Indicateur du 2 avril 2012: les croisements de courbe et les tendances favorables de Sarkozy et Mélenchon ne remettent pas en cause le primat de Hollande

1. Après une longue attente, l’indicateur de cette semaine voit enfin se concrétiser les fameux croisements: Sarkozy a doublé Hollande et Mélenchon a doublé Bayrou.

L’évolution de notre indicateur confirme le glissement général vers la gauche, l’absence de remontée des petits candidats et une certaine polarisation gauche-droite.

En revanche, elle relativise, au moins en apparence, la question d’éventuels transferts Le Pen-Mélenchon. Le Pen est véritablement victime de la campagne de Sarkozy, ni plus, ni moins, tandis que Mélenchon, à ce jour, se « contente » probablement de siphonner Hollande et de terminer de marginaliser Joly.

Bien sûr, il y a des « itinérants », une frange populaire qui hésite entre Le Pen, Hollande, l’abstention, Mélenchon. Il y a sûrement quelques déracinés et originaux de la politique, qui pourraient tout aussi bien voter Bayrou ou Dupont-Aignan que Mélenchon. Mais il est surtout clair que les dynamiques respectives des candidats jouent un rôle important dans les processus à l’oeuvre, en prenant sur l’abstention, en renvoyant sur l’abstention, en prenant sur le candidat d’à côté ou en évitant que celui d’à côté leur en prenne:
Mélenchon est le seul à produire encore quelques feux, presque par défaut, tant la campagne semble désormais flotter bizarrement entre deux eaux, rapporté par des médias blasés,
Sarkozy bénéficie encore de la dynamique acquise, même s’il ne semble plus tellement en mesure de la renouveler si ce n’est en jouant de l' »émotion », recours vraiment ultime et pas bien beau (bien que son programme écrit soit sûrement un moyen de relancer la machine pour les deux dernières semaines),
Bayrou semble n’être qu’un écho du passé et a totalement raté l’ouverture que lui laissait Sarkozy au centre-droit,
Hollande gère pâlement son avance, en petit boutiquier inquiet, et croise les doigts pour ne pas trop baisser d’ici le 22 avril et ne pas définitivement perdre sa voix,
Le Pen retombe du côté du père et altère encore sa propre crédibilité,
– les petits candidats n’ont acquis aucune dynamique et Joly n’en finit plus de… tomber.

D’aucuns, férus des primaires républicaines américaines pourront dire que, avec 0,15%, Jacques Cheminade connaît un momentum digne de Fred Karger 😀

Il faut aussi noter que la percée de Mélenchon a fait du « bruit », non par son ampleur propre (celle de Le Pen en 2002 n’était pas néorme non plus mais a changé l’élection; celle de Bayrou en 2007, même si elle n’a pas changé l’élection, était d’une autre ampleur; celle de Chirac en 1995 reste fameuse surtout en raison de la chute bien plus grande de Balladur), mais parce qu’elle intervient dans un contexte de très grande stabilité, au regard des péripéties des autres élections (De Gaulle en ballottage en 1965, la gauche éliminée en 1969, la chute de Chaban en 1974, l’émergence de Le Pen en 1988, la guerre Balladur-Chirac en 1995, le météore Chevènement et la chute de Jospin en 2002, la surprise primaire Royal, campagne à l’américaine de Sarkozy et la menace Bayrou en 2007; seule 1981 fut une élection presque tranquille… sauf par son résultat final). En fait, les « gros » événements ont déjà eu lieu: la « révélation » DSK et la primaire ouverte du PS.

Certes, certains seuils auront une importance particulière et pourront faire parler de vraies péripéties pour cette élection s’ils sont franchis:
15% et/ou la moitié du score de Hollande pour Mélenchon,
le score de Royal pour Hollande,
30% puis son propre score de 2007 pour Sarkozy,
et de manière secondaire:
– 10% pour Bayrou,
– 15% puis le score de son père en 2007 pour Le Pen.

Mais, à ce jour, les grands équilibres structurels de cette élection sont peu ou prou les mêmes qu’en mai 2011.
Notons ainsi que l’IFOP quotidien (dont je publierai de nouveau le graphique prochainement) semble percevoir une légère remontée de Hollande au premier tour (Sarkozy restant fort) et une légère décrue de Mélenchon, tandis que le second tour est totalement rivé sur le 54-46.

2. Au second tour, nos courbes se resserrent, mais il faudrait que Joly s’y reprenne plus violemment (:P) pour espérer un report de l’élection et permettre à Sarkozy de poursuivre un travail de grignotage qui est bien trop lent… voire qui trouve déjà ses limites. On ne peut pas dire que ce soit du fait de Hollande, qui ne va pas gagner: c’est bien Sarkozy qui aura perdu.

La semaine prochaine, la pondération de l’indicateur s’accélèrera de nouveau, pour deux semaines.

Demain, je publierai le tout dernier sondage Harris (29-26 et 53-47 🙂 ! mais si vous avez lu l’article précédent, vous savez tout de ses tropismes… :() et j’essaierai d’actualiser l’IFOP quotidien.

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7 réflexions sur “Indicateur du 2 avril 2012: les croisements de courbe et les tendances favorables de Sarkozy et Mélenchon ne remettent pas en cause le primat de Hollande

  1. Euh, c’est quoi le tropisme d’Harris ? Parce que là, j’avoue que je suis perdu… De toute façon, les résultats sont tellement proches que les tropismes ont tendance à s’apparenter à du bruit de fond aléatoire : un coup du côté d’Hollande, un coup du côté de Sarkozy.

    Sinon, dans votre commentaire, y a un truc qui me fait marrer :
    « Hollande gère pâlement son avance, en petit boutiquier inquiet » : si ça, c’est pas la preuve que ce mec est de droite.
    Hollande, il est toujours chiant et stressant à suivre, qu’on soit pour ou contre lui. Je le sais, j’ai été dans les deux camps.
    A la primaire, j’ai voté Montebourg, puis Aubry (Aubry, juste pour faire chier Hollande). J’étais donc contre lui. A l’élection, je rappelle que je voterai Mélenchon, puis Hollande. Je suis donc de son côté, faute de mieux. Eh bien, je peux vous assurer que, dans les deux cas, ce mec est trèèèèès crispant à suivre, car son principe c’est de prendre des coups, mais de les absorber avec calme et bonhomie, sans faire autre chose que bétonner sa défense grâce à son centre de gravité très bas : Culbuto, quoi.
    Du coup, c’est tout le temps pénible à suivre :
    – Si on est contre lui, on passe son temps à s’énerver : « Putain, avec tout ce qu’on lui met, il devrait déjà être au sous-sol et les sondages, qui baissent quand même un peu, ne baissent pas assez vite. On arrivera jamais à le rejoindre » ;
    – Si on est pour lui, on se dit : « C’est pas possible, mais répond François, fais quelque chose, tu vas finir pas perdre une élection imperdable. MAIS BOUGE !!! »

    Ce soir, après la métaphore du navet sportif sur le rêve américain, on va filer la métaphore footballistique en comparant les candidats à des équipes nationales. Et ouais, je suis ultra-subjectif. Mais moi, au moins, à la différence de vous, j’en suis pleinement conscient :

    – Sarkozy, c’est l’équipe d’Allemagne des années 80, celle qu’on adore détester. Une équipe entièrement composée d’arrières droit en coupe mulet assez brutaux, qui sentent la bière et l’animal, le tacle et la mauvaise foi (merci Miossec). Ça joue rugueux, brutal, sans autre imagination que celle de faire mal et de casser l’adversaire, ça déshonore le foot en truquant les matchs avec les loseurs de l’équipe d’Autriche (Borloo), c’est dopé aux hormones de croissances, mais il faut être honnête, ça gagne souvent, et tout le temps pour les mauvaises raisons, en partie avec l’aide de l’arbitre (les médias), qui ont tendance à siffler sortie de but lorsqu’il y a penalty + carton rouge.

    – Hollande ? L’Italie, bien sûr. Là encore, une équipe composée de 6 défenseurs et 4 milieux défensifs. Catenaccio au moindre but chanceux marqué parce que l’adversaire est naïf, puis défense pendant 85% du match. L’Italie, faut être honnête, même si c’est un peu moins primitif et antipathique que l’Allemagne, c’est très crispant à voir jouer et ça truque beaucoup. Mais ça gagne souvent à l’arrache, sans l’avoir vraiment mérité, par défaut, parce que les autres équipes flamboient, puis se font griller de manière dégueulasse, ou s’éliminent entre elles, et qu’à la fin, il ne reste plus que l’Italie pour ramasser la mise sans aucune gloire.

    – Mélenchon : le Brésil de Socrates (82 – 86), la France de Platini : la plus belle équipe du monde – un football de rêve – mais qui, à l’arrivée, toujours placée, ne gagnera pas le titre, seulement le respect des amoureux du foot et une place de choix dans la légende.

    – Le Pen : Jeu stéréotypé, limité mais efficace jusqu’à un certain point, et porté par une propagande fanatique. C’est une équipe de seconde zone d’un pays dictatorial, ou en tout cas franchement nationaliste, qui arrive parfois à se hisser jusqu’en finale, à la surprise générale. C’est proto-soviétique, quoi : la Yougoslavie (puis la Croatie ou la Serbie, à partir des années 90).

    – Bayrou : N’a pas les moyens de ces ambitions, jeu flou et qui tente d’être opportuniste, mais finalement pas très réaliste (Angleterre ou Espagne avant 2008)

    Et cette année, en finale, on aura un mauvais Allemagne – Italie qui va faire encore une fois honte au foot.
    L’Allemagne, tenante du titre, jouant à domicile avec un arbitre conciliant (TV et radios privées acquises à sa cause), a été assez conne pour se mettre en tout début de partie un ou deux buts contre son camp. Du coup, l’Italie arrête très vite de jouer et se met à bétonner, à ralentir la partie, en se disant que, tant qu’elle est devant au score, ce n’est pas à elle de faire le jeu : il suffit de tenir jusqu’à la fin du match. Mais les joueurs allemand sont déterminés et disciplinés : ils se mettent à jouer de plus en plus rugueux, à tacler par derrière, on est même à deux doigts du coup de boule dans le dos de l’arbitre (Zidane a un jeu allemand, pas comme Platini), coup de boule qui ne sera pas sifflé d’ailleurs.
    Bon, et le résultat final : serré, probablement une victoire médiocre de l’Italie, d’un tout petit but d’écart, voire aux pénos, ou un scénario à la Séville 82 pour l’Allemagne, la saleté absolue. Dans tous les cas, le beau jeu sera le grand perdant de cette finale scandaleuse, et on aura tendance à se dire que le foot est vraiment un sport de merde avec des règles mal faites et que la FIFA est corrompu jusqu’à la moelle. On n’aura pas tort d’ailleurs.
    On se consolera plus tard en regardant France – Brésil 86 et en écarquillant les yeux devant les exploits de Zico, de Socrates et de Platini. Parce que la légende, c’est quand même rudement mieux que l’histoire pour rêver.

    • – Hollande et Sarkozy sont plutôt faibles au 1er tour chez Harris (et Bayrou et Le Pen plutôt forts).

      – Yougoslavie proto-soviétique… Mmmmh, heureusement vous ne parlez que football 😉

  2. Il apparaît quand même très nettement que depuis début Mars, Hollande a perdu trois points au second tour. Un simple prolongement de la courbe suffit à constater que le deuxième tour devrait être très serré.
    Que Sarkozy ne soit pas écrasé est déjà dommageable pour notre pays vu le tort qu’il a créé à notre image internationale. Seule une dérouillée au second tour pouvait restaurer notre image. Là, on est déjà perdant. et cela risque même d’être pire si Sarkozy est réélu.

    • On nous répète depuis des mois que l’ écart va inévitablement se resserrer et il est pourtant encore très élevé.
      De plus, attention aux écarts importants : c’est valorisant sur le moment mais ça peut engendrer des frustrations sur le long terme à cause d’espoirs déçus.

    • Plutôt que Hollande, le vote utile pour éviter Sarkozy, c’est Bayrou. Face à Bayrou au second tour, je ne vois pas comment Sarkozy pourrait ne pas se prendre une claque. Je ne comprends pas pourquoi les socialistes persistent à voter Hollande: s’ils sont de gauche, il y a le Front de Gauche qui se fera un plaisir de les acceillir, s’ils sont centristes ou simplement anti-sarkozystes, le vote Bayrou est là qui les attend.

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