Derniers sondages CSA et OpinionWay: Hollande résiste tant bien que mal à Sarkozy et Mélenchon, Bayrou et Le Pen sont privés de dynamique et confrontés au choix de leur avenir

 

CSA
20 Minutes, BFM TV, RMC
2-3 avril 2012
échantillon: 884 électeurs inscrits parmi un échantillon total de 1007

Sarkozy 30
Hollande 29

Le Pen 13
Bayrou 10
Mélenchon 15
Joly 1,5
Arthaud 0,5
Poutou 0,5
Dupont-Aignan 0,5
Cheminade 0

Hollande 54
Sarkozy 46

______________________________________________________________ 

OpinionWay-Fiducial
Le Figaro, LCI
3-4 avril 2012
échantillon: 969 électeurs inscrits parmi un échantillon total de 1033

Sarkozy 28,5
Hollande 26

Le Pen 16
Bayrou 11
Mélenchon 14
Joly 2
Arthaud 0,5
Poutou 1
Dupont-Aignan 1
Cheminade 0

Hollande 53
Sarkozy 47

1. La progression de Mélenchon se poursuit et ce sondage nous donne quelques élements d’explication intéressants:

– il est confirmé que Le Pen perd au profit de Sarkozy et, désormais, de l’abstention, mais pas au profit de Mélenchon. Voilà qui est conforme à l’évolution générale du vote FN dans les années 2000, revenu au fondement du début des années 1980, après une fin des années 1980 et des années 1990 plus « gaucho-populaires »;

– Mélenchon gagne en réalité du terrain parmi les « cadres et professions libérales » (même si cette catégorie est bien large chez CSA) et on peut subodorer, au vu des autres sondages, qu’il s’agit essentiellement du secteur public, des professions dites « intellectuelles ». Mélenchon gagne l’électeur qui est de gauche « par fonction »: enseignants , syndicalistes, artistes ou supposés tels, fonctionnaires territoriaux, mais … cette petite et moins petite bourgeoisie de la bonne conscience, qui, pour afficher son anti-sarkozysme, préfère les relents dirigistes et chavistes de Mélenchon (qui sait habiller le nivellement par le bas gauchiste d’un vieux discours républicain et « principiel », en réalité bien déconnecté de son programme réel, plutôt inspiré du mauvais syndicalisme enseignant, du laisser-faire démagogique et du féminisme démodé… oui, les commentaires sont ouverts ;)) au réalisme et au sérieux de Hollande, évidemment beaucoup moins « mode »;

si Hollande ne pâtit pas trop, à ce jour, de la poussée mélenchonienne, c’est parce que la frange écolo-sociale-démocrate et/ou anti-sarkozyste fondamentale de l’électorat Bayrou le rallie par souci de vote « utile » et que le vote Mélenchon n’est décidément pas un vote « ouvrier », ni même véritablement « employé » ou « contremaître », même s’il est loin d’être négligeable dans ces deux dernières catégories.

Hollande résiste encore au second tour: le « plafond de verre » de l’anti-sarkozysme empêche le Président-candidat de franchir durablement les 46-47% et l’étau qui, en réalité, l’enserre depuis le début (FN fort et centre-droit désabusé et irrité) est trop puissant; Sarkozy n’a desserré que la mâchoire à sa droite (et encore incomplètement à ce jour), celle située à sa gauche se faisant plus pressante encore, avec ces électeurs Bayrou volant au secours de Hollande. Certes, tant OpinionWay que l’IFOP quotidien donnent 53-47, mais nous connaissons leur tropisme plutôt pro-Sarkozy.

OpinionWay nous gratifie de pourcentages de reports de voix quelque peu étonnants et que je ne prendrais pas pour « argent comptant » à ce stade:
– parmi les électeurs Mélenchon, 70/4/26, ce qui signifierait une baisse de Hollande assez nette, même si sans profit direct pour Sarkozy,
– parmi les électeurs Joly, 85/5/10, plutôt haut pour Hollande,
– parmi les électeurs Bayrou, 34/37/29, seul résultat assez logique, même si encore décevant et insuffisant pour Sarkozy,
– parmi les électeurs Le Pen, 18/36/46, étonnamment bas pour Sarkozy au regard des autres enquêtes, même si l’ordre des reports est respecté,
– par mi les abstentionnistes du premier tour, 13/15/72, ce qui est en ligne avec les précédentes études, mais ne confirme pas une hypothèse qui pourrait expliquer ces mauvais chiffres relatifs de Hollande chez Mélenchon et de Sarkozy chez Le Pen: un accroissement net du désintérêt pour la campagne, qui aboutirait à quelques « déchets ». Restons prudents, donc.

Bref, Mélenchon progresse dans une partie du vieux coeur de l’électorat socialiste et c’est inquiétant pour Hollande, car Mélenchon vient d’atteindre les 15% et de dépasser la moitié de l’électorat hollandais. Il va donc parasiter la campagne d’entre-deux-tours de Hollande, même si ce « boulet » n’a pas de commune mesure avec celui représenté par Le Pen pour Chirac en 1988, par exemple.

Mélenchon progresse aussi chez les « bobos », moins « roses » (sauf Laurent Joffrin, symbole banal de ce phénomène…), probablement par simple effet de ralliement au mieux placé et au plus « canaille » parmi ceux qui ne sont ni le candidat de l’UMP (ennemi absolu), ni le candidat socialiste (trop convenu): ils avaient fini par opter pour Bayrou en 2007, mais le « brave provincial » est trop has been aujourd’hui… Ce phénomène est beaucoup moins inquiétant pour Hollande, car cet électorat se dissoudra ensuite et se portera sur EE-LV (comme il l’a fait aux dernières régionales et européennes) ou sur le PS aux législatives.

Pour son quinquennat potentiel, Hollande pourrait évidemment pâtir d’un Mélenchon trop haut. Néanmoins, les électeurs traditionnels de gauche, au pire, s’abstiendraient aux élections locales: est-ce vraiment si gênant pour Hollande, au moment où il faudra trouver de l’argent (et donc probablement, « taper » sur les collectivités locales) ? Au contraire, il est probable que le quinquennant tournera à la période 1983-86, déjà inspirée, à l’époque, par Delors: le PS au pouvoir ne sait jamais si bien « châtier » que ses propres électeurs… Les fonctionnaires, notamment, ont quelques soucis à se faire… et, en tant qu’institutions, les collectivités locales vont probablement être largement sollicitées (et comment les « barons » socialistes pourront-ils continuer de protester contre l’Etat qui les étrangle et les ensevelit ? d’autant qu’un certain nombre auront acquis un portefeuille ministériel, entretemps).

De plus, Mélenchon lui-même, au-delà de sa rhétorique, n’est ni un communiste, ni un syndicaliste: il n’a pas cette culture et se comportera probablement en traditionnel politique qu’il est. Soit il négociera son ralliement, à un moment ou un autre du quinquennat (éventuellement seulement en 2014, pour conjurer des mauvaises élections intermédiaires, ou en 2015, après de mauvaises élections intermédiaires et afin de préparer le terrain de 2017 sur la gauche); soit il essaiera de faire fructifier sa petite boutique autonome, comme Le Pen père (une « réussite ») ou Bayrou (un échec).

Enfin, en fonction des constats faits plus haut, son électorat finalement composite et pas si intrinsèquement « protestataire » que cela ne se retrouvera pas sur le FG aux législatives et aux élections locales. On imagine seulement une résurgence aux européennes, voire aux régionales, mais ce n’est pas pour demain et le paysage aura changé d’ici là.

Mélenchon est donc un problème pour Hollande à très court terme (dans la première semaine de l’entre-deux-tours, un peu à la manière du psychodrame Royal-Bayrou), mais pas à moyen terme.

2. En conséquence, cela pose la question de fond pour Bayrou, bien plus tôt qu’il ne l’aurait imaginé: qui choisir au second tour ?

Il ne peut choisir Hollande qu’en imaginant être un « recours », une porte de sortie pour ce dernier si Mélenchon était réellement menaçant. Or, il ne reste que deux semaines de campagne, donc bien trop peu pour que Hollande soit en réelle difficulté, d’autant qu’il semble se ré-éloigner du score de Royal en 2007, niveau en-deçà duquel sa campagne tanguerait sérieusement.

En outre, Bayrou lui-même est à la dérive et, s’il repasse en dessous du seuil psychologique et symbolique fort des 10% (les fameux scores à « un chiffre » et à « deux chiffres »), il aura du mal à « se vendre », d’autant que son électorat restant sera plus proche du centre-droit habituel et sera plus enclin, même s’il n’aime pas Sarkozy, à soutenir le Président sortant face à une gauche trop tonitruante.

– Il pourrait évidemment soutenir Sarkozy de manière beaucoup plus efficace pour son propre avenir. Sarkozy a besoin de lui et, à défaut d’avoir poussé Borloo à se présenter pour justement capter ce centre réticent à sa personne et le rallier ensuite en fanfare entre les deux tours, il aurait intérêt à s’entendre avec Bayrou, afin de se réouvrir quelques espoirs sur sa gauche.

Pour un Bayrou qui, décemment, aurait du mal à se représenter en 2017 après tant d’échecs (le précédent Laguiller incite à ne pas tenter l’élection de trop…), la perspective, même très ténue, d’accéder à Matignon, à l’hôtel de Lassay ou à la place Vendôme (oui, il faut que je publie un article sur le gouvernement Sarkozy d’après-réélection ;)), devrait être tentante.

Toutefois, il y a la personnalité de Bayrou: sûr de son destin, même pour 2017 et 2022, il risque d’avoir bien du mal à détruire le seul fonds de commerce qui lui reste, son « ni droite ni gauche » têtu. Choisir Sarkozy, c’est, dans sa logique, renoncer définitivement à se présenter en 2017.

Il devrait pourtant calculer de manière plus subtile: être la deuxième jambe de Sarkozy, même si celui-ci perd, c’est se mettre en capacité de refonder un grand parti de centre-droit, car le NC, les centristes de l’UMP et les quelques égarés Arthuis, Bockel, Charette ne manqueraient pas de le suivre, Borloo faisant défaut à chaque fois et Jean-Christophe Lagarde étant encore trop jeune. Bayrou, par défaut, est le seul à pouvoir refonder l’UDF, d’autant qu’il conserve encore le contrôle de cette coquille vide qui n’a pas disparu…

En résumé, je pense qu’il ne choisira pas, alors qu’il aurait clairement intérêt à se repositionner en nouveau VGE. Mais l’orgueil est probablement trop fort…

3. Pendant ce temps, Sarkozy et, désormais, l’abstention siphonnent Marion « Marine » Le Pen qui, elle aussi, a un choix à faire pour l’après-présidentielle, alors que son score, pourtant meilleur que celui de 2007, va être vécu comme une amère déception.

Bien entendu, il est clair qu’elle ne donnera aucune consigne de vote. Ce n’est pas la tradition du FN et ceux qui auraient pu, à un moment donné, appeler à un vote « utile » pour battre la gauche sont partis depuis bien longtemps du FN, par vagues successives (Mégret, les « horlogers » historiques, Carl Lang, une partie des traditionnalistes,…).

En outre, depuis le milieu des années 1990 (à l’époque avec Samuel Maréchal et le… « ni droite ni gauche », décidément si utilisé partout et d’ailleurs pas indifférent d’une certaine séduction bayrouïste sur une frange d’électorat lepéniste en 2007), Le Pen fille n’est pas du tout dans une logique de ralliement à la droite « classique ». Elle n’a fait que renouveler, que moderniser, qu’actualiser, sur la forme ou sur le fond (critique de l’Islam et défense des valeurs occidentales, y compris libertaires, plutôt qu’antisémitisme et nostalgie de l’Algérie française; discours en faveur des « petits », du « peuple », des « ouvriers », du productivisme, plutôt que corporatisme industriel et artisanal), ce qui est le FN depuis toujours, une boutique protestataire, populiste, destinée à entretenir une famille dont l’avenir matériel est ainsi assuré… De ce point de vue, en simplifiant, contrairement à ce que les médias n’ont cessé de colporter au moment de son « état de grâce » de l’hiver 2011, elle est bien plus proche de l’extrême-droite néerlandaise ou scandinave que de l’ancienne extrême-droite italienne à la Fini.

Pourtant, le FN aurait intérêt (que Sarkozy gagne ou pas d’ailleurs, puisque, s’il parvenait à l’emporter, la mobilisation à gauche aux législatives serait telle qu’il lui faudrait trouver n’importe quel moyen d’arracher la majorité à l’Assemblée) à s’allier électoralement à l’UMP, afin de s’assurer quelques députés (avoir un groupe n’est vraiment plus très difficile aujourd’hui…) dans l’ancienne province Narbonnaise, dans la 3e ou 4e couronne parisienne et dans le Grand Est « populaire ». L’UMP, copéisé ou resarkoisé et délesté de son aile gauche, réussirait alors à préserver des sièges, en contrepartie, dans le Sud-Est, le couloir rhôdanien, le Nord ou le Grand Est conservateur.

C’est évidemment peu probable car le discours anti-establishment tomberait et beaucoup à l’UMP, sans être centristes mais tout en étant l’axe central du parti (Juppé, Fillon, NKM, Pécresse, Baroin, etc.) auraient peur des répercussions médiatiques et donc électorales d’une telle alliance, même si celle-ci restait purement électoral (accord de désistement) et pas du tout programmatique.

Contrairement à Jean-Marie Le Pen, qui a abusé son électorat pendant 35 ans alors qu’il n’a jamais eu l’intention de gouverner quoi que ce soit, même au niveau local, et n’a cherché à être élu que pour bénéficier d’une immunité (député, député européen), si elle avait réellement l’intention de faire de la politique « active », c’est ce qu’elle choisirait.

Mais, là encore, les pesanteurs politiques et la déception personnelle de chuter des 20% à moins (voire nettement moins) de 15%, c’est-à-dire moins que Papa, auront probablement raison d’un comportement politique rationnel.

4. Notons que la plus grande visibilité médiatique de Dupont-Aignan ne lui apporte aucune évolution positive (c’est pourtant le seul qui, d’une certaine manière, pourrait profiter de l’égalité des temps de parole, puisque Cheminade est sur une autre planète et que Mélenchon étouffe Poutou et Arthaud, malgré la plus grande clarté et sincérité de cette dernière).

Enfin, l’incident vécu par Joly, qui pourrait fort bien lui attirer un peu de sympathie, n’est pas sensible à ce jour dans les intentions de vote. Curieux de se cacher, quand même, alors que l’on vilipende la société de l’apparence médiatique… Et puis, dans ces cas, l’homéopathie (au contraire de l’Apathie… oups… oui, il est temps que cette campagne s’arrête…) est très efficace pour faire disparaître les hématomes: mais n’est pas réellement « écolo » qui veut… 😉

5. Au final, Hollande montre encore une bonne capacité de résistance, en considérant le désintérêt médiatique, le tapage de Mélenchon et les deux petites semaines qui restent avant le premier tour, et confirme que son choix de départ, la présidence « normale », était le bon sur le plan tactique, puisqu’il « surfe » sur l’anti-sarkozysme et est en mesure de ne pas trop pâtir de l’agitation mélenchonienne et mélenchoniste grâce à un renforcement de son aile droite. C’est la preuve a posteriori que le Mitterrand 1988 aurait pu gagner même si le PCF, à l’époque, avait eu Juquin ou un autre candidat médiatique à la place de l’inénarrable Lajoinie…

Il est temps de s’intéresser à l’avenir de la droite, de toutes les droites, ce que j’essaierai de faire prochainement, après les quelques esquisses de cet article.

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37 réactions sur “Derniers sondages CSA et OpinionWay: Hollande résiste tant bien que mal à Sarkozy et Mélenchon, Bayrou et Le Pen sont privés de dynamique et confrontés au choix de leur avenir

  1. L’effritement de Hollande continue. Il reste à savoir ce qui restera de son avance début mai. On va à grand pas vers un 50-50.
    A moins que les sondages se trompent.
    Je n’exclus pas cette hypothèse ayant constaté quelque chose d’étrange
    Ceci dit le rapport droite-gauche du premier tour me semble des plus fluctuants.
    Le total Hollande-Mélanchon-Joly est à 42% pour opinionway alors qu’il est à 45,5% pour CSA.
    En toute logique ces résultats devraient donner des second tours assez différents.
    Pourtant, l’écart n’est que de 1 point entre les deux.
    Encore une fois, on ne peut qu’être surpris de la stabilité des sondages deuxième tour vis à vis de ceux du premier tour.

  2. Bonjour,
    je tombe régulièrement sur votre blog mais j’ai du mal des fois à vous suivre. Je trouve que vous pourriez être plus clair pour qu’on suive votre fil. Ce sont les premiers mois de tâtonnements, mais je ne sais pas si vous avez encore décidé de ce que votre blog doit être. Commentaire personnel de la vie politique à travers les sondages ou commentaire des sondages à travers vos opinions ?
    Parce que je suis bien embêté lorsque je vous lis et que je ne suis pas d’accord. Si vous prétendez à dire quelque chose, il faut que quiconque puisse vous faire des objections.
    Pour le (3.) par exemple il est difficile de soutenir que le néo-fascisme se noie dans le conservatisme. Certains électeurs oui mais pas leurs représentants. Ce n’est pas que dans les paroles qu’ils sont anti-bourgeois, cf. tout un tas de documents historiques 🙂

    Autre objection qui vous servira pour votre prochain article, Le Pen fille ne fait que débuter. Elle pourra bénéficier d’une bonne manne en 2014 aux « super-locales » (4 échelons en même temps si je me souviens bien). En France le système électoral & la tradition obligent à une très forte identification des électeurs à 1 chef. Les idées sarkozystes sans Sarkozy vont errer comme une âme en peine dans les discours, et vont se chercher des têtes, et MLP sera évidemment sur le coup puisque sur beaucoup de points c’est kif-kif. Peut-être que les primaires de la droite républicaine en 2016 permettront de contrer une vague néo-fasciste, mais j’en suis même pas sûr.
    ( je pense sans le vouloir à un scénario Obama 2008 / Tea Party 2010 / fiasco républicain 2012 )

    Sinon, l’homéopathie n’a pas plus d’effet qu’un placebo et il est cohérent de se cacher quand on est pas présentable même si on ne veut pas être jugé sur les apparences, parce qu’on le sera quand même. S’afficher égratigné, pour la société de l’apparence, c’est un message en soi.

    @+

      • Moi, vous ne me ferez pas avaler que vous êtes capable d’être purement objectif au fil d’une phrase et dans le commentaire personnel lors de la suivante. Comme tout le monde, votre pensée est enchâssée dans des catégories d’entendement partiellement (largement ?) inconscientes : vos idées sont structurées par un paradigme droitier, autant que les miennes par un paradigme gauchisss’.
        Vos efforts pour analyser les chiffres d’une manière honnête sont louables certes, mais vos prévisions charrient malheureusement bien des biais qu’il serait illusoire de penser être en mesure d’éradiquer.
        Sinon, moi, vos petits commentaires de troll UMP, ça me fait marrer, je trouve ça plutôt fun.
        J’aime bien surtout l’aporie du dirigisme basé sur le ‘laisser faire’ démagogique : une belle définition d’une politique Robespierriste, en somme.
        Parce que, dans l’ensemble, on ne s’amuse pas beaucoup sur ce site, au demeurant remarquable.

      • Il faut que vous déclariez à IPSOS, CSA et autres Harris que vous voterez Sarkozy au second tour, cela le ferait remonter et, enfin, on aurait du suspense et on s’amuserait un peu… 😉

      • Réponse à la réponse de la réponse située plus bas :
        MAIS JE LE FAIS DEJA, je dis que je vais voter Sarkozy à tous les instituts, et cela plusieurs dizaines de fois par jour ; tout ça pour distiller des doses homéopathiques de chaos et d’anarchie dans le système médiatico-sondagier, doses qui finiront par mener à la révolution crypto-bolivaro-bolchévique d’ici à…. vous verrez bien.
        C’est d’ailleurs ce qui explique les biais entre Opinion-Way et BVA, le premier m’interrogeant souvent, et le second jamais.
        Désolé, donc, mais vos savantes tentatives alambiquées de postuler des hypothèses spéculatives visionnaires qui s’appuient (indubitablement) sur une extraordinaire finesse d’analyse psycho-socio-politique sont toutes vaines : si Sarkozy remonte, c’est uniquement parce qu’on est de plus en plus nombreux à faire les marioles en répondant aux sondages.
        Et la vérité, c’est que le 22 avril, Sarkozy fera un score inférieur à celui de Cheminade.
        En attendant, qu’est ce qu’on se sera bidonné avec ce suspens hitchcockien insoutenable.

      • Oui, à ce point. Passe encore tes divagations ridicules sur le « nivellement par le bas » ou le « féminisme démodé » (ah bon, c’est démodé de lutter contre les discriminations ?). Ce qui fait déborder le vase c’est que, après en avoir fait tout un plat sur cet épouvantail inoffensif qu’est Mélenchon, tu abordes, avec une objectivité extrêmement soignée, l’hypothèse cauchemardesque d’une alliance UMP-FN. Pas un mot plus haut que l’autre à l’évocation d’un tel scénario. On aurait presque l’impréssion, à lire entre les lignes, que tu regrettes par avance le manque de « sens tactique » de Marion en te disant que, en fin de compte, oui, un « accord de désistement » serait une très bonne affaire pour la droite. C’est tout simplement sidérant.

      • Tiens, comme le camarade Jules Vallès, je me suis juré de répondre n’importe comment aux sondages. Toute la difficulté c’est de pondre un n’importe quoi cohérent, histoire qu’ils ne me virent pas de leur échantillon. Si ça se trouve, on est nombreux à faire ça.

  3. Ah ce vote Mélenchon, qu’est-ce qu’il peut rester en travers de la gorge de la gauche libérale. Il faut à tout prix montrer que ses électeurs ne sont pas des ouvriers mais des petits bourgeois. Comme dit ma mère, c’est l’hôpital qui se fout de la charité. En fait, il ne faut pas être grand statisticien pour comprendre que si le vote Mélenchon grimpe en pourcentage chez les cadres, c’est parce qu’ils n’étaient pas représentés, leur progression est donc plus forte. Mais peu importe. Ce qui m’étonnera par contre toujours, c’est que la gauche libérale préfère voir Le Pen en troisième position au 1er tour plutôt que quelqu’un de gauche. C’est comme ça. Mais, depuis Mitterrand, on a eu le temps de s’habituer.

    • Je ne répondrai pas au nom de la gauche libérale, évidemment…
      Mais, non, Mélenchon n’a pas le vote des ouvriers (il est soit légèrement au-dessus, soit légèrement au-dessous de son score national, selon les instituts) ni celui des petits employés. Sa première phase de progression semble davantage due aux petits fonctionnaires, sa deuxième phase à des cadres moyens et à des jeunes étudiants ou sans emploi.
      Tout n’est pas à 100%, bien entendu, mais il faut bien tenter de déceler un ou des profil(s) dominant(s) dans cet électorat.

  4. Jusque là plutôt de bonnes analyses et synthèses sur l’ensemble des sondages, même si apparaissait parfois un fond de conservatisme. Mais plus on s’approche des échéances plus le conservatisme domine l’analyse. Dommage. C’est très dur l’objectivité.

    • On n’est jamais objectif.
      Considérez simplement que, comme les choses bougent peu (oui, Mélenchon a progressé, mais cela ne change rien au résultat final, ni, pour le moment, aux équilibres post-présidentielle), les analyses sont malheureusement moins intéressantes et, du coup, oui, je laisse davantage transparaître des jugements. Sinon, ce serait malheureusement morne plaine.

  5. Bah j’avais déjà critiqué ce blog… les analyses sont intéressantes sur quelques points mais trop déconnectées d’une analyse plus politique sérieuse. Je pense surtout que tu ne saisis pas bien que Mélenchon a réussi à fédérer un ensemble d’électeurs largement sous-représenté dans les dernières élections, du fait de l’éparpillement de la gauche radicale et d’une forme de résignation qui a conduit à l’abstention ou au report sur de plus gros candidats (Royal, Bayrou, voire Le Pen même si c’est marginal pour ce dernier). Le cas de la France est en outre bien particulier puisque l’hostilité au système capitaliste y est très développée par rapport à d’autres pays occidentaux (il y a eu des sondages aussi là-dessus) : cette hostilité combinée à la crise forme un terreau très favorable au discours de JLM.
    Avec l’effritement du centre et la stagnation du FN, les équilibres politiques sont en train de se redessiner en profondeur en ce moment je crois – contrairement à la plupart des analystes qui n’y voient qu’un feu de paille. Les 4 partis PS-Modem-UMP-FN avaient déplacé les enjeux électoraux à droite et au centre, ce qui n’était pas tout à fait conforme je pense à la représentation réelle de l’électorat. Le FDG a l’occasion de rééquilibrer ce champ politique comme 5e force et d’occuper une place importante, surtout s’il reste hors du gouvernement (ou du moins sans participation « voyante », « excessive »), et c’est pourquoi je pense que Mélenchon, expérimenté en termes de tactique politique, ne fera pas l’erreur de se soumettre au PS après le 6 mai : il l’a d’ailleurs dit, et j’ajoute que ce n’est conforme ni à ses idées (pour peu que tu les prennes un tout petit peu au sérieux) ni à son intérêt. De plus, grâce à l’implantation du PC notamment, le FDG a largement de quoi obtenir par lui-même une force importante à l’assemblée (je rappelle que sur les 18 communistes élus aux dernières législatives, seuls 3 ont bénéficié du désistement d’un autre candidat de gauche).
    Je crois qu’à terme le centre risque de devenir résiduel pour un bout de temps, surtout Bayrou commence à s’user et qu’il n’y a pas grand monde pour prendre la relève. Pour dire un mot sur le Modem d’ailleurs, je pense qu’il n’est plus l’enjeu de cette présidentielle désormais : vu l’avance du total gauche sur le total droite (environ 5%) et le meilleur taux de report à gauche qu’à droite, l’avance d’Hollande me paraît quasiment irrécupérable dans le cas d’un 2nd tour FH-NS, même si NS récupérait la totalité du Modem, ce qui est à peu près impossible. L’objectif de l’UMP maintenant est de tenter surtout de convaincre les électeurs FN d’une part (les taux de report sont encore beaucoup trop faibles) et de diviser la gauche pour affaiblir le report Mélenchon-PS… mais ça me semble être une stratégie désespérée. Wait and see.
    Enfin tes analyses sociologiques sont particulièrement critiquables il me semble parce que contrairement à d’autres points tu ne les appuies sur rien de très solide et il me semble souvent que tu te fondes sur tes impressions personnelles et quelques clichés (« bobo » ça ne veut rien dire politiquement et sociologiquement même si le mot est à la mode en ce moment). J’ai lu une ou deux études d’instituts qui analysaient l’électorat de Mélenchon (tu auras compris que je le soutiens 😉 ) : si en effet il s’est d’abord appuyé dans un premier temps sur l’électorat classique de la gauche (pas seulement la gauche radicale d’ailleurs) cad les fonctionnaires bien sûr et une partie des classes moyennes, il a ces derniers temps assez largement agrandi son champ électoral ; il commence à y avoir réellement un noyau ouvrier important (le rôle des syndicats n’est pas à sous-estimer non plus dans cette affaire), un électorat populaire (notamment dans les banlieues souvent ignorées du fait de l’abstention mais où les communistes sont bien implantés), un électorat d’employés (conquis notamment par le discours sur la précarité) et enfin un électorat jeune (le bond est assez spectaculaire je crois sur ces dernières semaines). Il me semble que l’étude a été reprise par l’Humanité si ça t’intéresse et si ça ne te débecte pas trop de lire un journal communiste…
    On verra son score, mais, en essayant de prendre un peu de distance avec mon engagement partisan, je pense qu’il sera important et sans doute même surprenant. Bien au-delà en tout cas des 10% auxquels tu prévoyais qu’il retomberait vite lorsqu’il a commencé à monter (in cauda venenum 😉 ). Sur ce, bonne journée!

    • J’avais bien lu l’IFOP dans l’Humanité. Je lis aussi les détails par CSP des autres sondages, même si je ne les publie pas, et c’est sur cette base que l’on peut caractériser un électorat.
      Je suis bien d’accord sur le fait que Mélenchon a progressé un peu partout. Mais rien en revanche qui permette de qualifier Mélenchon de candidat ouvrier ou petit employé, de candidat du prolétariat.
      Effectivement, Mélenchon a fait une OPA sur la machine et les élus du PCF (en fait, une bonne partie d’entre eux, car certains comme André Gerin ne sont pas d’accord) pour porter sa propre ligne globalement gauchiste, malgré une rhétorique qui se voudrait « 3e République ». La direction du PCF ne pouvait de toute façon faire la fine bouche: tous seuls, ils ne sont même pas capables de franchir les 5% pour se rembourser de leurs frais de campagne…
      Mélenchon aura son créneau, c’est certain, comme Lafontaine et Die Linke l’ont eu (appuyés, de manière similaire, sur Gysi et la structure de l’ex-SED à l’Est), mais connaîtra probablement le même destin, d’effritement de long terme.

      • En effet, Mélenchon, à part peut-être les fonctionnaires, n’a pas de cible sociologique vraiment privilégiée, ce qui peut être aussi bien une force qu’une faiblesse.
        Sur la ligne « gauchiste » permettez moi de n’être pas d’accord, le terme recouvre un type particulier de mouvance à gauche dont le FDG essaie précisément de se distinguer. Mais j’ai un peu la flemme là de me lancer dans une discussion sur les diverses tendances de gauche. Disons qu’il y a un double mouvement d’agrégation et de redéfinition de cette gauche (avec par exemple l’irruption de l’écologie, l’influence de l’altermondialisme, le rassemblement autour de l’opposition au capitalisme financier, etc. etc.) qui ne permet pas il me semble pour l’instant ni de la réduire à ces anciennes formes (le « gauchisme » libertaire soixante-huitard) ni de prévoir ce que ça va précisément donner dans l’avenir. Quant au rôle du PCF, la montée de JLM et un gros score à l’élection, surtout si ça se poursuit avec pas mal de députés… les dissensions disparaissent dans le succès et pour l’instant et pour un bon moment je pense leur intérêt est de continuer ainsi, même s’il y aura toujours quelques voix dissonantes, c’est bien normal. Le renouvellement de génération va faire du bien aussi parce que les vieux stals… et puis le PC n’est pas seul, il y a la pression de nombreuses autres organisations et mouvances dans le FDG et une base qui n’accepterait pas de revenir au statut d’avant. Bref. Enfin si le modèle de Die Linke est intéressant, comparaison n’est pas raison : Die Linke a souffert de ses alliances douteuses dans un système très parlementaire et qui fonctionne par coalition (ce qu’il faut éviter comme je disais pour le FDG) et puis toute la myriade des pensées anticapitalistes est beaucoup moins développée en Allemagne, pays en outre moins « politique » si je puis dire que la France, avec des clivages moins nets, moins de radicalité. Les votes « originaux » ce sont les Verts ou plus récemment le Parti pirate, cad des partis qui portent des questions de société plutôt que des questions sociales. Mais en ce moment des mouvements de protestation reprennent pas mal de l’autre côté du Rhin, donc si Die Linke sait saisir le moment, en association avec les syndicats… Bref tout cela est encore un peu trop rapide.

  6. Je rajoute juste sur l’après-élection : que ce soit Sarkozy ou Hollande qui soit élu, la situation économique et sociale ne va certainement pas s’améliorer, peut-être même qu’elle perdurera durant tout le mandat vu la gravité des événements. De nombreuses grosses entreprises ont suspendu leurs plans de licenciements pendant les élections (attesté par des journaux sérieux hein, je cite pas l’Humanité ou Médiapart là 😉 ) et surtout les marchés financiers vont très certainement commencer à spéculer sur la dette française dès l’été. Même si c’est Hollande, il est parti pour lancer un plan de rigueur assez important, qui sera en outre accentué par cette situation (un peu le même genre de problème qu’ont connu de nombreux soc-dem en Europe, dont les marchés en outre se défient plus que la droite : un pays dirigé par un Monti ou un Rajoy bénéficie d’une réputation légèrement meilleure auprès des financiers). Tout ça pour dire que le Front de Gauche a encore une fois tout intérêt à ne pas se soumettre au PS et à jouer comme une force de soutien ponctuel mais surtout d’opposition en vue des prochaines échéances électorales. Le fait qu’ils aient dénoncé l’austérité, la spéculation financière etc. les servira pas mal. Et il risque d’y avoir un beau combat à gauche entre FDG et PS dans les années qui suivent ; même si à ce jour le PS est bien installé, il ne faut peut-être pas prendre trop à la légère l’ambition du FDG de devenir la force la plus rassembleuse de la gauche… je ne dis pas qu’ils y arriveront (pourquoi pas hein après tout) mais qu’ils vont pousser fort, dans un contexte socio économique favorable à la propagation de leurs idées.

  7. En analysant les sondages vous raisonnez forcément à partir du comportement habituel de groupes sociaux repérables ayant eu un comportement électoral homogène et prévisible dans le passé. Vous faites l’hypothèse que ces groupes et leur comportement restent significativement constants.

    Si on fait au contraire l’hypothèse que les changements économiques et financiers ont déjà provoqué des changements importants et que ça va se poursuivre (voire s’accélérer), la validité de l’outil sondage n’est-il pas remis en cause ? N’êtes vous pas dans la regrettable obligation de supposer que le modèle qui a fonctionné jusqu’ici avec une marge d’erreur acceptable va continuer à fonctionner sans qu’il soit nécessaire de le remettre en cause ?

    • Si, c’est la limite de l’exercice.
      Plus simplement, je driais que la volatilité et même la versatilité ont tendance à augmenter.
      Et (mais je vais encore m’attirer une volée de bois vert) dans une société où la transmission et la réflexion sont supplantées par l’incantation et le réflexe, il est certain que la prévisibilité est davantage menacée.
      Toutefois, même dans des cas complexes (les primaires aux Etats-Unis), les sondages ne sont pas entièrement pris en défaut, loin de là, alors même que les comportements passés ne permettent pas forcément, loin s’en faut, d’éclairer les comprotements présents.

      • Tu n’a pas à t’attendre « une volée de bois vert » en dénoncçant « une société où la transmission et la réflexion sont supplantées par l’incantation et le réflexe ». Ce qu’il y a de vraiment hilarant, c’est penser que ce constat valide en quoi que ce soit tes orientations idéologiques. Et que soutenir la droite (qu’elle soit catho-réactionnaire ou néolibérale, la plupart du temps les deux à la fois) contribue à lutter contre ces dérives.

  8. Vous cherchez la polémique
    Vous appelez de vos voeux (à peine voilés) un rapprochement UMP/FN.

    Certes Mélenchon et Le Pen sont extrémistes.
    Mais alors que Mélenchon dit qu’il ne veut pas le pouvoir et que son programme est juste un coup de gueule, on connaît les positions affichées des Le Pen.

    J’avais des interrogations concernant l’électorat de Le Pen et Mélenchon.
    Vous dites que le vote Mélenchon n’est décidément pas un vote ouvrier (???)
    Vous dites aussi que Le Pen perd au profit de Sarkozy, mais pas de Mélenchon.
    Votre analyse est peut-être bonne mais elle perd de la cohérence du fait du bruit concernant votre polémique.

    Bayrou en VGE ?
    VGE ne doit son destin qu’à Chirac : une opportunité historique.
    Bayrou a toujours essayé le VGE. Il a même été président de l’UDF. Mais on pourrait dire cruellement que Bayrou est une erreur de l’Histoire.

    Une alliance UMP/FN pour 2012 : c’est chaud et ça ferait du bruit !

    • Houla… Je crois que je vais arrêter de commenter et arrêter de faire des incises en dehors des analyses proprement dites, car cela se retourne contre moi, effectivement. En plus, si je m’amuse à mélanger les deux, cela devient explosif. Cela me servira de leçon… Clarifions, donc.

      Non, je n’appelle à rien du tout. Ma culture personnelle et mon positionnement personnel profond sont (si vous saviez…) radicalement différents de celui du FN, quelles que soient mes convictions morales, forcément qualifiées de « conservatrices » voire « réactionnaires » dans notre société moderne, mais qui n’ont rien à voir avec ce parti (majoritairement composé) de gros beaufs frustrés et « bas de plafond ».

      En revanche (ce n’est pas un voeu, c’est une spéculation politicienne et je ne me plaçais que sur le plan tactique), l’UMP pâtit de n’avoir pu faire avec le FN ce que Mitterrand a réussi avec le PCF. Certains pourront dire que c’est parce que le FN est plus extrêmiste et non-républicain que ne l’était le PCF. Ce n’est pas faux en ce sens que le PCF, à la faveur de ses succès électoraux précoces, de son implantation locale et de l’alliance objective avec le gaullisme, a pu s’insérer dans les structures républicaines au cours des années 50 et 60. Quand Mitterrand est « passé par là », son action des années 70 et 80 a donc été largement facilitée.

      A l’inverse, la droite ne peut bénéficier d’une « insertion républicaine » du FN qui, depuis presque 30 ans, reste aux marges de la vie politique « normale », à la fois rejeté et à la fois « content » de ce positionnement confortable qui permet de faire fructifier le discours anti-establishment. Du coup, il est plus que délicat, pour la droite classique, d’envisager quelque démarche que ce soit, même purement tacticienne, à l’égard du FN et d’entreprendre son étouffement. Au contraire même, la « victoire » de Sarkozy à l’égard du FN en 2007 (de courte durée, d’ailleurs; peut-être justement pour cette raison) a reposé uniquement sur la reprise d’idées, non sur la reprise de personnes et de structures.
      Justement, il aurait fallu distinguer accord de désistement électoral et alliance programmatique, pour ne conserver que le premier (une fois de plus, je n’appelle à rien, j’essaie d’analyser). Bien entendu, on pourra objecter que se situer sur le seul plan électoral est impossible et qu’on ne dîne pas avec le diable, même avec une longue cuillère.

      Le départ du FN « technocratique » (Mégret), du FN « intellectuel » (Le Gallou, Blot) et du FN « baronnisant » (Lang, Bompard, même Martinez en un sens) a en outre empêché la droite d’avoir des relais au sein du FN ou de le voir évoluer de l’intérieur.
      Le Pen père est resté sur son vieux fond « Algérie française » et antisémite en le recyclant dans le racisme ordinaire et dans le poujadisme absolu. Mais sa fille ne l’a pas fondamentalement transformé et revient aux vieilles antiennes dès lors que sa nouvelle ligne supposée décline dans les sondages. A titre personnel, elle est plus proche, comme je l’ai dit, des populismes de droite d’Europe du Nord; mais son électorat de base n’est pas sur cette ligne: il est plus, disons, « autrichien ». En outre, même avec une orientation nord-européenne (au Danemark et aux Pays-Bas, le parti populiste de droite ou d’extrême-droite soutient le gouvernement sans y participer), ce n’est pas la panacée pour la droite classique, qui préfèrerait de beaucoup une évolution comme celle du MSI de Gianfranco Fini: les réactions médiatiques (comme celles dans ces commentaires) seraient telles que les bénéfices (électoraux) à attendre sur le long terme seraient probablement trop contrebalancés par les pertes de court et moyen terme.

      Sauf si, dans le même temps, la droite s’est réorganisée autour de 2 ou 3 partis complémentaires. Alors, la droite de la droite pourrait plus facilement faire ce travail d’étouffement du FN et, plus précisément, de la petite entreprise familiale Le Pen, qui s’est très habilement adaptée à l’époque en présentant Panzergirl comme nouvelle vitrine.

      Mais cela ne se produira pas car la droite est encore figée sur la structure UMP et que la re-création, si nécessaire, d’une nouvelle UDF est loin d’être envisageable à brève échéance.
      Or, et c’est en ce sens que j’essaie d’analyser les possibilités tactiques et électorales, le FN reste l’obstacle absolu pour la droite depuis le début:
      – en 1993 et 1995, sa victoire n’a tenu qu’à la complète déliquescence du PS, avec les « affaires », avec le déclin personnel de Mitterrand juste capable de tout faire pour « tuer » Rocard, y compris au péril du PS lui-même et avec les querelles intestines (l’affrontement Fabius-Jospin valant bien la guerre Balladur-Chirac),
      – en 2002, sa victoire n’a tenu qu’à l’incapacité de Jospin à mener la campagne requise et à l’atmosphère post-11 Septembre,
      – en 2007, sa victoire n’a tenu qu’à la mystification de la rupture sarkozyste, devenue la vraie opposition et le vrai changement face au Chirac vieillissant et, en partie, face à l’élite pro-européenne.
      Evidemment, gagner aux élections nationales clefs (et 4 fois en 20 ans) donne l’impression d’une domination de la droite.

      Mais dès que les conditions redeviennent habituelles (1997, 2012), la droite est prise au piège, entre un FN qui « stérilise » un gros paquet de voix et une gauche qui peut se permettre de chasser au centre. Et, évidemment, localement, la gauche a dominé toute la période, malgré des municipales de 2001 légèrement moins favorables.
      Le FN est donc un vrai problème, non pour l’avenir de la République, mais pour la droite et Mitterrand (avec l’aide de Dray et Mélenchon à l’époque, ne l’oublions jamais) avait largement su utiliser cet outil destructeur pour elle. L’introduction de la proportionnelle sans prime majoritaire (comme aux municipales) en 1986, tant aux législatives que (on l’oublie trop souvent) aux régionales, avait bien ce but.

      J’essayais donc d’analyser comment, pour la droite, sortir de ce piège, sans être, justement, contraint de droitiser le programme, comme l’a fait Sarkozy en 2007 et comme il le fait en 2012 (jusqu’à l’absurde sur le plan formel avec ses attaques contre Hollande de cette semaine, qui relèvent du « café du commerce »).

      • Ton analyse du problème FN est en partie juste, mais un peu trop univoque dans l’analyse de la situation de la droite. Si l’émergence du FN a été grandement facilitée par Mitterrand et que, à court terme, elle a constitué une belle aubaine pour le PS, à long terme les choses sont loin d’être aussi claires. Certes, l’incompatibilité de fond entre la droite humaniste et le populisme du FN ont suscité une tension dont Sarkozy est aujourd’hui victime (et cela du fait de sa propre stratégie). Pourtant, systématiquement et lorsque l’occasion y était favorable, la droite a elle aussi formidablement su jouer sur le FN au détriment de la gauche. On pense à 2007, bien sûr, mais aussi à 2002 ou le thème de l’insécurité a permis a Chirac de fustiger la gauche forcément angéliste. De fait, sur le long terme, le FN a formidablement réussi à déplacer le centre de gravité de l’opinion publique vers la droite sur les questions d’immigration et d’insécurité, ce qui a permis en retour à la droite « républicaine » de prendre appui sur ces thématiques pour gagner des voix (sans doute pas avec la même démagogie, mais avec assez cependant pour attirer assez d’électeurs). Et la droite « humaniste » a certes parfois bronché un peu, mais s’est pour l’heure toujours finalement ralliée (et si elle ne le fait pas entièrement en 2012, elle le fera d’autant plus en 2017). Sur cette pente glissante, la droite est incitée à la surenchère, et on voit bien que cela ne l’affaiblit pas fondamentalement, bien au contraire. Va-t-elle franchir le pas de l’alliance ? C’est fort probable, même si certainement pas cette année. L’UMP a lancé les premiers appels du pied dès les cantonales de 2011, souvenons-nous. Et la « droite populaire » crie de plus en plus fort, incitée par la direction de l’UMP qui voit bien l’avantage qu’elle rapporte. Et les « humanistes » seront les idiots utiles de l’histoire, comme toujours. Ils s’indignent 5 minutes, et puis ils se rangent derrière le chef.

        C’est pourquoi, le FN a pu être une bonne affaire en 1988 et en 1997 – peut-être l’est-il encore quelque peu en 2012 – mais fondamentalement c’est une opportunité pour la droite (puisque, souvenons-nous, la droite classique + FN a toujours eu la majorité à toutes les élections nationales après 1981). Mitterrand était un tacticien, il raisonnait à court terme et se moquait de savoir si 20 ans après sa mort la gauche se retrouverait prise au piège. En bref, les partis ne sont pas de simples reflets de l’opinion publique, ils contribuent à la transformer, et le FN a, en l’occurrence, bien joué le rôle de rabatteur pour la droite.

      • Je ne vous crois pas attiré par Le Pen, d’autant plus que vous affichez votre conservatisme depuis quelque temps et je crois que le FN n’est pas un parti conservateur.
        Je respecte tout le monde, aussi bien les électeurs de l’extrême droite que ceux de l’extrême gauche. C’est pourquoi je ne ne considère pas un électeur du front national comme un gros beauf raciste ou un électeur de l’extrême gauche comme un bolchévik égorgeur (je suis pourtant d’origine russe et mon arrière-grand-père a été tué par des bolchéviks en 1917). Par contre, je hais les politiciens qui se servent de relents nauséabonds à leurs fins électorales. Je pense à Le Pen et à Sarkozy et ce n’est pas dirigé contre la droite car j’ai des affinités avec des politiciens de droite.

        Ceci dit, il est normal pour l’UMP de draguer l’électorat FN. Et je distingue le FN de son électorat.
        En refusant une alliance avec le FN, le RPR Michel Noir avait dit qu’il préférait « perdre une élection que perdre son âme ». A présent, NKM se fait allumer quand elle avoue préférer voter PS plutôt que FN. Autres temps, autres mœurs.

  9. Étonnant la mauvaise foi. Mais peu importe : seuls les résultats compteront. La fourchette Hollande/Sarkozy au second tour n’a pratiquement jamais évolué et voici Sarkozy gagnant… au premier tour ! Comme s’il n’y avait pas de second tour. J’aime mieux consulter les sites des bookmakers. Eux aux moins sont clairs !

  10. Un petit commentaires pour vous dire que j’apprécie beaucoup vos analyses et les remarques personnelles qui s’y trouvent, c’est aussi et surtout pour ça qu’on vient ici => Continuez !

    Aux éternels râleurs, relax, il s’agit d’un blog ! Donc forcément personnel, par définition.

    Si on doit se retrouver avec un blog qui ne fait que donner froidement des tableaux et des chiffres pour satisfaire au politiquement correct bien pensant, l’intérêt s’en retrouverait grandement diminuer.. Le fun aussi !

    • Merci !
      Il est vrai que, sur Internet, les commentaires sont plus souvent critiques que positifs et les discussions ont tendance à se tendre ou à pousser chacun assez rapidement à se replier sur la substantifique moëlle de ses opinions.
      L’écran et les « tuyaux » créent finalement une distance qui n’incite pas à la conversation (au sens ancien du terme) apaisée.
      Mais je dois dire que même les commentaires critiques ou sceptiques sont, ici, pour la plupart, argumentés, ce qui nous change de nombre de forumes et fils de discussion.

      J’espère poster de nouveau demain, mais je dois reconnaître que les vacances ont un effet « ralentisseur » indéniable 😉

    • En ce qui me concerne, il ne s’agit pas de critiques mais uniquement d’une volonté d’argumenter et de confronter mon point de vue à celui de Fabien. Je n’ai rien contre le fait qu’il ajoute quelques saillies partisanes à ses analyses, tout au contraire : cela donne matière à débat. Après, mon style argumentatif est peut-être plus aggressif et outrancier qu’un autre, mais Fabien le connaît déja depuis longtemps et je pense qu’il ne le prend pas mal.

      • J’essaye 😉

        Mais, effectivement, il y a une marge puisque je viens de placer dans la corbeille un commentaire disant: « Salut l’idiot du village , Gros naze , on vote Mélenchon et on t’emmerde ».
        Elégant et constructif 😀

        Un peu immature, surtout, pour un père de 3 enfants de 48 ans, professeur de musique d’une ville moyenne de province… 😉
        Le net permet bien des petites lâchetés et des petites intolérances.

        Mais si ce type de personnes prend la peine de perdre du temps à injurier, plutôt que de passer son chemin, ma foi, c’est qu’il y a bien une « corde » qui est touchée.
        Bref.

      • Oui, mais c’est ça aussi, la magie d’internet. Si c’est le premier message de ce style que vous recevez sur ce site, c’est parce que votre travail vit encore préservé dans une oasis d’amour et de tendresse au milieu de la guerre cyber-nucléaire globale.
        Pour ma part, hormis quelques rares et légères considérations un brin ironiques, j’essaie de m’astreindre à une lecture amorale des chiffres. Je ne suis, en effet, pas ici pour discuter de c’est qui les gentils et les méchants. Je le sais déjà très bien que les gentils, c’est forcément nous, et que les méchants, eh ben, c’est forcément les autres.
        Personnellement, la seule chose qui m’intéresse ici c’est d’essayer de prévoir c’est qui qui gagne à la fin.
        Si on commence à parler de morale, on va pas s’en sortir. Je ne saurais d’ailleurs trop vous encourager à faire de même.
        Soyez rassurés, de toute façon : je viendrai tous vous faire un gros bisou sur le front avant de vous envoyer vous détendre et oublier tous vos soucis politiques dans les camps de vacances et de rééducation idéologiques de la 6ième république.
        Donc pour résumer : salut mon camarade, gros bisounours, on vote Mélenchon et on vous aime (un peu comme Dieu aime les hommes, si vous voyez ce que je veux dire)

      • Il y a des « hacks » partout sur internet. Ce n’est pas si difficile que ça d’arriver à les ignorer (c’est en tout cas plus facile dans un blog que dans un forum où ils sont partout et polluent toutes les discussions). Après, cela ne veut pas dire que l’on ne doive plus avoir des conversations animées. Il y en a dans la réalité aussi, après tout ! On peut être en radical désaccord l’un l’autre et avoir quand-même un dialogue constructif.

        Ensuite, bien sûr, si ça t’ennuye que tes assertions soient discutées, aucun problème. Je peux faire semblant de rien. Mais je ne vois pas pourquoi mes commentaires devraient vexer qui que ce soit.

        • Ah non, pas de souci. La parole est libre :). Comme tu vois, je laisse tout apparaître, sauf les « robots » (il y en a quand même une petite poignée chaque semaine) et quelques messages strictement partisans (« votez untel ! », sans aucun développement: environ 3 depuis le début de ce blog…) et ce dernier commentaire que j’ai cité.
          C’est très peu pour une fréquentation qui est maintenant aux alentours d’une moyenne de 1700 par jour. C’est donc plutôt satisfaisant.

          Non, je m’étonne toujours que l’on perde son temps à écrire des commentaires sans intérêt comme ce brave Français qui n’a a priori rien d’un jeune troll… Cela m’échappera toujours (mais, sur l’Atlas Forum, on est habitués, hein ? ;)).

  11. Ne pourrait-on pas commencer à analyser la relative « stabilité » des résultats du second tour par les institus de sondage ? La popularité des candidats, dont celle de Nicolas Sarkosy, est plus rarement sondée (la dernière date du 6 mars) et donc … rarement commentée. N’est ce pas la raison principale du second tour ?
    Le premier tour est d’abord déterminé par les supporters et par ceux … qui sont entrainés, ainsi que par le nombre de candidatures. Ceci est conditionné par le mode de » jugement des candidats » mis en vigueur : OUI pour MON candidat, NON pour TOUS les autres.
    Le second tour est tout à fait autre chose : par exemple en 2002 on peut gagner la seconde place au premier tour en ayant ABSOLUMENT aucune chance au second tour. C’est aujourd’hui le cas de la plupart des candidatures, sauf celle de François Hollande et … PEUT ÊTRE (?) de Nicolas Sarkosy.
    Le rejet (la popularité) me semble est un facteur important du second tour dans le cas de certaines candidatures, dont celle de Nicolas Sarkosy ?
    Cette analyse commence à être d’actualité.

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