Estimations à 21h et premiers enseignements: le scénario de 1988 se confirme, Sarkozy risque de perdre au peuple et Hollande devrait gagner au centre

Les écarts entre instituts restent importants, respectivement IPSOS, CSA, TNS-Sofres, Harris:
Hollande 28,3 / 29,3 / 28,6 / 29,0
Sarkozy 25,8 / 26,0 / 27,0 / 26,7
Le Pen 19,6 / 18,2 / 19,0 / 18,2
Mélenchon 11,7 / 11,1 / 10,8 / 11,2
Bayrou 8,7 / 9,1 / 8,9 / 8,8
Joly 2,0 / 2,2 / 2,1 / 2,3
Dupont-Aignan 1,8 / 1,9 / 1,7 / 1,7
Poutou 1,2 / 1,2 / 1,2 / 1,3
Arthaud 0,7 / 0,7 / 0,5 / 0,6
Cheminade 0,2 / 0,3 / 0,2 / 0,2.

– Cette année est un mauvais crû pour les sondeurs. IPSOS (encore…) est le seul à tirer à peu près son épingle du jeu.
Toutefois, notons que les tendances les plus récentes de notre indicateur étaient les bonnes. Simplement, en deux jours, la situation semble évoluer très fortement, comme en 2002. De fait, il suffit que 10% d’électeurs se décident ou bougent dans le dernier week-end pour accentuer les différentes tendances relevées.

– Sarkozy n’a que peu de réserves de voix. Il est dans la position de Chirac en 1988, contraint de faire feu de tout bois, notamment sur sa droite et partant d’une base faible. Même un ralliement timide de Bayrou ne pèsera pas plus qu’un Barre atone en 1988.

– Hollande peut se contenter du positionnement de 1988 de Mitterrand (la France unie et autres généralités pseudo-centristes). Il pourra faire semblant de s’adresser au peuple, sachant que cela soulignera l’épée de Damoclès lepéniste sur Sarkozy et l’UMP. Il pourra revenir au thème de la présidence « normale » sans risque, comme il aime. Il pourra même se payer le luxe de « jouer » avec le MoDem.

– Le Pen a gagné la soirée et met maintenant la pression sur l’avenir de la droite. Ses premiers résultats très élevés en Lozère, dans la Creuse, dans le Lot, montrent une « nationalisation » de son vote, d’autant plus difficile à atteindre pour Sarkozy: 15% en Mayenne, 13,5% dans les Côtes-d’Armor, c’est impressionnant. Les sondeurs ont donc de nouveau sous-estimé le FN: le vote « honteux » est-il de retour ? S’est-il « caché » sous les noms de Sarkozy, voire de Mélenchon ?

– Mélenchon s’est rallié sans éclat à Hollande. C’est la fin de son aventure, tant il est désormais pris en tenaille entre une base et un discours « révolutionnaires » d’une part et sa propre situation d’apparatchik contraint de ne rien obtenir de Hollande d’autre part. C’est tout bénéfice pour Hollande, qui n’a rien à faire en direction de sa gauche. Mélenchon est un marchand d’illusions qui a floué ses électeurs, comme Lafontaine en Allemagne.

– Bayrou revient sur les bases traditionnelles du centre. Il peut se recycler au centre-droit et a peut-être une ouverture avec les plus modérés de l’UMP, mais il est affaibli et sûrement amer. Son électorat divisé en 3 tiers ne lui donne aucune marge de manoeuvre. Il va tenter le coup de Montebourg à la primaire du PS: « écouter » les deux candidats, essayer d’obtenir quelque chose et donner seulement son vote personnel. Il aura échoué sur toute la ligne.

– Joly reste devant Dupont-Aignan de justesse, qui monte mais faiblement. Poutou n’émerge pas vraiment, Arthaud est marginalisée. Tous ces candidats sont insignifiants et EE-LV va désormais devoir faire face à un PS de nouveau hégémonique.

– Quand bien même Sarkozy se relèverait, les législatives sont perdues pour la droite, avec un « danger communiste » réduit, des Verts humiliés, un MoDem éparpillé, une UMP qui sera tiraillée entre le centre-droit et les désistements tentants avec le FN. L’UMP va devoir se réformer ou se diviser en 2, voire 3 partis, afin d’enfin desserrer l’étau du FN et reconquérir les électeurs centristes et modérés crispés par Sarkozy.

– TNS-Sofres donne des reports de voix « classiques »:
chez Le Pen: 29/45/26, ce qui est meilleur pour Hollande, ce qui est logique puisque Le Pen a dû reprendre un peu d’électorat populaire,
chez Mélenchon, 85/4/11, sans surprise,
chez Bayrou, 31/34/35, en léger mieux pour sarkozy, mais c’est logique puisque Bayrou a baissé et s’est probablement recroquevillé sur le centre-droit.

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17 réflexions sur “Estimations à 21h et premiers enseignements: le scénario de 1988 se confirme, Sarkozy risque de perdre au peuple et Hollande devrait gagner au centre

  1. Mouais… les sondages se sont complètement plantés sur l’abstention, le score de Melenchon, du FN, voire même de Bayrou.
    De plus il reste une dynamique de 15 jours, où Hollande qui n’a pas dit un mot depuis un an, qui a laissé ses camarades des primaires se battre entre eux et de gérer tranquillement son avance sans prendre aucun risque, va devoir maintenant donner le change à un adversaire qui ne sera pas aussi gentil avec lui que Montebourg ou Valls.
    Qui vivra verra 😉

  2. finalement, pour ce premier tour, il existe une certaine torpeur de de part et d’autre
    cet avant premier tour a finalement interréssé tout le monde 🙂
    la grande gagnante c’est la participation 🙂
    la démocratie a de beaux jours devant elle 🙂
    merci 🙂

  3. Je ne suis pas d’accord sur le fait que Mélanchon ai floué son électorat.
    Il avait dès le départ clairement indiqué quelle serait sa posture donc même s’il y a désillusion, elle sera minime.
    Ses électeurs étaient prévenus, et c’est d’ailleurs peut-être ça qui a provoqué sa chute ses derniers jours. Certains préférant voter Hollande tout de suite, et d’autres préférant « revenir » sur marine. (si les transferts entre les 2 sont avérés)
    On peut par contre se demander ce que le front de gauche deviendra aux législatives. Et c’est peut-être là que les désillusions seront plus fortes.

    Au final, une fois de plus, je trouve que les sondages ont très bien fait leur travail, contrairement à ce que pensait l’auteur du premier commentaire.
    Évidemment, il y a des écarts, mais quand on regarde les tendances et les dynamiques en place, tout est parfaitement cohérent.

    Je ne m’étais pas exprimé ici jusqu’à maintenant alors j’en profite pour remercier l’auteur de ce blog qui nous aura permis de comprendre les sondages, de se les approprier et de ne pas nous retrouver noyé sous la marée des chiffres…

  4. Pourquoi dire que Melenchon a trompé ses électeurs ? Je ne comprends pas cette logique. Le Pen à 20%, c’est mieux pour la démocratie ? C’est le seul à s’être battu contre le FN. Vous êtes aveugle sur l’état de ce pays et sur ce que représente ces 20%.

    • C’est sa phobie depuis le début. Une sorte de psychopathologie monomaniaque. Quand MLP sera à la tête de ce pays, il deviendra peut être analyste des sondages de l’Elysée ce garçon.

  5. Une fois de plus les résultats du premier tour ont surpris ceux qui ont trop cru aux sondages.
    Ce résultat est vraiment catastrophique. Quelque soit le résultat du second tour, le candidat vainqueur ne devra son élection qu’au choix des 20% qui se sont portés sur Le Pen ce qui entamera directement sa légitimité. Je pense en particulier que c’est ce qui se produira si, comme c’est probable, c’est Hollande qui est élu alors que la gauche est minoritaire.

  6. Alors ça…

    Vraiment, Le Pen à 19% c’était la dernière chose à laquelle je m’attendais. Elle avait peut-être une tendance favorable, mais à ce point-là ?

    Cela ne peut qu’inquiéter pour l’avenir. A court terme, je suis confiant : la dernière, infime chance de Sarko nécessitait d’être en tête au premier tour, alors avec un écart aussi fort c’est perdu d’avance. En revanche, il faut que Hollande gagne nettement, à plus de 55% pour disposer de la légitimité nécessaire. Il ne faut pas se reposer sur ses lauriers.

    • ils se sont trompés non pas dans les chiffres mais dans les tendances et c’est bien ce qu’on cherche dans les sondages car il y a cette fameuse marge d’erreur.
      Que les scores des 2 premiers aient été juste n’a aucune valeur si leurs partis « satellites » n’ont pas le même poids.

  7. Je suis désolé je ne vois pas comment on peut dire que « les sondages se sont complètement plantés ». Je trouve même que pour les 2 premiers ils ont été proches du résultat final.
    Sinon, ils avaient bien donné l’ordre d’arrivée…. ce qui est l’essentiel.
    Reste leur faiblesse historique à anticiper le score du FN et leur légère sur-évaluation du score de Mélenchon, mais là encore cela se joue à 2-3 points (MLP était en moyenne autour de 16 % et JLM à 14 % dans les derniers sondages) donc la fameuse marge d’erreur.
    Voilà, j’estime donc qu’à partir du moment où les sondages donnent le bon ordre d’arrivée et des fourchettes exactes dans la marge d’erreur, qu’ils ont réussit leur mission ! Mais bon on n’est pas forcé d’être d’accord…..

    • J’appuie complètement le commentaire précédent. En tant compte d’une précision de 3% :
      1.Hollande : 27,79 (de 26-29 à 29,29), TRÈS BON, score à l’intérieur de la fourchette, et bon classement,
      2.Sarkosy : 26,98 (de 25,48 à 28,48), TRÈS BON, score à l’intérieur de la fourchette, et bon classement,
      3.Le Pen : 15,69 (de 14,19 à 17,29) BON, fourchette haute légèrement en dessous, et bon classement,
      4.Mélanchon : 13,79 (de 12,29 à 15,29), PASSABLE, fourchette basse plus haute, mais bon classement
      5.Bayrou : 10,32 (de 8,82 à 11,82), BON, fourchette basse légèrement plus haute, et bon classement, …

      • Attention! 3% de marge d’erreur, c’est une valeur pour UN sondage(et pour des pourcentages de 50%), pas pour des données agrégées. Sur un groupe de sondage, les erreurs par excès et par défauts doivent en partie se compenser et en théorie, la marge d’erreur est divisée par la racine carrée du nombre de sondages. Là, il se trouve que la surestimation de Bayrou et de Mélenchon et la sous-estimation de Le Pen ont été systématiques, ce qui ne peut s’expliquer par la marge d’erreur statistique.
        encore une fois, il y a des biais systématiques dans les sondages en raison de ceux qui ne répondent pas et de ceux qui fournissent des réponses insincères.

  8. Je serais intéressé de mesurer l’écart entre les derniers sondages (de chaque institut et l’indicateur agrégé) par rapport au résultat final, car cela permettrait de valider toute la démarche de ce blog !
    Il me semble que les sondages ne se sont pas trop plantés : les candidats restent dans la marge d’erreur annoncée de 3 points sauf peut être MLP à +3,5. Avec ton pronostic prolongé ils sont même tous dans la marge d’erreur.
    Comment mesurer les écarts et classer les instituts entre eux et par rapport à 2007 ? La moyenne des écarts prévision – réel pour tous les candidats ? Le maximum d’écart prévision – réel de tous les candidats ?
    Autre question, est-ce que les biais que l’on estimait pour tel ou tel institut étaient réels ?

    • Même remarque que pour le commentaire précédent: la marge d’erreur pour un sondage ne s’applique pas pour plusieurs sondages agrégés.

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