole, c’est logique. Je n’ose imaginer ce qui va se passer si un malheureux institut complètement inconscient nous jette au visage, dans les jours qui viennent, un terrible et grondant 53 – 47.
    Cataclysme, catastrophe naturelle, vague de suicide à gauche et immense espoir à droite. J’entends déjà les éditocrates expliquer que Sarkozy va être réélu avec des scores soviétiques.
    Et si on attendait que ça bouge au moins un tout petit peu avant d’être certain que ça va tanguer sévèrement ?

  5. Intéressantes remarques ici. C’est rafraichissant de voir des commentaires de qualité, les commentaires dans les articles de journaux étant désespérants pour leurs côté archi-partisans.

    Histoire d’illustrer une analyse que j’avais publié il y a quelques jours sur la stratégie « pro 1er tour » et « on verra plus tard pour le 2nd » de Sarko , voici un extrait d’un extrait du Monde :

    «  »
    Pour le reste, [Nicolas Sarkozy] entend rester jusqu’au 22 avril sur ses fondamentaux. « Il fait un premier tour Patrick Buisson, il fera un second François Bayrou, il ne dévie pas de sa tactique, a constaté le député de Seine-et-Marne Yves Jégo, à la sortie du meeting. Il doit rester jusqu’au bout sur ce chemin-là s’il veut avoir une chance de réussir « .
    «  »

    On retrouve dans les intentions de vote le résultat d’un stratégie. En position plus favorable au 1er tour et retard certes en diminution mais persistant à des niveaux importants au 2nd (tout en étant d’une remarquable uniformité).

    Je ne serai pas surpris de le voir faire une annonce fracassante à l’entre deux tour pour séduire l’électorat centriste (Borloo à Matignon, voire soyons fou Bayrou !) tout en zappant complètement les références à l’immigration-sécurité-halal-etc qui joue comme un repoussoir pour les électeurs ni-gaute ni-droiche.

    • A l’automne dernier, je pensais qu’il devait laisser Borloo se présenter (pour siphonner Bayrou) et le faire se rallier en grande pompe après le 1er tour en lui promettant Matignon.
      Peut-être aurons-nous en effet une version édulcorée…

  6. 54 pour Hollande selon IPSOS, c’est une mauvaise nouvelle.

    54 pour Hollande selon IFOP, c’est une plutôt bonne nouvelle.

    Bref, la convergence entre instituts est vraiment épatante et constitue l’enseignement central de cette tournée. Elle était déja flagrante la semaine dernière, avec des écarts de 1 point (2 dans le pire des cas). Est-ce à dire que la campagne se cristallise (ce qui serait une bonne nouvelle pour Hollande) ? Ou alors que les instituts cherchent à corriger leurs biais ? Bref, c’est presque aussi troublant que les grandes variations (car logiquement, au vu des marges d’erreur, un écart de 1 point serait tout à fait normal). Mais, c’est vrai, ça donne un sentiment d’apaisement : on est fixés sur le niveau effectif du candidat (qui est très décevant si on le compare au reste de l’année, mais qui semble également montrer que l’hémorragie est stoppée).

    En tout cas, les choses sont claires. Et c’est tant mieux.

  7. et clac, CSA donne 53-47… et 4 points d’avance pour sarko au premier tour. A confirmer bien sur mais ce n’est pas tant ce que ce sondage dit qui est interessant mais ce qu’il risque de provoquer: « resserement au second tour », « et si… »,… C’est déjà un peu la panique dans le camp d’hollande et ca va pas s’arranger…

    La comparaison avec 2006 est excellente. Berlu et Sarko partageant beaucoup de points communs, notamment celui d’etre d’excellents « campaign man » et ils ont la chance de se retrouver en face de types qui ne le sont pas du tout.

    Je pensais avoir lu que les électeurs de bayrou préféraient sarkozy à hollande mais je me suis trompé, c’était l’inverse. Toutefois, ca donne encore à sarko de la marge pour obtenir les 50 %.

    Les sondages sont constants… à montrer un resserrement. Aujourd’hui, les sondages sont unanimes (ou presque) à donner sarko à 46 %. mais demain ou la semaine prochaine, ce sera peut etre moins, vu la tendance. Car c’est bien la tendance qui importe sinon on rate l’essentiel.

    Dans la campagne de sarkozy, celui qui commande c’est sarkozy. L’épisode de la gare du nord de 2007 est assez emblématique à ce sujet: son équipe voulait déjà passer à autre chose mais lui leur a ordonné de laisser la campagne là où elle était: sur le terrain sécuritaire, là où il est fort.

    Au second tour, je ne crois pas à un rush vers le centre car sarkozy doit aussi compter sur un fort report de voix de le pen s’il veut gagner. Il choisira probablement qqch qui agréée les 2 tout en étant bien sur très provocateur sinon ca ne marchera pas.

    Enfin un mot sur qqch dont on ne parle pas assez: l’abstention. Ifop la mesure à 29 %, ce qui est beaucoup. Il est donc possible, et probable, que de nouveaux électeurs vont petit à petit « apparaitre », modifiant mécaniquement le résultat des sondages car ces derniers ne se basent pas encore sur un échantillon (corrigé) très proche de ce que sera le corps électoral. Mon opinion ici est que ces « nouveaux venus » favoriseront plutot le pen et melanchon au premier tour, Sarkozy au second. En tous cas pas Hollande.

    • « Car le mot, c’est le Verbe, et le Verbe, c’est Dieu »
      Génial ! Il suffit que j’annonce un 53 – 47 (voir plus haut), pour que ça arrive, quel a propos, quel talent, mon Julot.
      Ce que j’aime par dessus tout, ce qui me fait plaisir au plus haut point, aujourd’hui, c’est votre commentaire… lui aussi tout à fait en phase avec mes remarques d’hier.
      En fait, ici, je suis le seul à être certain d’avoir tort, puisque je pronostiquais naguère sur ce site avec emphase et certitude que Sarkozy va à la fois gagner et perdre l’élection.
      Mais, qu’en sera-t-il vraiment ? Je n’en sais fichtre rien, cependant il y a une chose que je commence à cerner : il est en fait bien plus facile de prédire les réactions de certains contributeurs que de prévoir qui va gagner l’élection.
      J’attends avec impatience le tsunami du 52,5 – 47,5 (qui ne manquera pas d’arriver puisque visiblement, quand j’écris, le langage devient performatif).

      • Phénomène de « destruction créatrice ». Renseignez-vous.

        Un bel exemple, le premier sondage CSA qui donnait le « non » vainqueur lors du référendum sur le traité européen. Quelques jours plus tot, le « oui » l’emportait encore largement (meme si une tendance était très visible), la campagne ronronnait et on se dirigeait tout droit vers une victoire tranquille avec une belle abstention. Et puis csa sort son sondage, les médias font la une, panique, mobilisation, débats,… Mon avis est qu’au moment du sondage, le « oui » était encore en tete. Après sa parution, le « non » est passé devant.

        Les sondages ne rendent pas seulement compte d’une situation, ils peuvent en provoquer aussi une nouvelle.

        Imaginons maintenant qu’un sondage donne Bayrou à 8%, les sondages annoncent et amplifient ainsi son déclin, certains électeurs estiment leur vote gaspillé et votent ailleurs, boostant un autre candidat.

        CQFD

        • Autant vous avez raison sur l’effet d' »auto-réalisation » des sondages et des « dynamiques » médiatiques, autant votre exemple Yade est, comment dire… peu pertinent 😀 ? ou au contraire, tellement évident… Mais là, ce n’est plus l’effet d’une prédiction auto-réalisatrice, c’est juste l’effet dit de « girouette écervelée » 🙂

  8. C’est malheureusement impossible. Comme Cassandre, je n’ai été doté du don de prophétie que pour annoncer les mauvaises nouvelles.

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