Indicateur du 16 avril 2012 et dernier sondage IFOP: retournement de Sarkozy, extension de Mélenchon et résistance de Hollande, ce qui confirme les sondages « minoritaires »

1. Mon éloignement de mes « outils de travail » habituels fait que je ne peux même pas vous proposer de graphique propre de l’endroit peu fameux où je suis (d’aucuns y verront, sans aucune bienveillance, un signe supplémentaire du dévissage actuel de la droite :P). Ce sera pour samedi prochain… Mais j’actualiserai alors les graphiques de reports de voix et ceux par instituts.

En outre, les CSA et TNS-Sofres précédents, qui paraissaient être les « minority reports » deviennent, comme dans la nouvelle de Philip K. Dick, sinon la vérité, du moins une forme de réalité. En effet, si l’IFOP, tant dans son rolling quotidien que dans sa dernière livraison, nous donne les mêmes tendances, à défaut des mêmes exacts niveaux, alors même que l’IFOP n’a pas du tout les mêmes tropismes, c’est bien que sont confirmés:

– le retournement de Sarkozy: il a peaked trop tôt et sa campagne « barnum » résume finalement son quinquennat: il a bien réussi à attirer des électeurs lepénistes au départ (et seulement eux), mais est en train de les reperdre progressivement, essentiellement vers l’abstention (par déception devant de telles virevoltes quotidiennes ou par « épuisement » ou par énervement des appels du pied déjà entamés vers Bayrou), un peu vers Le Pen et un petit peu, peut-être, vers Dupont-Aignan, qui dépasse les 1% pour la première fois; loin de son score de 2007, loin même des 30%, il n’est même plus assuré de terminer premier, ce qui constitue un échec sévère, même si logique après tout si l’on se replace ne serait-ce qu’en janvier dernier;

 – l’extension de la progression de Mélenchon, qui avait peut-être marqué un palier, mais semble de nouveau en accroissement, toujours par le même phénomène de siphonnage de Hollande, lui-même alimenté par d’anciens électeurs de Bayrou, mais peut-être aussi par un phénomène de « mode » de la soi-disant rébellion; finalement, par supercherie étant donné ses positions réelles, il pourrait se retrouver être le candidat d’une partie de la France du « non » ou de la France de l’abstention traditionnelle; sa cartographie sera très instructive; après Bayrou en 2007, Mélenchon en 2012, dans le même créneau de malentendu et avec la même réussite au regard de la base de départ ?

– la résistance de Hollande, qui repasse au-dessus de Sarkozy même chez IFOP et qui est à 0,01 point de lui dans notre indicateur (non, ce n’est pas un complot :P); son propre siphonnage de Bayrou suffit clairement à compenser les pertes vers Mélenchon;

la reprise ou la poursuite de l’érosion de Bayrou, alors qu’il semblait avoir effectué une petite stabilisation: il menace de passer en dessous des 10% dans notre indicateur;

– la bonne tenue de Le Pen, qui regagne quelques électeurs sur Sarkozy et semble désormais plus proche de 16 que des 15, conservant à ce jour sa 3e place.

Voici la dernière livraison périodique de l’IFOP:

IFOP-Fiducial
Europe 1, Paris Match, Public Sénat
12-15 avril 2012
échantillon: 1808 inscrits parmi un total de 1915

Sarkozy 27
Hollande 28
Le Pen 15,5
Bayrou 9,5
Mélenchon 14,5
Joly 3
Dupont-Aignan 1
Arthaud 0,5
Poutou 1
Cheminade 0

Hollande 55,5
Sarkozy 44,5

La droite classique est donc à un niveau historiquement bas, digne des pires heures du raffarino-chiraquisme. La gauche est proche d’une majorité simple, si l’on considère le nombre d’électeurs encore attirés par Bayrou au premier tour, mais qui se reporteront sur Hollande. Ainsi, les reports de voix sont les suivants pour l’IFOP, conformes à tout ce que nous avons vu récemment:
77/6/17 dans l’électorat Mélenchon et 76/2/22 dans l’électorat Joly,
39/35/26 dans l’électorat Bayrou,
18/44/38 dans l’électorat Le Pen.

Au second tour, la situation se détériore de nouveau pour Sarkozy, qui s’achemine de nouveau vers les 45%. Dans notre indicateur, il aura donc été incapable de franchir les 46%. Certes, nous étions encore à plus de 57% début février mais, encore une fois, même le Mitterrand de 1988 n’a pas réussi à maintenir un tel écart et aussi longtemps.

RIP Président Sarkozy.

13 réflexions sur “Indicateur du 16 avril 2012 et dernier sondage IFOP: retournement de Sarkozy, extension de Mélenchon et résistance de Hollande, ce qui confirme les sondages « minoritaires »

  1. Deux commentaires en vrac.
    Sur le site Élection Politique Citoyen, il y a un sondage non redressé qui donne des résultats assez intéressants :
    échantillon d’environ 4.500 personnes
    Hollande 30,5
    Sarkozy 25,5
    Le Pen 17,5
    Mélenchon 16
    Bayrou 5,5
    Joly 3
    et un second tour à 59 – 41.
    Je trouve les résultats assez proches de ceux des sondeurs, malgré l’absence de la cuisine des professionnels de la profession. Sauf pour Bayrou ! Étrange, quand même, cet écart du simple au double !
    Vous en pensez quoi, de tout ça ?

    Sinon, je trouve que les raisons du retournement de tendance de Sarkozy sont probablement dues à la présentation de son programme, qui a visiblement énormément déçu la frange d’électeurs qui venait du FN et peut être un peu du centre. Mais, étant plutôt rationnel, je ne parviens pas à comprendre comment ces gens raisonnent. Pourquoi lâcher Sarkozy à ce moment, alors que ce programme me semble très cohérent avec ce qui précédait, à savoir la longue suite de mesures d’extrême droite égrenées au jour le jour ? Décidément, je n’arrive pas à (ne pas) penser comme un électeur d’extrême droite.

    • Sous Sarko, l’immigration légale a augmenté (on a plus d’immigration aujourd’hui que sous le gouvernement Jospin.. la gauche devrait être contente), l’immigration illégale on ne sait pas, mais rien n’indique qu’elle a baissé (les soi disantes « 25 000 expulsions » par an sont dérisoires), la délinquance a augmenté, le nombre de policiers a baissé, l’intégration Européenne s’est accélérée… Bref, je comprends tout à fait que les électeurs d’extrême droite soient déçus de Sarkozy. Il a été élu en 2007 largement grâce à son discours proche de l’extrême droite, du moins en ce qui concerne l’insécurité et l’identité nationale, ce qui a suscité beaucoup d’espoir parmi les électeurs d’extrême droite, mais après 5 ans ils ont l’impression que les choses ont empiré. Ce que je ne comprends pas, ce sont plutôt les électeurs d’extrême droite qui pourraient être retentés de voter Sarko au premier tour. Marine Le Pen a raison dans son analyse, il nous refait le coup de 2007 où tout d’un coup il est à nouveau en mode tolérance zéro et patriote.

  2. Je crois que la baisse de Sarkozy provient de la fin de l’ « effet Merah ». On est passé à autre chose, Sarkozy ne peux plus apparaître comme le président protecteur (sans que son temps de parole soit décompté) et certains qui avaient été motivés par cette affaire sont retournés à leur abstention.

    Par ailleurs j’ai eu une discussion étonnante ce week end avec plusieurs de mes amis qui avaient voté Sarkozy en 2007, et qui – tout en se disant toujours de droite et y aller sans conviction – vont voter Hollande dès le premier tour ! (Bayrou étant pour eux un homme seul et sans parti crédible pour gouverner). Sarkozy aura réussi à provoquer un rejet jusqu’à la droite classique. Je crois qu’il restera comme un contre modèle exemplaire de présidence !

    • D’accord avec vous mais je ne suis pas sûr que l’éloignement de l’affaire Merah soit responsable à lui seul d’un si net changement de dynamique.
      Si on regarde les sondages effectués dans la semaine du 2 au 7, Sarkozy est au plus haut au second tour, culminant à 47% dans la majorité des études.
      Lors de la semaine passée, par contre, les résultats remontent nettement autour de 55% pour Hollande, voire même 56%. La cassure est brutale, alors qu’on avait été habitué à des variations lentes.
      Sarkozy n’a cessé de monter dans les sondages de second tour en mars, mais il a mis environ 10 jours à passer de 46% à 47% (entre le début de l’affaire et son point le plus haut). Là, en 4 à 5 jours, il redescend à 44 – 45%.
      C’est donc, qu’à mon avis, il s’est passé quelque chose il y a 10 jours ; quelque chose de terrible pour Sarkozy, qui a eu un effet plus marqué que l’affaire Merah. Mais quoi ? A part ce dévoilement de programme décevant, je ne vois pas.
      Mais, qu’en pensent les gens de droite qui fréquente ce site ? Pour ma part, je me déclare incompétent, puisque je considère que toute la campagne de Sarkozy est atroce, et ce depuis le début. Je n’ai donc aucune capacité à distinguer, en terme de stratégie électorale, entre la pertinence des horreurs de mars et celle des épouvantes d’avril.

  3. Oui, il y a probablement autre chose que la fin de l’affaire Merah mais je doute que ce soit le dévoilement du programme : cela a été un non événement.

    Je pense que la cassure date d’un peu plus de 10 jours. Il y a toujours un effet retard dans les sondages, je ne sais pas si c’est dû aux méthodes de sondage et à leur délai propre, au temps que le bouche à oreille et les discussions cristallisent les opinions, ou encore l’effet auto amplificateur de la publication des sondages…

    Peut être aussi le début de la campagne officielle, et les règles d’égalité de temps de parole ont fait perdre à Sarkozy un de ses principaux avantages : une couverture médiatique nettement plus importante que les autres, surtout quand on tient compte du temps de parole du président en plus de celui du candidat.
    En tout cas le buzz médiatique et le temps de parole semble très corrélé à l’évolution des intentions de vote :
    http://blog.veronis.fr/2012/03/orange-presidentielle-et-requetes-des.html

  4. J’ai remarqué une remontée de Hollande lorsqu’il a commencé à être plus agressif (le fameux « On va le taper »). C’est normal après tout, une personne qui ne se défend lorsqu’elle attaquée est considérée comme faible.
    Je trouve que la couverture de Sarkozy est encore assez forte mais il se décrédibilse de plus en plus : pour la BCE alors qu’il était contre il y a 2 mois, pareil pour le contrôle des loyers. A présent, il lutte contre la mondialisation alors qu’il y a un mois, il a sauvé l’Europe et le Monde. Maintenant, il dit qu’à part la France silencieuse, nous sommes des casseurs d’abribus !
    Et surtout, des mensonges de plus en plus gros.
    Les gens sont fatigués. Plus rien n’imprime. Ils nous offrirait 1000 € à tous que les gens n’en voudraient pas.
    Un réel talent mais accompagné d’une énorme capacité de destruction (et d’autodestruction).

  5. Pour moi le décrochage de Sarkosy commence au soir du 5 avril. Alors qu’il devait annoncer en fanfare son programme et quelques surprises, il propose des mesures dignes d’un sous secrétaire d’état (code de la route et date du versement des pensions de retraite)… En face Hollande propose un programme construit et cohérent, contestable certes mais cohérent.
    Ensuite, après le week-end de Pâques, beaucoup d’électeurs découvrent les « petits » candidats qui avaient peu accès aux médias jusque là…

    Pour relativiser, les électeurs peuvent au dernier moment, après avoir été séduits par les petits candidats pendant la campagne officielle, revenir aux votes « utiles » le jour du vote. Il me semble que ce qui s’était passé en 2007.

    • C’est vrai qu’on attendait plus d’un président aussi imaginatif, volontaire et énergique que ces mesures d’auto-école ou de versement des retraites, ce qui est perçu comme un aveu d’échec.
      Il n’a jamais vraiment réussi à conduire le débat; il est de plus en plus amené à se défendre, ce qui prouve qu’Hollande joue très bien.
      La position de Sarkozy est devenue tellement dégradée que ses coups tactiques ne peuvent plus le sauver.

  6. Si j’étais sarkozyste (mais il n’y a jamais eu de danger), je serais sidéré par la campagne de ce candidat. Il ne défend pas son bilan dont il devrait être fier (de son point de vue), il n’a pas de vrai programme, il annonce des « nouveautés » déjà en vigueur et multiplie les pirouettes en changeant de position sur de multiples questions. Sans polémiquer ni vouloir offenser ses électeurs d’hier et d’aujourd’hui, cet homme ne me paraît pas très net en matière de pensée. En fait, il n’en a pas, si ce n’est la volonté chevillée au corps de détenir le pouvoir… et de le conserver. Mais là, il s’y est pris de la pire manière : ses confessions indécentes et puériles, ses lamentos sur la crise, ses incantations du genre « aidez-moi, aidez-moi, aidez la France » d’un effet tragi-comique ridicule (en réalité un immense appel au secours personnel), etc. Et j’en passe.

  7. Bonjour ,

    en 2007 les instituts ont aussi baissé le niveau de Sarkozy ( le 20/04/2007 il était à un point de Ségolène Royal cf wikipedia )
    donc j’aurais tendance à me demander ce que veulent les sondeurs plutôt que les français :

    baisser Sarkozy et Bayrou, remonter Hollande et Mélenchon, le but a l’air clair pour ma part :

    le vote « utile » ( pour qui ??? ) pour Sarkozy et le vote éparpillé pour la gauche

    avec une marge de +3 et -3 on peut faire dire à peu prés ce qu’on veut,
    en 2002 avec le système de fourchette ( +3 / -3 ) à l’américaine on voyait bien que Le Pen pouvait être au 2ieme tour…

    Alors je propose le vote prioritaire , à vous de connaitre vos priorités🙂 pour ma part je voterai Hollande parce que j’ai la pensée de gauche en moi et que je ne veux pas d’une France avilisée à Sarkozy ( and co ) et/ou Le Pen fille

    Rose:)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s