Dernier sondage BVA sur la présidence de l’UMP: l’incertitude ne renforce pas le parti à l’occasion des législatives

(Figurez-vous que j’étais persuadé d’avoir publié cet article, mais il est resté encarafé dans les brouillons depuis la semaine dernière… :P)

« L’affrontement, c’est maintenant ».
Je ne croyais pas si bien écrire, avec ce qui ressemble plus ou moins à l’entrée en lice de Juppé, ou en tout cas à un message subliminal « je ne suis pas encore en dehors du jeu, ne m’oubliez pas ».

Les 23 et 24 mai derniers, dans le cadre d’une enquête de popularité (vous savez combien cela me rend sceptique: Bayrou qui était porté aux nues a lourdement chuté et c’est… Fillon qui est en tête dans certaines enquêtes, même devant les « meilleurs » de gauche…), BVA a aussi interrogé sur la personnalité préférée pour diriger l’UMP dans les années à venir.

Ce sondage, réalisé auprès d’un échantillon de 1304 personnes, pour le compte de RTL, Orange et la presse régionale, présente des défauts, comme celui de l’IFOP précédemment cité:
– la liste est « fermée » et, en l’occurrence, il n’y a pas d’hypothèse minimaliste à deux (Copé-Fillon) ou sans Juppé,
– le choix de NKM et de Bertrand comme seuls compléments démontre une faible maîtrise de la situation interne actuelle à l’UMP: si NKM aura quelques envies en 2017, elle ne se présentera en revanche pas pour diriger une structure comme l’UMP… et Bertrand n’a de chance d’exister que blotti derrière la locomotive Fillon. Pourquoi exclure Wauquiez ou Baroin en ce cas ?

Les résultats sont à la fois banals et surprenants. Parmi l’ensemble des Français et parmi les seuls sympathisants UMP, cela donne respectivement:
Fillon 37 / 41
Juppé 26 / 25
Copé 10 / 16
NKM 13 / 9
Bertrand 7 / 9
ne sait pas 7 / 0

Ces résultats sont banals, car on a un peu l’impression de relire les sondages de 2011 (voir les articles avec le mot-clé UMP), avec un Copé quelque peu distancé et des Fillon et Juppé dominants. Ils sont surprenants si on les compare à ceux de l’IFOP (cités dans mon avant-dernier article), qui n’avait pas parasité sa liste avec NKM et Bertrand et qui donnait des résultats très proches sur les sympathisants UMP pour Fillon (42) et Juppé (24), mais plaçait Copé nettement plus haut (29), la réponse « autre » et la non-réponse représentant 5%.

Cela voudrait-il dire que les sondés qui ont répondu NKM et Bertrand seraient en fait tentés par Copé ? Si cela n’a pas de sens idéologiquement, ce n’est pas concrètement impossible en ce qui concerne Bertrand, qui a finalement aussi une attractivité interne d’apparatchik dévoué à la cause du parti… En revanche, c’est très peu probable pour NKM, qui a une image moderne et modérée tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du parti.

Bref, nous ne sommes pas tellement plus avancés, mais, au moins, l’offensive de Fillon a le mérite de susciter des sondages.

Comme TNS-Sofres a été sollicité pour, enfin, tester une hypothèse de 2nd tour ou de duel (Fillon-Copé), nous savons au moins que Fillon semble réellement prendre un ascendant sur Copé dans un électorat UMP large.
Je répète qu’il faut être prudent car l’adhérent UMP n’est pas le sympathisant UMP et l’adhérent UMP qui vote n’est pas l’adhérent UMP tout court.
Et puis, la « sortie » de Juppé n’est-elle pas une conséquence directe de ce 1er sondage effectué sans inclure son nom ?

Bref, il y a encore beaucoup d’incertitudes sur le paysage. Et, autant j’appelle à des hypothèses de 2nd tour (y compris avec Juppé), autant j’aimerais également que les médias songent à solliciter les sondeurs en ouvrant carrément le 1er tour (NKM, Wauquiez, Baroin, voire MAM), afin de pouvoir « faire le ménage » (un peu comme lorsque Moscovici s’était convaincu, avec l’aide, certes, de Jospin, de ne pas y aller en juin-juillet 2011, avec des sondages aussi mauvais que Valls à l’époque).

Lors d’un précédent article sur le sujet, j’avais comparé Fillon à un candidat attrape-tout comme Hollande en 2011 et Copé à un candidat de « noyau dur » comme Aubry toujours en 2011. Mais Fillon doit veiller à ne pas devenir le DSK de 2006, encore concurrentiel de Royal dans certains sondages, mais finalement quasiment rattrapé par Fabius (très sous-évalué dans les sondages de l’époque), l’apparatchik méthodique et calculateur (ben… Copé, quoi). Evidemment, à ce petit jeu des comparaisons, on pourra m’objecter que Fillon pourrait en fait être le Royal de 2006: meilleur candidat supposé à la présidentielle, on se rallie derrière lui par souci d’efficacité.

Même dans le scénario d’une victoire de Fillon, n’oublions cependant pas que l’élection à la présidence de l’UMP ne vaudra que pour 3 ans. Si la guerre est suffisamment dure et se prolonge, un deuxième round pourrait alors se jouer. Or, entretemps, Franz-im-Glück et Lucky John-Mark auront peut-être repoussé certaines élections locales en 2015 et il y aura eu les européennes de 2014, forcément difficiles pour l’UMP (même si la référence de 2009 sera favorable et si le parti ne pourra progresser…). Bref, Copé, même perdant à l’automne, aurait certainement une deuxième chance. Mais le conflit serait alors tel qu’une explosion ne serait plus impossible.

Car on imagine mal l’UMP se contentant d’une solution « à la socialiste », avec le n°1 perdant la primaire… C’est pourtant la réalité aux Etats-Unis. Mais l’UMP garde de sa filiation gaulliste un fonctionnement plus focalisé sur le chef. Le bicéphalisme n’existe pas dans un seul parti; éventuellement, il s’exprime dans deux partis, c’est tout.

En même temps, dans le scénario d’une victoire de Fillon, cela éviterait à celui-ci de se suicider lors des municipales à Paris (personne ne peut lui dire de ne pas y aller ?). Il aurait donc de meilleures chances de résister à un nouvel assaut copéiste en 2015.

Dans le cas d’une victoire de Copé à l’automne, cela signifiera que tous les barons et tout l’appareil l’auront peu ou prou rallié et il sera alors en position de force pour 2015 (Fillon se sera entretemps abîmé à Paris et ne pourra re-tenter sa chance) et 2016 (les primaires ne verront alors que de jeunes pousses prendre date pour l’avenir ou pour Matignon -NKM, Wauquiez, voire Baroin ou Pécresse-, sans gêner celui qui sera déjà le « senior », Copé). Evidemment, pour 2017, face à l’édredon hollandais et avec une Le Pen encore plus sûre d’elle-même, ce sera autre chose…

Enfin, il y a aussi le scénario d’un conflit tellement puissant cet été et/ou d’un 1er tour avec Juppé tellement équilibré (3 tiers) que Juppé, qui semble déjà se positionner en ce sens, serait élu Président de compromis, de rassemblement et de transition, en s’engageant à ne pas être candidat aux primaires de 2016. Reste à ce que les autres lui fassent confiance sur le thème d’une présidence rassembleuse et pas tournée vers une candidature, permettant au perdant de l’automne 2012 (Copé ou Fillon, voire les deux…) de tenter de se refaire à l’automne 2016. Après tout, Aubry disait qu’elle voulait simplement organiser les primaires, pas y participer; elle avait aussi « signé » un pacte avec un certain DSK.

Vivement l’automne !
Si on pouvait juste débrancher Rachida Dati d’ici là, cela arrangerait bien les choses…

Post-scriptum: histoire que je puisse retrouver toutes les données utiles en 2016 (horos2017 se prépare déjà ! ;)), je publie ici les chiffres de report de voix à la présidentielle d’un sondage « sortie des urnes » passé inaperçu:
ViaVoice pour Libération, 6-7 mai 2012, échantillon de 1507 personnes
Mélenchon 90/4/6
Bayrou 38/44/18
Le Pen 18/54/28
Rien de bien nouveau, si ce n’est un probable petit tropisme « de gauche », mais bon, c’est ViaVoice.

Derniers sondages IPSOS, OpinionWay et IFOP pour les législatives: face à une droite au sein de laquelle Fillon est le plus populaire, la victoire de la gauche sera-t-elle similaire aux majorités de 1997, de 2007 ou de 2002 ?

OpinionWay-Fiducial
Le Figaro, LCI
23-25 mai 2012
échantillon: 1836 inscrits sur un total de
1995

Extrême gauche 1
FG 8
PS-PRG-DivG 32
EE-LV 4
(soit PS+PRG+DivG+EE-LV 36)
MoDem 4
AEI 1
UMP+NC+DivD 31
FN 16
autres 3


IPSOS-Logica Business Consulting
France Télévisions, Radio France, Le Monde
25-26 mai 2012
échantillon: 962

Extrême gauche 1,5
FG 8
PS+PRG+MRC+DivG 31
EE-LV 6
(soit PS+PRG+DivG+EE-LV 37)
MoDem 2
UMP+NC+PR+DivD 35
FN 15
Divers 1,5

IFOP-Fiducial
Midi Libre
25-29 mai 2012
échantillon: 971 inscrits sur un total de 1001

LO 0,5
NPA 1
FG 7
PS 33
PRG 1
EE-LV 3,5
(soit PS+PRG+EE-LV 37,5)
MoDem 4
divers écol. 1
NC-PR 1
UMP 32
DLR 0,5
(soit UMP+NC+PR+DLR 33,5)
FN 15,5

1. Certes, les scores du bloc socialo-radical et des Verts ne sont pas astronomiques, mais ils sont solides et, surtout, l’appoint du FG est assuré. Quant aux restes du MoDem, ils ne pèsent plus rien ou serviront davantage au PS, car ces reliquats très, très modérés ne voudront pas d’une cohabitation et se contenteront du vent gentillet brassé à l’heure actuelle par Ayrault, Sapin, Touraine et Valls. Les électeurs de Bayrou se répartiraient à 37% pour le MoDem, à 37% pour l’UMP et à 25% pour le PS, en ligne avec les reports abstentions/Sarkozy/Hollande du second tour.

Bayrou n’est peut-être pas encore complètement perdu, car il se place « moins mal » dans l’IFOP sur la 2e des Pyrénées-Atlantiques:
PS 31 / MoDem 29 / UMP 23 / FN 7 / FG 6,5 / EE-LV 2,5 / DLR 0,5 / NPA 0,5 / trois divers 0
PS 41 / MoDem 33 / UMP 26
PS 50,5 / MoDem 49,5
avec un « déchet » de 25% des électeurs de l’UMP vers le PS ! Braves gens 😀

Par ailleurs, selon OpinionWay, 70% des sondés veulent voter pour un courant et 29% pour une personnalité. Il est vrai que ces 29% font souvent toute la différence et qu’ils peuvent avantager l’UMP face au FN qui n’a qu’un visage, celui de « Marine ». Mais, tout de même, on sent là la volonté de donner une majorité à la gauche, corroborée par les souhaits et les pronostics, tous largement favorables aux petits soldats hollandais.

Les électeurs de Le Pen se répartiraient à 75% pour le FN, 11% pour l’UMP, 7% pour le PS: ce n’est pas fantastique pour l’UMP et cela signifie effectivement davantage de triangulaires.

Mais mon travail en cours par circonscription me montre que, hormis dans l’Aisne, l’Hérault, le Gard et quelques autres situations (une seule apparemment en Moselle), l’électorat plus rural et rurbain du FN en 2012 peut être finalement moins dangereux pour l’UMP que l’électorat un peu plus urbain de 1997. Cependant, le risque est là.

On peut aussi estimer que la mobilisation ne sera pas meilleure qu’aux dernières fournées législatives. Mais une abstention différentielle devrait favoriser la gauche. L’intérêt pour le scrutin est plus forte chez les électeurs de Hollande et Mélenchon (68 et 62) que de Sarkozy (58). Les électeurs de Bayrou et Le Pen (52 et 51) ferment sans surprise la marche.

Dans des circonscriptions « clasiques », pas de surprise sur de nombreux basculements, comme le montre le sondage OpinionWay sur la 4e de la Sarthe (l’ancienne de Fillon):
PS 38 / UMP 34/ FN 13 / FG 7 / MoDem 3 / EE-LV 2 / DVD 2 / LO 1 / NPA 0
PS 53 / UMP 47

Tout m’incite donc à imaginer une majorité nette pour la gauche, peut-être même plus proche de celle de la droite en 2002 qu’en 2007. D’ailleurs, si les scores semblent s’inverser par rapport à 2007, la grosse différence, c’est que le FN n’est plus du tout au même niveau et que, cette fois, il va « saigner » la droite. En outre, le haut niveau de la droite au 1er tour en 2007, qui lui promettait une victoire à la 2002 voire mieux, a été fortement corrigé entre les deux tours. Si, cette année, cette correction n’intervient pas, la gauche pourrait faire mieux que la droite en 2007 et se rapprocher du score de la droite, en sièges, de 2002.

Mais il est vrai que, localement, le PS a donné trop de circonscriptions « limites » à EE-LV et va ainsi perdre de belles occasions de gains. Mon travail en cours pourrait aussi m’inciter à penser différemment… 🙂 En outre, il peut y avoir un réflexe de rééquilibrage, comme entre les deux tours de 2007. Enfin, l’UMP n’a pas que de mauvais sortants.

Ceci étant dit, même une NKM médiatisée et capable de ratisser au centre rencontre, de manière significative dans une de ces circonscriptions qui n’étaient pourtant pas dans les 333 ayant mis Hollande en tête le 6 mai dernier, des difficultés certaines. C’est un sondage IFOP sur la 4e de l’Essonne, qui donne:
UMP 41 / PS 33 / FN 8 / FG 7,5 / MoDem 4,5 / EE-LV 3 / DLR 1 / AEI 0,5 / ExD 0,5 / LO 0,5 / ExG 0,5 / une divers 0
et un terrible 50-50 au second tour.

Bref, globalement, plutôt 2007 que 1997, avec un petit « risque » de 2002.

2. Dans ce paysage à mon avis assez sombre pour la droite (pourquoi n’agite-t-elle pas le chiffon rouge de la majorité des 3/5 au Congrès ?!? ah oui, 85% des Français n’y comprendront rien ?… bon… passons…), François Fillon trace son bonhomme de chemin.

Un sondage TNS-Sofres-Sopra Group pour i-Télé (échantillon de 1011, réalisé le 24 mai 2012) interrogeait sur celui qui « ferait le meilleur président de l’UMP« , dans l’ensemble de l’échantillon et parmi les sympathisants UMP:
Fillon 44 / 69
Copé 12 / 22
aucun 25 / 5
ne sait pas 19 / 4

Enfin un sondage en tête-à-tête, qui montre bien que les voix de Juppé se porteraient en réalité sur Fillon, lui assurant un net avantage. Mais, évidemment, l’échantillon n’est pas celui des adhérents « durs » de l’UMP. Toutefois, la primaire du PS en 2006 montre que les militants peuvent très bien « suivre » les mouvements d’opinion externes, s’ils assurent une victoire électorale ensuite.

Le score est d’ailleurs sans appel à la question de savoir s’il est « souhaitable qu’il représente l’UMP à la présidentielle 2017 » (ah, la belle question alors que les législatives ne sont pas encore passées 😀 J’aime la politique politicienne !):
Fillon 51 contre 30 / 84 contre 10
Copé 24 contre 55 / 46 contre 45
Sarkozy 22 contre 61 / 55 contre 36

Copé aussi rejeté que Sarkozy dans la population globale, mais encore derrière Sarkozy dans son propre camp. Encore quelques sondages comme ceux-ci messieurs les patrons de presse et Fillon va bien finir par l’emporter à l’automne !

Fillon a eu raison de dire qu’il n’y avait plus de leader naturel à l’UMP (55 contre 18). Et il bat Copé sur tous les qualificatifs (compétent 66/40, rassurant 46/26, sympathique 53/31, sincère 51/23), sauf sur le dynamisme (45/53).

Deux premiers écueils vont cependant se dresser sur sa route:
– sera-t-il aussi largement élu que prévu à Paris ? Attention à ne pas donner l’impression de négliger ses « terres » et de tenir le résultat pour acquis, car les électeurs n’aiment pas cela… et Axel Kahn a sûrement une longueur d’avance chez les bobos du 6e…
– la présidence du groupe UMP à l’Assemblée sera peut-être « chaude ». Quelques victimes importantes que je commence de recenser (Courtial dans l’Oise, Morano en Meurthe-et-Moselle, Lefebvre à l’étranger) affaibliront aussi le camp Copé, même si les modérés de l’UMP, comme je l’ai déjà étudié, vont souffrir. Peut-être Fillon éludera-t-il ce combat, avec prudence, ou laissera-t-il un candidat plus consensuel (Accoyer, Dord, MAM, Ollier dit « POM »,…) tenter d’arracher le groupe à Jacob, sans toutefois trop mouiller Fillon en cas d’insuccès.

Ce sera passionnant, tout autant que le feuilleton « Martine va-t-elle vraiment se retirer à Lille ? » Ou troublera-t-elle le trio Désir-Cambadélis-Rebsamen ?

Derniers sondages IFOP et OpinionWay pour les législatives: les signes d’une victoire socialiste plus ample qu’en 1997

IFOP-Fiducial
Europe 1, Paris-Match
18-19 mai 2012
échantillon: 860 inscrits sur un total de 956
(évolution par rapport à la livraison du 6 mai 2012)
LO 0,5 (=)
NPA 0,5 (-0,5)
FG 7 (-1)
PS+PRG 34,5 (+3,5)
EE-LV 4,5 (-0,5)
(soit PS+PRG+EE-LV 39 (+3))
MoDem 4 (-0,5)
UMP+NC+PR 32,5 (+1)
DLR 0,5 (=)
(soit UMP+NC+PR+DLR 33 (+1))
FN 16 (-2)

1. Par rapport à 1997, le FN rejoint un score comparable (16 contre 15) et sa capacité de nuisance pour la droite serait donc équivalente. En 1997, il pouvait se maintenir dans 133 circonscriptions, dont 79 triangulaires (76 effectives, finalement), 23 duels avec la gauche et 31 duels avec la droite. Même si c’est moins que les pronostics échevelés, tant du FN que de certains médias, c’est suffisant pour embarrasser fortement la droite. D’autant que le vote FN semble cette année plus rural, plus rurbain, plus périurbain boutiquier et « subi », ce qui risque de faire davantage de dégâts à droite.

D’ailleurs, le sondage IFOP sur la 11e circonscription du Pas-de-Calais montre que Le Pen n’est nullement capable de battre la gauche en duel ou en triangulaire:
FG 55 – FN 45 / PS 56 -FN 44 / FG 44 – MoDem UMP 20 -FN 36
après un 1er tour très mauvais pour la droite, alors même qu’il s’agit d’un traditionnel franc-tireur (JeanUrbaniak, cette fois MoDem soutenu par l’UMP):
FN (Le Pen) 34 / FG (Mélenchon) 29 / PS 18 / MoDem-UMP 16 / EE-LV 2,5 / LO 0,5 / quatre divers 0

Cette situation pourrait se retrouver dans d’autres circonscriptions du Nord-Pas-de-Calais et de Picardie, où la gauche a peu de craintes à avoir sur ses circonscriptions en ce qui concerne une supposée menace FN.

Au passage, notons que les sondages mesurent aussi la stupidité de nombre de sondés, voire d’électeurs: au moment où le PS désigne enfin un candidat honnête et correct dans cette circonscription, voilà qu’en masse (y compris les CSP+), on préfère le barnum médiatique du parachuté-révolté Mélenchon… Décidément, il n’a pas fini de nous… Bref.

2. En revanche, la droite part d’un niveau de nouveau modeste: globalement 33 contre 36,5 en 1997.

En outre, comme le montre le sondage IFOP dans la 9e des Hauts-de-Seine (celle de Claude Guéant), les reports ne sont pas bons, ni du centre, ni de l’extrême-droite. Comme si seul l’enjeu présidentiel et un Sarkozy ultra-combatif avaient réussi à assurer cette mobilisation forte à droite.
Alors qu’au 1er tour, il ne semble pas y avoir de difficulté pour la droite et le centre-droit:
UMP 41 / PS 25 / DivD 15 / AC 7 / EE-LV 5 / FN 4 / FG 2 / PRG 0,5 / Div 0,5 / deux divers 0
au second tour, la victoire de Guéant n’est pas soviétique:
UMP 57 – PS 43.

Certes, il faut, là encore, compter avec une certaine forme de stupidité: quand des sondés-électeurs voient marqué « Alliance centriste », ils croient voter pour le supplétif béarnais de Hollande et ils n’ont aucun indice de qui pourraient bien être Jean Arthuis et ses troupes… Bon, je reconnais qu’il n’est pas toujours aisé de le suivre…

Mais cela signifie bien que Guéant est loin de récupérer toutes les voix AC, de Solère (DivD – UMP dissident) et du FN. Son profil peut bien sûr refroidir au centre-droit, mais quand même, c’est une circonscription très sûre et 57% n’est pas si extraordinaire.

3. Le MoDem est lentement mais sûrement laminé. Certes, on ne peut comparer son score à celui de l’UDF ou des DivD en 1997. Mais, à 4%, il est inexistant. Surtout qu’il ne présente que très peu de candidats en propre (400 sous l’étiquette « le Centre pour la France », mais pas autant de MoDem « purs »): à ce niveau, 4%, ce n’est plus que 2,78%…

Surtout, son chef, comme c’était prévisible, est menacé. C’est ce que nous indique le sondage OpinionWay sur la 2e des Pyrénées-Atlantiques.
Au 1er tour, il ne devance que difficilement un inconnu UMP:
PS 30 / MoDem 24 / UMP 23 / FN 11 / FG 8 / EE-LV 3 / NPA 1 / quatre divers 0
Et au 2nd tour, c’est la Bérézina, que ce soit en duel ou en triangulaire:
PS 55 – MoDem 45 / PS 44 – MoDem 28 – UMP 28 / PS 60 – UMP 40

L’hypothèse de la triangulaire permet également de constater l’excellent report de voix à gauche et la déperdition au centre pour l’UMP (mais il est vrai que nous avons vu, dans la cartographie de la présidentielle, que les électeurs Bayrou des Pyrénées-Atlantiques ont un tropisme rose assez net).

4. Au niveau national, la comparaison avec 1997 est favorable à la agauche et, plus précisément, au PS:
EE-LV baisserait de plus de 2 points, tandis que le total PS-PRG-DivG-Verts augmenterait de 4,5 points (39 contre 34,5).
Le PS n’ose pas le dire ouvertement, mais il espère bien que de nombreux dissidents du PS vont faire mordre la poussière aux Verts officiellement soutenus et que le PS (avec le PRG et tous ces Divers Gauche) pourra avoir un groupe majoritaire à lui seul. L’analyse par circonscription, si vous la suivez sur le lien donné dans mon article précédent, montre (en corrigeant un peu les prédictions un peu conservatrices de mon ami Gaël L’Hermine) que les Verts sont mal engagés (Côtes d’Armor, Ille-et-Vilaine, Sarthe, Orne, déjà…).

Je l’ai dit, c’est pour moi le principal, voire le seul, suspense de ces élections.

Ni Hollande ni Ayrault ne suscitent un grand enthousiasme.
Le gouvernement ne commence pas très fort.
La scène internationale donne beaucoup de poudre aux yeux (ce petit jeu sur la « croissance » est drôlatique: comme si Obama, Merkel, Barroso, Juncker, Cameron, Rajoy, Monti ou même Hu, Rousseff, Poutine ou Tusk mettaient la même chose derrière ce mot… :D).
Manifestement, l’adaptation va être difficile et la vie interne au gouvernement, à la gauche et au PS fort tendue.

Mais l’UMP vient d’entamer sa « PSisation » et va se déchirer suffisamment pour masquer le sabotage d’Aubry, l’incontrôlabilité de Montebourg, l’incompétence de Taubira et de Duflot, les guéguerres entre hollandais.
Et la campagne est très, très courte.
Et les électeurs ressentent un trop-plein de politique.
Et la cohabitation n’est plus dans la logique du quinquennat avec élections groupées et successives.
Et les médias restent encore bienveillants pour Hollande (même si les dérapages et incohérences à gauche commencent d’être relevés).
Et Rachida Dati est reparti comme en 40… Même Morano bouge encore…

Bref, c’est cuit pour l’UMP cette fois-ci. J’avais bien fait de mettre en garde sur les élus menacés, car cette vague rose à venir risque bien de faire l’affaire de Copé et Jacob.

5. Revenons rapidement sur la guerre interne à l’UMP, qui vient donc de commencer. Fillon s’est-il déjà « grillé » ?

Quelles peuvent être ses raisons ?
– D’abord, Copé, contrairement à ses déclarations… hypocrites (oui, le mot est fort bien choisi, François !), utilise bien tous les leviers pour renforcer son contrôle. Par deux fois, il s’est lui-même déclaré « chef » de quelque chose; il est déjà dans la place et « bétonne » l’appareil du parti; il continue de cajoler les députés et surtout ceux qui seront rescapés. Bref, peut-être Fillon a-t-il senti une certaine urgence à ne pas être distancé en interne dès le départ.
– Ensuite, il a peut-être voulu « fendre l’armure » et faire preuve d’un peu d’audace et d’autorité, à rebours de son image, « à la Hollande » en quelque sorte. D’une certaine manière, être l’outsider, l’underdog, ce n’est pas forcément un mauvais choix.
– De manière alternative, il a peut-être jugé bon de capitaliser sur le sondage IFOP et sur son bon positionnement; sûrement un peu hasardeux de jouer comme cela sur l’opinion et les médias…
– Enfin, il avait peut-être l’intention d’attaquer en réalité… plus tôt, mais a dû attendre vendredi soir dernier, pour être sûr que l’inénarrable Dati ne se présentait pas contre lui (avec des personnages comme ça, il vaut mieux attendre le douzième coup de minuit pour être vraiment sûr…).

Mais quels sont ses risques ?
– Apparaître comme le diviseur.
– Se faire imputer un mauvais score de l’UMP.
– Apparaître comme en fait un peu naïf d’être tombé dans le piège de Copé.
Eloigner les modérés et chiraquiens qui devraient lui revenir, mais semblent s’accommoder tactiquement de Copé (Baroin, Pécresse, Le Maire, Raffarin,…). De ce point de vue, la réaction de Juppé, apparemment neutre, fait objectivement le jeu de Copé ou, peut-être, prépare le terrain à Juppé lui-même, qui, soit devancerait Fillon contre Copé, soit l’affaiblirait tellement que Copé serait dans une dynamique suffisante.
N’excluons pas non plus une alliance Juppé-Copé, avec Juppé comme président et Copé en SG aux pouvoirs renforcés (bref en n°1 de fait) ou Juppé raffarinisé en vice-président délégué. Je ne sais même pas (les statuts et le règlement intérieur sont peu clairs sur ce point) s’il n’y aurait pas de possibilité de fusioonner des tickets du 1er vers le 2nd tour.
Imaginons un 1er tour avec, comme candidats Président/SG/Vice-Président délégué:
Copé/Daubresse/Raffarin ou, en version hard, Copé/Riester/Hortefeux
Fillon/Wauquiez/Bertrand
Juppé/NKM ou Baroin/Raffarin ou, en version restreinte, Juppé/Apparu/Pécresse
qu’est-ce qui empêcherait un 2nd tour:
Copé/Baroin/Juppé contre Fillon ?

Bref, tout est ouvert et tout sera d’autant plus terrible. Si, pour couronner le tout, Aubry et/ou Delanoë ne créent pas un même affrontement sanglant au sein du PS et si le PS réussit à se sortir des épées de Damoclès verte et rouge dans 3 semaines, alors, Hollande et Ayrault pourront continuer un moment de ne pas gérer leurs troupes et de gérer petitement le pays. Les conséquences électorales ne sont pas pour tout de suite… surtout avec une structure sociologique et géographique qui n’avantage pas l’UMP à moyen terme et avec une Marion « Marine » Le Pen plus Panzergirl que jamais…

Face à une gauche en demi-teinte, l’UMP, qui prépare ses durs conflits internes, pourrait bien ne pas être en mesure d’en profiter, ni aux élections législatives, ni à moyen terme

1. J’avais raison de vouloir interrompre ce blog 😉 car nous voici privés de sondages sur les élections législatives depuis plus d’une semaine… Après le long week-end de l’Ascension, cela devrait très prochainement changer, mais que de frustration…

N’ayant pas le courage, ni le temps, d’analyser la situation dans les 577 circonscriptions, je vous renvoie au travail en cours de Gaël L’Hermine, à cette adresse: http://uselectionatlas.org/FORUM/index.php?topic=153783.0
Eh oui, la France est ainsi faite qu’il faut emprunter les câbles sous-marins et se retrouver sur des serveurs outre-Atlantique pour pouvoir réellement apprécier toute la saveur de ces 577 élections.
Une fois encore, l’anglais employé est loin d’être insurmontable et vous disposez des informations principales sur chaque circonscription.

L’Assemblée nationale a la bonne idée d’avoir créé un site dédié, avec notamment une carte interactive de chaque circonscription, mais la liste intégrale des candidats n’est annoncée que pour fin mai 😦 http://www.elections-legislatives.fr/index.asp

Quant au livre de 2007 de Soccol et Lafarge (577 députés à élire: http://www.amazon.fr/577-d%C3%A9put%C3%A9s-%C3%A9lire-Brice-Soccol/dp/2901484018/ref=cm_cr_pr_product_top), il pâtit du redécoupage des circonscriptions, qui rend certains départements plus difficiles à suivre, mais il reste une très bonne source d’informations locales, même s’il est évidemment imparfait. Mais qui est vraiment en mesure de produire l’équivalent des Almanachs britannique et surtout américain (de Michael Barone) ?… Encore un rêve inassouvi de fondu de la politique et des élections 😉

2. Ceci étant posé, la situation actuelle ne laisse que peu de doutes sur l’issue des législatives:
la majorité parlementaire sera de gauche. Reste évidemment l’incertitude d’une majorité PS-PRG-DVG ou la nécessité d’appoints EE-LV et PCF-PG. Le nombre de dissidents socialistes qui devraient prévaloir sur des candidats Verts (pourtant officiellement soutenus par le PS) sera conséquent et permettra peut-être d’assurer cette majorité PS-PRG-DVG seule, mais ce sera difficile: c’est le principal suspense.

– Les Français sont manifestement réticents à une nouvelle cohabitation.

Les médias sont clairement dans un flux très positif pour le nouveau pouvoir, en faisant passer la bonne communication et les déclarations habiles de Hollande, Fabius et Moscovici pour des grandes victoires diplomatiques et en cachant les premiers renoncements sur l’Afghanistan ou les euro-obligations. Le très faible nombre des commandes de sondages montre bien que l’affaire des législatives est entendue.
Pourtant, les difficultés sont déjà nombreuses:
perspectives économiques ternes dans toute l’Europe,
visibilité et habileté de Le Pen,
parasitage de Mélenchon,
ajustements interministériels apparemment délicats,
rigidité d’Aubry et de la gauche du PS en interne,
incertitude sur le sort et le comportement des apparatchiki frustrés (Cambadélis, Désir, Dray, Bartolone, Assouline, Borgel, Le Guen, Hammadi,…) et des éléphants recalés (peut-être Rebsamen, sauf si Solférino lui a été promis, Guigou, Royal -dépecée de ses fidèles, incertaine sur son élection législative et marquée au millimètre par la jalouse Trierweiler, qui sera bientôt surnommée « la Présidente »…-, Delanoë -qui peut légitimement estimer avoir été en partie siphonné par Hollande, tant par la promotion d’une partie de ses soutiens au PS que par l’appel de quelques administratifs de la Ville de Paris, et à qui j’ignore ce que l’on a promis: rien, tellement il est sur la pente descendante depuis son échec de Reims en 2008, ou Solférino, qu’Aubry ne va cependant plus vouloir lâcher ?).
Et les premiers sondages de popularité (Harris, IPSOS,…) sont bons mais sans plus pour Hollande et Ayrault. Il n’y a donc pas de véritable état de grâce, encore moins d’euphorie, même si l’électorat de gauche est sûrement satisfait de la situation de manière massive.

– Même les palinodies morales des grandes consciences de la République passent comme lettre à la poste. Mélenchon a terminé son errance circonscriptionnelle et tape tous azimuts pour exister (pauvre Martine Aubry, j’aurais presque envie de la défendre… elle a dit la vérité, il y a bien de profondes dissensions PCF-PG et ce dernier est irréaliste dans ses demandes).
Maintenant, le comble des donneurs de leçons, la donneuse de leçons parmi les donneurs de leçons, la « mère de tous les donneurs de leçons », la morale et la République incarnées, la quasi-Etre Suprême, j’ai nommé Christian Taubira, a courageusement décidé de ne pas affronter le suffrage universel, histoire de conserver son maroquin… C’est vrai, sans Taubira ministre, la République serait probablement en danger… Pathétique.
Vallaud-Belkacem n’a pas été tellement plus courageuse (c’était piquant de voir que son annonce tombait le même jour qu’un petit reportage à sa gloire dans lequel elle mettait en avant « l’onction du suffrage universel« …).
On m’objectera que Juppé ne fait pas mieux: c’est vrai, c’est décevant. Mais l’outrecuidance intellectuelle de Taubira est telle que, dans son cas, c’est réellement scandaleux et absolument grotesque. Mais c’est une bonne cliente médiatique et une Madame Sans-Gêne, alors tout lui est pardonné…
Au moins, Filippetti, Le Foll, Touraine, voire Arif (certes, en Haute-Garonne, la droite n’a aucune chance, mais il doit affronter deux dissidents socialistes qui pourraient être coriaces) n’ont pas flanché, alors que leurs circonscriptions sont difficiles (plus que celle de Vallaud-Belkacem d’ailleurs, même si celle-ci n’était pas non plus une sinécure).

– Le supplétif Bayrou, le péripatéticien Villepin et quelques dirigeants mal inspirés ou trop honnêtes de l’UMP ou de NC ont eux-mêmes considéré qu’une cohabitation n’était pas souhaitable. A moins que, pour certains des derniers, il ne s’agisse tout simplement d’une volonté de laisser la gauche, pour une fois, gouverner dans une conjoncture encore moins favorable que la droite et « prendre les coups », afin de tenter d’en tirer profit dès 2017.

– Surtout, évidemment, la droite est mal à l’aise sur l’éventualité d’une cohabitation car cela signifierait se décider sur un Premier ministre potentiel… En 1986, l’hypothèse Chaban-Delmas n’avait jamais été sérieuse et Mitterrand ne l’avait agitée que pour tenter de diviser à droite, mais Chirac était le leader évident. En 1993, Chirac était également le leader évident et c’est lui, d’une certaine manière, qui avait « nommé » Balladur. En 1997, Jospin était le leader évident. Aujourd’hui, c’est plus délicat à l’UMP… Copé n’est le premier de cordée que de facto ou par défaut. En outre, ses interventions ont plutôt tendance, à mon sens, à faire baisser l’UMP, sur la base d’un mélange de rappels du sarkozysme fraîchement battu et de guérilla politicienne plus adaptée aux élections locales intermédiaires qu’à un scrutin de portée nationale.

Pourtant, les électeurs de droite et du centre doivent aussi intégrer le fait que le Sénat a déjà basculé et comprendre qu’il faut éviter la majorité des 3/5 au Congrès (Assemblée+Sénat)  pour la gauche, majorité qui serait synonyme de pleins pouvoirs absolus pour cette dernière, avec une liberté totale de révision de la Constitution… Oui, c’est un appel purement politique que je lance là 😀
Mais je pense que des Français plus indécis ou non partisans peuvent aussi être sensiblesà un certain équilibre des pouvoirs (en l’occurrence, conserver l’arme du référendum pour les révisions constitutionnelles en évitant une trop forte majorité de gauche à l’Assemblée).
Je referme cet aparté électoraliste 😉

3. Cela nous amène naturellement à envisager de nouveau le leadership de l’UMP et de la droite, qui va se décider cet automne.

Non que le PS ne puisse faire l’objet d’une bataille tout aussi homérique. Après tout, le probable retour en arrière d’Aubry sur sa volonté de quitter Solférino et la possible tentative hollandaise de contrôler le parti, soit directement avec Rebsamen (je ne vois pas trop qui d’autre), soit indirectement avec Delanoë (car on l’imagine mal avoir des ambitions pour 2017 ou même après, tant il a perdu d’énergie depuis 2008 et s’est enfermé dans son refus de faire 3 mandats à la mairie de Paris, où l’aubryste Hidalgo ne laissera plus sa place et saura, ensuite, rallier le plus offrant) ou Désir (un jospino-delanoïste largement compatible, comme Kader Arif en son temps), pourraient nous réserver quelques étincelles.

Toutefois, c’est bien la présidence de l’UMP, soit en amont (quelquefois, les affrontements les plus durs et les décisions se font avant tout vote), soit au cours d’une élection militante réelle, qui va occuper le début de l’automne politique, permettant d’ailleurs au pouvoir hollandais de prolonger la trêve estivale…

Les 10 et 11 mai derniers, l’IFOP a mené une enquête, pour Sud-Ouest Dimanche, auprès d’un échantillon total de 1000 personnes (donc assez limité dès lors que l’on s’intéresse aux seuls sympathisants du MoDem ou du FN, aux seuls électeurs de Bayrou ou de Le Pen et surtout aux seuls sympathisants UMP ou aux seuls électeurs de Sarkozy au 1er tour) sur le dirigeant souhaité de l’UMP (telle était la question).

Parmi l’ensemble des Français, parmi les sympathisants UMP, les sympathisants FN et les sympathisants MoDem, les résultats sont les suivants:
Fillon 27 / 42 / 29 / 31
Juppé 20 / 24 / 17 / 30
Copé 13 / 29 / 7 / 6
un autre (non précisé) 5 / 2 / 10 / 1
aucun 35 / 3 / 37 / 32

Parmi les électeurs de Sarkozy, Le Pen, Bayrou, Hollande, Mélenchon:
Fillon 42 / 30 / 29 / 21 / 17
Juppé 20 / 17 / 28 / 20 / 26
Copé 31 / 8 / 8 / 5 / 9
un autre 3 / 9 / 3 / 5 / 5
aucun 4 / 36 / 32 / 49 /43

Evidemment, la première faiblesse de ce sondage est liée au caractère limité de l’échantillon, ainsi que je viens de le souligner. Car c’est plus problématique ici que pour la primaire du PS qui était « ouverte » et donc assurait une plus grande fiabilité aux sondages. Pour la présidence de l’UMP, seuls les adhérents à jour de cotisation auront le droit de voter, ce qui restreint fortement le corps électoral et le rend très spécifique.

La deuxième faiblesse tient aux noms et hypothèses proposés: on aurait pu imaginer un premier tour plus ouvert (NKM, Baroin, Wauquiez, voire Raffarin…), un premier tour sans Juppé et des seconds tours alternatifs Fillon/Copé, Juppé/Copé, Fillon/Juppé. Bien sûr, on pourra objecter que, pour être candidat, il faut avoir le soutien d’au moins 3% des adhérents (7 830 signatures, si l’on se base sur les 261 000 adhérents revendiqués par Copé début 2012, mais probablement un peu moins à l’automne avec la décrue habituelle après une présidentielle) dans au moins 10 fédérations différentes. Cependant, une mesure du niveau des principaux « seconds couteaux » ne serait pas inutile, avant même la recherche des parrainages. Et, à l’inverse, mesurer Fillon et Juppé, chacun seul, face à Copé, relève de l’évidence.

Cela viendra sûrement, mais il faut nous contenter de ces premières données. Fillon y apparaît comme le favori. Même avec la présence de Juppé, il parvient à dépasser Copé, y compris parmi les seuls sympathisants UMP ou électeurs de Sarkozy. Surtout, il le fait avec une marge significative et il le fait alors que l’on peut supposer que les électeurs de Juppé se reporteraient (très) majoritairement sur Fillon, étant donné le positionnement beaucoup plus modéré de Juppé avec le temps (alors que son origine RPR et légitimiste le situait historiquement dans la position occupée aujourd’hui par Copé, d’ailleurs lui-même initialement juppéiste).

En outre, Fillon est fort au-delà de l’UMP, dans les électorats dans lesquels il faudra bien puiser en 2017, au centre-droit et à l’extrême-droite. Sans surprise, Copé est faible au centre-droit, avec sa ligne actuelle plus Sarkozy-Hortefeux que Chirac-Raffarin, mais il n’est pas non plus fort à l’extrême-droite, puisque même Juppé le dépasse. Juppé, je l’ai déjà écrit à l’automne dernier, occupe un peu le créneau de Barre et Balladur, candidats de fait de l’UDF mais jamais brouillés avec le FN (l’un comme l’autre mettait d’ailleurs un soin tout particulier à ne jamais insulter le FN et ses dirigeants, contrairement à certains RPR chiraquiens, pourtant plus proches idéologiquement parfois). Juppé a probablement aussi l’avantage de l’image d’homme d’Etat. Enfin, Copé est probablement trop « technocrate » pour les électeurs d’extrême-droite (Juppé avait le même problème, mais l’âge a atténué ce phénomène).

Au contraire, Fillon reste fort des deux côtés, ce qui lui permet d’envisager de desserrer cet étau dans lequel Sarkozy était enfermé. Fillon conserve d’une part une image de sérieux, notamment budgétaire, qui plaît au centre-droit tout en rassurant à l’extrême-droite; il joue d’autre part sur son origine de « gaulliste social » et de séguiniste, ce qui permet de se distinguer de Sarkozy, tout en laissant sous-entendre un aspect « populaire » et vaguement souverainiste qui ne laisse pas indifférent chez les électeurs du FN. Fillon se paye ainsi le luxe de coiffer Juppé sur le poteau du centre et de distancer la concurrence à l’extrême-droite, alors même qu’il a adopté une ligne quasi-NKM sur l’attitude électorale à l’égard du FN (même s’il le dit moins fort et sans éclat).

Sociologiquement, Fillon a également des forces. Il n’est rattrapé que sur les 25-34 ans (21% comme Copé; mais à prendre avec prudence étant donné la taille de ces sous-échantillons), il est fort à la fois sur les 18-24 ans (35%) et les plus de 65 ans (33%), alors que Copé tombe à 9% chez les 35-49 ans et 11% chez les 50-64 ans (Juppé, lui, sans surprise, a un soutien proportionnel à l’âge). Il bat Copé dans toutes les CSP, même si ce n’est que 24-21 chez les artisans-commerçants (et derrière Juppé); il est à 31% sur les retraités, 28% sur les professions intermédiaires (un créneau essentiel pour l’avenir de la droite) et même 22% chez les ouvriers. Géographiquement (attention, là encore, aux sous-échantillons), Fillon est en tête partout, sauf dans le Sud-Ouest (battu 18-33 par Juppé); il bat même Copé dans le Sud-Est 31-17 (meilleur score de Copé, sans surprise) et se retrouve à 27% dans le Nord-Ouest, 30% dans le Nord-Est et 24% en Ile-de-France (où Juppé est à 23, mais probablement auprès de CSP+ qui se reporteraient plus facilement sur Fillon). Dans les villes de province (autre cible importante pour la droite), Fillon est à un intéresant 30%.

Au final, Fillon apparaît un peu comme un « attrape-tout » à droite, un peu comme Hollande en son temps au PS, alors que Copé est davantage le candidat du « noyau dur », comme Aubry en 2011. Fillon apparaît aussi comme capable d’aller au-delà des frontières de l’UMP et d’éviter l’implosion de celle-ci, tout en garantissant un bon niveau de 1er tour, une faible déperdition au centre-droit et un containment du FN: de manière naturelle, il semble remplir les objectifs pour la réalisation desquels Sarkozy a dû batailler.

Cela est d’autant plus vrai que Sarkozy a démontré cette année que, malgré ses difficultés à convaincre et malgré des déperditions initiales de la droite vers Le Pen, l’électorat de droite « basique » est de toute façon acquis, même dès le 1er tour en assez large partie. Par rapport à ce constat, Copé a donc peu de plus-value.

Si on élargit le simple axe gauche-droite pour adopter une vision en deux dimensions, qui commence un peu à se répandre en France, Fillon est évidemment beaucoup plus central que Copé. Mon schéma est subjectif et beaucoup de leaders, dont Fillon lui-même, pourraient être légèrement déplacés, ce qui montre une certaine fluidité et une certaine uniformisation:

Alors, Fillon, le candidat idéal ?

4. Bien entendu, ce n’est pas si simple. Il a d’abord ses propres faiblesses personnelles.
– Même s’il est plus amibitieux que l’on ne pense généralement, ce n’est pas un tueur né et, contrairement à des Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Fabius, Juppé, il n’est pas né avec l’ambition d’accéder à l’Elysée.
– Il reste sur une bonne image par défaut, jouant sur la différence avec l’impopulaire Sarkozy pendant 5 ans et sur un effacement toujours favorable à la popularité.
– Tant en interne qu’en externe, son charisme n’est pas évident… Il bénéficie de la période favorable à la « normalité » et au sérieux apparent (Hollande-Ayrault), mais combien de temps cela durera-t-il ?
Son origine « gaulliste sociale » et son tropisme de centre-droit se mélangent curieusement à une pratique gouvernementale assez libérale et pragmatiquement pro-européenne et à une absence d’incompatibilité avec la dureté sarkozyste en matière sécuritaire: tout cela peut être un atout (après tout, Chirac a été tout et son contraire…) comme une difficulté à préciser une image, un positionnement et, finalement, un flou préjudiciable (bien que Hollande ait prouvé que ce n’était pas rédhibitoire…).

Il a aussi des faiblesses structurelles et politiques importantes.
– Il n’a pas su organiser un courant fort au sein de l’UMP. Il a certes des alliés (Bertrand ou, peut-être, Wauquiez), mais peu de troupes en propre (Rosso-Debord est-elle encore une fidèle, Pinte est un has been, Bouvard n’est pas véritablement un gros calibre, Chartier n’a pas encore percé autant qu’on pouvait le pensait initialement, etc.).
– La position de Copé est évidemment forte, à la tête de la structure UMP (Courtial, Riester, Tabarot, Morano notamment), avec un fort renouvellement des dirigeants de fédérations départementales.
– Les militants UMP, et encore plus ceux qui se déplaceront pour voter, sont plus à droite que les sympathisants et électeurs et le même phénomène qu’aux primaires républicaines américaines peut se produire, Copé jouant le rôle de Bachmann-Perry-Cain-Gingrich et même Santorum (même si Boutin serait la « vraie » Santorum :P), Fillon connaissant les mêmes difficultés à s’imposer que Romney.
– La campagne n’a pas débuté en interne: une fois celle-ci lancée, Copé pourra compter sur sa combativité personnelle, ses réseaux médiatiques, l’appui objectif de la gauche et des médias de gauche à sa candidature (pour eux, un nouveau Sarkozy, libéral, sécuritaire, décomplexé qui, en plus, a fait l’ENA, c’est pain bénit…) et, de manière (très) secondaire, un éventuel appui de Borloo (par haine de Fillon) et du NC (qui peut avoir intérêt à une UMP droitisée pour retrouver de l’espace au centre-droit).

J’ajoute que le positionnement des poids lourds de l’UMP n’est pas totalement assuré pour Fillon, loin s’en faut.
Déjà, Juppé peut tenter de lui disputer l’aile gauche de l’UMP, même si le fait de renoncer aux législatives n’est pas fait pour le renforcer.
Ensuite, les « seconds couteaux » qui veulent se compter prendront bien davantage de voix à Fillon qu’à Copé: NKM, Wauquiez, voire Baroin (Bertrand sait qu’il risque un mauvais résultat et s’est déjà rallié; Pécresse, Chatel ou Le Maire ne pèsent pas suffisamment; il est très peu probable qu’un sarkozyste, Estrosi, Mariani ou un autre veuille se présenter). Cela pourrait, à tout le moins, « casser » la dynamique et empêcher Fillon d’arriver en tête, de réellement distancer Copé ou de franchir les 40%.

De surcroît, il n’est pas évident que toute la gauche et le centre de l’UMP rallient Fillon. Même s’il n’irait pas jusqu’à appuyer Copé, Juppé n’aime pas Fillon et pourrait ne pas lui apporter de soutien, ce qui serait déjà un désavantage. Raffarin reste en bons termes avec Copé.
Copé bénéficiera évidemment du soutien de la Droite populaire, des sarkozystes éloignés (Estrosi, Dati) et des sarkozystes « purs et durs » (Hortefeux, Morano), ce qui est évidemment favorable, à la fois numériquement à la base du parti, mais aussi dans une période post-électorale pendant laquelle Copé et Hortefeux peuvent dire que 48,36%, c’est honorable, et que cela montre qu’il ne faut pas revenir à une droite « complexée ». En cas de défaite lourde aux législatives, Copé pourra toujours dire que c’est la « direction collective » de la campagne qui en est responsable…
Copé aura en outre l’appui des libéraux (Chatel, Novelli).
Mais certains chiraquiens (situés au centre de l’UMP, grosso modo) pourraient aussi faire une alliance tactique avec Copé: les plus fidèles chiraquiens n’ont pas forcément un bon souvenir de la rupture Chirac-Fillon de 2005 et du ralliement de ce dernier à Sarkozy et, surtout, un Baroin voire une Pécresse (malgré leur plus grande proximité avec Fillon sur le plan idéologique) pourraient trouver un avantage de moyen terme à incarner, en première ligne, le complément « modéré » à un Copé plus à droite. Je n’ai jamais cru à l’expérience des « mousquetaires« , encore moins aujourd’hui (Chatel étant de toute façon du côté de Copé), mais Baroin, Pécresse et Le Maire pourraient néanmoins poursuivre dans cette voie, histoire de profiter de l’aspiration Copé, tout en restant en embuscade et en apparaissant plus rassembleur que lui aux primaires de 2016.

Il ne faut pas oublier que s’affronteront en fait des « tickets » Président/Vice-président délégué/Secrétaire général. Copé peut montrer là une forme d' »ouverture » interne, tandis que Fillon risque d’être contraint de « caser » Bertrand, ce qui serait un probable désavantage, étant donné la mauvaise expérience de celui-ci comme SG de l’UMP.

Ainsi, malgré sa forte position de départ, Fillon pourrait bien avoir de grandes difficultés à s’imposer au final, alors même qu’il offre le profil le plus intéressant pour la droite, dans l’optique d’une reconquête. Mon pronostic est pessimiste pour lui.

A moyen terme, évidemment, s’il persiste dans l’erreur de vouloir conquérir la mairie de Paris (pari impossible pour encore deux mandatures, au bas mot), il est « grillé ». Mais, d’ici 2014, il reste beaucoup de temps… et une victoire à l’automne pourrait suffire à l’occuper et à ne pas dilapider sa nouvelle position de force…

5. Enfin, pour prendre avec encore plus de recul ce sondage favorable à Fillon, je signale une lecture qui ravira seulement en apparence les sceptiques face aux sondages: http://www.ifop.com/media/pressdocument/457-1-document_file.pdf

L’IFOP nous montre dans quelle proportion les sondés peuvent mentir ou se mentir, réécrire leur histoire politique personnelle, s’adapter aux « vents dominants », bref travestir leur opinion, consciemment ou non.

Cela aide à relativiser, mais nous montre que les sondeurs ne doivent pas être les boucs émissaires et que, s’ils se trompent de 2 points, ma foi, ce n’est rien d’autre qu’inévitable. Au contraire, ils démontrent une grande fiabilité dans un tel contexte !
A bas les sondés ! Vive les sondeurs ! 😀

Sociologie électorale simplifiée de la présidentielle et composition du gouvernement Ayrault I: les difficultés et la faiblesse de Hollande seront apparentes plus rapidement qu’envisagé

1. Je commence en recommandant une fois de plus la lecture des blogs de Gael L’Hermine. Il vient de publier sa propre analyse politique, sociologique et cartographique du second tour, avec des constats qui ne surprendront pas les lecteurs du présent blog mais qui rentrent dans un détail cantonal et communal sans égal et absolument passionnant (http://welections.wordpress.com/2012/05/16/france-2012-runof/). L’anglais n’est pas insurmontable, je pense, et cela vaut vraiment la peine de faire un petit effort pour ceux qui n’auraient pas un niveau fluent 😉

2. Les premiers temps de la présidence Hollande et la composition du premier gouvernement Ayrault sont pour moi l’occasion de souligner les faiblesses et les difficultés auxquelles cette présidence va se heurter et ce, beaucoup plus vite que prévu.

Je n’aborderai que les aspects purement politiques: je ne reviens pas sur la conjoncture, qui est mauvaise, ce qui était loin d’être le cas en 1988 et 1997, où la gauche a bénéficié à chaque fois d’une « chance » incroyable en matière de croissance (dilapidée, surtout en 1997-2000, par les excellents Jospin, DSK et Aubry…).

Nous avions déjà vu que la victoire de Hollande, qui entrait dans la catégorie « étriquée » selon la classification effectuée par l’intéressé lui-même, pouvait être porteuse de déception à gauche. Construite essentiellement sur l’anti-sarkozysme (très habilement sur le plan tactique à travers la « normalité », comme je l’ai souligné à moult reprises, mais avec un net essoufflement avec le temps), elle ne fut pas large et, à juste raison, d’aucuns ont pu se demander si, à droite, un candidat plus consensuel, tout en étant capable d’attirer sur ses deux ailes (j’ai dit Fillon ?), n’aurait pas pu lui souffler la victoire. Même si je n’y crois pas car le dynamisme de campagne de Sarkozy a dû aussi jouer, grâce à un effet GOTV (get out the vote), ou de mobilisation si vous préférez, qu’un autre (j’ai dit Fillon ?) n’aurait peut-être pas été capable de mettre en oeuvre aussi efficacement. Mais, bémol au bémol, il est vrai que la campagne de Sarkozy a été un joyeux bazar, avec finalement peu de relais locaux, si ce n’est le travail « classique » effectué par l’UMP sur ordre de Copé.

Dès le lendemain de l’élection, Martine Aubry est venue contrecarrer tout enthousiasme hollandais. Elle a fermement confirmé que Bayrou serait confronté à une candidate socialiste. Aujourd’hui, elle annonce qu’une candidate aubryste est investie dans la 1e circonscription de la Somme, au détriment de Faouzi Lamdaoui, l’un des lieutenants les plus proches de Hollande, déjà éconduit à l’automne dernier d’une circonsciption des Français de l’étranger au profit de l’aubryste Pouria Amirshahi. La guerre de positions a donc repris comme avant et les courants sont plus que jamais là (au moins, l’UMP sait ce qui l’attend désormais…).

Et voilà qu’Aubry n’est pas du premier gouvernement Ayrault. Marion « Marine » Le Pen y voit un règlement de comptes de la part de Hollande et je crois qu’elle se trompe lourdement. Nous verrons bien si, dans les jours qui viennent, des « offs » paraissent dans la presse disant qu’on avait tout propsoé à Aubry, mais qu’elle a refusé et qu’elle est « infernale »: peut-être, là, pourra-t-on y voir une manoeuvre hollandaise.

Mais je pense plutôt qu’Aubry a refusé. Plutôt que d’avoir un titre ronflant, mais aucun ministère régalien ou économico-financier, plutôt, donc, que d’être ligotée à un poste secondaire dans le gouvernement de Sa Majesté, elle préfère clairement être son opposition intérieure, en quelque sorte, libre de ses mouvements.

Certes, elle a dit dans le passé qu’elle ne voulait pas « rempiler » à la tête du PS. Mais si elle change d’avis, qui pourra lui contester la place ? Seul Delanoë serait en mesure de le faire, mais serait-il vraiment un allié de Hollande ? Comme Hollande a par avance dit qu’il n’y aurait plus de « courroie de transmission » systématique entre Elysée et parti, voici venu le temps de la « cohabitation » entre majorité présidentielle, majorité parlementaire et parti majoritaire de mêmes bords… (je suis assez énervé que Copé ait dit peu ou prou cela aujourd’hui car j’avais pensé à l’expression avant)

On peut comprendre le ressentiment de Martine Aubry, qui voit lui échapper et l’Elysée et Matignon, alors qu’elle se pensait meilleure pour battre Sarkozy et qu’elle voit deux personnages apparemment falots, toujours dans la synthèse et le compromis et jamais ministres lui passer devant. La partie sera très rude pour Hollande,
– parce qu’Aubry garde son alliance avec Fabius et qu’elle bénéficiera du soutien de la gauche du PS,
– parce qu’elle contrôle relativement bien l’appareil du PS (Lamy, Borgel, Bartolone, Cambadélis, Hamon, Hammadi, Bachelay, Paul etc., tous aubrystes anciens ou ralliés et peu représentés au gouvernement; seul Harlem Désir peut se « rebeller » au sein de l’appareil, peut-être),
– parce que Mélenchon est affaibli et le sera encore davantage après sa défaite aux législatives et qu’elle pourra donc plus facilement prendre la place du héraut des classes populaires,
– parce qu’elle est en bons termes avec les appareils PCF et Verts.

En outre, Hollande n’est pas Mitterrand, contrairement à ce que l’on veut nous faire croire. Pour avoir la maîtrise manoeuvrière de l’ancien Président, il faut un peu plus de « bouteille » ou de maestria personnelle. Certes, Hollande a essayé de joeur au sphinx les derniers temps, mais Aubry vient de lui dire « zut » comme Rocard n’a jamais été en mesure de le faire entre 1980 et 1995.

Rocard « grillé » pour la candidature fin 1980 ? Mitterrand le musèle ensuite en le prenant à l’intérieur du gouvernement, comme ministre d’Etat mais seulement du plan, et en veillant à ne pas lui laisser de contre-pouvoir.
Rocard en premier-ministrable « raisonnable » en 1984 ? Mitterrand promeut un jeune converti à la modération et au profil encore plus technocratique et « expert » que Rocard (Fabius), tout en gardant Rocard au gouvernement (ministre de l’Agriculture), celui-ci ne pouvant trouver mieux que le prétexte de la proportionnelle (même s’il avait entièrement raison, car Mitterrand a mis le FN à l’Assemblée) pour se sortir de ce guêpier.
Rocard envisagé comme candidat de rechange en 1987 et une majorité législative non assurée en 1988 ? Mitterrand s’en sert comme Premier ministre et tente de le pressurer au maximum (malheureusement pour Mitterrand, Rocard reste populaire et il doit le « débarquer » sans raison en 1991), tout en veillant, encore, à ne pas le laisser prendre le parti.
Rocard en futur recours pour 1995 et, finalement, premier secrétaire par défaut du parti ? Mitterrand active Fabius en interne au PS, Mélenchon sur la liste Rocard des Européennes et Tapie en externe aux mêmes Européennes de 1994 pour le torpiller définitivement.

Hollande est bien loin de cette méthode face à sa rivale. J’ai eu l’occasion d’écrire qu’il ne fallait à aucun prix laisser Martine Aubry à l’extérieur du gouvernement. Certes, il a peut-être été trop gourmande, mais, quitte à sacrifier des fidèles, pourquoi ne pas lui donner quelque chose de satisfaisant pour elle ?

3. Ensuite et plus largement, Hollande rate le rassemblement de tous les socialistes, comme Mitterrand l’avait fait en 1981 en nommant Mauroy Premier ministre, Defferre, Chevènement, Delors, Rocard au gouvernement. Ayrault n’est que la copie de Hollande à Matignon ou, en tous les cas, un… « collaborateur » (mais oui, Hollande fait du Sarkozy, ici… ou, à la  rigueur, pour Matignon seulement, comme Chirac en 1995: on a vu avec quel succès électoral), quelqu’un qui ne lui fera pas d’ombre mais qui n’apporte aucun complément politique réel (et la vaste plaisanterie de l’allemand ne tient pas: jamais aucun Premier ministre, hors cohabitation, n’a jamais négocié avec les chanceliers allemands… on rêve… et toute la presse, même de droite, de reprendre le cliché…).

Bien sûr, Hollande a réussi, dès octobre 2011, le ralliement de Montebourg, mais c’est davantage ce dernier, par rejet d’Aubry, qui l’a rejoint, que le contraire.
Mais peut-il réellement compter sur la gauche du parti ? C’est évidemment douteux, car Montebourg n’en est pas du tout le porte-parole.
A-t-il rallié tout le camp delanoïste ? Le positionnement réel de Delanoë reste une énigme à ce jour. Il n’est pas sûr que l’ambitieux Delanoë n’ait pas d’autres visées et son échec de 2008 doit encore lui peser, lui qui doit penser qu’il aurait pu être la « surprise » de 2012. Quant à Harlem Désir, sa patience a des limites. Et si Hollande ne veut pas laisser échapper le PS, il fera forcément des déçus chez les delanoïstes; il est vrai qu’il ne lui reste plus de grosse pointure hollandaise à imposer… sauf… Rebsamen ! Et même si c’est Aubry qui reste, ni Delanoë, ni Désir ne pourront être satisfaits.
A-t-il suffisamment gagné sur l’ancienne troupe strauss-kahnienne ? Valls n’est que l’aile droite, Moscovici apparaît bien isolé, Cambadélis, Le Guen, Dray ne se sont jamais véritablement convertis et ils ont un pouvoir de nuisance. Même une Sandrine Mazetier n’est pas retenue (plus « à gauche » qu’à « droite », justement).
Contrôle-t-il suffisamment les quadras-quinquas Valls, Moscovici, Peillon, Montebourg ?
Aux aubrystes frustrés, cités plus haut (Paul, Borgel, Bartolone, Cambadélis, Hammadi, Bachelay), il faut ajouter Guigou, Rossignol, Hazan, pourtant femmes mais retoquées du gouvernement, ainsi que Destot, « grillé » par Fioraso.

Si Hollande n’a pas commis l’erreur de Sarkozy en 2007, qui avait vraiment sacrifié les sarkozystes (pour ne promouvoir que les moins bons d’entre eux ensuite: Morano, Lefebvre), il a au contraire très lourdement favorisé les hollandais, historiques comme ralliés. Les royalistes sont largement présents et ceux des strauss-kahniens qui sont là sont plutôt ceux « de droite » (« Mosco » et non « Camba »). Enfin, les delanoïstes intégrés ne sont que des seconds couteaux ou des soutiens de circonstance.
– Sur 34 membres, je compte 30 socialistes. Sur ces 30, 23 sont des hollandais, historiques ou ralliés.
– Parmi les hollandais ralliés, on compte 6 ex-royalistes, « superficiels » (Peillon, Filippetti; Valls était aussi dans cette catégorie, mais il y a prescription…) ou plus « profonds » (Vallaud-Belkacem, Batho, Bertinotti, Delaunay), 6 strauss-kahniens de droite (Valls , Moscovici, Touraine, Bricq, Cahuzac, Cazeneuve), 6 delanoïstes « estampillés » (Pau-Langevin, Benguigui) ou « de circonstance » (Fioraso, plutôt rocardienne car grenobloise, dans la tradition de Mendès et Dubedout; Carlotti, « multi-appartenante »; Lurel, épisodiquement royaliste; Cuvillier, surtout baron local). Ce qui laisse 5 hollandais historiques (Sapin, Le Drian, Le Foll, Arif -delano-compatible pendant longtemps, Pellerin -bien que d’histoire très récente…).
– On ne compte donc que 7 représentants de la gauche du PS, dont 2 aubrystes fidèles (Lebranchu et Lamy, probablement là pour espionner, davantage que pour compenser l’absence de la patronne…), 1 montebourgeois (Montebourg lui-même !), 2 fabiusiens (Fabius, Fourneyron), 2 gauchistes (Hamon, Vidalies).
– Certes, Taubira peut être comptée parmi les montebourgeois; mais Duflot est probablement prête à tout, Pinel est l’âme damnée de Baylet et donc acquise à Hollande. En outre, Montebourg lui-même ne sera-t-il pas plus hollandais que gauchiste ?

Au final, on peut dire qu’il s’agit d’un gouvernement de… primaire socialiste !!! Et on peut prévoir des temps difficiles dans la famille socialiste. En termes politiques.

Car, techniquement, le gouvernement est correct. Certes, il y a cette horreur des intitulés ridicules: de ce point de vue, je vous conseille la lecture du Journal Officiel dans les jours qui viennent, car la réalité d’un portefeuille ministériel, ce n’est pas le soir de la nomination, mais deux ou trois jours plus tard, quand les décrets affectant les directions des ministères à tel ou tel ministre (parfois en binôme, voire plus…) sont sortis; c’est là que l’on voit qui s’est imposé ou non. Ainsi, la « réussite éducative », ce doit être tout simplement l’apprentissage, la formation professionnelle et, peut-être l’enseignement technique; le « redressement productif », c’est juste l’industrie, les PME, le commerce et l’artisanat (c’est-à-dire pas grand-chose administrativement); l' »égalité des territoires », c’est juste l’aménagement du territoire (peanuts) et la ville; le « dialogue social », c’est juste pour faire chic, car le travail inclut déjà le dialogue social. En revanche, je suis abasourdi (et ravi) que le terme stupide de « solidarité(s) » ait été omis et qu’il ne reste que les bonnes vieilles « affaires sociales »: un oubli indigne d’un gouvernement socialiste !

Certains conflits de compétences sont à prévoir: Fioraso contre Montebourg-Pellerin sur recherche et innovation; Le Foll contre Bricq-Cuvillier sur la pêche et contre Bricq et Touraine sur l’alimentation; Montebourg contre Bricq sur l’énergie; Valls contre Batho sur les prisons; Lebranchu contre Duflot… Mais rien là que de très classique…

J’en profite pour me décerner quelques fleurs: Mosco à Bercy et Sapin au travail, je l’envisageais dès le mois de mars comme solution alternative et je l’avais adoptée récemment; tous les commentateurs ont semblé surpris… bingo! 😉 Lebranchu était bien vue également de ma part, car peu évoquée à cette place
J’avais bien intégré les Carlotti, Pau-Langevin, Bricq, Pellerin, qui n’étaient pas évidentes, même si, avec Vallaud-Belkacem, il faut un peu faire les chaises musicales. Je n’aurais pas dû renoncer à Cahuzac.
Je suis déçu d’avoir négligé les Lamy, Arif, Vidalies, Bertinotti, mais il fallait bien trancher.
Je n’avais en revanche pas du tout envisagé Fioraso (probablement un très bon choix de fond, une excellente surprise), Delaunay (une catastrophe intégrale: j’avais refusé de l’imaginer) et Pinel (malgré le fait que ce n’est qu’une apparatchik PRG, protégée de Baylet et pas vraiment grande technicienne, sa nomination est une grande subtilité politique, que je m’en veux de ne pas avoir vu: enfin un choix digne de Mitterrand ! :P).
Mais, Pinel, avec Cuvillier, Benguigui et Canfin, qui les avait envisagés ?!? Cuvillier, cela aurait dû être devinable par d’excellents experts du PS, mais, évidemment, j’avais opté pour Poignant (une grosse déception :().

N’oublions pas qu’il n’y a pas de secrétaires d’Etat (à la différence des ministres délégués, ils n’assistent pas à tous les conseils des ministres). Encore une chance de rattraper quelques socialistes. Mais en même temps, s’il faut caser les communistes et le PG seulement sur des secrétariats d’Etat, cela va faire grincer quelques dents… Et il ne restera plus grand-chose pour les aubrystes et la gauche du PS…

4. Enfin, sur la forme, que ce soit à l’égard de Sarkozy ou à l’égard de Merkel, la première journée de Hollande a été un peu « dure », un peu « cassante » et ne place pas sa présidence sous le signe du rassemblement ou de l’assurance tranquille face à l’adversité. On sent, soit comme une difficulté à sortir de la campagne (peut-être parce qu’il est trop « politique » et que c’était « son » moment), soit comme une volonté de contrebalancer l’image de mou et d’indécis et l’absence criante d’expérience ministérielle et internationale en en rajoutant dans le côté ferme. Mais cela donne l’impression soit d’une « gauchisation » surprenante, soit d’une peur sourde de la suite. L’anti-sarkozysme continuera de fonctionner jusqu’aux législatives, c’est vrai et c’est sûrement utile de profiter encore de l’effet d’entraînement de la présidentielle, mais le sillage va bientôt se dissoudre et cette écume ne pourra longtemps porter le skieur nautique Hollande…

Son discours sur Jules Ferry (personne ne l’a forcé à le faire), avec tous ces bémols stupides sur la « faute morale » et les « égarements politiques » du grand républicain (c’est de l’Histoire dont on parle, coco, pas un jugement sur un personnage que toi-même tu nous donnes comme symbole…), tout cela pour faire plaisir aux polémistes gauchisants et à la bien-pensance médiatique, montrent une surprenante anticipation de toute attaque qui pourrait surgir. Ce n’est franchement pas une preuve de grande force intérieure, ni de grande force politique.

Il rate donc l’aspect « rassemblement », aussi au gouvernement: 30 socialistes, 2 radicaux de gauche et 2 Verts. Pour ces deux derniers, c’est la portion congrue: Duflot est à peine plus puissante que Boutin en 2007…
Même si c’est plutôt une onne idée sur le fond, personne de la société civile.
Pas de communistes ou d’ex-communistes (Hue, Braouezec,…).
Pas de centristes, même de « faux » centristes (Robert Rochefort avait l’air déçu ce soir, pas forcément pour lui-même mais pour tout le MoDem).
C’est très monocolore et cela va finir par se voir, même si le combat législatif peut justifier un pack resserré. Ou pas, car on pourrait argumenter qu’il aurait mieux valu mobiliser tout le monde et balayer large.

5. Il y a justement le risque des législatives, ou plus exactement de la future Assemblée.

Bien entendu, des éléments viennent au renfort indirect de Hollande:
la déception mélenchonienne a un avantage de court terme: le PG se raidit et pollue les discussions PCF-PS, ce qui devrait réduire le nombre de candidatures uniques de premier tour,
Bayrou, désormais supplétif de Hollande et manifestement inquiet pour sa propre réélection, appelle à rejeter la cohabitation et trouve que Hollande est en mesure de pratiquer l’élargissement nécessaire,
– il fait peu de doute que la droite se sortira mal des législatives, parce que l’actualité européenne n’aura pas le temps de la « porter » (élection en Grèce le 17 juin seulement, sommet européen quelque peu différé), parce que les Français ne veulent pas d’une cohabitation et parce que, comme je l’ai écrit, son aile modérée risque de perdre davantage que son aile dure, permettant par la suite à Hollande à la fois de remobiliser sur sa gauche et de récupérer sur la forme le discours centriste,
– l’unité de l’UMP est un combat de tous les instants jusqu’au 17 juin à 20h01 et la bataille de l’automne entre Fillon et Copé s’annonce sanglante,
– le choix d’Ayrault a un avantage: celui d’avoir à disposition un (autre) expert de la synthèse et du compromis et un vrai connaisseur du Parlement et des parlementaires, en même temps qu’un orateur et rhétoricien expérimenté (le contact de Jean Poperen a servi à quelque chose…).

En revanche, tout n’est pas favorable au nouveau Président.

J’ai déjà pu me « lâcher » sur la stupidité de l’accord avec EE-LV. Il est clair qu’il risque bien de coûter la majorité absolue au PS.
Il n’y a pas non plus d’enthousiasme particulier pour Hollande à gauche et, s’il a gagné « au centre », c’est peut-être seulement par défaut. Car, avec une campagne « au peuple », Sarkozy n’était pas très loin de l’exploit. Ma classification un peu artificielle et mon pronostic d’une victoire « au centre », comme en 1988, doivent être relativisés, car la question de la France du « non » reste entière.
Le FN devrait de nouveau faire un bon score, malgré un tassement probable, ce qui sera négatif pour l’UMP mais ne peut réjouir le PS, notamment dans le Nord-Pas-de-Calais, la Picardie, les Ardennes, le Languedoc-Roussillon, les Bouches-du-Rhône, voire la vallée de la Garonne, la Haute-Normandie ou la Lorraine.

Enfin, les députés PS seront peut-être dominés par les aubrystes, fabiusiens, hamoniens, strauss-kahniens de gauche, etc. N’oublions pas que Aubry, Lamy et Borgel ont veillé aux investitures… Cela se verra avec la présidence du groupe, que Bruno Le Roux va peut-être avoir du mal à reprendre.

6. Les difficultés électorales vont peut-être commencer assez rapidement, pas tellement par poussée de la droite, mais par progressive déception de l’électorat anti-sarkozyste. C’est un peu ce que suggère la sociologie électorale du second tour de la présidentielle, à travers les sondages « jour du vote » ou « sorties des urnes » (ou même « dernier week-end » dans le cas d’IPSOS…).

Ces sondages ne fournissent aucune surprise majeure, tant en matière de clivages gauche-droite que d’évolutions « à contrepied » déjà remarquées en réalité depuis 2005, voire depuis 1995. La géographie nous donnait déjà une image similaire à 2007, tout en étant plus classique, avec l’effacement de Bayrou (dont les électeurs sont, pour une partie, revenus à gauche au 1er tour et, pour une autre partie, retombés à droite au 2nd, le reste retrouvant l’abstention habituelle tout au long du processus).

Hollande peut trouver une satisfaction, tant dans son score « décevant » que dans la géographie que nous avons vue: la droite n’a pas réglé le problème du FN et la stratégie Buisson-Hortefeux n’a pas été invalidée. D’une certaine manière, le score de Sarkozy peut être embarrassant et « trop » élevé… même si Raffarin tente de faire du judo et de dire que, justement, c’est Sarkozy qui a fait perdre les 2 points qui manquaient…

Hollande peut aussi se réjouir de sa force en Ile-de-France, dans les zones urbaines dynamiques, bref dans les zones et parmi les électorats qui « font » les médias et la pensée dominante, ainsi que dans beaucoup de zones démographiquement dynamiques (Nord-Ouest, Sud-Ouest).

Mais ses motifs de satisfaction sont fragiles et le « peuple » n’est manifestement pas emballé. Qu’on en juge.

– Selon le sexe, peu de différence, même si les femmes sont légèrement moins à gauche… Selon l’âge, le tableau est plus flou: les plus de 65 ans sont fortement sarkozystes, sans surprise (41/59 pour TNS-Sofres, 45/55 pour IFOP – IPSOS ne donne que les plus de 60 ans: 41/59); les « baby-boomers » sont logiquement soixante-huitards et hollandais (62/38 chez les 50-64 pour TNS-Sofres et 56/44 pour IFOP; 55/45 chez les 45-55 ans pour IPSOS), ce qui est une vraie force à terme, dans la mesure où les « vieux » se mobilisent davantage, mais qui peut s’amenuiser avec la « dérive » conservatrice observée avec l’âge. C’est moins favorable pour Hollande chez les électeurs d’âge moyen, ce qui constitue une vraie faiblesse pour l’avenir: 49/51 chez les 35-49 ans pour TNS-Sofres et 50/50 pour IFOP ou 53/47 chez les 35-44 pour IPSOS. Les jeunes, souvent étudiants ou chômeurs, n’ont pas suivi Sarkozy: 56/44 chez TNS-Sofres, 57/43 chez IFOP et même 62/38 chez IPSOS. En revanche, c’est incertain pour les plus jeunes: 47/53 chez les 18-24 pour TNS-Sofres, 54/46 pour IFOP et 57/43 pour IPSOS.

Selon le revenu et selon la pratique religieuse, rien de plus banal: plus on est riche, plus on vote à droite; plus on pratique sa religion (sauf pour les musulmans et avec une absence de données pour les protestants), plus on est à droite. Les sans religion votent à gauche, même si pas autant que par le passé (la sécularisation est passée par là, détruisant la France catholique mais rendant aussi plus « moyens » les sans religion).

– Selon la CSP, les résultats sont peu surprenants mais méritent d’être pris avec précaution (car les instituts ne ventilent pas suffisamment précisément et n’ont pas les mêmes références) et mériteraient d’être fouillés davantage.
Les commerçants-artisans-chefs d’entreprise sont l’électorat fort de Sarkozy: 20/80 chez TNS-Sofres, 33/67 chez IFOP (mais apparemment sans les chefs d’entreprise), 30/70 chez IPSOS.
Les professions libérales et cadres supérieurs sont à 56/44 chez IFOP, 52/48 chez IPSOS (mais ce sont les cadres « tout court ») et les cadres et professions intellectuelles sont à 51/49 chez TNS-Sofres. Ici, il faudrait évidemment pouvoir distinguer les professions libérales des autres, les cadres supérieurs et cadres moyens et, surtout, les salariés du public des salariés du privé. Les profs, chercheurs, journalistes restent de gauche; les cadres supérieurs sont devenus plus à gauche que les cadres moyens; les professions libérales restent à droite, malgré des infidélités chez les médecins (et la particularité des praticiens hospitaliers).
Les professions intermédiaires ont basculé à gauche nettement et c’est là la faiblesse majeure de la droite: Wauquiez l’a bien diagnostiqué, l’UMP a perdu ce coeur des classes moyennes: 58/42 chez TNS-Sofres, 57/43 chez IFOP, 61/39 chez IPSOS. C’est la bonne nouvelle pour Hollande mais elle est fragile car il sera difficile de les satisfaire.
Les employés sont à 54/46 chez TNS-Sofres, 52/48 chez IFOP et 57/43 chez IPSOS: ce n’est pas aussi massif que cela pourrait l’être pour la gauche, qui a donc du pain sur la planche, car le FN peut ici progresser, comme l’abstention, voire, un peu, la droite, en ricochet.
Le constat est similaire chez les ouvriers: 56/44 chez TNS-Sofres, 57/43 chez IFOP, 58/42 chez IPSOS: c’est évidemment net pour Hollande, mais cela ne devrait-il pas être « soviétique » comme score ? Là encore, attention au FN et à l’abstention en 2017…
Les retraités sont à 48/52 chez IFOP et 43/57 chez IPSOS, mais seulement à 51/49 chez TNS-Sofres qui les regroupe avec les autres inactifs (chômeurs, étudiants), ce qui fausse le résultat. Sinon, c’est une catégorie forte pour l’UMP, mais pas aussi écrasante que prévu, ce qui explique aussi l’échec de Sarkozy.

– Sur le secteur d’activité, la césure est nette mais sans surprise: 69/31 chez les salariés du public selon TNS-Sofres, 63/37 pour IFOP, 65/35 pour IPSOS. Avec la rigueur, les désillusions seront peut-être fortes pour la gauche…
Chez les salariés du privé, c’est plus équilibré: 46/54 pour TNS-Sofres, 52/48 pour IFOP, 53/47 pour IPSOS.
La droite se rattrape évidemment chez ceux qui travaillent à leur compte, les indépendants et employeurs: 31/69 selon TNS-Sofres, 40/60 selon IFOP et 39/61 selon IPSOS.

– Selon le diplôme, le constat est plus éclaté mais, grosso modo, la gauche est forte aux deux extrémités, chez les sans diplôme et chez les très diplômés (elle progresse au fur et à mesure du nombre d’années après le bac). Chez les détenteurs de BEP, CAP et du seul Bac, c’est équilibré ou Sarkozy l’emporte.

– Chez les abstentionnistes et ceux qui ont voté blanc ou nul au 1er tour, Sarkozy mène 67/33 selon TNS-Sofres. Chez les « sans parti », il mène 55/45 pour IFOP et IPSOS. Clairement, sa stature l’a servi, au dernier moment. Bien sûr, Hollande aura pu en acquérir une en 2017. Mais face à un Fillon, l’avantage sera annulé.
Parmi les électeurs se déclarant proches du MoDem, Sarkozy, malgré sa « dérive droitière », est à 57/43 pour TNS-Sofres, 52/48 pour IFOP et 61/39 pour IPSOS. Certes, on ne sait plsu trop ce qu’est cet électorat ni s’il existera en 2017, mais il est clair que le choix personnel de Bayrou n’est pas suivi majoritairement et que le centre-droit reviendra dans sa famille d’origine pour peu que Copé de poursuive pas la ligne Hortefeux-Buisson ou qu’un autre le supplante.
Parmi les électeurs se disant proches du FN, Sarkozy est à 82/18 selon TNS-Sofres et IPSOS et 80/20 selon IFOP . Il y a probablement eu de ladésaffection pour sArkozy sur l’électorat Le Pen « élargi », mais sur ceux qui acceptent de se dire « proches du FN » (un noyau plus réduit mais plus fidèle et plus « votant »), Sarkozy était dominant. Un Fillon pourrait-il y garder un tel avantage ?

Ma conclusion personnelle: allez Martine ! Allez Angela ! 😉

Géographie électorale simplifiée du 2e tour: les faiblesses structurelles de la droite, sous pression du FN, et l’avenir de la gauche, sans nécessité populaire

1. Comme pour le 1er tour, je ne reviendrai pas sur les cartes par niveaux et seuils de résultats, plus ou moins bien choisis, disponibles partout. J’avais d’ailleurs fourni une première carte la nuit de l’élection.

En revanche, j’ai confectionné rapidement quelques cartes répartissant en 6 blocs égaux tous les départements métropolitains (donc 6 groupes de 16 à chaque fois), afin de faire apparaître les zones de force (et de faiblesse) de chaque candidat. Cela permet de repérer plus facilement les évolutions géographiques et sociologiques des électorats des candidats (ou l’absence d’évolution). Je me contente de la maille départementale, mais je ne doute pas que les sites « World Elections », « Elections France » (deux blogs de l’excellent Gael L’Hermine, cités dans le blogroll ci-contre) et « Dave Leip’s Atlas Forum », produiront de belles cartes par circonscription législative, par canton, voire par commune.

Attention, n’interprétons pas les couleurs foncées ci-dessous comme indiquant forcément un niveau de votes élevé dans l’absolu, mais simplement comme une force relative, en comparaison du score national du candidat concerné. Mes catégories ont des limites évidentes, puisqu’il peut y avoir un écart significatif entre deux départements appartenant à la même catégorie ou faible entre deux départements appartenant à deux catégories différentes. Je le signalerai en tant que de besoin. Les conclusions restent robustes.

J’ai également confectionné des cartes répartissant en 6 blocs égaux les départements selon la progression ou la régression brute de chaque candidat de 2007 à 2012. La comparaison peut avoir plus de sens avec 1995 ou, bien entendu, avant, c’est-à-dire avec des élections gauche-droite « normales ». Mais je suis ici dans une optique de court terme et surtout davantage tournée vers l’avenir que dans l’analyse des séries longues. Plus le département est de couleur foncée, plus le candidat progresse ou moins il régresse.

2. En ce qui concerne Sarkozy, la carte du second tour, en comparaison d’un premier tour plus « classiquement de droite » (je renvoie à mon article correspondant sur le premier tour), retrouve une coloration lepéniste forte.

L’évolution d’un tour à l’autre est très proche de la carte de Le Pen, même si les zones populaires « de gauche » sont évidemment moins concernées (Pas-de-Calais, Aisne, Ardennes), tandis que Sarkozy progresse dans l’électorat de centre-droit traditionnel (Mayenne, Vendée).
En comparaison de 2007, le bilan est plus « équilibré ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La situation de 2012 n’est, en termes relatifs, pas foncièrement différente de celle de 2007, si ce n’est une légèrement meilleure résistance dans l’ouest du grand Bassin Parisien, alors que Cantal et Haute-Loire (et l’inexplicable Manche) connaissent une vraie décrue.

La variation 2007-2012, qu’il faut replacer dans un contexte de recul généralisé, nous montre toutefois que Sarkozy résiste dans les vieux bastions de droite, soit qu’ils lui restent fidèles à des niveaux corrects (Alsace-Moselle, Ain-Haute-Savoie, extrême Sud-Est), soit qu’il maîtrise la descente (Lorraine, Corse, voire est du Rhône), soit enfin qu’il ait de toute façon atteint un étiage (Nord-Ouest).

Mais toutes ces données montrent la dépendance de la droite à l’égard du FN. Celui-ci ne constitue nullement un réservoir de voix au-delà de l’électorat traditionnel de droite (ainsi que le montrent les résultats contrastés de la Picardie: l’électorat populaire-populaire ne va de toute façon pas vers Sarkozy; seul l’électorat populaire-boutiquier et rural y va, mais seulement éventuellement, pas de manière automatique). Il peut en revanche durement sanctionner la droite.

Enfin, une autre faiblesse vient de l’évolution catastrophique de l’Ile-de-France, qu’il s’agisse de Paris même, mais aussi de la banlieue ouest, tandis que les banlieues nord, sud et est se vident de la droite (la Seine-et-Marne connaît une évolution rapide: après avoir été longtemps une « anomalie » rurale et conservatrice en Ile-de-France, elle s’était urbanisée et lepénisée dans les années 80 et 90, tandis que, désormais, elle se « pavillonarise » et se teinte de rosepâle). Cette évolution est une vraie difficulté pour la droite, alors qu’il s’agit là de la région la plus peuplée et dont les bordures extérieures continuent de croître fortement. La perte complète de la Seine-Saint-Denis n’a jamais été un problème. L’éloignement, semble-t-il profond, de Paris, des Hauts-de-Seine, de l’Essonne, du Val-d’Oise et, en partie, de la Seine-et-Marne et des Yveline est beaucoup plus inquiétant.

Mais comment concilier l’électorat modéré de Bretagne, bobo de Paris ou Issy-les-Moulineaux, anti-immigrés de l’Oise, rural en difficulté de la Meuse, boutiquier du Vaucluse, parvenu du Var ou vieux bourgeois du Rhône ? C’est un peu la quadrature du cercle pour la droite.

3. Les cartes de Hollande présentent de bonnes nouvelles pour le PS, au-delà même de la progression générale de son score, visible dans la grande proximité des cartes socialistes de 2007 et 2012.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au-delà de cette similitude, l’évolution quinquennale montre évidemment le « localisme » à l’oeuvre en Limousin, Périgord, Auvergne, jusqu’au Larzac. Mais, comme cela avait pu être noté au 1er tour, la gauche revient dans le sud du triangle Le Havre-Dunkerque-Charleville-Mézières, qu’elle avait un peu déserté. Certes, cette région est en déclin, mais elle compte encore beaucoup de réservoir de voix. Surtout, la progresion est intéressante dans des régions plus dynamiques, de Paris jusqu’à la 4e couronne parisienne.

Plus localement, la progression dans la Manche, déjà avérée, mais accélérée, reste un mystère: le nucléaire, Cazeneuve, la lointaine influence de Caen et de Rennes, la droite ridiculement divisée ?

D’un tour à l’autre de 2012, aucune surprise: c’est, massivement, l’électorat mélenchono-communiste qui a accru la performance de Hollande (celui-ci ayant déjà capté tout ce qu’il pouvait en Corrèze dès le 1er tour…). Jusqu’aux particularités du Jura, du sud des Alpes, de la Meurthe-et-Moselle, c’est un fidèle décalque de la carte Mélenchon.

A une grosse exception près: les Pyrénées-Atlantiques où, manifestement, l’électorat bayrouïste a suivi son chef (probablement à contre-courant du reste du pays). Mais, depuis 2007, le phénomèn est clair: il ne s’agit pas seulement d’anciens électeurs de gauche déçus par Royal et égarés sur Bayrou; localement, ce dernier a bel et bien « recyclé » des électeurs de droite au profit de la gauche, de manière apparemment durable… Ce département traditionnellement conservateur se retrouve désormais plus « rose » que les places fortes historiques du socialisme mitterrandien qu’étaient les Landes et le Gers !

En restant dans le Sud-Ouest, le tassement socialiste autour de la vallée de la Garonne se confirme, coupant en deux la traditionnelle zone d’influence de la gauche, qui est maintenant plus concentrée sur le Massif Central et les Pyrénées. Tant que Toulouse reste acquise, cela ne pose pas de difficulté particulière pour la gauche, qui attire simplement moins les rurbains, les péri-urbains en difficulté, ceux qui sont en 2e ou 3e couronnes des grandes agglomérations de manière contrainte.

3. L’étude des abstentions montre une grande stabilité entre 2007 et 2012 et l’influence forte de tous les électeurs modestes du FN, qu’ils soient populaires ou ruraux: ce sont bien le Nord et le Nord-Est qui s’abstiennent massivement, en dehors des foyers traditionnels d’abstention: Corse, Charentes, Cher, banlieues nord-est de Paris.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au premier tour, l’abstention était évidemment plus « classique » (Nord, Ardennes, Moselle), avec de vrais abstentionnistes récurrents et forte dans l’Ile-de-France « surbookée », dépolitisée, active, je-m’en-foutiste ou en week-end, comme on voudra… Au 2e tour, le phénomène se modifie et est évidemment fortement influencé, come on l’a vu, par la carte lepéniste, dans le Nord-Est et le Nord intérieurs.

4. La carte des blancs et nuls, qui ont certes progressé partout et ne présentent pas un écart national très ample, révèle cependant une caractéristique intéressante: le vote blanc est un vote rural bien plus qu’urbain. Dans les villes, si on refuse, si on s’oppose, on s’abstient (Ile-de-France, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Rhône, Nord, Bas-Rhin); dans les campagnes, on va déposer une enveloppe dans l’urne, même sans exprimer de suffrage, ce qui explique la faiblesse relative des blancs et nuls dans la plupart des départements urbains (Ile-de-France, Nord, Bas-Rhin, Rhône, Isère, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Haute-Garonne, Gironde,…).

La carte ressemble ainsi à un « mix » du FN (Est intérieur, Pîcardie) et du PCF traditionnels (Berry, Bourbonnais, Nord ouvrier, Midi). La Corse reste, elle, une énigme de ce point de vue…

Tandis que la Bretagne se distingue par son intégration politique absolue au système: non seulement on vote, mais en plus on exprime un suffrage, comme si on trouvait l’offre politique tout à fait satisfaisante. Le Poitou et la Vendée peuvent être rangés dans la même catégorie, le cas de la Corrèze étant… particulier.

5. Ainsi, les faiblesses structurelles de la droite, affaiblie dans des régions dynamiques et dépendante des suffrages qui tendent à s’égarer sur le FN alors que le centre-droit voit sa géographie s’étioler, se confirment d’un tour à l’autre. La situation de l’Ile-de-France apparaît inquiétante.

Quel(s) leader(s) pourrai(en)t-il(s) lui permettre de se redresser ? Faut-il qu’elle régionalise son action ? Nous essaierons d’en discuter prochainement.

Derniers sondages IFOP, Harris, BVA et CSA pour les législatives et étude du sort des ténors de droite et du centre: l’effritement du FN et l’effacement du centre seront insuffisants pour que l’UMP puisse menacer un PS non assuré d’avoir seul une majorité

IFOP-Fiducial
Europe 1, Paris-Match, Public Sénat
6 mai 2012
échantillon: 1968
LO 0,5
NPA 1
FG 8
PS+PRG 31
EE-LV 5
(soit PS+PRG+EE-LV 36)
MoDem 4,5
NC+PR 1,5
UMP 30
DLR 0,5
(soit UMP+NC+PR+DLR 32)
FN 18

Harris Interactive-Viadeo
M6
6 mai 2012
échantillon: 2597 inscrits sur un total de 2913
LO+NPA 1
FG 7
PS 26
DVG 2
(soit PS+DVG: 28)
EE-LV 5
(soit PS+DVG+EE-LV 33)
MoDem 5
UMP 32
DVD 2
(soit UMP+DVD 34)
FN 17
autres 3

BVA
Le Parisien-Aujourd’hui en France / RTL, Orange, presse régionale
6 mai 2012 / 9-10 mai 2012
échantillons: 857 inscrits sur un total de 874 / 1147 inscrits sur un total de 1159
LO+NPA 0,5 / LO 0 et NPA 0,5
FG 10,5 / 10,5
PS+PRG+EE-LV 35 / PS+PRG 30 et EE-LV 4,5
(soit PS+PRG+EE-LV 35 / 34,5)
AEI – / 0
MoDem 4 / 5
UMP 33 / UMP 32,5 et DLR 1
(soit UMP+DLR 33 / 33,5)
FN 17 / 16

CSA
BFM-TV, RMC, 20 Minutes, CSC
6 mai 2012 / 9-10 mai 2012
échantillons: 1016 / 899 inscrits sur un total de 1005
LO 1 / 1
NPA 0 / 0,5
FG 10 / 10
PS 31 / 32
EE-LV 4 / 4
(soit PS+ EE-LV 35 / 36)
MoDem 6 / 4
UMP 30 / 33
DLR 1 / 0,5
(soit UMP+DLR 31 / 33,5) 
FN 15 / 12
autres 2 / 3

1. Comme souvent, mes titres à rallonge essaient de tout dire 😉 Mais il y a justement beaucoup à dire sur ces prochaines législatives.

Il y a d’abord des poncifs à combattre:

l’abstention sera nettement plus forte qu’à la présidentielle (20%): en métropole en 2007, après une très forte participation à la présidentielle, l’abstention avait grimpé à plus de 39% et ce, dès le premier tour (donc sans effet « TVA sociale » et « bourde Borloo »); certes, le déclin de Le Pen père y contribua (et la mobilisation « bleu Marion Anne Perrine » sera plus forte cette année); mais il y a de toute façon une plus forte abstention législative;

en conséquence, le poids du FN et sa capacité à se maintenir sera réduite; d’ailleurs, dans le passé, sa capacité de nuisance ne fut maximale qu’en 1997, à distance d’une présidentielle; en 1993, avec 12,4%, il pouvait se maintenir dans 101 circonscriptions, désavantageant davantage la gauche, déjà distancée par la droite dans une atmosphère d’affaires et de fin de règne; en 2002, malgré la surprise présidentielle, avec 11,1%, il pouvait se maintenir dans seulement 37 circonscriptions; en 2007, avec 4,3%, dans seulement 1 circonscription (devinez ;)); en 1997, en revanche, avec 15%, il pouvait se maintenir dans 133 circonscriptions, dont 79 triangulaires (76 effectives, finalement), 23 duels avec la gauche et 31 duels avec la droite, faisant élire un seul député dans le Var;

– aujourd’hui, au 1er tour de la présidentielle, Le Pen fille a certes dépassé les 12,5% des inscrits dans beaucoup de circonscriptions, mais c’était la présidentielle, c’est-à-dire qu’elle était présente partout; aux législtives, le FN, notamment dans tout l’Ouest, a du mal à trouver des candidats et des candidats un tant soit peu connus; en outre, le vote FN est aussi très personnalisé et « familial »: il est lepéniste au sens personnel du terme; il déclinera donc mécaniquement; bref, il est plus raisonnable de tabler sur les circonscriptions où Le Pen est arrivée en tête (23) et celles où elle est arrivée deuxième (93), plus quelques autres, ce qui aboutira probablement à une situation similaire à celle de 1997, donc avec des dégâts potentiellement équivalents pour l’UMP, notamment dans la Somme, l’Oise, l’Aisne, le Nord, les Ardennes, le Gard, l’Hérault, les Bouches-du-Rhône, la Loire, l’Isère, la Meurthe-et-Moselle, le Territoire-de-Belfort, la Moselle, la Meuse, l’Yonne;

la majorité de gauche n’est pas menacée, car le coup de poignard dans le dos du FN sera suffisant pour handicaper mortellement l’UMP et que les Français ne semblent pas souhaiter une cohabitation; le vote de 2002, alors que Chirac fut élu par défaut et que la gauche faisait jeu égal, voire mieux que la droite à l’issue du gouvernement Jospin, montre que les Français avaient souhaité donner une majorité claire à Chirac et Raffarin, malgré tout.

En revanche, subsistent des incertitudes:

le PS n’aura peut-être pas la majorité à lui tout seul: son stupide accord avec les Verts donnent à ces derniers beaucoup (trop) de circonscriptions; certes, leur « danse du ventre » indécente pour avoir des portefeuilles ministériels (au point qu’eux-mêmes -pas les médias- ont reconnu être allés trop loin… que n’aurait-on dit s’il s’était agi de gens de droite ou même du PS…) peut leur coûter quelques voix, mais c’est loin d’être sûr car le niveau d’attention des Français à l’actualité politique a mécaniquement régressé de quelques crans depuis dimanche; surtout, ce sont les multiples candidatures dissidentes du PS ou de divers gauche contre les Verts (j’espère pouvoir faire le point après le 18 mai) qui pourraient permettre au PS et au PRG de retrouver quelque espoir d’avoir une majorité à eux seuls: toutes les circonscriptions bretonnes, lyonnaises et toulousaines réservées aux Verts voient ainsi un notable local, bien implanté et très souvent PS, se présenter et avoir de très bonnes chances de faire chuter le candidat Vert; mais si le PS n’y parvient pas, il pourra se mordre les doigts…

l’éventuel accord PS-FG pour quelques candidatures uniques pourrait encore affaiblir la position du PS; heureusement pour ce dernier, le FG veut se compter et, surtout, a la même logique que le MoDem, le PR, le PCD ou le NC: pour avoir de l’argent public pendant 5 ans, il faut faire des résultats mais aussi, tout simplement, présenter au moins 50 candidats et, ensuite, récolter le plus de voix possible; il y a donc une désincitation mécanique aux candidatures uniques de premier tour; en outre, même si Mélenchon semble pouvoir se présenter partout à lui tout seul (9 circonscriptions différentes, au moins, ont déjà été envisagées…), pas très respectueux des camarades locaux, ni des Français, priés de voter pour lui où qu’il soit, le PCF a une bonne implantation locale, encore, et ne souhaitera pas forcément se retirer de zones, notamment dans le Nord et le Nord-Est, historiquement communistes;

l’ampleur de l’abstention rend évidemment le tableau incertain, entre une démobilisation à droite et un découragement précoce à gauche (à cause de la crise européenne relancée, des premières déceptions du Hollande prudent et déjà confronté à des problèmes internes);

un réflexe de « contre-pouvoir » est possible (après tout, la gauche pourrait avoir tout le pouvoir exécutif, tout le pouvoir législatif et une grande partie des collectivités territoriales), même si je ne suis pas persuadé que ce phénomène soit vérifié; ce qui est en revanche réel, c’est que, d’un tour à l’autre, des corrections ont souvent eu lieu, au travers d’une remobilisation ou d’une démobilisation d’un camp; ainsi, un score décevant pour la gauche au 1er tour pourrait entrapiner un sursaut, de peur d’une cohabitation; à l’inverse, un trop mauvais score pour la droite pourrait conduire des électeurs de droite ou modérés à se « réveiller » pour éviter un trop forte vague rose et des pleins pouvoirs à Hollande;

les désistements FN-UMP pourraient troubler la donne, essentiellement sur le plan médiatique; souhaités par une majorité d’électeurs UMP (70-30 selon IPSOS, 54-46 selon l’IFOP mais qui aprlait d' »accords électoraux », ce qui pouvait paraître plus large que les simples désistements) et par une majorité d’électeurs FN (68-32 selon IPSOS, 77-23 selon l’IFOP), ils restent rejetés par une majorité de Français et seraient médiatiquement calamiteux; ils sont toutefois peu probables, à quelques exceptions locales près, qui restent possibles (même si, même pour des candidats peu connus, c’est peu probable, les élections locales étant lointaines et certains UMP du Sud-Est ou du Nord-Est n’ayant donc pas à craindre de représailles à court terme); les leaders de l’UMP ont adopté une ligne claire pour le maintien où c’est possible et les triangulaires; restent les duels FN-PS, notamment dans le Nord de la France, pour lesquels deux lignes pourraient s’affronter, mais ils seront peu nombreux.

2. Les premiers sondages, certes influencés encore par la présidentielle, montrent des éléments clairs, qui confirment mes observations ci-dessus:

le bloc FG-PS-DVG-Verts est largement au-dessus de l’ensemble UMP-PR-NC-DVD: ce sont bien les forces à comparer, puisqu’il y a candidatures uniques dès le 1er tour ou désistements automatiques au 2nd, hors quelques exceptions locales plus tendues; même avec un environnement international tendu ou quelques couacs, l’échéance du 10 juin est trop proche pour que les rapports s’inversent ou même s’équilibrent: l’UMP ne peut espérer que « limiter la casse », pas créer une incertitude sur le résultat final;

– au sein de ces blocs, le FG est à son niveau de la présidentielle, voire un peu en-deçà et devrait donc revenir à l’étiage communiste traditionnel; les Verts retrouvent un tout petit peu d’espace, mais leur sort parlementaire dépend davantage des situations locales et de la force des dissidents socialistes; à droite, l’espace centriste est marginal;

– quant au MoDem, il est déjà effacé dès les sondages; il pourrait donc bien disparaître lors des élections elles-mêmes, le parti ne semblant déjà pas en mesure de présenter plus de 400 candidats et la décision personnelle de Bayrou ayant entraîné une hémorragie supplémentaire;

le FN apparaît haut, mais en léger retrait par rapport à la présidentielle, voire plus nettement selon le récent CSA (mais nous connaissons désormais l’erratisme de cet institut… ce 12% ne peut donc que laisser sceptique);

– CSA et Harris ont raison de sonder les « autres », car, entre les régionalistes, CPNT, les dissidents de tous poils, les défenseurs des animaux, les sectes déguisées, il y a la place pour quelques % perdus.

Pour mémoire, voici les résultats en métropole en 2007:
EXG 3,41
PCF 4,29
(soit PCF+EXG 7,70)
PS 24,73
PRG 1,32
DVG 1,97
(soit PS+PRG+DVG 28,02)
Verts 3,25
DIV ECO 0,80
(soit PS+PRG+DVG+Verts 32,07)
REG 0,51
CPNT 0,82
DIV 1,03
(soit « autres » 2,36)
UDF-MoDem 7,61
DVD 4,84
UMP 39,54
MPF 1,2
(soit UMP+DVD+MPF 45,58)
FN 4,29
EXD 0,39
(soit FN+EXD 4,61)

Sans même évoquer le score du FN, la situation entre les deux blocs est donc inversée.

3. Outre ces problèmes structurels pour la droite (niveau global limité, FN menaçant), un aspect potentiellement fort négatif pour elle et en partie décisif pour la recomposition à venir tient dans le sort de ses ténors, de la Droite Populaire jusqu’aux centres.

En effet, beaucoup de ses leaders naturels peuvent être battus ou simplement affaiblis. Nous allons voir que ce sont davantage ceux de l’aile modérée ou du centre qui sont menacés, ce qui pourrait avantager Copé face à Fillon et Juppé et ce qui pourrait retarder le regroupement des centres (ou l’accélérer mais à un niveau très faible de simple force d’appoint de l’UMP, par simple regroupement forcé des « restes » NC, radicaux et centristes divers). Ce phénomène sera déjà accentué par le fait que, globalement, les députés de l’aile droite de l’UMP sont dans des circonscriptions plus sûres (Sud-Est, Nord-Est) que ceux de l’aile modérée, qui risquent de connaître des revers dans l’Ouest et le Centre-Ouest par exemple (Sarthe, Calvados, Vienne, Bretagne), en Ile-de-France (Hauts-de-Seine notamment), dans le Rhône ou dans les Pyrénées-Atlantiques.

Il y a d’abord les leaders modérés (des gaullistes aux anciens UDF de l’UMP) menacés de défaite ou d’affaiblissement:
Juppé a déjà renoncé (ce qui pourrait lui nuire) et pourrait voir son poulain mordre la poussière (Gironde)
– l’ancienne circonscription de Fillon (Sarthe 4e) risque bien de basculer; Fillon est évidemment menacé par Dati à Paris (2e)
Méhaignerie ne se représente pas (Ille-et-Vilaine 5e), mais sa remplaçante, certes bien implantée, n’est pas assurée d’une élection facile en raison de candidatures radicale et centriste concurrentes
Raffarin n’est pas député, mais la Vienne pourrait donner un grand chelem à la gauche
Bertrand (Aisne 2e) est clairement meancé, non pas tant par le FN (Le Pen était en 3e position), mais par une poussée socialiste
Alliot-Marie est en difficulté face à un PS majoritaire (Pyrénées-Atlantiques 6e)
Devedjian (Hauts-de-Seine 13e) est meancé dans une circonscription où Hollande a été nettement majoritaire
– de même pour Gilles Carrez (Val-de-Marne 5e)
Daubresse paraît moins menacé (Nord 4e) car Sarkozy y était clairement majoritaire et le FN seulement 3e, mais le PS pourrait soutenir un centriste bien implanté localement s’il faisait un bon score
– Bachelot ne se représente pas, mais sa circonscription (Maine-et-Loire 1e) a donné plus de 50% à Hollande.

A côté, les leaders modérés moins menacés ne sont pas si nombreux ou conservent une petite part d’incertitude:
– Fillon, sans Dati, n’aurait pas de problème, évidemment
NKM est dans une criconscription où Sarkozy a été majoritaire et où le FN est assez faible (Essonne 4e), mais sa marge n’est pas si confortable
Wauquiez semble hors de danger, malgré la poussée du PS en Haute-Loire, mais il devra être attentif
– de même que Chartier (Val d’Oise 7e)
Apparu n’est pas en danger (Marne 4e) malgré un FN élevé
Bussereau n’est pas menacé (Charente-Maritime 4e)
Baroin non plus (Aube 3e)
Pécresse encore moins (Yvelines 2e)
Ollier de même (Hauts-de-Seine 7e), ainsi que Laffineur (Maine-et-Loire 7e)

En revanche, les leaders de l’aile dure sont plus en sécurité, même si leur chef putatif n’est pas totalement hors de danger:
– en effet, Copé peut pâtir d’un FN élevé (Seine-et-Marne 6e), mais il est très bien implanté
Estrosi, Luca, Ciotti, Tabarot sont tranquilles (Alpes-Maritimes)
– Boyer a migré dans une criconscription sûre (Bouches-du-Rhône 1e)
Chatel est assuré de l’emporter (Haute-Marne 1e)
– de même que Woerth (Oise 4e), malgré le FN élevé
Morano bénéficie d’une circonscription bien redécoupée (Meurthe-et-Moselle 5e)
– comme Mariani (Français de l’étranger)
– Raoult est dans la dernière circonscription de Seine-Saint-Denis (12e) gagnable et son ancrage local devrait suffire
– Guéant devrait être élu, sauf dissidence de poids (Hauts-de-Seine 9e).

Certes, même l’aile plus dure peut avoir des déconvenues, mais ce sont plutôt des libéraux ou des éléments plus difficiles à classer qui sont concernés:
Novelli (Indre-et-Loire 4e), Mariton (Drôme 3e) et Courtial (Oise 7e, en raison d’un FN élevé) dans le premier cas
Rosso-Debord (Meurthe-et-Moselle 2e, avec une poussée socialiste dans une circonscription mal redécoupée), ancienne filloniste devenue sarkozyste fidèle, ou Muselier (Bouches-du-Rhône 5e, très « rose » désormais).

Chez les centristes hors UMP ou à la marge de l’UMP, ce sont les caciques ou les plus proches de l’UMP qui devraient survivre:
Morin (Eure 3e), Sauvadet (Côte d’Or 4e), Leroy (Loir-et-Cher 3e), Hervé de Charette (Maine-et-Loire 6e), Léonetti (Alpes-Maritimes).

En revanche, la jeune génération prometteuse et les plus « indépendants » de l’UMP sont en danger:
Borloo lui-même a une circonscription difficile (Nord 21e, majoritairement pour Hollande) même si elle est gagnable étant donné son implantation personnelle; toutefois, s’il perd, ajouté à son caractère velléitaire, il sera bien diminué pour incarner en quoi que ce soit le centre à rebâtir
Hénart est fort menacé (Meurthe-et-Moselle 1e)
– Jean-Christophe Lagarde a presque déjà perdu (Seine-Saint-Denis 5e) malgré sa forte équation personnelle
Jégo aura fort à faire avec un FN élevé (Seine-et-Marne 3e)
– sans même revenir sur le cas de Bayrou (Pyrénées-Atlantiques 2e), certes désormais quasi-« divers gauche ».

Dans un contexte global défavorable, il est donc bien possible que:
les copéistes au sens large (Droite Populaire et ex-sarkozystes compris) deviennent dominants,
les centristes soient réduits à des barons et des vieux leaders, qui seront bien incapables de reconstruire quelque chose s’approchant de l’UDF.

Alors même que l’élection à la présidence de l’UMP, si elle donne bien lieu à un affrontement Copé-Fillon, risque bien de voir l’aile modérée se diviser (NKM, Wauquiez, voire Juppé ou Baroin ne voudront-ils pas se compter ?), les militants les plus actifs et donc souvent les plus durs se mobiliser davantage et les fédérations les plus importantes se copéiser fortement,
de tels résultats individuels aux législatives ne feront qu’accentuer le risque d’un centre-droit pérennisé dans la situation de croupion et d’une dispersion perdante de l’aile modérée, gaullo-centro-humaniste, de l’UMP.

En revenant sur la géographie électorale u second tour de la présidentielle, nous verrons que cet avenir sombre de la droite est confirmé. L’espoir pour elle est que le quinquennat de Hollande s’annonce fort difficile. Mais est-ce bien la droite parlementaire qui en profitera ?….