Derniers sondages IPSOS et Harris: Sarkozy et Mélenchon plafonnent à haut niveau, Hollande se maintient bien grâce à l’érosion de Bayrou

 

IPSOS-Logica Business Consulting
Radio France, France Télévisions, Le Monde
6-7 avril 2012
échantillon: 955 inscrits sur un total de 964 

Hollande 28,5
Sarkozy 29
Le Pen 15
Bayrou 9,5
Mélenchon 14,5
Joly 1,5
Arthaud 0,5
Poutou 0,5
Dupont-Aignan 1
Cheminade 0

Hollande 55
Sarkozy 45

___________________________

Harris Interactive
VSD, LCP-Assemblée Nationale
3-6 avril 2012
échantillon: 1033

Hollande 27
Sarkozy 28
Le Pen 16
Bayrou 10
Mélenchon 13
Joly 3
Dupont-Aignan 1
Arthaud 1
Poutou 1
Cheminade 0

Hollande 53
Sarkozy 47

1. S’il s’est rapproché des 30%, Sarkozy ne les franchit pas et le début de la campagne officielle, qui le rend encore moins audible, si ce n’est pour constater un certain épuisement, ne favorisera pas le franchissement de ce seuil psychologique important.

S’il ne parvient pas à le franchir et, a fortiori, à retrouver le score de 2007, ce ne sera même plus la peine de jouer le second tour. Il n’a en réalité jamais pu desserrer l’étau du FN renaissant d’un côté et de la déception du centre-droit de l’autre: il a déjà réussi sur sa droite (ce qui est déjà énorme, en termes de tactique politique), mais il aura échoué sur sa gauche. Le plafond de verre de l’anti-sarkozysme se retrouve au second tour, l’IFOP quotidien repassant d’ailleurs à 54-46, après un petit séjour vers les 53-47.

Certes, les reports de voix sont moins défavorables, selon IPSOS:
– 85/4/11 parmi l’électorat Mélenchon, toujours aussi haut pour Hollande,
– 42/39/19 parmi l’électorat Bayrou, ce qui ressemble davantage à la configuration de 2007, mais aujourd’hui, la différence, c’est que la gauche part de plus haut au premier tour,
– 14/53/33 parmi l’électorat Le Pen, ce qui est le meilleur score de Sarkozy, mais reste insuffisant car il lui faudrait atteindre les 2/3.

Mais la base de départ de la gauche est désormais plus proche des 45% que des 40%. En outre, les souhaits comme les pronostics de victoire de Hollande remontent selon l’IFOP quotidien. Enfin, la certitude du vote Hollande est désormais aussi élevée pour Hollande que pour Sarkozy.

2. Hollande remonte d’ailleurs légèrement au premier tour, à la faveur de la décrue de Bayrou.
L’agressivité de Sarkozy et/ou la déception sur la formulation écrite du programme, exercice obligé que Sarkozy a plutôt bâclé, y sont-elles pour quelque chose ?
Ou une forme de vote utile à l’envers, pour compenser la progression de Mélenchon ?
Ou un transfert de Bayrou vers l’abstention, doublé d’une reprise de Hollande chez les électeurs écologistes et d’autres abstentionnistes ?
Probablement un mélange de tout cela…

3. Bayrou aura été la grande déception de cette campagne. Son franchissement à la baisse des 10% est quasiment l’événement du jour pour les médias: toujours la psychologie et les « dynamiques », hein?

Comme je l’avais dit il y a longtemps, il paraissait difficile qu’il gagne en refaisant la campagne de 2007. C’est pourtant ce qu’il a fait. Cela lui a permis son émergence de décembre (que j’avais bien prévue), alors que la campagne Hollande flottait; mais cela explique aussi son érosion présente et son échec à rebondir au-delà de février (point sur lequel je me suis trompé, pensant que Sarkozy ne parviendrait pas à conserver son électorat plus modéré, malgré sa campagne de préemption de l’électorat FN).

Une déception, mais s’il est habile, il saura « vendre » son score réduit à Sarkozy et, surtout, à la droite modérée, pour tenter de se faire une place dans l’opposition à Hollande et essayer d’être celui ou un de ceux qui refonderont l’UDF. Mais, ainsi que je l’ai écrit hier, je n’y crois pas.

4. Marion « Marine » Le Pen, grâce à son récent « back to basics« , a stoppé sa chute. Elle se maintient à un niveau très respectable, quasiment celui qui a assuré à son père la qualification au second tour en 2002… En oture, c’est bien elle la candidate des ouvriers, des couches populaires et de beaucoup de jeunes, ainsi que le confirment de jour en jour les différents sondeurs. Cela devrait davantage inquiéter que cela… Non, Mélenchon n’a pas battu le FN.

Pour Le Pen, c’est un peu l’inverse de Bayrou: son bon score absolu n’est pas perçu comme tel et il lui sera difficile de l’utiliser. D’autant que, pour ce faire et pour éviter d’être « soufflée » par Mélenchon, elle aura enterré la « normalisation ». Donc, elle ne pourra rien faire d’autre que de rejouer la vieille partition paternelle et de s’enfermer dans ce fortin stérile de l’incantation et de l’aboiement populistes… Marginalisée et enfermée malgré elle… On retombe toujours du côté où l’on penche.

5. Mélenchon semble se stabiliser, (bien) plus tardivement que je ne pensais. A vrai dire, Mélecnhon avait déjà connu sa « percée » fin 2010. Il avait ensuite régressé. Je pensais que les Français et les médias l’avaient déjà « testé » et qu’il n’avait plus l’attrait du nouveau. Et pourtant, sur le tard, nous y voici… Donner de la voix, devenir la coqueluche médiatique, profiter de l’atonie générale des candidats, en particulier de Hollande et Bayrou (Sarkozy et Le Pen jouant dans une autre cour de récréation), voilà qui suffit à gagner 5 points.

Son succès est aussi sa faiblesse:
il n’est pas le candidat populaire puisque ses scores sont quasi-également répartis dans la plupart des CSP; il est donc un candidat « généraliste », ce qui est un exploit au regard de sa base de départ et de son programme, mais justement trop généraliste, car, aux législatives, il ne pourra transformer l’essai, sauf à repasser sous les fourches caudines du PCF et de ses barons locaux et nationaux (Pierre Laurent a discrètement rencontré Hollande la semaine dernière… c’est tout vu…);
il n’est pas le candidat du « non », car il n’a pas pris les positions plus fermes de Le Pen et Dupont-Aignan, et il n’est donc pas le candidat anti-système, pusiqu’il appellera évidemment à voter Hollande; de fait, alors qu’il avait ménagé celui-ci, il a bien fini par l’attaquer, emporté par son propre élan, et a, du coup, obéré ses chances de peser sur l’après-élection; en outre, pour survivre sur le long terme, il eût été préférable d’être véritablement l’incarnation du « non ».

Gageons que Hollande saura faire oublier cette situation:
– il reprend du terrain et Mélenchon restera loin,
– deux semaines de campagne de second tour, puis la passation de pouvoir, puis le suspense du gouvernement Hollande, puis les sommets internationaux, puis le PaCS avec Valérie Trierweiler (:P), puis la flambée du spread sur les taux et les nouvelles attaques sur l’euro (mon énumération n’est pas forcément ordonnée chronologiquement…), puis la campagne des législatives: tout cela focalisera tout sur le PS jusqu’en juillet,
– le PCF et le PG, ce n’est pas la même chose et le PCF sera au gouvernement,
– Hollande saura jouer EE-LV contre FG et réciproquement.

6. Bien sûr, les petits candidats pourraient surprendre. Mais c’est peu probable, surtout lorsque l’on voit une Eva Joly pathétique, prête à tout pour se faire entendre dans les derniers jours (formellement, c’est du Sarkozy qu’elle nous fait… elle n’a pas honte ?! :)) pour tenter d’éviter de glisser sous les 2% (au moins, une Verte sera contente: Dominique Voynet ne sera plus la seule à avoir fait échouer l’écologie de gauche…).

Dupont-Aignan, en particulier, est fort décevant. Villiers n’est plus là, Villepin, Nihous et Chevènement ne sont pas là et il atteint au mieux 1,5% et n’a toujours pas franchi les 1% dans notre indicateur…

Bien sûr, l’abstention va nous réserver quelques surprises: toujours Hollande, mais aussi Le Pen désormais, pourraient en pâtir.

Mais l’essentiel du décor est planté et l’on peut être reconnaissant à Rick Santorum de nous divertir un peu aujourd’hui, sinon la scène politique aurait été bien morne…

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3 réflexions sur “Derniers sondages IPSOS et Harris: Sarkozy et Mélenchon plafonnent à haut niveau, Hollande se maintient bien grâce à l’érosion de Bayrou

  1. Parlons du centre :

    A 67 ans en 2017 et après 3 campagnes présidentielles moroses (puisque celle de 2007 s’est terminée en eau de boudin), on pourrait croire que l’avenir de Bayrou est derrière lui.
    La 5ème République a bipolarisé le pouvoir politique et a laissé peu de place au centre. L’UDF de Giscard a été un effet d’opportunité avant que le RPR ne le phagocyte. D’autant plus que Giscard a toujours été de droite.

    L’égocentrisme de Bayrou l’a toujours empêché de se faire absorber par le RPR et l’UMP, ce qui n’était pas un mauvais calcul stratégique puisque ça lui permettait de continuer à rester chef.

    Les différents courants du centre n’ont jamais pu se fédérer, leurs parlementaires étant partagés entre l’opportunisme électoral en se ralliant à la droite et leur velléité d’indépendance qui ne leurre personne.
    Le Nouveau Centre pas plus que le MoDem n’arrivent à parler d’une voix.
    F. Bayrou s’est placé dans l’obligation de soutenir Sarkozy ou Hollande mais se refuse à le faire. Curieux choix pour un candidat qui revendique l’Union Nationale mais qui s’isole ostensiblement en refusant les alliances.

    Alors 3 choix pour lui dans l’entre-deux tours :
    il refuse de soutenir un candidat en disant que malgré son engagement, il a changé d’avis, etc… C’est le choix le plus sage.
    Il soutient Hollande, mais ne leurre personne car tout le monde sait qu’il est de droite. Peu vraisemblable.
    Il soutient Sarkozy et tout le monde voit une opportunité électoraliste même en cas de victoire de Hollande. C’est dangereux car il est clair qu’il déteste Sarkozy et qu’il s’assied sur tout ce qu’il a pu dire sur lui (valeurs contre valeurs, …)

    Que sortira-t-il de cette bouillabaisse lorsqu’il s’agira de reconstruire une droite ?
    Finalement, Bayrou n’a-t-il pas toujours été une épine pour les centristes en les empêchant de se rallier clairement à la droite ? Copé pourra les attirer en les faisant adhérer au nouveau mouvement de la droite sociale ? Mais quelle crédibilité ???

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