Débat Hollande-Sarkozy: dans une confrontation paradoxale, Sarkozy a échoué à reprendre l’avantage et à profiter des faiblesses de Hollande

J’aurais probablement dû ouvrir un article sur le débat avant, pour permettre à tous de s’exprimer au travers des commentaires, mais, bon, mon article précédent sur les perspectives de bisbilles politiciennes pour Matignon et à l’UMP à partir de lundi m’intéressaient bien davantage😛 .

Voici quand même, à chaud, quelques impressions subjectives, sachant que, dès demain ce soir, nous reprendrons le fil normal de nos articles sondagiers.

– Sur la partie introductive, Sarkozy a attaqué d’emblée et habilement, mais Hollande s’est très bien défendu et, par rapport aux attentes -faibles au regard de sa piètre performance face à Aubry-, il a plutôt étonné de vivacité, de répondant et d’affûtage. Il a dû beaucoup s’entraîner et Valls va gagner des points ce soir… C’était du lourd, Sarkozy a « fait le job », mais Hollande aussi bien, voire mieux.
– Hollande a bien enchaîné sur les aspects d’emploi et de fiscalité, même si le débat fut plus confus et si les chicaneries ont probablement donné l’impression d’une certaine confusion.
– Sarkozy s’est rétabli sur la gestion de la crise depuis 2008 et a pleinement profité de sa position présidentielle. Je pense que l’électorat Bayrou a ici pu trouver des motifs de se rapprocher de Sarkozy. De même, sur l’Europe, Hollande n’est pas apparu réaliste et est retombé dans le flou habituel.
– Sur l’immigration, Sarkozy avait très bien commencé et a plutôt été plus calme et clair, mais il a commis une erreur à l’égard de Hollande, qui a pu se rétablir sur la laïcité et a, fort étonnamment, quasiment pris l’avantage à l’égard de certains électeurs du FN. Hollande a été très habile et manipulateur, très mitterrandien. Il a presque remporté la période, non parce que Sarkozy a été mauvais mais parce que Hollande a été moins faible qu’attendu.
– Sur le nucléaire, Hollande n’a fait que défendre. Il a clairement sacrifié l’électorat Vert pour ne pas perdre pied face à Sarkozy. Paradoxalement, c’est une mauvaise séquence pour lui, alors que Sarkozy a été assez lourdaud dans ses attaques répétées.
– Sur la fonction présidentielle, Hollande avait l’avantage de départ, qu’il a partiellement dilapidé, avec sa longue litanie, à un moment où, probablement, les téléspectateurs commençaient à décrocher. Il a perdu du percutant inutilement. Mais Sarkozy a défendu faiblement et a surtout été déplacé sur DSK (encore que la réaction de la France profonde -si je puis dire…- pourrait ne pas être aussi négative), alors que les attaques de Hollande étaient des attaques faibles et du « microcosme » (les réunions des députés de l’UMP…) et que Hollande harcelait et interrompait bien trop son adversaire. Toutefois, par rapport à l’attente d’un écrasement de Sarkozy sur le sujet, Hollande n’a pas vraiment réussi à pousser son avantage, notamment à l’égard des centristes.
– Sur la politique étrangère, manifestement, les deux étaient fatigués et ce fut une match nul dans le vide.
– Sur la conclusion, Hollande a été convenu et a retrouvé sa généralité et sa prudence habituelles, sans aucun enthousiasme mais sans aucun risque. Sarkozy a été plus percutant et convaincant, il a fait une bonne synthèse pour chaque électorat, même si ses dernières phrases étaient un peu « en roue libre ».

Sur le fond, c’était plutôt un débat de chefs de partis. Sarkozy a été contraint de défendre le bilan, ce qu’il ne voulait pas faire mais a finalement plutôt bien fait, tant ce n’est pas facile de se représenter avec 10% de chômage et une dette et des déficits publics gigantesques. Quant à Hollande, il n’a pas été très précis et a resservi ses propositions de la primaire, mais Sarkozy a été incapable de l’attaquer comme l’avait fait Aubry.

Sur la forme, la très grande tension n’a bénéficié à personne et chaque camp aura trouvé quelque chose à rejeter chez l’autre. Toutefois, paradoxalement et à fronts renversés, Sarkozy est apparu sur la défensive et Hollande quasi-agressif en harcelant et interrompant sans cesse: il voulait manifestement faire plus « ferme » et présidentiel. Mais Sarkozy n’a pas su en profiter: sur l’indécision et sur une certaine arrogance, il a semblé presque interdit face à Hollande, pourtant pas si bon. A l’inverse, Sarkozy est retombé dans ses tics et dans l’agitation, alors même qu’il devait d’abord paraître plus présidentiel, surtout à l’égard de l’électorat centriste.

Au final, Hollande a peut-être marqué des points à l’extrême-droite et, peut-être, démobilisé l’électorat UMP qui doit être déçu (les visages d’Yves Thréard et François d’Orcival ne trompent pas…). En revanche, il a perdu des voix chez les Verts, voire chez Mélenchon. Sarkozy n’a probablement pas beaucoup progressé dans l’électorat FN, mais a peut-être marqué quelques points chez les centristes. Et les abstentionnistes s’abstiendront.

Bref, Hollande a habilement réussi à annuler tout effet négatif pour lui, en ne perdant pas et en ramenant ce débat à ce qu’a été l’élection dès le début: un référendum anti-Sarkozy, une élection par défaut d’un candidat « normal » (et j’ai toujours répété la subtilité tactique de ce positionnement, avant même la chute de DSK), une simple alternance après un bilan difficile en période de crise forte, comme on en connaît tant en Europe.

Hollande n’avait pas suscité beaucoup d’attentes avant et on pouvait penser qu’il gèrerait: il a été plutôt offensif. Sarkozy avait mis la barre plus haut, demandé 3 débats et considéré que Hollande était moins fort qu’Aubry: il n’a pas réussi à atteindre son propre objectif. Là encore, il aura rendu un grand service à Hollande…

Statistiquement et électoralement, Hollande a gagné, parce que Sarkozy n’a pas réussi à l’écraser ce soir. Sarkozy aurait pu être meilleur, mais il a semblé abandonner trop facilement la partie, probablement parce qu’il est arrivé perdant au fond de lui. Il aurait dû se faire entraîner par Aubry ! Mais c’était réellement « mission impossible » pour Sarkozy, quand on y songe un instant. Hollande aura aussi plutôt gagné parce que les sondages le déclareront globalement tel.

Nous verrons dans les 2 jours s’il y a une petite évolution, mais, même en 2007 (oui, je maintiens, dans IPSOS, IFOP et Sofres, Sarkozy avait gagné 1 à 2 points avant le week-end en 2007, pour les reperdre le dimanche), cela n’avait pas duré alors que Royal avait été dominée. La durée du débat aura spurement dissuadé aussi tout mouvement significatif de voix: 2h50… Même Aubry et NKM paraissaient lessivées du simple fait d’avoir écouté de bout en bout… Encore un débat pour rien, finalement… Il est loin le temps de 1974….

Une seule conséquence politique, peut-être: il sera un peu plus facile pour Bayrou, aujourd’hui, de ne pas prendre position ou même de voter personnellement Sarkozy… Mais sait-il lui-même à cette heure-ci ce qu’il va dire tout à l’heure… ?

31 réflexions sur “Débat Hollande-Sarkozy: dans une confrontation paradoxale, Sarkozy a échoué à reprendre l’avantage et à profiter des faiblesses de Hollande

  1. Quelques analyses divergentes :
    L’accord avec les Verts : au lendemain immédiat des primaires socialistes, le PS (M. Aubry) et les Verts ont conclu un accord électoral.
    F. Hollande l’a immédiatement commenté en disant que cet accord ne l’engageait pas car il est du domaine législatif entre partis politiques alors que lui se situait au niveau présidentiel. Il a donc indiqué qu’il n’embarquerait pas toutes les exigences des Verts. Après quelques atermoiements d’E. Joly (et le silence des autres responsables verts trop contents d’avoir obtenu autant d’avantages), la position de F. Hollande a été entérinée. Cela fait des mois qu’il répète qu’il ne fermera qu’une centrale en fin d’âge et qu’il relancera l’EPR. Cela explique sans doute que les Verts ne se reportent pas à 100 % vers Hollande.

    Il n’a donc en rien sacrifié l’électorat Vert pour ne pas perdre pied face à N. Sarkozy.
    Mais il est vrai que l’argument du marchandage « arrêt du nucléaire » vs « cadeaux électoraux » est repris en boucle par l’UMP depuis 8 mois. C’est malhonnête mais de bonne guerre.

    Sur l’immigration, Hollande a bafouillé sur les centres de rétention. Je n’y ai rien compris car je ne connais pas le sujet (il m’intéresse vraiment peu).
    Hollande a été clairement mauvais, Sarkozy s’est engouffré dans la brèche en relisant à plusieurs reprises son document.

    Sur la fonction présidentielle, je suis en total désaccord avec vous.
    Je crois que le reproche principal des français vis-à-vis de N. Sarkozy est la dégradation de la fonction présidentielle.

    J’ai toujours été choqué par les réceptions des mardis de l’Elysée en présence des députés de la majorité.
    De la même façon, déléguer les grands débats de société (identité nationale, laïcité, …) à J.F. Copé signifie que l’UMP est garante des orientations de la société française.
    On est réellement dans un état UMP.

    Vous minimisez les « attaques faibles du microcosme ». Je suis d’avis contraire.
    J’ai trouvé F. Hollande bon sur la fonction présidentielle.

    J’ai trouvé une courte séquence très révélatrice et qui résume bien le débat : l’épisode DSK.
    On a retrouvé l’épisode des « yeux dans les yeux » de Mitterand/Chirac.
    Hollande a montré à Sarkozy qu’il savait aussi mentir les yeux dans les yeux. Sarkozy a capitulé, l’air résigné en lâchant son « Ponce Pilate ».

    Concernant Bayrou, je ne peux pas l’imaginer prendre position pour Sarkozy. Cela créerait un schisme de plus dans ce centre qu’il veut recréer et piloter.

  2. A un moment Sarkozy a sorti le fameux « je ne suis pas votre élève » qu’avait sorti Mitterand. On pouvait distinguer une certaine honte chez Sarko d’avoir copié/collé cette phrase :p

    Sinon, je ne suis pas sarkozyiste, et je voterai sans doute blanc, mais j’ai trouvé que Sarko était meilleur globalement.

  3. Globalement d’accord avec votre analyse assez complète.
    Un point important me semble manquer: Sarkozy, tout de même en charge depuis 5 ans, a eu beaucoup d’hésitations et d’imprécisions, parfois d’affirmations fausses, étonnantes pour le chef de l’exécutif si c’est un manque de rigueur, coupables si c’est par tactique. Le Leitmotiv entendu souvent sur l’imprécision de Hollande est objectivement faux. Il suffit de réécouter au calme les propos avec, sous la main, les éléments de réponse dans les bons rapports. Les différences de chiffres sur certains points (chomage par ex) proviennent de sources correctes mais différentes.
    Sur la fonction présidentielle, je rejoins le commentaire précédent de « bibs » et ai été sidéré de voir Sarkozy aussi peu « présidentiel » dans le choix des mots, la réthorique, l’absence d’éloquence, les bafouillages… Toute son attitude tournée vers l’affect plutôt que la raison. Je me demande si bien des chefs d’Etat ne vont pas être en fait soulagés si leur vis a vis français, de droite ou de gauche, redevient à leur image, capable d’écoute et de dialogue sans excès de testostérone mal venu. On peut ne pas partager cet avis, mais comment ne pas voir que la fonction a été dégradée par la manière, dont on a revu hier soir un éloquent exemple ?
    Concernant les Bayrouistes, dont je ne suis pas bien que j’ai en 2007 partagé bien des propos de Bayrou, je ne comprendrais pas qu’ils puissent agir de façon à maintenir à la présidence un politique aussi peu fiable, capable des pires revirements par opportunisme.

    • En fait, Mélenchon a été assez juste dans son analyse: Sarkozy a « bâclé » son débat… en tous cas, sa préparation… Il fait un peu tout « à l’arrache » en ce moment.

  4. Comme d’habitude, vous savez rester mesuré, même si l’on sent bien que vous digérez mal devoir accepter les résultats du débat. Mais vous restez honnête, ce dont il convient de vous remercier. Cela dit, étant de gauche et résolument hostile à l’homme Sarkozy, j’ai été ravi par le débat d’hier soir. Sarkozy a quasiment été sur la défensive de bout en bout. Certains commentateurs parlent ce matin de KO. Je n’insisterai pas ici, ne voulant pas choquer ceux qui pensent différemment. Le titre de Libération résume bien la situation : « Hollande préside le débat ». L’un avait une stature de déjà chef d’état, l’autre, éternel bateleur bourré de tics, confirmait qu’il n’était jamais entré dans l’habit présidentiel. À dimanche : je fais confiance à votre indicateur du 30 avril…

    • Alors moi je vais vous répondre que l’un est authentique et l’autre à une image travaillé au millimètre près! Ce n’est pas cela que j’attends de mon président, Sarkozy a le mérite au moins d’être lui même. Hollande ne cesse de copier coller Mitterrand et à appris par cœur ce débat! Je l’ai trouvé hargneux, flou et franchement pas calme, il n’a eu de cesse de couper la parole à un Sarkozy tout en retenu! Hollande au pouvoir, c’est notre mort à tous, regarder tous ces socialistes feindant d’être en accord avec lui alors même qu’ils le malmenaient par le passé. Ils veulent juste une part du gâteau sur notre dos. Votez utile, votez Sarkozy!

  5. NS devait « exploser » FH et très subjectivement (impossible d’être objectif) j’ai trouvé que c’était plutôt l’inverse. Hollande devait être « tout mou », « prince de l’esquive » et surprise c’est lui qui a mit Sarko dans les cordes en permanence. Je ne vois pas comment on peut dire que Sarko a gagné ce duel. Au pire on peut dire qu’il y eu match nul mais il faudra analyser avec recul ce débat.
    Si j’étais de droite j’aurai attaqué Hollande sur la principale faiblesse de son programme : « ok vous avez des propositions généreuses en apparence mais vous ne pouvez pas les financer…. vos solutions ne seront pas efficaces économiquement, vous n’aurez pas la croissance espérée et vos promesses tomberont à l’eau ». Mais Sarko a été incapable de dire cela en tentant constamment de justifier son bilan avec des comparaison internationale et renvoyant Hollande à Mitterand ou à l’Espagne… ce qui n’évoque pas forcément grand chose pour une grande partie du public. Toutes les attaques de Sarko ont été contrées magistralement car anticipées (ah ah ah le coup sur DSK à 23h30)…. Aucune surprise pour montrer l’incompétence supposée de Hollande qui répondait du tac au tac. Je n’ai quasiment pas entendu une seule nouvelle proposition chez Sarko, pas de programme précis. RIEN !
    Le seul bémol c’est sur l’histoire des centres de rétentions mais il n’y avait pas de contradiction flagrante entre la citation du texte de FH (limiter les centres de
    rétentions et qu’ils soient « exceptionnels ») et le fait qu’il ne faille pas les fermer.

    La fin a été nettement à l’avantage de Hollande avec le « moi président….. 16 fois ! » qui a scotché NS qui aurait pu l’interrompre pour lui dire « vous n’êtes pas
    encore élu, ne soyez pas arrogant ni sûr de vous ». Il aurait pu lui répliquer « moi président de la République j’ai réussi….. ». Il a, à peine ,réagi sur le missile « je n’organiserai pas de réunions de collectes de fonds pour mon parti
    à l’Hôtel Bristol »… Enfin la dernière intervention de Sarko pour appeler les électeurs de MLP puis ceux de Bayrou était pathétique…. Terminer un débat si important en implorant les électeurs de 2 camps opposés prouve qu’il est très mal.

    Bref je ne vois pas comment NS peut gagner 3-4 points en 4 jours après une telle prestation ou alors les français sont fous (genre je vote Mélenchon au premier tour puis Sarko au deuxième….). Il n’y aura pas un report de voix FN à 80 % sur Sarko ni 50 % du Modem… c’est impossible donc c’est plié !

    Je ne suis pas d’accord avec l’analyse disant que FH aurait sacrifié l’électorat Vert et déçu les partisans de Mélenchon sur ce débat. Il a, je pense, satisfait pleinement tout l’électorat de gauche en attaquant frontalement le « président sortant ». Il a exprimé fermement tout ce qu’une grande partie de la population ressent contre Sarkosy. Peu de voix de gauche manqueront à Hollande dimanche.

    Mon pronostic pour dimanche (toujours le même depuis 3 mois) : FH avec un score entre 52 et 53 %.

    • Il n’a pas satisfait l’électorat de gauche, il a satisfait l’électorat anti-sarkozyste, ce qui n’est pas exactement la même chose, même si le premier est quasiment totalement inclus dans le second.

      Mais on ne peut reprocher à Hollande de prendre ce qui lui est servi sur un plateau…😉

      A défaut de mon habituel « Juppé président! », je varierai aujourd’hui en disant « Fillon président! ». Au vu de sa prestation en février dernier contre Aubry, il aurait été clairement meilleur hier soir…

      • L’antisarkozisme certes, mais en tant que femme de gauche aussi écolo que socialiste, qu’il ne fléchisse pas sur la fermeture de Fessenheim allant encore plus loin en donnant un objectif de carrière au personnel de la centrale, j’ai trouvé ça très fort et très bien.
        Il faut fermer cette centrale qui représente un réel danger et il le fera🙂
        Et en plus il sauvera les emplois !

        Apparemment un sondage en ligne BFM : qui pour vous est le vainqueur du débat : 61% pour F.Hollande .

      • D’accord avec toi sur l’électorat anti-sarkosyste. L’électorat total de la gauche étant à 43 %, Hollande doit aussi ratisser plus large pour bénéficier de l’effet référendum de dimanche. Je pense que c’est réussi !
        Je ne suis pas de droite mais je reconnais que Juppé ou Fillon sont d’un « niveau » largement au dessus de Sarkosy et qu’ils incarnent une droite républicaine, responsable avec qui on peut ne pas être d’accord mais qui donnent une meilleure image de la politique que le « sortant ». Hollande aurait eu beaucoup plus de mal face à de tels adversaires dans ce débatmais surtout dans l’élection. Le malheur de la droite serait qu’un Copé y prenne le pouvoir dans une UMP en décomposition dès la semaine prochaine.

        • C’est le risque en effet.
          Cela va être passionnant et… stressant, car écoper (:P) d’un Sarkozy-bis et, en plus, technocrate (perçu comme tel, je veux dire), c’est l’échec assuré.

      • Ce qui est clair, c’est que Fillon ou Juppé auraient été des adversaires autrement plus coriaces pour Hollande. La majorité des gens de l’UMP le sait mais elle a préféré se taire. Pas glorieux.

  6. Difficile de juger un tel débat, tant nous sommes influencés par nos positions.
    Toutefois, le point de vue général, c’est que c’est Hollance qui a marqué des points en refusant de s’en laisser compter et en ne cédant pas un pouce de terrain. C’est cela qui compte le plus: l’image et l’impression que l’on donne plutôt que le fond. En 2007, Sarkozy avait gagné parce qu’il avait gardé son calme face aux attaques, il est vrai maladroites, de Royal et que celle-ci a perdue sa maîtrise à la fin en s’énervant. .
    Là où j’ai trouvé que Sarkozy a été particulièrement mauvais, voire ridicule: lorsqu’il a traité sans arrêt son adversaire de « menteur » au moment ou Hollande lui disait qu’il était toujours content de lui-même. avoir une réaction épidermique à un propos qu’on pense injuste est toujours contreproductif; Il aurait pu dire par exemple, « vous cariturez », « c’est votre interprétation » ou bien « je dit juste qu’il faut juger mon bilan au regard des circonstances », mais en lançant ce « menteur », il montre qu’Hollande tape juste.
    Je ne partage pas votre interprétation du passage DSK. D’abord, j’ai trouvé la tirade de Hollande sur sa conception de la présidence assez bonne(la réaction des leaders de l’UMP qui ont essayé de la tourner en ridicule me conforte dans ce jugement), il a affirmé son autorité tout en critiquant en filigramme le style Sarkozy(qui n’a pas déplu qu’au microcosme, contrairement à ce que vous dites). Cela m’a rappelé le Mitterrand de 88 à propos de l’impartialité de l’état. Ensuite, Sarkozy, essayant de se contrattaquer avec DSK a finalement commis deux erreurs magistrales: 1) en ne pas répondant aux attaques qui avaient été formulées contre lui, laissant ainsi entendre qu’elles étaient justes 2) en lançant « la grosse artillerie » en fin de débat, il a paru lancer une offensive désespérée alors que tout avait échoué.
    Je ne suis pas trop d’accord non plus avec le passage du nucléaire: Hollande a pu montrer à la fois qu’il n’était pas inféodé aux verts, et en même temps, les attaques de Sarkozy ont permis d’illustrer que le candidat était plus proches des thèses écolos.
    Ceci dit,le jugement qu’on porte est nécessairement subjectif.

    • Vous devez avoir raison, car vous êtes loin d’être le seul à me faire ces remarques😀
      Comme quoi, il faut se limiter à ce que l’on sait faire: une moyenne pondérée d’une vingtaine de nombre, avec un peu de couleur !

  7. D’accord avec certains de tes commentaires, pas d’accord avec d’autres. Personnellement, j’aurais tendance à donner plus clairement l’avantage à Hollande (mais ça s’explique :D). En particulier, je n’ai pas l’impression qu’il a interrompu plus qu’il n’a été interrompu par Sarkozy et je trouve qu’il s’est clairement démarqué à la fin, que ce soit en restant maître de lui-même après la boule puante DSK lancée par Sarkozy, où en adressant un message commun aux citoyens alors que Sarkozy a tenu a bien préciser à qui il s’adressait.

    En tout cas, les sondages sont toujours aussi médiocres. Il faut que quelqu’un m’explique d’où vient ce resserrement soudain, alors même que Sarkozy semble de plus en plus incapable de se renouveler et Hollande a montré sa solidité. Pourvu que cela provoque un sursaut le 6 mai !

  8. En tout cas, encore une fois merci pour ce blog et pour la qualité des échanges ici. Nous ne sommes pas tous du même bord mais les discussions sont toujours argumentées et courtoises. Cela fait plaisir en ces temps où les clivages sont naturellement exacerbés…. les débats sur la plupart des sites d’informations tournent vite au pugilat.
    Pour le rapprochement des courbes en cette toute fin de campagne, il est mécaniquement logique, nous sommes nombreux à avoir dit qu’un score 55/45 ou 54/46 n’était pas très réaliste dans la société française actuelle. Un résultat final entre 52-53/48-47 semble mieux correspondre aux rapports de force (en gros l’inverse du score de 2007). Le vote de Bayrou pour Hollande va sûrement faire pencher la balance pour les derniers indécis du centre et stabiliser ainsi le score de Hollande autour des 53. Enfin les instituts de sondages ont également intérêts à proposer des scores proches de leur marge d’erreur pour ne pas être ridicules en cas de surprise….

  9. Bonjour à tous,

    Jusqu’à présent, je restais simplement spectateur de ce blog et de ces articles. Je n’aime pas beaucoup commenter, surtout lorsqu’il s’agit de sondages. Le sujet doit à mon avis être traité avec une grande prudence et une certaine neutralité. C’est ce que je trouve de très bien dans ce blog, du moins dans les articles, car certains commentaires sont parfois trop subjectifs. En tout cas, je tiens à en féliciter l’auteur pour le travail assidu et complet qu’il effectue. Même dans les analyses, si un petit côté « partisan » (rien de bien méchant) apparait, c’est toujours bien expliqué, réaliste et finalement assez objectif. Sur un sujet comme celui-là, c’est très bien, donc je dis bravo !

    Comme la plupart des gens hier, j’ai regardé ce débat tant attendu. Je suis socialiste de conviction, j’ai voté Hollande lors de la primaire. Mais j’ai plus voté pour lui pour son côté normal que pour autre chose. Autant le dire, je suis quelqu’un d’ultra-sceptique, jusqu’au discours du Bourget, je voyais Hollande comme un bonhomme « rigolo » sans charisme, un peu trop attaché à sa petite image personnelle peut-être. Le Bourget m’a fait prendre conscience qu’il avait du fond, de la consistance. Et c’est cette consistance que j’ai retrouvé dans le débat. Je pense qu’on ne pourra pas lui reprocher cette constance, ce côté « linéaire », là où Sarkozy, en face tend à écarter un peu trop les bras pour le FN. Mais là où je craignais le plus, c’était sur le répondant d’Hollande. Allait-il faire comme avec Copé dans des Paroles et des Actes ou bien en revenir à cette espèce de mollesse que j’ai senti quelques semaines avant le premier tour.

    A ma grande surprise, il a été au rendez-vous. Il a assuré une présence, celle du candidat favori qui n’a rien à « gagner », rien à risquer. « Mieux » que ça, il a été cherché Nicolas Sarkozy sur des éléments concrets, l’empoignant presque sur le chômage, le mettant devant le mur concernant les cadeaux fiscaux. Si le début a été très hésitant, Hollande a su enchaîner et reprendre la main pour que Sarkozy se retranche. Le moment fort pour moi, c’est le passage sur l’immigration. Une pure merveille de « manipulation miterrandienne ». Clairement, disons-le, Sarkozy a fait mouche avec la lettre de Terre d’Asile, même si aujourd’hui on en connait le contexte, au moment du débat, le téléspectateur vit la chose. J’ai cru voir Hollande se décomposer, bredouiller, cafouiller sur un sujet que clairement, il ne maîtrise pas vraiment (talon d’achille de la gauche, depuis des décennies). Et puis patatras, alors que Sarkozy tenait la hâche pour porter le coup fatal, il commet la bourde la plus absurde qu’il m’ait été donné de voir sur la laïcité. Sur le coup, je me suis demandé ce qu’il s’était passé, j’avais déjà dans ma tête tiré un trait sur le reste, me disant que c’était cuit pour Hollande. Mais ce dernier a carrément retourné la situation à son avantage. Et c’est Sarkozy qui s’est retrouvé ennuyé par sa bêtise, qui à mon sens a annihilé l’effet de la lettre.

    En ce qui concerne les « Moi, Président », j’ai trouvé la formule pompeuse à la longue. Le marteler 5/6 fois, ça aurait été beaucoup plus efficace. Là, vraiment, il y avait trop de répétitions tellement bien que j’ait tiqué dessus au lieu de me concentrer sur les piques envoyées. Là aussi, Sarkozy rétorque un timide « vous allez nous mettre la larme à l’oeil ».

    Finalement, j’ai trié de ce débat less conclusion suivantes :
    – Hollande a bien fait de laisser la droite le sous-estimer, il a créé la surprise agréable pour beaucoup de gens à gauche et peut-être au centre et au FN (j’en suis moins sûr quand même).
    – Sarkozy a manqué de répondant, dommage, car ce n’est pas quelque chose qui lui fait défaut normalement.
    – Comme dit dans les précédents articles le « je vais l’exploser », n’est pas arrivé, Sarkozy n’a pas réussi à gagner le débat, même s’il a été tenace, étonnant de combativité pour un président qui a vécu 4 ans de crise, et qui depuis des mois et des mois reçoit les sondages et les articles de presse contre lui.
    – Hollande a à mon sens un peu trop confiance, il a les qualités, il a le projet qui à mon sens n’est pas très réaliste sur l’économie, mais bon…, il a la constance mais nom de Dieu, qu’il reste prudent. Une élection n’est jamais jouée.

    Dimanche, même après le Bourget, même après la campagne habile qu’il a mené, même après le débat, le vote Hollande de Cheminade et de Bayrou, j’irais voter la peur au ventre, la peur de le voir perdre de justesse. Parce que rien n’est encore joué et qu’admettre le contraire, ce serait renier au peuple français son droit de vote.

    Voilà, du coup j’ai pondu un gros pavay !😄
    En tout cas, je voulais ajouter que ce blog mérite d’être connu et d’être lu, surtout sur la méthode que l’auteur emploie pour faire ses analyses. Il est très pertinent, chose rare quand il s’agit de sondages (avis personnel ^^).

      • Bonsoir Horos, je suis stupéfaite ! le dernier csa vient de tomber ( 53/47) , N.Sarkozy perd de ses électeurs du 1er tour, seulement 93% s’apprêtent a voter pour lui ! Et il gagne sur l’électorat de Marine Le Pen . Pensez vous que ce soit possible ? Perdre à ce point là sur son propre électorat ? Ou est ce encore une fantaisie CSA ?

        • Probablement la deuxième solution, même si, systématiquement, les reports Hollande sur Hollande et Sarkozy sur Sarkozy ne sont pas égaux à 100%, parfois même pas à 97-98.

  10. La « longue litanie » a, à mon sens bien sûr, fortement symbolisé le moment où les rôles se sont inversés, où c’était Hollande qui endossait la stature présidentielle et le sortant qui était définitivement rivé au rôle de challenger !
    Elle a d’ailleurs immédiatement fait redécouvrir une grande figure de style classique (Rome, l’unique objet… Rome qui ta vu… Rome à qui.. Rome enfin que je hais…) et provoqué des parodies plutôt sympathiques.
    Le mensonge du sortant sur un des items – la collecte de fonds – tellement gros a été vite mis en relief.

  11. Nicolas Sarkozy promettait à ses troupes qu’il allait « exploser » François Hollande. A ce titre il réclamait trois débats à son adversaire, hier soir, un seul débat aura suffit et on ne l’a pas entendu réclamer une revanche.

    Au lieu d’exploser François Hollande, il s’est fait éclater, piétiner, battre dans tous les compartiments d’un enjeu présidentiel : la clarté, la dignité, l’intelligence, la répartie, la culture, le débat d’idées. Nicolas Sarkozy voulait tellement écraser son adversaire qu’il en était surexcité, inutilement agressif, sans pouvoir contenir sa nervosité, bougeant les épaules en permanence, devenant au fur et à mesure du débat la caricature de lui-même.
    Ce débat a été maitrisé de bout en bout par un François Hollande sur orbite, incisif, ne laissant aucune approximation passée dans la bouche de son adversaire. Hollande déclinait son programme dans un langage sobre, dénué d’artifice, pendant que Nicolas Sarkozy jouait sur le mépris, la vulgarité dans le but évidant de déstabiliser son opposant. Il tentait même à la fin du débat d’entrer sur le registre d’un pathos mielleux en totale contradiction avec le sujet et la dignité que lui imposait sa fonction.

    Hier, Nicolas Sarkozy était pathétique

    Hier c’était « Magic » Hollande ! lire la suite ici :
    http://unhommelibre.wordpress.com/2012/05/03/hier-cetait-magic-hollande/

    • C’est assez drôle comme le fait d’être partisan d’un camp peut parfois faire perdre toute objectivité! Hollande pour moi à servi une prestation de 3 heures travaillée de près. Il n’est pas authentique et ne m’a pas convaincu une seule seconde!

      • Qu’il ne vous ait pas convaincu ne veut pas dire que vous soyez vous-même d’une parfaite objectivité. Qu’un candidat « travaille de près » une confrontation capitale, c’est le moins qu’il puisse faire pour respecter les citoyen-ne-s qui suivent le débat. Mais aussi travailleur soit-il, sauf à dire que le sortant était parfaitement prévisible, il ne peut anticiper les éventuels rebondissements de 3 h d’échanges. Quant à l’authenticité, on est là en pleine subjectivité…

      • Il est vrai que j’ai été un petit peu trop élogieux, par contre pour ce qui est de l’authenticité je suis pas d’accord avec vous. Le but de cet article était surtout de mettre en relief les erreurs fondamentales de Nicolas Sarkozy durant sa campagne et globalement au cour de son quinquennat.

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