Indicateur du 9 avril 2012: quel avenir pour les droites dans la perspective d’une victoire de la gauche ?

1. L’indicateur de cette semaine montre une poursuite des tendances déjà relevées, mais avec un certain ralentissement sauf pour Bayrou:
– amélioration du score de Sarkozy,
– décrue de Le Pen,
– progression de Mélenchon,
– effritement de Hollande,
– décrochage de Bayrou,
– marginalité persistante des autres candidats.

Il est intéressant de relever que cette situation se produit alors que la pondération au sein de l’indicateur a été relevée et que seuls les sondages des deux dernières semaines (en réalité réalisés depuis le 22 mars pour le plus ancien) sont désormais pris en compte.

Avec le début des vacances scolaires, la presse lève manifestement le pied et il est clair que la campagne est un peu en « roue libre » et ne continue que sur sa lancée. C’est une bonne nouvelle pour Mélenchon, qui reste sur une dynamique favorable et sur la « dernière impression » et son score ne devrait pas s’en départir jusqu’au premier tour. Pendant ce temps, les deux principaux candidats multiplient les signes de fatigue et se battent sur le permis de conduire… bref, rien qui puisse altérer les rapports de force actuels de manière structurelle… Chaque candidat (Le Pen et Bayrou compris) est revenu à ses fondamentaux, par sécurité et par conservatisme, presque par facilité et par souci de se reposer, semble-t-il…

Cela suffira-t-il à Mélenchon pour dépasser clairement Le Pen ? Cela reste probablement la dernière inconnue de la campagne, avec, peut-être le seuil des 30% pour Sarkozy et l’éventuelle reprise du resserrement de l’écart de second tour. On peut raisonnablement parier sur un nouveau palier, tant au premier qu’au second tour.

Au second tour, justement, Sarkozy ne regagne plus de terrain et les positions se sont stabilisées à 54-46 environ (alors même que le mode de calcul de l’indicateur a été modifié).

2. Profitons de cette victoire entrevue de Hollande pour spéculer sur l’avenir possible des droites et de leurs marges, au sens très large (du MoDem au FN).

En cas de défaite du Président sortant, celui-ci sera le deuxième Président élu au suffrage universel à rater sa réélection. L’échec sera cuisant, modéré par le fait que l’alternance apparaît inévitable (10 ans de pouvoir et une crise économique profonde) mais renforcé par un score qui s’annonce net.

3. Dans ces conditions, le Président sortant peut-il espérer se maintenir à la tête de la droite ?

Bien entendu, lui-même a dit qu’il ne le souhaitait pas. Bien entendu, la concurrence s’annonce forte et le parti est aux mains d’un néo-fidèle qui sera le premier des Brutus. Bien entendu, l’étiage catastrophique de la droite parlementaire et la renaissance relative du FN (certes vécue comme une défaite par Le Pen fille au regard des sondages du début 2011, mais tout de même non négligeable si l’on se remémore le crépuscule du père) au premier tour ne pourront que créer un grand chambardement.

Mais je ne parviens pas à y croire. Sarkozy est né dans la politique, il n’a presque connu que cela. Carla n’est probablement attachée à lui que parce qu’il est et pourrait redevenir le chef de l’Etat. Sarkozy fonctionne aussi dans la revanche. VGE a bien tenté de revenir, tout au long de la décennie 1980 (et même un peu au-delà…).

Sarkozy peut se dire qu’en 1988, Chirac était au fond du trou, politiquement et personnellement, mais qu’il a réussi à reconquérir le RPR et qu’en 1995, il a réussi contre une large partie de la droite. Il peut en outre profiter d’un paysage de droite très émietté (qui’il a largement contribué à façonner, d’ailleurs), dans lequel les oppositions personnelles peuvent lui laisser l’avantage de celui qui a déjà incarné le leadership et qui peut presque passer pour le plus petit dénominateur commun. La capacité de nuisance de Sarkozy est bien plus importante que celle de VGE après 1981.

Certes, cela ne sera pas facile pour lui: outre le problème Copé, déjà évoqué, les électeurs de droite en voudront à Sarkozy d’avoir perdu et ceux flottants entre FN et droite parlementaire encore davantage de les avoir finalement floués deux fois, après 2007 et avant 2012. Quant aux fidèles de Sarkozy, nombre d’entre eux pourront lui en avoir de les avoir insuffisamment et tardivement récompensés, les portefeuilles ministériels allant à l’ouverture, aux chiraquiens ou aux trop fraîchement convertis.

Je pense donc que Sarkozy ne pourra s’empêcher de tenter de revenir. Ce sera cependant bien difficile

4. En effet, comme VGE, Sarkozy sera déjà l’homme du passé, car le rythme s’accélère et que les ambitions sont déjà affutées pour 2017. L’américanisation de la vie politique française se manifestera là aussi: un échec dans la réélection est un handicap trop lourd. D’une certaine manière, Mitterrand, après 1981, avait choisi Chirac comme adversaire plus « clivant » et donc plus facile à affronter. Certes, Hollande pourrait avoir intérêt à une nouvelle confrontation avec Sarkozy en 2017, mais Copé est probablement encore davantage attirant, car il est une sorte de Sarkozy-bis (dans la suspicion de l’amour de l’argent et de la fréquentation des puissants, dans le côté « clivant » et droitier), mais avec en plus des tares rédhibitoires ou presque pour le bon peuple français: il est libéral en économie (Sarkozy est beaucoup plus colbertiste) et c’est un technocrate… Idéal pour s’assurer une réélection facile en 2017 !

Comme Chirac après 1988, toutefois, il pourra jouer des divisions à droite. Chirac avait en effet réussi à passer de multiples obstacles: rénovateurs, Michel Noir, « bande à Léo », souverainisme Pasqua-Séguin,… A chaque fois il a su s’appuyer sur le parti et sur Juppé en interne, sur les « vieux » face aux « jeunes », sur des alliés externes (à l’UDF). Chirac avait en effet bénéficié du soutien de l’appareil et sa victoire, avec Juppé, sur Pasqua-Séguin avait été l’élément essentiel, même si l’adoubement de ce dernier par Mitterrand fin 1992 avait fait passer le boulet assez près. Chirac avait aussi joué sur l’absence d’une UDF forte et réellement concurrentielle: Léotard s’était révélé incapable de la structurer suffisamment (comme Borloo aujourd’hui avec l’ARES mort-née), Balladur était bien membre du RPR et non de l’UDF (un peu comme Juppé ou Fillon aujourd’hui, que l’on n’imagine créant ou même tentant de créer un parti concurrent de l’UMP).

En fait, le problème de Sarkozy, c’est la présence de Copé à la tête de l’UMP, position que Chirac n’avait jamais réellement abandonnée ou avait confiée au fidèle Juppé. C’est bien ce qu’il a tenté avec Bertrand, mais sans succès, celui qui est un bon ministre technique se révélant un très piètre chef de parti.

Mais le grand flou régnant au sein de l’UMP peut l’avantager.

5. Comme au PS, au sein duquel les vieux clivages historiques, qui avaient une véritable « légitimité », se sont estompés pour être remplacés par des « écuries » plus ou moins présidentielles, les tendances de la droite UMP sont de moins en moins structurées autour de véritables courants de pensée.

– Le gaullisme, historique comme social, semble avoir disparu. MAM n’est plus en mesure d’avoir une réelle influence: son heure est passée. Quant à Fillon, sa pratique barriste (tant dans la rigueur que dans un certain libéralisme) l’a fortement éloigné du séguinisme. En outre, Fillon a-t-il véritablement l’envie de se battre pendant 4 ans pour devenir le futur adversaire de Hollande ? On peut en douter. De plus, il n’a que peu de troupes et peu de soutiens au sein du parti. De surcroît, il s’attache lui-même une tonne de plomb au pied avant de plonger: quel intérêt à aller tenter de s’implanter à Paris, alors que le temple du boboïsme a très, très peu de chances de basculer en 2014 (n’est pas Boris Johnson qui veut…) et qu’en outre, tant Sarkozy que Copé soufflent sur les braises « datiennes » de manière quasi-caricaturale pour être certain que Fillon sera mortellement blessé dès 2012. Vraiment, que va-t-il faire dans cette galère… Fillon va connaître un destin à la Rocard: Premier ministre n’ayant pas démérité, son ancien chef fera tout pour le perdre et Dati jouera le rôle du Tapie des européennes de 1994…

– Le chiraquisme a encore de beaux restes, mais il connaît probablement un trop-plein de seconds rôles, tous tentés par les premeirs rôles, un peu comme au PS des années 2000. Certes, il y a la figure tutélaire d’Alain Juppé, mais même lui concède que l’âge l’écarte d’ores et déjà pour 2017. Derrière, Baroin, Pécresse, Le Maire, Apparu, techniquement solides (ou moins fragiles qu’avant, dans le cas de Baroin…) apparaissent encore bien tendres et/ou bien « individuels » pour parvenir à constituer un groupe fort. Leurs querelles au moment du remaniement ministériel de l’été 2011 n’augurent en outre rien de bon. Il y a donc là un vrai courant, mais qui va mettre du temps à se trouver un leader incontesté.

– Le pôle environnemental et social est très divers et très jalousé: NKM risque de pâtir de son rôle de porte-parole, même si elle a un atout majeur, la « modernité » personnelle et politique, qui la rend médiatico-compatible; Bertrand est durablement étiqueté comme « chouchou »; Wauquiez navigue plus à droite et fait déjà beaucoup d’envieux; Barnier est définitivement hors de la politique nationale. A n’en pas douter, il y a là de l’avenir (NKM plus à gauche, Wauquiez plus à droite), mais il n’est pas pour tout de suite. En cas de primaires en 2016 et de neutralisation des « gros » (Sarkozy, Copé, voire Fillon, Juppé), ils ont leur chance, notamment Wauquiez, qui raisonne déjà comme un Romney (gagner à droite en interne, faire campagne au centre au niveau national).

– Le « sarkozysme de base » (Dati, Morano, Estrosi, Lefebvre,…) est hétéroclite et chaotique. Il peut aider son ancien patron à créer la confusion et à tirer sur tout ennemi un tant soit peu entreprenant (tels des Cambadélis, Bartolone ou Assouline de droite… avec le succès que l’on sait en termes d »image et de rassemblement…), mais il ne peut prétendre à être un courant structuré et incarné en dehors de son chef.

– La « droite populaire » ne peut prétendre aux premiers rôles (Mariani n’est pas crédible; Valérie Boyer, prometteuse, est bien trop « tendre » et loin d’être certaine de prendre la mairie de Marseille, ce qui lui assurerait un tremplin national), mais elle a potentiellement une capacité de nuisance importante. D’abord, elle est nombreuse et structurée. Ensuite, elle est forte là où la droite est forte (dans l’Est et le Sud-Est). Enfin, elle pose l’une des questions stratégiques majeures: que faire du FN, en réalité résurgent, même si pas à 20% ? De manière secondaire, elle est en mesure de capter, à travers certains de ses porte-parole, le souverainisme de droite, un peu orphelin des Pasqua et Séguin.

– Le pôle « centriste » de l’UMP et la « droite humaniste » posent l’autre question stratégique majeure: que faire du centre-droit, orphelin depuis la réduction de l’UDF à une simple chapelle personnelle de Bayrou, alors que les résultats de toutes les élections et les faiblesses régionales (grand Ouest, voire Rhône-Alpes) montrent qu’il manque une jambe à la droite. Ils auront d’ailleurs un problème de positionnement interne, comme ceux du parti radical qui restent à l’UMP. Outre que certains des chefs ne sont plus en âge de guigner les premiers rôles (Méhaignerie, Daubresse, Léonetti) ou ont trop « brûlé de ponts » (Jégo), leur avenir ne peut résider raisonnablement dans la conquête de l’UMP, qui est par trop l’héritier du RPR. Ils ne peuvent prospérer qu’à l’extérieur du parti.

– Les « libéraux » sont confrontés à une situation semblable, bien que leurs destins soient probablement à la dissolution à l’intérieur comme à l’extérieur. Les « Réformateurs » Novelli et Devedjian, de même que Longuet et Chatel, ont probablement davantage d’avenir au sein de l’UMP qu’à l’extérieur, car ils incarnent aussi un positionnement plus « dur » de la droite (même si Devedjian a beaucoup évolué; mais il ne représetne plus que lui-même). En revanche, les « giscardiens » évolueront probablement en dehors de l’UMP, Raffarin et son fidèle Bussereau suivant probablement la trajectoire d’Hervé de Charette et sa Convention démocrate. Il en est de même des « sociaux-libéraux » (Bockel, Besson).

– Les « conservateurs sociaux » (PCD de Boutin et « queue de comète » du villiérisme) connaissent un tiraillement un peu similaire: trop faibles à l’intérieur et à la fois sociaux et durs, ils ne savent pas réellement à qui se rallier; mais trop faibles aussi à l’extérieur où le grand écart entre les ex-UDF les plus traidtionnels et certains courants catholiques de droite dure est impossible à assumer durablement.

– Finalement, il convient de souligner que Copé semble être au carrefour de beaucoup de courants, ce qui en fait assurément l’ennemi n°1 d’un éventuel retour de Sarkozy et de l’émergence de tout autre leader alternatif:
il dirige l’appareil, on l’a dit,
il est d’origine juppéo-chiraquienne et peut toujours compter sur ceux (comme Baroin ou Villepin) qui continuent de voir dans le sarkozysme un avatar tactique du balladurisme (tout cela n’a plus de sens idéologique, mais c’est un peu comme dans les querelles durables Mitterrand-Rocard ou, plus exactement, Jospin-Fabius: on se déteste, c’est tout),
il s’est « libéral-isé » et peut séduire ce petit courant actif de l’UMP,
il s’est « droitisé » et est largement compatible avec la droite de l’UMP.

En outre, l’UMP a du mal à faire émerger de nouveaux leaders issus de la « base » politique locale. Christophe Béchu est l’exception qui confirme la règle. La plupart sont des « parachutés » d’en haut (ce n’est d’ailleurs pas une spécialité de la droite: Fabius, Hollande, Aubry, Moscovici, Valls, etc. sont tout sauf des produits de la politique locale): NKM, Baroin, Pécresse,… Wauquiez réussit partiellement à le faire oublier et c’est ce qui fait aussi une partie de sa force potentielle.

Etre structurellement fort dans le Sud-Est ou le Grand Est n’est par ailleurs pas forcément favorable à l’émergence de leaders plus modérés et plus rassembleurs sur le plan national.

6. Ce positionnement interne porteur de Copé est d’autant plus vrai que le centre extérieur à l’UMP est en décomposition et ne paraît pas en mesure de se reconstruire rapidement et clairement. La personnalisation et la présidentialisation de la politique française (le premier trait n’étant pas du tout spécifique à la France, contrairement à ce que veulent bien nous dire les thuriféraires des régimes parlementaires) requièrent d’un courant politique qu’il ait d’abord un chef incontesté. Borloo aurait pu jouer ce rôle, mais il est manifestement incapable d’être un leader ou même d’avoir lui-même les idées claires sur ce qu’il veut faire. Bayrou est trop solitaire et désormais dépassé, après ce qui s’annonce comme un échec net. D’autres sont trop jeunes (Lagarde) et/ou sont « trop UMP » (NKM, Juppé).

De fait, la malédiction de l’UDF, qui n’a jamais su trouver un chef depuis VGE, se poursuit. Barre n’a jamais voulu être un homme de parti et était trop solitaire et marginal. Balladur était un chef de substitution, mais restait extérieur et n’aurait utilisé l’UDF, après 1995, que comme force d’appoint éternelle.

D’une certaine manière, le choix de Bayrou aura peu d’importance pour la suite, tant il sera marginalisé. Il peut arriver à négocier une place dans la future droite s’il ne reste pas sur son quant-à-lui, mais il sera de toute façon au sein d’un centre-droit atomisé et contesté. Ou il peut se couper définitivement et finir comme Villepin. Mais cela aura peu de conséquences pour les autres car il sera, au mieux, un parmi d’autres dans la mosaïque du centre-droit: voir les différences tendances du NC, du groupe centriste au Sénat, du MoDem et au sein même de l’Alliance centriste est risible; il y a presque autant de centres que de centristes… (quelquefois, certains élus, comme Thierry Benoît, semblent même héberger en eux-mêmes plusieurs tendances…).

De l’autre côté, le FN ne s’est pas réellement modernisé. La pseudo-entreprise de dédiabolisation est largement une construction médiatique. Les activistes du FN restent basiques et Marion « Marine » Le Pen est revenue aux « fondamentaux » après l’affaire Merah. Ainsi que j’ai déjà pu l’écrire, tous ceux qui auraient eu intérêt à s’allier avec la droite classique (les « technocrates », les « intellectuels », les « barons locaux traditionnels », notamment) ont quitté le parti, qui reste une machine familiale repliée sur elle-même et qui a surtout vocation à se perpétuer. Seul l’appétit personnel de pouvoir de Le Pen fille et de Louis Aliot pourrait, à terme, les pousser à se modérer réellement et à accepter de passer en dessous de 10% en échange de prébendes locales voire de portefeuilles ministériels. Mais leur culture du « ni droite ni gauche » est forte; la base personnelle de Le Pen fille est dans le Nord-Pas-de-Calais, évidemment pas dans les Alpes-Maritimes, ni dans l’Est, ni même à Marseille; le succès relatif de 2012 (en comparaison des vaches maigres de 2007-2009) fera de nouveau rentrer de l’argent dans les caisses. Tous éléments qui ne plaideront pas pour une évolution à l’italienne.

L’UMP et ses satellites (parti radical et l’essentiel du NC) restent donc le coeur de la droite et le resteront durablement. N’oublions pas que le ressort essentiel de l’action politique, ce sont l’argent et les réseaux d’élus locaux. Or, l’argent public pour le financement des partis est déterminé par les candidatures et des résultats aux élections législatives, comme l’ont bien compris, dans des genres différents, Pierre Laurent, Cécile Duflot, Christine Boutin ou Laurent Hénart.

Non, on ne crée pas de grand parti après les élections, mais juste avant. L’UMP, issue de l’UEM, a été lancée avant les législatives de 2002 et a réussi pour cette raison, alors que l’autonomisation de DL par rapport à l’UDF réduite à Force Démocrate, en 1997-98, après l’élection, a été un échec. Aujourd’hui, créer de nouveaux partis de droite entre le 6 mai et début juin apparaît impossible, faute de leaders de remplacement (et Copé est déjà à la tête de l’UMP), faute de temps et faute de force psychologique après une défaite traumatisante.

Déjà, le mode de financement public des partis a tendance à dissuader les divisions mais, en plus, la conjoncture paraît peu propice. Les grands changements à droite ne sont pas si fréquents: le RPR a surtout consisté en une nouvelle « personnalisation » de la structure gaulliste et l’UDF n’a été puissante au début de son existence que parce qu’elle soutenait le Président en exercice; quant à l’UMP, elle est effectivement la seule grande restructuration de la droite depuis les années 1970, voire 1960; sinon, les différents changements de partis n’ont consisté qu’en des transformations sans renforcement de partis existants (DL; FD), ou en des divisions (MoDem et NC) ou encore en des avatars de micro-courants sans influence réelle (PRILE, PPDF, AC,…). Seule l’ARES, si elle s’était véritablement structurée aurait pu, cahin-caha, poser les bases d’un futur parti solide et assez riche.

7. Copé est enfin idéalement placé au sein de la droite dans le scénario le plus probable.

– En effet, le bipartisme devrait de nouveau prévaloir, avec une reconstitution lente et chaotique de l’UDF et une UMP « recentrée » sur la droite plus classique. Dans ce cas de figure, l’UMP resterait la force principale de la droite et du centre-droit, tant la nouvelle UDF serait encore plus kaléidoscopique que l’ancienne:
éventuellement centre du centre, avec le MoDem de Bayrou, délesté des Bennahmias et Wehrling,
centre-droit du centre avec Arthuis,
centre du centre-droit avec le NC, lui-même explosé entre Morin, Lagarde, Leroy, Sauvadet et consorts, mais aussi avec Méhaignerie et Daubresse,
droite du centre-droit avec Borloo et le parti radical, mais aussi Raffarin, Charette et les « sociaux-libéraux »,
voire gauche de la droite, si NKM ou Bertrand sentent des « opportunités » à l’extérieur de l’UMP.

Cette nouvelle UDF (soit que l’ARES soit pérennisée, soit que l’UDF soit sortie du formol si Bayrou est de la partie) ne peut que rester un champ de guérillas permanentes, entre les vieux qui croiront toujours en leur destin mais qui resteront toujours aussi impuissants et velléitaires (Bayrou et Borloo) et les jeunes qui voudront enfin tenter leur chance (J.C.Lagarde voire NKM). Surtout, on n’imagine pas Juppé ou Fillon (les seuls qui auraient davantage de chances de parvenir à unifier ce pôle assez rapidement et plus solidement) quittant l’UMP, héritier du RPR et qu’ils ont contribué à fonder.

Copé ne peut finalement que souhaiter une telle situation, plus complémentaire électoralement et permettant de « ratisser » plus large (contrairement à la conception étriquée de Sarkozy, qui a fait fuir des électeurs modérés vers Bayrou, puis DSK, puis Hollande, sans donner la possibilité à un Borloo de les retenir), mais assurant le primat de l’UMP, plus libre de chasser les électeurs du FN.

De manière alternative, mais beaucoup moins probable, la droite pourrait se structurer autour de 3 grands courants, pas vraiment héritiers des droites de René Rémond, mais assez cohérents.

Un pôle de centre-droit cohabiterait avec un courant traditionnel chiraquien et radicalo-gaulliste si l’on veut et avec une droite « nouvelle », plus dure et prête au rapprochement avec un FN modernisé. Ce cas de figure serait plus incertain pour Copé, car il serait à la jointure des droites traditionnelle et dure. Sarkozy serait un peu sur le même créneau, mais sa stature un peu plus importante (simplement liée au fait qu’il aura été Président) lui permettrait probablement de moins pâtir d’une telle césure.

Toutefois, cette hypothèse paraît nettement moins probable et il resterait à Copé (ou à Sarkozy) la possibilité de rester à la tête d’une UMP re-chiraquisée, la droite dure servant simplement de rabatteur extérieur et plus libre de ses mouvements, plaçant mécaniquement l’UMP « canal historique » dans une position un peu plus modérée et donc « vendeuse ».

8. Au terme de ce panorama quelque peu décousu, comme l’est la droite au seuil de la chute de son leader écrasant des… 8 dernières années (je compte depuis que Sarkozy a pris l’UMP), il semble bien que le combat opposera donc Copé et Sarkozy, ou n’aura pas lieu si Sarkozy se retire. En tous les cas, on peut parier sur une primauté de l’UMP de Copé. La logique institutionnelle et financière le veut d’ailleurs. La capacité à organiser des primaires en 2016 (si elles ont lieu… car encore faudra-t-il que Bertrand, Wauquiez, NKM, Baroin ou Précresse soient en mesure de les imposer…) sera réservée au premier parti de droite et il saura alors concentrer l’attention sur lui, comme l’a fait le PS (même si cela n’empêchera pas l’émergence éventuelle d’un Mélenchon de droite).

Malheureusement pour la droite, la victoire interne de Copé risque bien d’être l’assurance de la réélection de Hollande. Trop  « sarkozyen » sur le plan personnel, trop cassant et technocrate sur le plan politique, trop impatient et pressé sur le plan stratégique, il est peu probable qu’il parvienne à faire mieux que Sarkozy 2012. Surtout que la droite n’aura probablement pas encore résolu le problème du FN, incapable de faire le même travail que Mitterrand à l’égard du PCF.

Alors, qui en 2022 ?…

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18 réflexions sur “Indicateur du 9 avril 2012: quel avenir pour les droites dans la perspective d’une victoire de la gauche ?

  1. très intéressant ce site, et pas seulement divertissant, comme vous le dites trop modestement. Non seulement vous cumulez, comparez, mixez, décortiquez les chiffres, les courbes, les tendances, mais en plus vos analyses sont fouillées, détaillées, précises… ça doit prendre un temps fou… en tout cas merci !

  2. Peut-être est-ce trop raccourci, mais je suis convaincu que les électeurs de droite veulent un « tueur » à leur tête.

    Je ne crois pas une seconde au retour de Sarkozy pour deux raisons :
    il aura détruit la droite française en perdant toutes les élections; il aura même réussi le tour de force extraordinaire d’offrir le Sénat à la gauche.
    L’UMP a perdu un quart de ses adhérents depuis 2007. Ni les politiques, ni les électeurs n’en voudront.
    Il sera très vraisemblablement rattrapé par ses affaires (après le fiasco du jugement de Chirac, la justice aura du mal à justifier un autre report ou une relaxe).

    Je ne vois que Copé. Mais dans quel état sera l’UMP ?

  3. Cela me paraît vraiment prématuré de dire que 2017 est déjà joué…
    Il n’est pas encore dit que Sarkozy est battu, même si ces derniers jours, sa campagne vient de marquer le pas. Son programme ridicule, ses attaques dignes d’une cour de récré contre Hollande risquent bel et bien de casser son élan. Nous verrons ce qu’il en est mais j’ai le sentiment que s’il ne reprend pas la main maintenant, il n’aura plus le temps de rattraper son retard.
    Si Hollande l’emporte bien, la situation de la droite après l’élection est bien difficile à prévoir. Son avenir dépendra beaucoup des rapports de force au premier tour; Une Le Pen à plus de 15% et un Bayrou au dessous de 10 poserait certainement la question de l’alliance droite-FN au sein de l’UMP. Ce qui pourrait entrainer une scission et la reconstitution d’un centre.
    Dans cette optique un Hollande élu serait bien d’instaurer une bonne dose de proportionnelle afin de favoriser l’émergence d’une force centrale.
    Après, toujours dans cette hypothèse d’un Hollande gagnant le 6 Mai, je crois que sa réélection dépend pour une bonne part de l’évolution économique, chose sur laquelle il aura peu de prise. Il est très difficile de savoir ce que sera la configuration politique dans 5 ans. Qui aurait pu penser en 2007 qu’Hollande allait être le grand favori de la prochaine élection présidentielle?

  4. Bonsoir,
    Il serait intéressant de rappeler comment Sarkozy a pris le leadership de la droite, pas par un positionnement idéologique central mais par un activisme qui a fait illusion jusqu’en 2007 jusqu’à séduire au-delà de la droite. Qui peut définir l’idéologie de Sarkozy aujourd’hui : colbertiste ? buissoniste ? guainoiste ? gaulliste ? souverainiste ? merkeliste ? Même si on peut lui trouver un peu d’orléanisme, de bonapartisme et de légitimisme, je ne vois pas ce qu’il a apporté à la grande histoire des idées politiques à part le nombrilisme. Copé est pour l’instant clairement ultralibéral et n’hésitera pas à s’allier à la droite extrême au sein de l’UMP, ira-t-il plus loin et s’alliera-t-il à Marine ?
    Sinon, les chiffres de l’indicateur n’ont pas été actualisés.

  5. Analyse très intéressante.
    Juste par intuition, je ne crois pas que Sarkozy continuera s’il perd. Je ne crois pas non plus aux chances de Copé à une présidentielle. On s’achemine donc vers une traversée du sésert pour la droite pendant 10 ans… sauf peut être si les militants et électeurs UMP réclament une primaire pour les présidentielles de 2017 ! Car on ne manquera pas de dire que c’est la primaire qui a fait émerger Hollande chez les socialistes. En 2016 une primaire à droite pourrait faire émerger un leader, probablement autre que Copé, qui aurait plus de chances (Wauquiez, même s’il est un peu jeune ?).

  6. La gauche n’a jamais remporté deux élections majeures de suite lors de la cinquième république. Elle n’a jamais exercé le pouvoir legislatif durant deux mandatures consécutives depuis 58. Et même, si on regarde avant, il faut se placer dans le contexte des années 30, très différent de notre contexte politique d’aujourd’hui pour voir la gauche remporter deux élections legislatives de suite, aliée à un centre fort et instable, qui provoquait de multiples changements de gouvernement durant les mandatures.
    En 2017, la droite a toutes les chances de gagner, comme la gauche a toutes les chances de gagner cette année. Hollande sera peut être réelu (j’en doute), mais il sera très probablement confronté à une cohabitation. Et puis, de toute façon, il fera la même politique économique que Papandreou et Zapatero, ce qui le conduira à être impopulaire et à se faire dégager.

    Quand à la droite, je pense qu’elle va ériger Sarkozy en anti-modèle et qu’elle va revenir à des stratégies électorales plus classiques : VGE 74, Chirac 95 et 2002. Le sarkosisme rique fort d’être perçu comme un échec, un repoussoir, une parenthèse à vite refermer par les barons locaux de la droite, qui ont pris des roustes à toutes les élections locales et ont, pour certains, été humiliés par les hommes de l’Elysée.
    On va nous sur-vendre du Chirac, on va revenir aux fondamentaux, on va aller chercher Juppé pour jouer les grands sages.
    Mais bien malin qui peut dire qui sera le prochain candidat de la droite en 2017. Moi, je suis peut-être un gros nul, mais je n’aurais pas misé un centime sur Hollande en 2007. A mon avis, une chose est sure, à mon avis : Bayrou y croit encore. Et à-t-il tout à fait tort ? Pas forcément.
    A mon avis, il ne donnera pas de consignes de vote entre les deux tours, car il serait suicidaire pour lui de se mettre à la remorque de Sarkozy. Il va faire un truc du genre : je ne donne pas de consignes, mais, à titre personnel, je ne voterai pas Hollande. Histoire d’essayer de faire à droite en 2012 ce qu’il a raté en 2007 à gauche.

    Mais, encore faut-il qu’Hollande gagne cette année, ce qui est encore loin d’être certain.

  7. Vous faites comme si Sarko allait perdre, mais vu que ça a l’air mal parti pour Bayrou d’arriver au second tour, Sarko à encore des chances. Seul Bayrou mettrait une rouste assurée à Sarko. Contre Le Pen, Sarko serait assez probablement réélu, et contre Hollande ou Mélenchon, il a encore quelques chances.

    Dans votre commentaire, j’ai l’impression que vous oubliez la droite souverainiste à la NDA. Je pense qu’elle a de l’avenir, pourtant.

    • Ben, c’est le principe même de l’exercice. Pour imaginer ce qui peut se passer si Sarkozy perd, il faut faire comme si Sarozy allait perdre.

    • NDA, ouais… S’il ne parvient pas à s’imposer alors que Sarkozy et Le Pen se battent et qu’en attendant, il n’y a personne d’autre à droite, que Villiers est politiquement mort et que Villepin a disparu, franchement, je ne sais pas quand il y parviendra…
      Evidemment, s’il dépasse les 3%, on pourra en reparler. Mais même, je ne suis pas sûr.

  8. 2012 n’étant pas totalement joué, il est difficile de spéculer sur 2017. Le vainqueur aura une situation très difficile à gérer. La crise est devant nous malgré tout ce que nous racontent les candidats. Le Pic Oil va entraîner une hausse inéluctable des prix du pétrole et des matières premières ce qui aura des conséquences dramatiques sur toutes les économies occidentales. Il suffit de voir les réactions des marins pêcheurs à l’augmentation de 10 centimes du prix du pétrole, pour imaginer la catastrophe quand le prix du baril sera à 150 $…. Si on rajoute au facteur géologique (moins de pétrole à extraire), des facteurs géopolitiques (crise possible au moyen Orient)… nous avons devant nous et devant le futur président de la République des perspectives très sombres. Personne n’obtiendra, quelle que soit la politique menée, 2,5 % de croissance en 2016-2017, la dette continuera donc de se creuser et les belles promesses de 2012 ne pourront être tenues alors que la population verra son pouvoir d’achat diminuer du fait de la hausse inévitable des prix des matières premières et des transports.
    Franchement il faut être masochiste pour vouloir être président dans ce contexte !

    • Maxence, vous avez raison mais être président dans ce contexte n’est pas du masochisme mais de l’opportunisme car si le président devra faire appliquer une politique de rigueur, il conserve les avantages liés à sa charge, si le peuple français risque de voir son pouvoir d’achat baisser, le président non… CQFD…

  9. Bravo pour cette brillante analyse. Ta connaissance de la scène politique à droite est tout bonnement impressionnante et m’interdit par ailleurs toute possibilité de contradiction. La rigueur de l’argumentation et la profondeur de l’analyse sont tout aussi louables.

    Un point de désaccord majeur, malgré tout : je n’imagine pas un seul instant que Sarkozy puisse se maintenir dans un rôle politique majeur en cas de défaite. Même s’il en avait l’intention (ce dont je doute car, malgré son égo, Sarkozy dispose également d’un sens des réalités assez aigu pour un homme politique, assez pour percevoir qu’il n’a aucune chance et ne ferait que se ridiculiser), le temps des hommes politiques à la Chirac est définitivement révolu, et un homme politique battu devient définitivement un « has been ». Sarkozy devra se faire une raison, et se trouver une nouvelle vocation pour occuper son temps (va-t-il aller « se faire de l’argent dans le privé » comme il l’a claironné à plusieurs reprises ? ou rentrer dans un monastère ? :D).

    « Carla n’est probablement attachée à lui que parce qu’il est et pourrait redevenir le chef de l’Etat. »

    Mais enfin, Fabien, comment peux-tu proférer de telles insinuation face à la magnifique histoire d’amour présidentielle ? 😉

    • Tu vois que je suis lucide… 😉

      Quant au monastère…

      Plus sérieusement, Sarkozy est un élève de Chirac et je pense qu’il tentera de revenir. Mais, effectivement, les temps changent et il aura du mal. Tout ce qu’il réussira à faire sera probablement de diviser la droite encore davantage.
      Je sais, la gauche n’a jamais réussi à tenir plus d’une législature, mais en 1986 et 1993, c’était le système Mitterrand. En revanche, en 2002, il s’en est fallu de peu: Jospin aurait gagné.

      • On ne pourra malheureusement pas refaire l’histoire, mais je persiste à penser que, même en cas de qualification pourle second tour, Jospin n’aurait pas gagné à la fois la présidentielle et les législatives derrière. De toute façon, même si Jospin a failli gagner, il a quand même perdu.
        Si la gauche gagne en 2012 et en 2017, alors l’évènement sera extraordinaire : il signifiera peut_être la fin d’une période de 60 ans de domination électrorale de la droite (75% de victoires lors des législatives et des présidentilles depuis 1958) et la fin de la règle, immuable, qui veut que ce soit l’opposant réel ou symbolique qui emporte toujours l’élection suivante (j’ai déjà eu l’occasion de détailler mon point de vue là-dessus à l’occasion de mon premier message sur ce site).
        Mais je n’y crois pas.
        C’est plié pour les 2 ou 3 prochains siècles : dorénavant, la gauche gouvernera entre les années —2 et —7 et la droite entre les années —7 et —2. C’est prouvé, c’est mathématique, c’est totalement certain.

    • Appliquer des shémas prédictifs rationnels pour analyser le comportement de Carla Bruni est à peu près aussi vain qu’essayer de modéliser un système fortement instable au moyen de règles mécaniques déterministes.
      Parfois, il faut avoir la modestie de reconnaitre que même l’esprit humain le plus brillant ne peux appréhender correctement certains phénomènes chaotiques trop complexes.

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