Indicateur agrégé du 30 avril 2012, indicateur des reports de voix et derniers sondages LH2 et IPSOS: l’écart Hollande-Sarkozy, même s’il se resserre très légèrement, est trop important et les reports de voix trop instables

1. L’indicateur agrégé se resserre très légèrement. Mais Sarkozy n’aura jamais réussi à passer véritablement au-dessus des 46%: il fait même un tout petit peu moins bien que début avril.

Certes, la tendance des chiffres bruts est au resserrement. Mais le quotidien est désormais par trop « pollué » par des actualités, qu’elles soient suscitées, reprises ou subies, qui ne peuvent que renforcer l’impression de gribouille de la campagne Sarkozy.
– Le 1er mai va être « inaudible » pour qui que ce soit, entre Le Pen, Sarkozy, les syndicats et Mélenchon,
– La journée du débat sera une journée « neutralisée » et d’attente (sauf si quelque « révélation » se fait jour),
– Le lendemain du débat sera parasité par Bayrou, quelle que soit sa décision et les sondages post-débat promettent de fournir des interprétations utiles pour tout le monde,
– Le vendredi verra une autre salve de sondages et un parasitage par Mélenchon et peut-être d’autres.

J’ignore si l’incertitude persiste pour qui que ce soit, mais les médias n’attendent que la défaite et, surtout, la droite parlementaire est, elle aussi, dans l’après-Sarkozy (enfin, dans l’après-6 mai, ce qui ne sera pas forcément la même chose… en fonction du score final).

2. La situation est d’autant plus dure pour Sarkozy que les reports de voix sont très instables ou difficiles à mesurer par les sondeurs. Parmi les électorats encore mesurés, la situation agrégée est désormais la suivante:

électorat Mélenchon: 84,88 / 3,68 / 11,44 soit en amélioration de 2 points pour Hollande et en détérioration d’1 point pour Sarkozy: manifestement un effet de la droitisation poursuivie du Président sortant,

électorat Bayrou: 36,68 / 36,90 / 26,42 soit en amélioration pour Hollande mais en plus forte amélioration pour Sarkozy, paradoxalement; mais, en réalité, il s’agit probablement d’électeurs de centre-droit qui « reviennent à la raison » malgré l’attitude du Président-candidat et vont voter pour lui avec réticence mais quand même… D’ailleurs, les reports se sont constamment améliorés pour Sarkozy au fur et à mesure du rétrécissement de l’électorat bayrouïste sur ses bases historiques de centre-centre-droit. Au total, cela fait 6% d’abstentionnistes en moins,

électorat Le Pen: 21,44 / 47,82 / 30,74 soit en très léger tassement pour Hollande, et en seulement légère amélioration pour Sarkozy: « tout ça pour ça »; en réalité, nous le verrons demain avec l’analyse de quelques cartes du 1er tour, Sarkozy ne peut plus mordre sur l’électorat lepéniste, car il ne reste plus que l’os « populaire-populaire », soit un électorat sociologiquement de gauche (même s’il ne vote pas ou plus pour la gauche) ou dépolitisé. La courbe de tendance montre même un léger fléchissement, même s’il n’est pas très clair, éventuellement dû à une certaine lassitude face à la « drague » présidentielle:

Au final, l’indicateur des reports de voix s’améliore comme prévu pour Hollande, grâce à la forte mobilisation à gauche et à la stagnation de Sarkozy à l’extrême-droite:
54,20 pour Hollande et
45,80 pour Sarkozy.

3. Hier et aujourd’hui, des sondages favorables au Président sortant ont certes été publiés, mais soit relèvent du bruit statistique, soit restent dans l’écart habituel et ne peuvent décemment rasséréner le camp présidentiel.

Reste un dernier espoir: l’abstention. Maisles sondages la placent au même niveau qu’au premier tour. Quant aux « incertains« , ils ont fortement diminué et, surtout, ils n’ont pas du tout influé sur l’issue du premier tour. Le « paysage » est planté depuis tellement longtemps qu’on ne voit pas ce qui pourrait faire changer les choses.

D’ailleurs, les « affaires », réelles ou inventées (eh oui, j’ai depuis toujours reconnu le pouvoir nocif de Karachi ou même de Bettencourt, crédibles; mais, franchement, la Libye….), ne semblent pas avoir d’effet sur Sarkozy: soit un effet de saturation, soit un grand scepticisme, soit même une validation du discours de « victime » de Sarkozy. Bref, on pourrait même se demander si cela ne fait pas l’affaire (!) de Sarkozy. De même qu’en sens inverse, s’il exploite trop DSK, cela pourrait lui revenir en boomerang.

LH2
Yahoo!
27-28 avril 2012
échantillon: 958

Hollande 54 (-2)
Sarkozy 46 (+2)

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IPSOS-Logica Business Consulting
Le Monde, Radio-France, France-Télévisions
27-28 avril 2012
échantillon: 988

Hollande 53 (-1)
Sarkozy 47 (+1)

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IFOP quotidien
Paris Match, Europe 1
26-30 avril 2012
échantillon: 898

Hollande 54 (-1)
Sarkozy 46 (+1)

Pour les reports, respectivement, LH2, IPSOS et IFOP donnent:
Mélenchon: 73/2/25, 80/3/17, 86/4/10
Bayrou: 30/31/39, 34/40/26, 33/27/40
Le Pen: 20/45/35, 14/54/32, 18/44/38.

Comme annoncé, j’ai confectionné un article sur l’analyse cartographique du 1er tour que je publierai demain, mais je viens de voir que, en donnant des conclusions similaires, Gael L’Hermine avait écrit hier un superbe article très complet sur le sujet, avec de belles cartes par circonscriptions. Je n’attends pas pour vous en recommander vivement la lecture: http://welections.wordpress.com/2012/04/29/france-2012/

Indicateur agrégé du 27 avril 2012, indicateur des reports de voix et derniers sondages BVA, Harris et IFOP quotidien: Sarkozy peut-il s’effondrer ?

 

BVA
RTL, Orange, presse régionale
24-25 avril 2012
échantillon: 2285 inscrits sur un total de 2428

Hollande 54,5 (+1,5)
Sarkozy 45,5 (-1,5)

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Harris Interactive
VSD, LCP-Assemblé Nationale
25-26 avril 2012
échantillon: 1032

Hollande 55 (+1)
Sarkozy 45 (-1)

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IFOP quotidien
Paris Match, Europe 1
24-27 avril 2012
échantillon: 963

Hollande 55 (+0,5)
Sarkozy 45 (-0,5)

1. Tous les clignotants sont brutalement au rouge pour Sarkozy et mes craintes (;)) sous-jacentes d’hier semblent se confirmer aujourd’hui:

il baisse partout et est désormais plus à 45 qu’à 46;

– les reports de voix se dégradent spectaculairement dans l’IFOP quotidien: 85/4/11 chez Mélenchon (donc un déplacement de 9 points de l’abstention vers Hollande), 33/31/36 chez Bayrou (donc un transfert de 6 points de Sarkozy vers l’abstention); en revanche, c’est stable chez Le Pen (23/45/32), mais c’est en soi une mauvaise nouvelle pour Sarkozy.

On voit très bien les transferts, qui ne sont pas du tout directs d’un candidat à l’autre, comme attendu, mais qui utilisent le vote blanc ou l’abstention comme solution de repli ou comme base de départ pour rejeter un candidat:

remobilisation supplémentaire à gauche (et on peut supposer que le même phénomène se produit chez Joly, Poutou et même Arthaud, bien que nous n’ayons plus de chiffres actualisés), où les très sceptiques à l’égard du social-traître Hollande sont tellement opposés à Sarkozy qu’un vote bourgeois anti-Sarkozy s’impose…

perte d’électeurs de centre et centre-droit très modérés, qui, sans aller jusqu’à se compromettre à gauche, considèrent qu’ils sont politiquement « tenus » de ne pas s’associer à un Sarkozy trop déporté à droite; de ce point de vue, les prises de position de Bayrou et Villepin n’y changent probablement rien, les électeurs étant suffisamment mûrs pour se prononcer eux-mêmes; mais on voit bien, à travers les humeurs du jour de Villepin ou même Etienne Pinte (très proche de Fillon), que la prise de position de Bayrou jeudi prochain va parasiter totalement la fin de la campagne de Sarkozy, qui risque le sort du taureau dans une arène espagnole, ployant sous l’acharnement des banderilles…;

incapacité à progresser chez les lepénistes car il a déjà regagné l’électorat populaire naturellement à droite (commerçants, artisans, petits paysans,…) et que sa nouvelle rhétorique ne peut plus grignoter l’électorat populaire-populaire, qui risque même de finir par rejoindre Hollande, par rejet de la « drague » et des ficelles sarkozystes.

BVA et Harris nous donnent également des reports de voix similaires et sans espoir pour Sarkozy:
– chez Mélenchon, 89/5/6 et 92/2/6, c’est-à-dire un retour sur les 85-90, alors que la première moitié de la semaine était plutôt inférieure à 85;
– chez Bayrou, 38/41/21 et 41/36/23, d’autant plus mauvais pour Sarkozy dans Harris que ce dernier sondage est plus récent;
– chez Le Pen, 26/47/27 et 21/48/31, avec un Hollande loin d’être ridicule dans cet électorat.

Bien entendu, Sarkozy n’implosera pas complètement, surtout qu’il a semblé, dès ce soir, modérer son discours à Dijon. Il garde un électorat où le réflexe de « grognard » (bonapartiste ou gaulliste) est encore fort. En outre, la perspective d’une forte victoire de la gauche peut inciter à une remobilsiation à droite afin d ‘éviter un trop fort raz-de-marée. Mais il s’est fragilisé et risque la désaffection sur son flanc gauche, tandis que Hollande n’a toujours pas pris le moindre risque, même sur l’immigration…et a poursuivi son équilibrisme habituel (« …et en même temps… »).

L’UMP aurait peut-être dû désigner Martine Aubry comme candidate… Oui, mon moral est à zéro… 😛

2. J’ai donc calculé un indicateur agrégé intermédiaire (et vous allez aussitôt me dire que c’était une mauvaise idée :D), sur la base habituelle des intentions de vote, depuis dimanche dernier inclus, soit un indicateur purement « second tour »:

Hollande 54,51
Sarkozy45,49

Quant à l’indicateur des reports de voix, il donne
Hollande 53,51
Sarkozy 46,49
Cet indicateur est évidemment trop favorable à Sarkozy, mais il rend compte de l’amélioration qu’il avait connue ce dimanche et en début de semaine dans les électorats bayrouïste et lepéniste et de l’effritement de Hollande à gauche après une dernière semaine de premier tour d’effervescence et, peut-être, une déception grognonne chez certains électeurs mélenchonistes.
Aujourd’hui, Sarkozy semble réaliser la France unie…. mais contre lui…

En outre, cet indicateur des reports de voix surévalue probablement les abstentionnistes du premier tour qui pourraient se déplacer le 6 mai (enfin, ce sont les électeurs eux-mêmes qui surévaluent leur propension à aller voter) et il n’est pas actualisé sur Poutou-Arthaud-Joly et même Dupont-Aignan, puisque les sondeurs n’ont rien publié de neuf sur eux.

Donc, ne blâmez pas cet indicateur intermédiaire: il sera au contraire très intéressant de le voir évoluer lundi puis vendredi prochains. Je travaille là pour la postérité en quelque sorte 😛

Voici le graphique, qu’il faut interpréter comme ce qu’aurait pu être une campagne de second tour réussie pour Sarkozy: un resserrement et une défaite dans l’honneur… un potentiel qu’il est peut-être en train de dilpaider tout seul… décidément, Hollande n’aura pas fait grand-chose dans cette campagne: DSK et Sarkozy se seront obligeamment auto-détruits pour le laisser accéder à l’Elysée… 😛 Ce ne sera pas une victoire « au centre » ou « au peuple », mais « coup(s) de bol » !

Attendons-nous à une forte dégradation de ces courbes pour Sarkozy la prochaine fois:

Derniers sondages CSA, TNS-Sofres et IFOP quotidien: convergence vers les 54-46 avec des reports de voix en mouvement

 

CSA
BFM-TV, RMC, 20 Minutes, CSC
24-25 avril 2012

échantillon: 1009 inscrits sur un total de 1121

Hollande 54 (-2)
Sarkozy 46 (+2)

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TNS-Sofres-SOPRA Group
i-Télé
24-25 avril 2012
échantillon: 1000

Hollande 55 (=)
Sarkozy 45 (=)

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IFOP-Fiducial
Paris-Match, Europe 1
23-26 avril 2012
échantillon: 966

Hollande 54,5 (-0,5)
Sarkozy 45,5 (+0,5)

1. Une convergence des sondeurs semble se faire jour vers les 54-46, si l’on tient compte des enquêtes des autres sondeurs (IPSOS, Harris, BVA dimanche dernier, OpinionWay avant-hier): seuls BVA (53-47) et TNS-Sofres (55-45) divergent (LH2 étant « absent » à ce jour).

54-46 ? Toujours le parallèle avec 1988…

Bref, plutôt une stabilité, mais à un haut niveau pour Hollande. Surtout que les pronostics sont forts pour lui (66-28 chez CSA, 63-35 chez Harris, 50-21 chez IFOP) et même parmi les électeurs de Sarkozy, l’espoir s’est en partie évanoui (26-73 chez Harris mais 41-52 chez CSA… haut les coeurs, voyons ! :P). Le souhait reste toutefois partiellement en berne pour Hollande, toujours vainqueur par défaut (50-45 chez Harris et 42-35 seulement chez IFOP).

2. Toutefois, des mouvements sont peut-être en cours dans les reports de voix. La « fuite en avant », ou plutôt la « fuite à droite » de Sarkozy devrait mobiliser massivement à gauche, indisposer les électeurs bayrouïstes et ravir une partie des électeurs lepénistes. C’est pourtant presque l’inverse qui semble se produire, si l’on considère respectivement CSA, TNS-Sofres et l’IFOP quotidien de ce jour:

– dans l’électorat Mélenchon, la situation est toujours solide pour Hollande: 85/5/10, 82/6/12, 81/5/14, mais il y a une légère décrue (80-85 plutôt que 85-90), ainsi que je le prévoyais, après une certaine euphorie des électeurs interrogés dimanche;

– dans l’électorat Bayrou, la situation est encore contrastée mais confirme soit que Sarkozy a rattrapé Hollande (TNS-Sofres: 32/39/29 et IFOP: 33/37/30), soit qu’il n’en est pas loin (CSA: 42/36/22). Mais c’est plutôt le flou et, comme les Français mettent toujours quelques jours à ingurgiter et digérer les évolutions de campagne, ces chiffres pourraient bien se dégrader de nouveau pour Sarkozy à l’issue du week-end. En outre, le nouveau tropisme de Bayrou vers Hollande pourrait créer une mauvaise surprise pour Sarkozy: attention, les consignes de vote n’ont que très peu d’importance directe sur les intentions de vote; en revanche, l’information, jeudi prochain, que Bayrou soutiendrait à titre personnel Hollande ou, simplement, « répliquerait » sa position de 2007 (je ne dis rien, mais je critique surtout Sarkozy), aurait surtout le désavantage pour Sarkozy de parasiter le traitement médiatique de l’après-débat si le débat a tourné, même légèrement, en sa faveur; le brouhaha médiatique des 2 derneirs jours pourrait être fort négatif pour le Président sortant, à l’inverse de 2007 qui avait vu un effondrement de Royal du mercredi au vendredi (même si elle s’était redressée un peu les samedi et dimanche);
sur l’attitude de Bayrou, j’en rajoute une louche sur 1988: et si Bayrou jouait le Stasi, voire le Stirn de base et soutenait Hollande comme certains centristes avaient soutenu Rocard et certains « isolés » du centre-droit avaient rejoint le gouvernement de « France unie » du Mitterrand de 1988, dans la première version historique de l’ouverture ?
encore une fois, ce serait un pari très risqué pour Bayrou, car Hollande n’aura pas besoin de lui (non, même pas en cas de crise financière, car l’essentiel, c’est d’avoir la majorité au Sénat et à l’Assemblée et le PS sera probablement écrasant à lui tout seul, per se et aussi grâce à la deuxième vague « marine »); à l’inverse, s’il appelle à voter Hollande, il sera définitivement coupé des Borloo, Lagarde, NKM, Juppé, qui seraient disposés à le voir revenir;

– dans l’électorat Le Pen, Sarkozy ne s’améliore pas réellement depuis dimanche et Hollande semble légèrement conforté: 23/53/24, 16/51/33, 23/45/32. Là encore, c’est à surveiller, car certains électeurs lepénistes a priori abstentionnistes pourraient se retourner vers Hollande par « agacement » à l’égard des « avances » (lourdes) de Sarkozy. Le Pen s’est fait un plaisir sadique de souligner cette situation et elle joue désormais au chat et à la souris avec Sarkozy, en l’obligeant tantôt à paraître la copier (suivisme), tantôt à s’en éloigner (mépris), mais en montrant toujours qu’elle tient le jeu en mains;

– dans l’électorat qui ne s’est pas prononcé au premier tour, seul CSA donne des chiffres (21/29/50), qui montrnt une forte amélioration pour Sarkozy par rapport à dimanche, mais qui en réalité se rapprochent de ceux habituels fournis par OpinionWay, c’est-à-dire un certain équilibre, (trop) légèrement favorable à Sarkozy. Ceci étant dit, ces niveaux cumulés d’abstentionnistes qui voteraient au second tour sont irréalistes (la moitié d’entre eux rejoindraient les votants du 1er tour !?).

3. Que diriez-vous d’une nouvelle publication de l’indicateur ce vendredi, avant une publication, disons mardi prochain, avant le débat, puis un dernier vendredi prochain, après le débat ?

A chaque fois, je publierais l’indicateur agrégé habituel (en l’occurrence sur la dernière semaine de manière glissante) et l’indicateur sur les seules sondages depuis l’indicateur précédent, afin de mieux dégager la tendance.

Palmarès des sondeurs pour le 1er tour: Harris surprenant vainqueur, mais l’indicateur agrégé est bien le meilleur moyen d’approcher les résultats réels

1. Suivre les sondages implique, au final, d’émettre un jugement sur leur fiabilité.

Ce jugement est forcément tronqué et une critique fondamentale adressée au système des sondages persistera toujours: nous sommes incapables d’assurer que les évolutions intermédiaires entre le premier et le tout dernier sondages ont été réelles ou non. L’influence auto-réalisatrice des sondages n’est pas inexistante et les comportements électoraux sont forcément modifiés, même à la marge, par les perspectives données par les sondages: le vote « utile » peut être important et désavantager ainsi des petits candidats (surtout depuis l’expérience cuisante de la gauche en 2002); les « dynamiques » (positives ou négatives) perçues à travers les sondages peuvent s’amplifier au travers du battage médiatique, d’un effet « boule de neige » ou d’effets de mode. Indirectement, les sondages peuvent être essentiels pour expliquer des résultats d’élections primaires: la désignation de Ségolène Royal lors des primaires 2006 du PS en est une bonne illustration, comme, probablement, le bon score de second tour de Hollande en 2011 (désigner le candidat censé avoir le plus de chances face à l’ennemi). Enfin, les sondages influencent les comportements et les campagnes des politiciens eux-mêmes.

Néanmoins, c’est bien l’utlisation, l' »interprétation » ou plus simplement la présentation faites des sondages par les médias qui posent problème. Certes, il y a eu 2002, mais je suis persuadé qu’un indicateur agrégé correctement prolongé en 2002 aurait bien montré que la possibilité d’un dépassement de Jospin par Le Pen était réelle.

Plus largement, il n’y a pas eu, pour les élections présidentielles, d’erreur fondamentale. La dernière édition ne fait pas exception, malgré toutes les gloseries dans les médias et sur Internet. Evidemment, ce que l’on pense que révèlent les sondages est une autre chose que les chiffres réels: lundi, dans le poste, Jean Plantu critiquait les sondeurs parce qu’ils avaient placé Mélenchon troisième (et qu’ils avaient donné de faux espoirs… on rêve… surtout à l’égard de ceux qui précisément ont toujours rejeté les sondages et ont dit vouloir les faire mentir) et la journaliste de France Info de l’appuyer en disant que les sondeurs plaçaient Le Pen à 13-14… Tous ceux qui lisent ce blog, qui a publié TOUS les sondages et a fourni un indicateur agrégé depuis le début de la vraie campagne, savent ce qu’il en est. En réécrivant l’histoire au fur et à mesure qu’elle se fait (une spécialité française…) ou ne faisant dire aux sondages que ce que l’on veut qu’ils disent, évidemment, les sondages auront toujours tort.

Les titres des journaux, qui ont désormais une vocation purement politique et commerciale, et non une vocation de synthèse la plus intelligente et ramassée possible d’informations contenues dans l’article ou le reportage, et la reprise de ces titres ou d’informations fournies sous une forme de plus en plus minimaliste (bandeaux des chaînes d’information continue, chapôs d’articles sur Internet, twits, messages Internet de toutes sortes, etc) sont les principaux responsables de ce phénomène.

Quand une intention de vote évolue, est-ce par rapport au sondage précédent du même sondeur (même si c’est 1 mois plus tôt ?), au sondage précédent paru dans le même média (même si c’est 6 mois plus tôt ?) ou au tout dernier sondage paru (même s’il porte sur des dates d’enquête plus anciennes qu’un autre ou plus récentes que celui dont on parle ?). Mais on n’a pas le temps de s’arrêter à ces détails… En revanche, on a le temps de gloser, de « polémiquer » (le grand mot à la mode…), d' »analyser » pendant de longues minutes sur les erreurs des sondeurs…

Au contraire, en retenant le dernier sondage de chaque institut, 2012 aura été un bon crû, contrairement à ce que je pensais dimanche soir, sur la foi d’estimations de votes qui, elles, ne furent pas brillantes (mais c’est la faute à l’absence de sondages « sortie des urnes », un véritable attentat sociologique et scientifique, car cette élection ne pourra pas être analysée correctement…

Aucun sondeur ne s’est trompé dans l’ordre d’arrivée des 5 grands candidats, certains plaçant simplement des candidats à égalité. Il a pu y avoir quelques inversions de classement mais seulement pour les petits candidats et encore, jamais plus d’une par institut.

Aucun sondeur ne s’est trompé au-delà de la marge d’erreur affichée d’environ 3% et ce pour l’ensemble des candidats.

Les seules « surprises » n’en ont pas été:
– souvenons-nous que j’avais plusieurs fois écrit qu’à environ 16% (et combien de sondages sont sortis à ce niveau en avril ! cf. mes courbes par sondeur), Le Pen était très haute (et, à titre personnel, je pensais de manière erronée qu’elle était surévaluée, alors que les sondeurs étaient dans le vrai); de surcroît, elle rebondissait quelque peu:

– souvenons-nous que j’avais plusieurs fois écrit (sous quelques huées ;)) que Mélenchon plafonnait et se retournait et la tendance s’est simplement prolongée et accélérée pour lui:

En revanche, on a moins parlé d’une sorte de rechute de Bayrou, probablement victime d’un vote « utile » vers Hollande:

Hollande a peut-être bénéficié de votes « utiles », sur sa droite et sur sa gauche, mais il est globalement très bien évalué:

Sarkozy est plutôt dans le haut de sa fourchette; il « surperforme » mais beaucoup moins qu’en 2007 et il est correctement évalué:

Au final, le paysage est donc satisfaisant sur la fiabilité globale. Qu’en est-il de la fiabilité comparée ?

2. Dans le détail, plusieurs critères peuvent permettre de juger de la fiabilité comparée des sondeurs (cette échelle est totalement subjective et imparfaite… et n’hésitez pas à la critiquer):

l’ordre d’arrivée des candidats dans le dernier sondage par rapport à l’ordre d’arrivée réel, pondéré pour 15% de la note finale, en comptant comme suit sur 15: perte de 3 points en cas d’inversion entre deux « grands » candidats, de 1,5 points en cas d’égalité entre « grands » candidats, de 0,75 point en cas d’inversion entre « petits » candidats, de 0,25 point en cas d’égalité entre « petits » candidats;

la tendance de chaque sondeur pour les 5 « grands » candidats, pondérée pour 5% de la note finale: j’ai pris en compte les deux derniers sondages de chaque institut et ai retiré, sur 5 points, 0,5 point s’il stagnait et ne se rapprochait pas du résultat réel du candidat, 1 point s’il s’éloignait de ce résultat réel (à la hausse ou à la baisse); ce critère permet de relativiser le précédent et de « récompenser » un peu une tendance bien perçue, à défaut du niveau réel;

les valeurs absolues des écarts entre le dernier sondage et les résultats réels, pondérées pour 50% de la note finale: j’ai fait la somme des valeurs absolues des écarts calculés pour chaque candidat, « petits » compris, que j’ai ensuite déduite de 50;

l’ampleur des écarts entre le dernier sondage et les résultats réels, pondérée pour 30% de la note finale: j’ai fait le rapport entre l’écart constaté pour chaque candidat et le niveau de son résultat réel, puis j’ai additionné ces rapports et j’ai déduit le total de 10 puis ramené le tout sur 30; cela permet de prendre en compte l’importance relative de l’écart (il est plus ennuyeux de se tromper de 2 points sur Bayrou que sur Hollande, pour faire court) et de compléter le critère précédent, un peu trop brutal.

J’ai intégré les 8 sondeurs ayant publié des intentions de vote, l’indicateur agrégé publié sur ce blog et la tendance de l’indicateur agrégé, c’est-à-dire ce qu’aurait donné l’indicateur le 22 avril en prolongeant les évolutions en cours, telles qu’elles apparaissaient dans le graphique du 20 avril: Hollande 28,2 / Sarkozy 26,4 / Le Pen 16,0 / Mélenchon 13,3 / Bayrou 10,5 / Joly 2,3 / Dupont-Aignan 1,5 / Poutou 1,2 / Arthaud 0,4 / Cheminade 0,1.

Le classement sur les différents critères est le suivant:

– ordre d’arrivée:
1ers ex aequo: Indicateur brut, Indicateur en tendance, Harris
4èmes ex aequo: CSA, LH2
6ème: IPSOS
7èmes ex aequo: IFOP, TNS-Sofres
9ème: OpinionWay
10ème: BVA

– tendance:
1ers ex aequo: Indicateur brut, Indicateur en tendance, IFOP
4èmes ex aequo: IPSOS, OpinionWay
6èmes ex aequo: Harris, TNS-Sofres
8èmes ex aequo: CSA, LH2
10ème: BVA

– valeur absolue des écarts:
1er: Indicateur en tendance (7,3)
2ème: TNS-Sofres (7,5)
3ème: OpinionWay (7,9)
4ème: Indicateur brut (8)
5ème: Harris (8,1)
6ème: IFOP (9,1)
7ème: IPSOS (9,5)
8ème: LH2 (10,9)
9ème: CSA (11,1)
10ème: BVA (11,5)

– ampleur relative des écarts:
1er: Indicateur en tendance (1,61)
2ème: Indicateur brut (1,72)
3ème: Harris (2,29)
4ème: IFOP (2,34)
5ème: OpinionWay (2,56)
6ème: LH2 (2,75)
7ème: IPSOS (2,76)
8ème: CSA (2,86)
9ème: TNS-Sofres (2,97)
10ème: BVA (3,14)

Enfin, la note globale finale est la suivante:
1er: Indicateur en tendance 84,37
2ème: Indicateur brut 83,34
3ème: Harris 80,53
4ème: IFOP 79,13
5ème: OpinionWay 78,34
6ème: TNS-Sofres 77,63
7ème: IPSOS 77,39
8ème: LH2 75,64
9ème: CSA 75,05
10ème: BVA 71,41

Mon échelle étant quelque peu artificielle (un peu « dure » pour TNS-Sofres notamment et un peu « généreuse » pour IFOP peut-être), il faut surtout retenir que:
l’indicateur était une vraie bonne idée 😀

Harris est clairement le meilleur sur ses tout derniers sondages, ce qui ne peut manquer de surprendre après les critiques dont il a fait l’objet à la fin de l’hiver 2011 en plaçant Marion « Marine » Le Pen en tête (refaisant même un sondage devant le tohu-bohu médiatique) et étant donné ses méthodes de sondage par Internet et non par téléphone,
IFOP, OpinionWay, TNS-Sofres et IPSOS constituent un groupe tout à fait satisfaisant, OpinionWay faisant l’objet de critiques similaires à celles adressées à Harris,
LH2 et CSA sont en retrait et assez moyens,
BVA n’a pas été bon.

Comme pour la primaire du PS, les « nouveaux arrivants » Harris et OpinionWay se sont donc très bien débrouillés et rejoignent, voire dépassent dans le cas d’Harris, le trio traditionnel IPSOS-IFOP-TNS Sofres. CSA, LH2, BVA confirment leur performance médiocre de 2007.

Devrais-je pondérer l’indicateur agrégé de ce nouveau facteur: la fiabilité relative des instituts ? Ma foi, la faible différence entre sondeurs, à ce jour, pour le second tour, comme le fait que les « gros » contingents de l’IFOP compensent les (faibles) contingents de CSA et LH2 et les (récemment plus gros) contingents de BVA, ne m’incitent pas à le faire. En outre, l’historique est trop faible (même si ce premier tour confirme les tendances de 2007-2011, y compris celles des élections locales et de la primaire du PS) pour pouvoir affecter une pondération intelligente à chaque institut.

3. Antonio me réclame une explication des deux « surprises », Le Pen et Mélenchon. Je tenterais quelques explications, que seuls des sondages sorties des urnes auraient pu confirmer (satané pays…. parce que certains sont des nuls et ne peuvent attendre une heure de plus pour publier des chiffres, on a tué l’étude sociologique de l’électorat du 22 avril 2012…. quelle honte !):

Le Pen a bel et bien gagné sur un électorat populaire qui se déclarait pour Mélenchon dans les sondages (1 point serait suffisant): sa force relative dans les zones semi-urbaines ou urbaines du Nord-Pas-de-Calais et de Picardie et dans certaines zones de l’Est (Meuse du nord, Vosges, certaines parties non rurales de Moselle et Meurthe-et-Moselle) pourrait expliquer la faiblesse relative de Mélenchon dans ces régions alors que par ailleurs, sa répartition géographique est largement celle du PCF (nord et ouest du Massif Central, Midi languedocien et bas-Rhône, certains contreforts pyérénéns) et du « vieux » PS (sud des Alpes et intérieur de la Provence, Midi toulousain, centre des Pyrénées, Auvergne);

Le Pen a bien été légèrement sous-estimée, par une subsistance de « vote honteux » (jusqu’à 1 point ?), qui a peut-être été moins « redressé » par les instituts, car n’oublions pas que, après avoir été sous-estimé en 1988, 1995 et 2002, Le Pen prèe avait été sur-estimé en 2007; en outre, avec une base de référence lepéniste réduite en 2007, l’évaluation du FN était peut-être un peu plus difficile en 2012;

Mélenchon a pâti d’un vote « utile » pour Hollande pouvant aller jusqu’à 1 point: il a servi de défouloir dans les sondages, pour tenter de retenir Hollande sur la gauche, mais un certain nombre d’électeurs ont probablement rallié Hollande le jour du vote, par souvenir du traumatisme de 2002 et par véritable raisonnement « utilitariste » consistant à se dire qu’il fallait absolument que Hollande soit en tête (raisonnement que n’ont pas eu les stupides 😉 électeurs de droite qui se sont dispersés sur Dupont-Aignan et Le Pen);

Mélenchon a pu perdre jusqu’à 0,5 point (et à ce niveau, cela compte) au profit de Poutou et, marginalement, d’Arthaud;

les sondeurs (à part CSA, mais il ne fait pas au bon moment :P) sont peut-être portés à « freiner » les tendances qu’ils décèlent et donc, les deux tendances fortes précédant immédiatement le premier tour, le retournement de Mélenchon et la reprise de Le Pen, ont été sous-estimées;

– enfin, la « cristallisation », pour beaucoup de Français (environ 10% disent-ils), se fait le dernier week-end, voire le dernier dimanche; ceux-là sont peut-être plus enclins à exprimer un vote de « ras-le-bol », d’inquiétude et de « rejet du système », ce qui avait favorisé Le Pen père en 2002, Bayrou en 2007 (qui avait fini plus fort que les derniers sondages) et Le Pen fille aujourd’hui (car son vote n’est pas majoritairement raciste et sécuritaire, ce serait une erreur de le penser; il est social, nous y reviendrons).

Cela suffit bien à expliquer 2 points en plus ici et 2 points en moins là. De là à évaluer chacun des facteurs…

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IFOP quotidien
Paris Match, Europe 1
22-25 avril 2012
échantillon: 1507

Hollande 55 (=)
Sarkozy 45 (=)

N’oublions pas l’IFOP du jour, surtout qu’il intègre désormais une matrice de report des voix chaque jour ! Ils se rattrapent aujourd’hui:

électorat Mélenchon: 82/2/16 le 23 avril, 82/3/15 le 24 avril, 81/3/16 le 25 avril, bref une situation légèrement moins favorable à Hollande que dans les autres sondages immédiatement après le vote,
électorat Bayrou: 44/35/21 le 23 avril, 43/34/23 le 24 avril, 40/35/25 le 25 avril, bref une situation bien moins favorable à Sarkozy que dans les autres sondages; troublant…
électorat Le Pen: 22/42/36 le 23 avril, 21/43/36 le 24 avril, 21/44/35 le 25 avril, bref quelque chose d’équivalent aux autres sondages, c’est-à-dire de bien insuffisant pour Sarkozy.

Derniers sondages OpinionWay et IFOP: stabilisation

 

OpinionWay-Fiducial
Les Echos, Radio Classique
23-24 avril 2012
échantillon: 1145 inscrits sur un total de 1227

Hollande 54 (-1)
Sarkozy 46 (+1)

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IFOP quotidien
Paris Match, Europe 1
22-24 avril 2012
échantillon: 1185

Hollande 55 (=)
Sarkozy 45 (=)

1. J’ai repris l’habitude d’afficher l’évolution des intentions de vote par rapport au précédent sondage du même sondeur. Etant donné que la périodicité est forte, ce n’est pas inintéressant (ici, cela permet une comparaison avant et après le 1er tour et je suppose que tous re-sonderont la semaine prochaine: cela permettra de voir l’évolution entre l' »euphorie » de gauche du 1er tour et la normalisation supposée d’entre-deux-tours).

Je publierai également l’IFOP quotidien chaque jour. Voici déjà le graphique actualisé:

Précisons que l’IFOP reprend ses 300 personnes par jour sur 3 jours. Pour le 1er tour, a posteriori, relativisons les accusations de manipulation car, contrairement aux annonces initiales, ils étaient passés à 900 par jour depuis le 9 avril et non 450. Je le précise quand même à toutes fins utiles.

2. En termes de reports de voix, OpinionWay voit un fort report de Mélenchon vers Hollande (91/2/7), une plus grande décision des électeurs de Bayrou, légèrement plus favorable à Sarkozy (36/41/23), une stabilisation des reports dans l’électorat Le Pen (27/47/26), bien insuffisante pour Sarkozy, une inocuité des nouveaux électeurs (abstentionnistes du 1er tour se reportant à 19/19/62).

En ce qui concerne l’électorat Le Pen, j’y reviendrai, mais notons d’ores et déjà que Sarkozy est peut-être en train de commettre une erreur en misant tout sur leur report. Certes, le plus gros contingent est là et il n’a plus trop de possibilités, mais la carte lepéniste est plus « populaire » (cela ne veut pas dire de gauche, cela veut dire « dépolitisée » et abstentionniste, anti-système mais pas conservatrice ou « d’ordre ») qu’autre chose: elle a beaucoup progressé dans les zones rurales et rurbaines du Nord, de Picardie, du Bassin Parisien « lointain », de l’Est intérieur, du Languedoc et de la vallée de la Garonne, mais moins dans le Lyonnais, les Savoies, la grande couronne parisienne, l’Alsace ou même la Franche-Comté. Elle est un peu moins à droite et cela écartèle encore davantage Sarkozy entre le centre et le FN.

Bref, cet électorat sera un peu moins facile à capter qu’au 1er tour. Sarkozy aurait probablement dû, après l’affaire Merah, rester sur une posture présidentielle, d’ordre certes, mais plus institutionnelle et républicaine au vieux sens du mot. Il aurait ainsi pu améliorer un peu ses positions chez les bayrouïstes et les souverainistes, ayant déjà regagné ce qu’il pouvait dans la petite bourgeoisie de droite dure.

Il n’est pas impossible que l’écart de 54-47 qui semble s’installer progressivement ne se réduise pas tellement davantage, après tout… Sarkozy semble continuer de faire sa campagne de 1er tour, ce que ne manqueront pas de noter les électeurs.

En outre, n’oublions pas que Hollande, lors de la primaire du PS, avait été porté au 2nd tour, par un vote « utile » important; après un 1er tour en demi-teinte par rapport aux attentes. Ce même mécanisme « utile » semble fort à gauche, où l’unité est totale du PCF à EE-LV.

Quant aux soutiens de Takkiedine et de Berlusconi à Hollande, ils n’effaceront probablement pas l’effet des dissensions déjà apparentes à droite (Sarkozy-Juppé, Fillon-Jouanno,…) !

3. Le Conseil constitutionnel devrait avoir validé les résultats demain: je publierai alors le palmarès des sondeurs après le 1er tour. Vous avez aimé les surprises de la primaire du PS ? Vous aimerez les surprises du 1er tour !

Je compte profiter du week-end pour réaliser quelques cartes: ce sera bien tard, mais bon, un peu de patience et, malheureusement, même en période électorale, la vie et ses obligations continuent 😛 …

Indicateur agrégé du 23 avril 2012 et nouvel indicateur des reports de voix: l’écart Hollande-Sarkozy, même s’il doit se resserrer, paraît trop important

L’indicateur du second tour bouge à peine ce lundi. Bien entendu, il devrait enregistrer un resserrement lundi prochain. Les sondages d’hier soir, même s’ils marquent déjà une diminution chez les sondeurs les plus favorables à Sarkozy, montrent aussi que, chez les autres, l’écart persiste voire s’élargit un petit peu chez IFOP, avec 55/45 dans le premier IFOP quotidien de cette semaine, qui repart sur des « bases neuves », avec un échantillon de 865 interrogé hier et aujourd’hui), de manière fort ironique. Même les 53-47 semblent encore loin.

1. Hollande est désormais en position de force:
– arrivé en tête, il a l’avantage de la dynamique et d’une certaine ambiance médiatique d’inéluctabilité,
– il n’a même pas besoin de changer de positionnement et peut continuer la même campagne,
– le scénario de 1988 est bien à l’oeuvre et, ainsi que je l’avais dit dès le début, cette élection devrait être gagnée « au centre » et non « au peuple »,
– la magie n’agit plus pour Sarkozy, qui ne parvient plus réellement à convaincre et qui se retrouve de nouveau déporté sur la droite,
– les reports de voix, déjà évoqués dans l’article précédent, restent largement suffisants, tant ils sont élevés à gauche, équilibrés au centre et encore trop limités à l’extrême-droite pour Sarkozy,
– Sarkozy est, lui, pris en étau depuis le début entre le centre et le FN et ce dilemme reste entier aujourd’hui et probablement insoluble,
-il peut même compter sur un probable « vote révolutionnaire » des hiérarques et de militants du FN, qui voteront pour lui pour briser la droite, comme Marchais avait voté Giscard le 10 mai 1981 et Chirac avait peut-être voté Mitterrand,
– les pouvoirs en place, surtout depuis 10 ans, perdent tous en Europe dans le climat de crise.

Mais, évidemment, il peut toujours exister une petite voie de salut pour Sarkozy.
Reste son énergie personnelle, qui est indéniable.
Reste le resserrement inévitable lié à l’égalité de temps de parole et à la volonté médiatique d’avoir du suspense.
Reste la stature de chef de l’Etat, qui peut quand même convaincre des électeurs de Bayrou et de Le Pen de faire le choix du « moindre mal », le choix de la raison face à une gauche qu’ils ne peuvent imaginer de laisser passer seulement parce qu’ils n’aiment pas Sarkozy ou qu’il les a déçus.
Reste l’amélioration en cours des reports de voix de l’électorat Le Pen et peut-être même de l’électorat Bayrou.
Reste la possibilité d’une bonne performance en débat singulier (Sarkozy avait largement battu Royal; Hollande avait juste surnagé face à Aubry), même si Hollande sera plus serein et n’aura pas à prendre de risque face à Sarkozy.

2. Pour faciliter les calculs, je vous soumets également un indicateur agrégé et pondéré de la même manière que notre indicateur principal, mais portant sur les reports de voix, toujours selon l’ordre « vers Hollande / vers Sarkozy / vers l’abstention »:

électorat Poutou: 49,00 / 25,00 / 26,00 (l’échantillon est faible, mais cela correspond assez classiquement aux chiffres de l’ultra-gauche)

électorat Mélenchon: 82,94 / 4,69 / 12,36

électorat Joly: 78,41 / 3,59 / 18,00

électorat Bayrou: 35,34 / 32,21 / 32,45

électorat Dupont-Aignan: 24,00 / 45,00 / 31,00 (un seul sondeur, BVA, et ce n’est pas le meilleur, comme nous le verrons bientôt… mais cela ne paraît pas indécent comme matrice de report)

électorat Le Pen: 22,19 / 46,67 / 31,15

abstentionnistes: 17,54 / 12,00 / 70,46 (fortement déformé par un sondage CSA douteux; c’est la matrice la plus difficile à discerner: il peut y avoir démobilisation dans l’un comme dans l’autre camp et mobilisation dans l’un comme dans l’autre; à défaut, on peut imaginer un effet équilibré)

En utilisant ces données, en considérant que l’électorat Arthaud se comporte comme celui de Poutou, que l’électorat Cheminade est négligé et que les deux qualifiés retrouvent tout leur électorat du 1er tour (ce qui n’est jamais vérifié, mais reste globalement bon), cela donne un rapport de force de:
54,59 pour Hollande et
45,41 pour Sarkozy.

Si besoin est, j’actualiserai l’indicateur agrégé des intentions de vote et celui des reports de voix plus souvent que prévu… 😀 (cf. page sur le « Mode de calcul »)
En attendant, à vos calculettes !

Derniers sondages IPSOS, BVA, CSA, Harris et IFOP: Hollande domine toujours un second tour pour lequel Sarkozy améliore les reports de voix

 

IPSOS-Logica Business Consulting
Radio France, France Télévisions, Le Monde, Le Point
22 avril 2012
échantillon: 1090 

Hollande 54 (-2)
Sarkozy 46 (+2)

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BVA
Le Parisien-Aujourd’hui en France
22 avril 2012
échantillon: 678 inscrits sur un total de 802

Hollande 53 (-4)
Sarkozy 47 (+4)

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Harris Interactive-Viadeo
M6
22 avril 2012
échantillon: 1088

Hollande 54 (=)
Sarkozy 46 (=)

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CSA
i-Télé, BFM-TV, RMC, 20 Minutes, CSC
22 avril 2012
échantillon: 1009

Hollande 56 (-1)
Sarkozy 44 (+1)

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IFOP-Fiducial
Paris-Match, Europe 1, Public Sénat
22 avril 2012
échantillon: 1004

Hollande 54,5 (+0,5)
Sarkozy 45,5 (-0,5)

1. J’évaluerai les résultats de chaque sondeur prochainement, une fois les résultats complets et définitifs connus, voire validés par le Conseil constitutionnel (a priori, c’est le jeudi qui suit). Je prolongerai mes graphiques par sondeur. Je vois que, déjà, beaucoup de commentaires s’y emploient et relativisent aussi le nouvel échec supposé des sondeurs: ainsi, mon blog n’aura pas été inutile ;). Les tendances de l’indicateur agrégé montraient globalement qu’elles avaient été bien décelées, même si, pour Le Pen et Mélenchon, l’ampleur n’était pas exacte.

Je ne peux également m’empêcher de rire gentiment des commentaires anti-sondages et basés sur l’observation du terrain qui nous prédisaient ces dernières semaines le raz-de-marée mélenchonien.

Cela ne m’empêche pas de reconnaître que mon pronostic personnel était, comme d’habitude, lourdement erroné: Le Pen n’était pas surestimée mais bien sous-estimée; Sarkozy n’a pas du tout rebondi; Hollande n’a pas pâti d’une quelconque démobilisation. J’aurais dû faire mon pronostic à midi, après les chiffres de participation et mon propre vote… 😛

En revanche, l’indicateur agrégé s’est avéré fort utile: il suffisait de le prolonger de manière plus prononcée pour Le Pen et Mélenchon (de même que mes graphiques de sondeurs avec tendances). Globalement, cela rejoint les constats faits aux Etats-Unis et c’est bien ainsi. Les sondeurs ne sont pas la vérité révélée, mais ils éclairent. Il faut toutefois tenir compte de la volatilité du dernier week-end et de leur globale prudence dans les changements de tendance (sauf CSA, mais sans succès…).

2. En attendant, la vie sondagière continue et 6 enquêtes ont été effectuées aujourd’hui. Méfions-nous, ces enquêtes sont faites très vite (l’échantillon de BVA est très réduit: TNS-Sofres ne propose que des reports de voix).

Néanmoins, elles confirment la tendance globale des derniers temps, même si Sarkozy semble légèrement à la hausse. Je publierai l’indicateur actualisé ce lundi 23 avril.

En termes de reports de voix, même si certaines données sont curieuses (toujours CSA), les chiffres montrent une amélioration limitée en faveur de Sarkozy (par ordre d’apparition: CSA, IPSOS, Harris, BVA, IFOP et TNS-Sofres, qui a réalisé le 22 avril un sondage auprès de 1515 personnes pour TF1 et Métro, avec SOPRA Group et TriElec):

– dans l’électorat Mélenchon, la situation est encore plus solide pour Hollande: 91/3/6, 86/3/11, 83/2/15, 90/6/4, 83/6/11, 85/4/11. Peut-être s’agit-il d’un simple effet de mobilisation du premier tour, le niveau de 80 étant retrouvé ensuite, ou simplement, l’effet d’une réduction du score de Mélenchon, qui est plus centré sur la gauche et donc se reporte mieux aujourd’hui.

(je précise que j’ai étalé les récents sondages, de manière à garder une certaine lisibilité à la tendance: l’axe chronologique n’est donc pas parfaitement juste en fin de période)

– dans l’électorat Joly, seul CSA nous donne des reports de 84/3/13, qui retrouvent les meilleurs niveaux pour Hollande.

– dans l’électorat Bayrou, la situation est plus contrastée mais confirme que Sarkozy a rattrapé Hollande (ce qui reste toutefois insuffisant et est peut-être seulement lié à la réduction de la base bayrouïste, donc plus au centre-droit): 40/25/35, 33/32/35, 38/32/30, 36/39/25, 32/38/30, 31/34/35. Le déchet reste important.

– dans l’électorat Le Pen, Sarkozy se renforce, mais Hollande quelque peu également, conséquence probable de la « nationalisation » (au sens de sa diffusion et de son étalement dans le pays) du vote de Le Pen, sur laquelle j’aurai l’occasion de revenir en cartes: 27/52/21, 18/60/22, 17/44/39, 20/57/23, 31/48/21, 29/45/26.

– dans l’électorat qui ne s’est pas prononcé au premier tour, seul CSA donne des chiffres (28/13/59), bien différents des habituels reports fournis par OpinionWay, qui montraient régulièrement que les mouvements étaient équilibrés.

En bonus, voici une carte du vote Le Pen, qui montre la « nationalisation » de son vote: partout au-dessus de 10% sauf à Paris et dans les Hauts-de-Seine et des scores surprenants de 16,27% dans la Creuse ou près de 15% en Mayenne: