Estimations à 21h et premiers enseignements: le scénario de 1988 se confirme, Sarkozy risque de perdre au peuple et Hollande devrait gagner au centre

Les écarts entre instituts restent importants, respectivement IPSOS, CSA, TNS-Sofres, Harris:
Hollande 28,3 / 29,3 / 28,6 / 29,0
Sarkozy 25,8 / 26,0 / 27,0 / 26,7
Le Pen 19,6 / 18,2 / 19,0 / 18,2
Mélenchon 11,7 / 11,1 / 10,8 / 11,2
Bayrou 8,7 / 9,1 / 8,9 / 8,8
Joly 2,0 / 2,2 / 2,1 / 2,3
Dupont-Aignan 1,8 / 1,9 / 1,7 / 1,7
Poutou 1,2 / 1,2 / 1,2 / 1,3
Arthaud 0,7 / 0,7 / 0,5 / 0,6
Cheminade 0,2 / 0,3 / 0,2 / 0,2.

– Cette année est un mauvais crû pour les sondeurs. IPSOS (encore…) est le seul à tirer à peu près son épingle du jeu.
Toutefois, notons que les tendances les plus récentes de notre indicateur étaient les bonnes. Simplement, en deux jours, la situation semble évoluer très fortement, comme en 2002. De fait, il suffit que 10% d’électeurs se décident ou bougent dans le dernier week-end pour accentuer les différentes tendances relevées.

– Sarkozy n’a que peu de réserves de voix. Il est dans la position de Chirac en 1988, contraint de faire feu de tout bois, notamment sur sa droite et partant d’une base faible. Même un ralliement timide de Bayrou ne pèsera pas plus qu’un Barre atone en 1988.

– Hollande peut se contenter du positionnement de 1988 de Mitterrand (la France unie et autres généralités pseudo-centristes). Il pourra faire semblant de s’adresser au peuple, sachant que cela soulignera l’épée de Damoclès lepéniste sur Sarkozy et l’UMP. Il pourra revenir au thème de la présidence « normale » sans risque, comme il aime. Il pourra même se payer le luxe de « jouer » avec le MoDem.

– Le Pen a gagné la soirée et met maintenant la pression sur l’avenir de la droite. Ses premiers résultats très élevés en Lozère, dans la Creuse, dans le Lot, montrent une « nationalisation » de son vote, d’autant plus difficile à atteindre pour Sarkozy: 15% en Mayenne, 13,5% dans les Côtes-d’Armor, c’est impressionnant. Les sondeurs ont donc de nouveau sous-estimé le FN: le vote « honteux » est-il de retour ? S’est-il « caché » sous les noms de Sarkozy, voire de Mélenchon ?

– Mélenchon s’est rallié sans éclat à Hollande. C’est la fin de son aventure, tant il est désormais pris en tenaille entre une base et un discours « révolutionnaires » d’une part et sa propre situation d’apparatchik contraint de ne rien obtenir de Hollande d’autre part. C’est tout bénéfice pour Hollande, qui n’a rien à faire en direction de sa gauche. Mélenchon est un marchand d’illusions qui a floué ses électeurs, comme Lafontaine en Allemagne.

– Bayrou revient sur les bases traditionnelles du centre. Il peut se recycler au centre-droit et a peut-être une ouverture avec les plus modérés de l’UMP, mais il est affaibli et sûrement amer. Son électorat divisé en 3 tiers ne lui donne aucune marge de manoeuvre. Il va tenter le coup de Montebourg à la primaire du PS: « écouter » les deux candidats, essayer d’obtenir quelque chose et donner seulement son vote personnel. Il aura échoué sur toute la ligne.

– Joly reste devant Dupont-Aignan de justesse, qui monte mais faiblement. Poutou n’émerge pas vraiment, Arthaud est marginalisée. Tous ces candidats sont insignifiants et EE-LV va désormais devoir faire face à un PS de nouveau hégémonique.

– Quand bien même Sarkozy se relèverait, les législatives sont perdues pour la droite, avec un « danger communiste » réduit, des Verts humiliés, un MoDem éparpillé, une UMP qui sera tiraillée entre le centre-droit et les désistements tentants avec le FN. L’UMP va devoir se réformer ou se diviser en 2, voire 3 partis, afin d’enfin desserrer l’étau du FN et reconquérir les électeurs centristes et modérés crispés par Sarkozy.

– TNS-Sofres donne des reports de voix « classiques »:
chez Le Pen: 29/45/26, ce qui est meilleur pour Hollande, ce qui est logique puisque Le Pen a dû reprendre un peu d’électorat populaire,
chez Mélenchon, 85/4/11, sans surprise,
chez Bayrou, 31/34/35, en léger mieux pour sarkozy, mais c’est logique puisque Bayrou a baissé et s’est probablement recroquevillé sur le centre-droit.

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Indicateur agrégé du 20 avril 2012 et écarts entre sondeurs: les données graphiques et les pronostics pour le 1er tour de l’élection présidentielle

Demain, enfin, c’est le grand jour, le premier tour de l’élection présidentielle 2012.

Les deux prochaines semaines verront mes calculs allégés, mais j’ajouterai aux outils habituels des cartes électorales, notamment avec les zones de force de chaque candidat (répartition de leurs résultats départementaux en 5 ou 6 blocs égaux ou en tout cas cohérents), afin de nous permettre de mieux anticiper le second tour.
J’actualiserai bien entendu dès lundi l’indicateur agrégé pour le second tour.
J’actualiserai également les graphiques de reports de voix.

L’entre-deux tours est traditionnellement intense, avec les ralliements et consignes de vote (ceux de Mélenchon et Bayrou seront les plus médiatisés, mais des « trahisons » vers Hollande pourraient aussi avoir quelque retentissement), avec le débat en milieu ou fin de deuxième semaine (il est peu probable que Sarkozy en obtienne un second), mais aussi, parfois, un week-end médian agité (en 2007, le débat-rencontre hôtelier Royal-Bayrou avait assuré un spectacle, même si bien piètre), voire des événements extérieurs majeurs (en 1988, prise d’otages et assaut de la grotte d’Ouvéa, et libération d’otages au Liban; mais sans conséquence particulière… et vous savez combien cette élection de 2012 ressemble, pour moi, à 1988, même si les résultats seront, de fait, partiellement comparables à 1981).

1. En attendant, comme promis, voici le graphique de l’indicateur agrégé pour le premier tour: historique, car c’est le tout dernier (pour le second tour, j’attendrai lundi finalement, car autant ne pas embrouiller nos cerveaux encore jeunes et limités :P):

Le plus « beau », c’est le fait que Dupont-Aignan, Poutou et Arthaud apparaissent nettement désormais, ce qui nous change de la macédoine serrée qui caractérisait jusqu’ici les candidats « unitaires » (au sens de l’unité numérique).
Le pire, c’est d’avoir travaillé presque un an sur ces données, tout ça pour finir à moins de 30%… 😛

Pour le reste, le graphique parle de lui-même: que de déchets au centre-droit au sens large (Borloo-Villepin) pour Sarkozy !

2. A titre d’exhaustivité, voici le graphique du premier tour pour l’IFOP quotidien:

Au vu de ces deux graphiques, on peut quand même se demander quelle a été la proportion d’électeurs de Bayrou à rejoindre Mélenchon fin mars et en avril. Peut-être s’est-il agi seulement de doubles vases comunicants avec Hollande, d’une part, et avec l’abstention, d’autre part, mais l’effet « bobo anti-système » (Bayrou 2007, Mélenchon 2012) reste un point d’interrogation. Peut-être les résultats des grandes villes et notamment des centre-villes nous renseigneront-ils sur ce point.

3. Ensuite, voici les résultats par sondeurs qui, représentés graphiquement, heurtent moins que sous forme de tableaux de données brutes… Car les tendances apparaissent plus convergentes. Mais, évidemment, l’ordre d’arrivée et le niveau brut de chacun sera aussi décisif dans le commentaire médiatique ambiant qui prévaudra à partir de demain 20h.

Pour Hollande, la tendance à une remontée est confirmée, mais les écarts entre sondeurs se sont de nouveau élargis:

IFOP, Harris et OpinionWay restent « contra-Hollande », tandis que BVA, LH2 et IPSOS restent globalement « pro-Hollande ». CSA est erratique et TNS-Sofres semble avoir modifié son tropisme sur le long terme. Au final, la moyenne du trio IPSOS-IFOP-TNS-Sofres pointe dans la même direction que l’indicateur agrégé.

Pour Sarkozy, le retournement à la baisse est clair, mais avec des écarts de nouveau importants.

Sur le moyen terme, les tropismes des sondeurs apparaissent plus fluctuants, ce qui rend probablement notre indicateur plutôt utile en l’occurrence. Le trio plus « sérieux » semble se diriger vers 26,5, un peu en-deça de l’indicateur.

Pour Le Pen, la tendance est à une légère remontée:

Elle reste basse chez BVA et LH2 et haute chez IFOP et Harris, mais le consensus semble réellement fort vers les 16% (légèrement au-dessus pour le trio « sérieux ») et les écarts sont étonnamment faibles pour la candidate du FN. Les instituts ont-ils enfin trouvé une candidate d’extrême-droite « classique » et facile à estimer ? Les pourcentages de certitude de vote sont très forts désormais dans son électorat, selon plusieurs instituts.

Pour Mélenchon, le retournement à la baisse est confirmé, tout en restant à des niveaux substantiels au regard de l’évolution depuis janvier:

Méfions-nous de l’échelle: les écarts existent bien entre les « pro-Mélenchon » (CSA, LH2, et dans une moindre mesure, TNS-Sofres, IPSOS) et les « contra-Mélenchon » (OpinionWay, Harris, IFOP), mais il y a quand même une convergence de tendance, vers les 13,5, légèrement en-deça de notre indicateur.

Pour Bayrou, le léger rebond est rendu plus flou par un nouvel élargissement des écarts entre sondeurs:

De surcroît, les tropismes ont évolué dans le temps, même si Bayrou reste structurellement bas chez TNS-Sofres et IPSOS et structurellement plus haut chez BVA et OpinionWay, mais aussi Harris. IFOP, LH2 et, comme d’habitude, CSA, sont plus changeants (dans le cas de CSA, c’est bien entendu pire, puisque le changement est à chaque vague…). Tout cela semble assurer à Bayrou de rester au-dessus de 10, mais n’oublions pas que son électorat reste le plus incertain de son vote, de manière systématique et assez nette.

4. Venons-en donc au pronostic.

D’abord, en se contentant de prolonger l’indicateur agrégé, nous obtenons le pronostic simple suivant:
Hollande 28
Sarkozy 26,5
Le Pen 16
Mélenchon 13,5
Bayrou 10,5
Joly 2,5
Dupont-Aignan 1,5
Poutou 1
Arthaud 0,5
Cheminade 0

Je préfère toutefois corriger ces chiffres pour fournir un autre pronostic, plus personnel (étant entendu que mon passé en termes de pronostics électoraux est mauvais, voire très mauvais 😛 Mais c’était sans indicateur agrégé !).

A l’indicateur, j’applique des correctifs tentant d’anticiper successivement:
– la dynamique ou tendance (fruit de la statistique sondagière et de l’ambiance médiatique),
– la mobilisation (fruit du travail de terrain et de la motivation des électeurs potentiels),
– l’abstention (fruit de la sociologie de l’électorat potentiel),
– le vote utile (fruit du positionnement anticipé de chaque candidat, du passé électoral et des effets des résultats anticipés, favorables ou non).
Pour les plus petits candidats, il faut compter une sorte de « prime dispersion« , souvent vérifiée.
Enfin, les biais des sondeurs semblent s’être équilibrés dans l’indicateur agrégé (c’était le but!) et je n’en tiens donc pas spécialement compte.
De même que le résultat du trio IPSOS/IFOP/TNS-Sofres traditionnellement le plus fiable, même si cette élection pourrait rebattre les cartes.

Ainsi, je vous propose les scores suivants:
Hollande +0,5 / -1 / -1 / +0,5 soit 26,7
Sarkozy -1 / 0 / +1 / +0,5 soit 27,6
Le Pen +0,5 / -0,5 / 0 / -1 soit 14,8
Mélenchon +0,5 / +1 / -1 / -0,5 soit 13,8
Bayrou -0,5 / 0 / +0,5 / -0,5 soit 9,6
Joly 0 / 0 / 0 / -0,5 soit 1,9
Dupont-Aignan +0,5 / 0 / +0,5 / 0 soit 2,5
Poutou +0,5 / +0,5 / 0 / 0 soit 2,1
Arthaud 0/ 0 / 0 / 0 soit 0,8
Cheminade 0 / 0 / 0 / 0 soit 0,2

Cette précision sera bien entendu ridiculisée par les résultats finaux, mais il faut bien essayer de se fixer sur des niveaux particuliers…

Maintenant, les commentaires et pronostics sont libres 😉

5. A titre de post-scriptum, je cite le blog « my science work », qui fait l’honneur à ce modeste blog artisanal de le citer dans un article général sur les sondages:
http://blog.mysciencework.com/2012/04/20/il-faut-savoir-des-methodes-de-sondage.html

Indicateur agrégé du 20 avril 2012: les données brutes

1. Je posterai plus tard ce samedi:
– un graphique actualisé de l’indicateur agrégé, au premier comme au second tours,
– des graphiques reprenant les données par sondeur, afin de repérer les biais,
– un pronostic, en plus de cet indicateur, en essayant de tenir compte de la mobilisation, de l’abstention, des tendances et des biais des sondeurs (exercice purement spéculatif mais hautement jouissif – à ce propos, vous pourrez peut-être attendre ce deuxième article pour poster vos propres pronostics en commentaires; mais si certains ne peuvent plus se retenir, n’hésitez pas, sur cet article-ci :P). Je redoute que mobilisation, abstention, tendances et tropismes s’annulent pour finalement nous ramener à cet indicateur qui aura rythmé les semaines depuis mai dernier (pour les anglophones) ou octobre dernier.

Je conseille également la lecture de l’article précédent, posté peu avant minuit et récapitulant la rafale de sondages de vendredi, pour ceux qui en auraient manqué quelques-uns (bien qu’ils réservent peu de surprises par rapport à leurs tropismes habituels).

2. Toutefois, sans attendre, voici, ci-contre, les données de notre indicateur actualisé au 20 avril 2012 et donc exhaustif de tous les derniers sondages publiés et pondérés, soit 24 sondages et un échantillon équivalent de 23 127 personnes.

Hollande repasse devant Sarkozy, même si de peu.
Le Pen reste devant Mélenchon.
Bayrou peine toujours et Joly stagne toujours.
Dupont-Aignan et Poutou émergent quelque peu.

Au second tour, Hollande retrouve les 55%.

 

Derniers sondages IPSOS, BVA, CSA, TNS-Sofres, Harris et IFOP quotidien: dispersion défavorable à Sarkozy, incertitude sur le niveau de Hollande, qui se renforce cependant au second tour

 

IPSOS-Logica Business Consulting
Radio France, France Télévisions, Le Monde
18-19 avril 2012
échantillon: 1021 

Hollande 29
Sarkozy 25,5
Le Pen 16
Bayrou 10
Mélenchon 14
Joly 2
Arthaud 0
Poutou 1,5
Dupont-Aignan 1,5
Cheminade 0,5

Hollande 56
Sarkozy 44

___________________________

BVA
Le Parisien-Aujourd’hui en France
18-19 avril 2012
échantillon: 2161

Hollande 30
Sarkozy 26,5
Le Pen 14
Bayrou 10
Mélenchon 14
Joly 2
Dupont-Aignan 2
Arthaud 0
Poutou 1,5
Cheminade 0

Hollande 57
Sarkozy 43

___________________________

Harris Interactive
VSD, LCP-Assemblé Nationale
18-19 avril 2012
échantillon: 1068

Hollande 27,5
Sarkozy 26,5
Le Pen 16
Bayrou 11
Mélenchon 12
Joly 3
Dupont-Aignan 2
Arthaud 0,5
Poutou 1,5
Cheminade 0

Hollande 54
Sarkozy 46

___________________________

CSA
BFM-TV, RMC, 20 Minutes, CSC
18-19 avril 2012
échantillon: 1005 inscrits sur un total de 1134

Hollande 28
Sarkozy 25
Le Pen 16
Bayrou 10,5
Mélenchon 14,5
Joly 2
Dupont-Aignan 1,5
Arthaud 1
Poutou 1,5
Cheminade 0

Hollande 57
Sarkozy 43

___________________________

TNS-Sofres-SOPRA Group
i-Télé
18-19 avril 2012
échantillon: 1000

Hollande 27
Sarkozy 27
Le Pen 17
Bayrou 10
Mélenchon 13
Joly 3
Dupont-Aignan 2
Arthaud 0
Poutou 1
Cheminade 0

Hollande 55
Sarkozy 45

1. Les livraisons du jour, avec la dernière publication de l’IFOP quotidien, sont plus nombreuses que prévu et se téléscopent quelque peu. Tous les sondeurs ont fait l’effort de dépasser l’échantillon de 1000, même ceux habitués à 900 ou moins… Et BVA se donne des airs d’IFOP.

Pour mémoire, le dernier IFOP quotidien pour Paris-Match et Europe 1 (réalisé du 17 au 20 avril auprès de 2592 inscrits) donne:
Hollande 27
Sarkozy 27
Le Pen 16
Mélenchon 13,5
Bayrou 10,5
Joly 3
Dupont-Aignan 1,5
Poutou 1
Arthaud 0,5
Cheminade 0

Hollande 54
Sarkozy 46

Ces enquêtes placent Sarkozy au mieux à égalité avec Hollande, mais généralement en dessous (entre 25 et 27, même si plutôt vers 27), notamment en raison d’un Dupont-Aignan relativement « fort » (1 à 2% et plutôt 1,5 à 2) et d’une Le Pen résistante (de 14 à 17% et plutôt vers 16).

A l’inverse, Hollande est plutôt dans une bonne dynamique (de 27 à 30%, même si plutôt en bas de cette fourchette), mais il reste évalué avec un écart important, alors que Mélenchon, sans parvenir à dépasser Le Pen, arrondit son évolution vers un solide 14 (de 12 à 14,5%).

Il est peut-être légèrement affecté par la mini-dynamique Poutou (à 1-1,5%), qui semble en revanche assécher Arthaud. Quant à Joly, elle stagne toujours à 2-3%. Cheminade reste proche de 0%.

2. Au second tour, Hollande est compris entre 54 et 57, ce qui le replace à un niveau fort et a priori irrattrapable.

Cela se base notamment sur des reports de voix (respectivement BVA, TNS-Sofres et IPSOS)
qui restent très élevés à partir de l’électorat Mélenchon: 83/5/12, 82/6/12, 80/7/13,
qui s’améliorent dans l’électorat Le Pen sauf chez IPSOS: 24/48/28, 27/40/33, 12/45/43,
et qui ne se tassent que marginalement dans l’électorat Bayrou: 32/34/34, 32/33/35, 33/35/32.

Selon BVA, les électeurs Joly se reportent à 83/4/13 et ceux de Dupont-Aignan (2% chez BVA, rappelons-le) à 24/48/31, ce qui paraît cohérent même si un peu sévère pour Sarkozy.

Dernier sondage LH2: les divergences des sondeurs se confirment, sur fond d’incertitude pour le première place

 

LH2
Yahoo!
17-18 avril 2012
échantillon: 956

Hollande 27
Sarkozy 26,5
Le Pen 15,5
Bayrou 10
Mélenchon 15
Joly 2,5
Dupont-Aignan 1,5
Arthaud 1
Poutou 1
Cheminade 0

Hollande 56
Sarkozy 44

Ce que nous disions hier reste vérifié: les sondeurs « tombent » les uns après les autres vers où ils penchaient déjà.

LH2 donne Sarkozy derrière Hollande au premier tour et à 44-56 au second tour, alors que l’IFOP quotidien voit de nouveau Sarkozy plus clairement en tête au premier tour et revenu à 46,5-53,5 au second.

Notre indicateur de samedi donnera probablement Hollande très légèrement au-dessus de Sarkozy au premier tour, mais la mobilisation doit normalement davantage avantager ce dernier.

Pour le reste, Le Pen semble en mesure de devancer Mélenchon, même si je persiste à la penser surévaluée (d’une manière générale et en particulier pour certains électeurs de droite « profonde » qui voteront utile pour Sarkozy), contrairement à son père. Mais je pense aussi que Mélenchon connaîtra une démobilisation en raison de son électorat jeune et, peut-être, de l’effacement de l’effet de mode chez les bobos le jour du vote.

Les seuls éléments solides semblent concerner les petits candidats:
Dupont-Aignan semble assuré de dépasser 1% et se dirige peut-être vers les 2% (ce qui a dû écorner Sarkozy marginalement),
Poutou est en mesure de devancer Arthaud, grâce à la campagne médiatique en sa faveur et à son côté « bon copain de murge du samedi soir »… un sommet du trotskysme et de l’internationalisme, sans doute.

Les reports de voix donnés par LH2 (décidément un sondeur curieux, avec un Sarkozy plus fort chez les femmes que les hommes selon cet institut… bizarre, pour le moins!) sont étonnants sur l’électorat Le Pen: 30/37/33.

Ils sont à 83/5/12 chez les électeurs Mélenchon et à 34/30/36 chez les électeurs Bayrou, c’estg-à-dire à des niveaux plus habituels.

Enfin, j’ignore ce que nous aurons comme livraisons demain, mais, au moins, il y aura un IFOP quotidien…

Derniers sondages CSA, BVA et OpinionWay: alors que les biais des sondeurs s’accentuent, quels seront les niveaux à surveiller au soir du 1er tour ?

 

CSA
20 Minutes, RMC, BFM-TV, CSC
16-17 avril 2012
échantillon: 886 inscrits sur un échantillon total de 1005

Sarkozy 24
Hollande 29
Le Pen 17
Bayrou 10
Mélenchon 15
Joly 2
Arthaud 0,5
Poutou 1
Dupont-Aignan 1,5
Cheminade 0

Hollande 58
Sarkozy 42

___________________________

BVA
RTL, Orange, presse régionale
16-17 avril 2012
échantillon: 1161 inscrits sur un échantillon total de 1181

Hollande 29,5
Sarkozy 27,5
Le Pen 14
Bayrou 12
Mélenchon 13
Joly 2
Dupont-Aignan 1
Arthaud 0
Poutou 1
Cheminade 0

Hollande 56
Sarkozy 44

___________________________

OpinionWay
Le Figaro, LCI
16-17 avril 2012
échantillon: 1002

Hollande 27,5
Sarkozy 27,5
Le Pen 16
Bayrou 10
Mélenchon 13
Joly 2
Dupont-Aignan 1,5
Arthaud 0,5
Poutou 2
Cheminade 0

Hollande 55
Sarkozy 45

1.  Ainsi que l’a écrit l’un des plus fidèles lecteurs et commentateurs de ce blog, la dispersion actuelle des sondeurs, comme des intentions de vote, ne peut que valider la démarche d’un indicateur agrégé, même si additionner des erreurs, même pondérées, ne fait pas un résultat juste. Nous verrons dimanche…

Remarquons globalement que les sondeurs ne font en ce moment qu’accentuer leurs biais déjà relevés:
– BVA à gauche,
– OpinionWay et IFOP (le quotidien montre Hollande au plus bas et derrière en intentions, même si au plus haut ou presque en pronostics),
– CSA dans son erratisme et ses excès.

Les CSA et TNS-Sofres « minoritaires » sont certes en partie confirmés, mais marquaient quand même un écart probablement trop important, au regard des BVA, OW et IFOP quotidien, même si CSA poursuit un cavalier seul dans l’excès.

Les écarts de premier tour s’expliquent plutôt au sein des couples Hollande-Mélenchon et Sarkozy-Le Pen, qui restent, additionnées, assez comparables, modulo les biais des sondeurs, ce qui, finalement, nous ramène aux problématiques habituelles de mobilisation, d’une part, et de vote utile, d’autre part.

Quant aux écarts de second tour (entre 53 pour le Harris d’hier et 58 pour le CSA d’aujourd’hui), peut-être les sondeurs cherchent-ils à répondre à l’orientation politique de leurs commanditaires, par des arrondis « orientés », et/ou cherchent-ils à se différencier, à se « marquer », en prenant un parti particulier (sans qu’il soit politique), dans l’optique d’être simplement le « meilleur » sondeur, avec un but commercial. Les deux logiques ne s’excluent d’aileurs pas.

Car, au niveau des reports de voix, les résultats sont globalement cohérents. Par ordre d’apparition, IPSOS (celui publié hier), BVA et OpinionWay nous donnent:
– dans l’électorat Mélenchon, 83/5/12, 85/2/13 et 75/6/19, toujours aussi favorables pour Hollande, même si OW voit une plus grande démobilisation,
– dans l’électorat Bayrou, 37/30/33, 39/25/36 et 42/27/31, ce qui dénote un retour à une situation un peu moins favorable pour Sarkozy qui avait réussi à s’inscrire au-dessus des 30 et à tangenter Hollande dans certains sondages (vivement samedi que je puisse actualiser ces graphiques ;)),
– dans l’électorat Le Pen, 23/44/33, 14/54/32 et 20/37/43, ce qui n’est pas extraordinaire pour Sarkozy, si l’on considère que le « bon » résultat chez BVA est aussi lié à un niveau de premier tour faible de Le Pen.

OpinionWay nouq donne également 67/6/27 dans l’électorat Joly (un peu bas pour Hollande, mais Joly a déjà subi la « râpe » du vote utile) et 7/11/82 parmi les abstentionnistes de premier tour (habituel et sans conséquence sur le second tour.

2. Dans ce contexte, quels seront les niveaux à surveiller pour chaque candidat ?

Pour Sarkozy, il est clair que sa dégradation actuelle ne lui permet plus d’espérer égaler son niveau de 2007.
Peut-être les 30 sont-ils encore à sa portée, mais c’est douteux et le fait de ne pas les franchir lui fera perdre un affichage psychologique et symbolique de choix.
Il ne lui reste donc plus qu’un objectif: être devant Hollande. Mais s’il reste derrière lui, il aura perdu absolument toute dynamique.
Il ne serait déclaré « gagnant » qu’au-dessus de 30 et avec un écart significatif avec Hollande, rejeté vers moins de 27, bref s’il y avait une réédition de 2007 (même si ce ne serait qu’un effet médiatique passager). L’abstention globale devra être forte et la mobilisation à droite efficace… Une gageure…

Hollande a moins de pression. Mais le niveau de Royal de 2007 reste son premier objectif, surtout pour alléger la pression de Mélenchon.
Etre devant Sarkozy n’a d’intérêt que parce que cela casse toute symbolique en faveur de Sarkozy, mais ce n’est pas une obligation absolue. L’essentiel pour lui est de rester au contact de Sarkozy et de ne pas voir Mélenchon trop dépasser les 50% de son propre score.
Etre au-dessus de 30 lui assurerait un entre-deux-tours de croisière.

Le Pen ne sera pas déclarée comme « bonne surprise » si elle ne parvient pas à dépasser le niveau de son père en 2002.
Pourtant, être déjà au-dessus de 15 serait une énorme victoire, tant les années 2007-2009 furent difficiles et tant elle s’est ré-extrêmisée. Ce serait de toute façon un problème majeur pour la droite et, plus largement, pour le pays, même si les médias en parleront probablement moins que la progression de Mélenchon, sauf des médias de gauche en cas de mauvais score de Hollande, histoire de faire pression sur Sarkozy.
Son autre objectif est bien entendu de rester troisième.
Elle assurerait ainsi sa position de nouveau chef perpétuel de ce fonds de commerce qu’est le FN, même si elle aura rater la « normalisation » et une future gouvernabilité du FN. Mais cela a-t-il été ne serait-ce qu’une minute son véritable objectif ?

Mélenchon peut franchir plusieurs paliers:
dépasser les scores cumulés de toute la gauche de la gauche en 1995 ou 2002 (sans Chevènement), soit environ 14, ou de 1981 (16%), voire, pour les plus « fous », de 2002 avec Chevènement (18,5%), serait une consécration suprême et lui assurerait une vraie capacité de nuisance à gauche;
être en troisième position renforcerait cette capacité;
ne pas redescendre en dessous de 12% semble maintenant une nécessité tant les attentes sont fortes; entre 12 et 14%, il y aurait sûrement désintérêt médiatique, surtout si Hollande dépasse les 27-28%;
a fortiori, rester évidemment au-dessus de Bayrou est absolument vital.

Bayrou ne peut qu’espérer rester au-dessus des 10%.
Dépasser les 12% lui permettrait de négocier à droite et de ne pas disparaître pour l’avenir.
Passer à 8% le relèguerait dans les figures historiques du centrisme électoral: faible et improductif. Rattraper Mélenchon n’est même plus un grand enjeu pour lui.
Globalement, les médias n’attendent rien de lui et il n’assurera le « spectacle » que s’il consent à soutenir quelqu’un au second tour. Ce sera son dernier éclat, probablement, sauf s’il tente ensuite d’organiser le centre-droit avec Juppé ou d’autres, contre l’UMP.

Joly a déjà perdu: elle n’aura pas 5% et le financement public de sa campagne. Elle a « plombé » EE-LV pour l’avenir et Hollande saura jouer Mélenchon contre Duflot (et inversement, et le PCF contre le PG).
Faire mieux que Voynet en 2007 lui éviterait l’humiliation définitive, à condition de ne pas être dépassée par Dupont-Aignan ou Poutou. Dépasser les 3% serait une mini-surprise, mais faisant long feu.

Dupont-Aignan n’a de toute façon aucun avenir: il a raté sa campagne, incapable de reprendre les villiéristes et/ou les villepinistes potentiels.
En-dessous de 1%, il est ridicule. Au-dessus de 2%, il aura un peu plus de temps d’antenne le soir du premier tour. A 3%, on en parlera pendant 4 jours.

Poutou suscite plus d’attentes, après ses quelques propos familiers ou grossiers à l’antenne (c’est vrai qu’il a « crevé » l’écran, hein ? tous les journaux sérieux l’ont dit, même Le Monde… on rêve… Trotsky doit se retourner dans sa tombe) : à 2%, il sera « super cool », à 1,5%, il sera « cool », à 1% et moins, on l’oubliera aussi vite.
Plus sérieusement, le seul objectif du NPA désormais est simplement d’être au-dessus d’Arthaud et éviter que celle-ci soit la nouvelle Laguiller.

Arthaud a les mêmes objectifs: être devant Poutou, atteindre les 2%.

Cheminade ne fera parler de lui que s’il atteint 1%. Adieu.

Vivement samedi et vivement dimanche !
(enfin non, pas tout à fait, les vacances toucheront à leur fin…)

Derniers sondages IPSOS et Harris: dispersion, instabilité et incertitude, plus problématiques pour la droite que pour la gauche

 

IPSOS-Logica Business Consulting
Radio France, France Télévisions, Le Monde
13-14 avril 2012
échantillon: 894 inscrits sur un total de 967 

Hollande 27
Sarkozy 27
Le Pen 15,5
Bayrou 10
Mélenchon 14,5
Joly 2,5
Arthaud 1
Poutou 1
Dupont-Aignan 1
Cheminade 0,5

Hollande 56
Sarkozy 44

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Harris Interactive
VSD, LCP-Assemblée Nationale
12-16 avril 2012
échantillon: 991

Hollande 27
Sarkozy 28
Le Pen 17
Bayrou 11
Mélenchon 12
Joly 2
Dupont-Aignan 1,5
Arthaud 0,5
Poutou 1
Cheminade 0

Hollande 53
Sarkozy 47

Encore des évolutions contradictoires, avec un Mélenchon faible et une Le Pen forte chez Harris, des petits candidats à la hausse chez IPSOS (6 points pour Arthaud, Poutou, Cheminade, Joly, Dupont-Aignan combinés), des seconds tours nettement différents chez nos deux sondeurs du jour, sans compter une nouvelle inversion Hollande-Sarkozy chez IFOP.

Le second tour n’est pas tellement plus cohérent, même si, à 53-47, Harris apparaît vraiment très décalé désormais.

Globalement, la dispersion des votes et une incertitude en raison d’une campagne jugée, à juste titre, inintéressante (à part 1969 et 1988, c’est probablement la pire), caractérisent désormais ce premier tour, avec des écarts plus prononcés entre sondeurs pendant cette dernière semaine. Au moins, cela permettra de faire un classement desdits sondeurs…

Mais quand même, une autre étude IPSOS pour le CEVIPOF montre que plus de 50% des Français ont changé d’intention de vote en 6 mois… Je sais, ce n’est pas brillant comme campagne, mais le manque de jugement et d’identité politiques restent une variable de plus en plus importante, décourageante pour toute analyse un tant soit peu rationnelle…

Vivement dimanche… ou au moins samedi, que nous ayons tout en mains du point de vue des sondages.