Derniers sondages IFOP, BVA et IFOP quotidien: une amélioration à peine sensible et trop tardive pour Sarkozy, ce qui amène aux premières supputations sur l’après-6 mai à gauche et à droite

 

IFOP-Fiducial
Paris-Match, Europe 1, Public Sénat
26-29 avril 2012
échantillon: 1876 inscrits sur un total de 1962

Hollande 54 (-0,5)
Sarkozy 46 (+0,5)

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BVA
RTL, Orange, presse régionale
30 avril-1er mai 2012
échantillon: 1387 inscrits sur un total de 1414

Hollande 53,5 (-1)
Sarkozy 46,5 (+1)

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IFOP-Fiducial quotidien
Paris-Match, Europe 1
26-30 avril 2012, 28-avril-1er mai 2012 et 28 avril-2 mai 2012
échantillons: 898, 904 et 1229

Hollande 54 (-1)  53,5 (-0,5) 53 (-0,5)
Sarkozy 46 (+1)  46,5 (+0,5) 46 (+0,5)

1. Le léger resserrement qui est perceptible juste avant le débat du 2 mai est bien trop faible pour permettre à Sarkozy d’espérer autre chose qu’une défaite un peu plus limitée.

Certes, dans l’IFOP quotidien, on en est à 0,5 point par jour (à ce rythme, c’est du 51-49 :P), mais bon, c’est l’IFOP. En revanche, BVA, de tropisme pro-Hollande, est également un peu plus pessimiste sur le score de ce dernier. Mais bon, c’était la lanterne rouge des sondeurs en termes de fiabilité au 1er tour.

Dans l’optique de la victoire annoncée de Hollande (même si beaucoup de socialistes, à l’heure où j’écris, n’ont plus d’ongles…), plusieurs seuils peuvent être surveillés:
– Hollande ne paraît plus en mesure d’atteindre les niveaux gaulliens de 1965 (55,80%, vécus à l’époque comme un désaveu par de Gaulle, surtout au 1er tour avec sa mise en ballottage;
– en revanche, pour Hollande, le niveau de Mitterrand en 1988 semble encore atteignable (54,02%), même si ce sera difficile;
– ensuite, deux seuils proches ont une valeur symbolique réelle, tant pour la légitimité et la future force politique de Hollande, que pour l’éventuelle survie politique de Sarkozy: le niveau en pourcentage de Sarkozy en  2007 (53,06%) et son niveau en voix (près de 19 millions); certes, le corps électoral grossit, mais avec une participation et un nombre de blancs et nuls à peu près identiques au premier tour (35,9 millions de suffrages exprimés), il faudrait environ 52,9% à Hollande pour atteindre les 19 millions: malgré l’élévation probable du nombre de blancs d’origines lepéniste et bayrouïste, ce n’est pas impossible pour Hollande s’il « colle » aux 54%;
– enfin, la précédente défaite d’un sortant (VGE avec 48,24% en 1981) paraît hors d’atteinte pour Sarkozy; de manière générale, même une défaite à la Jospin 1995 (47,36%) et tout score dans lequel Hollande serait en dessous des 53% seraient une garantie de survie politique pour lui et une tentation de tenter de revenir dans le jeu pour 2017 (ou au-delà…), même si Copé, Fillon, Juppé et d’autres s’assureront que ce ne sera pas le cas (mais il peut profiter, justement, de ces divisions à venir).

D’une certaine manière, les leaders de droite ont intérêt à une défaite claire (pour se débarrasser de Sarkozy), sans être une déroute (pour éviter le coup de poignard mortel dans le dos de Le Pen): entre 52 et 52,5% ?

2. J’en profite d’ailleurs pour récapituler les données fournies par deux sondages récents pour BVA et LH2 sur le nom du futur Premier ministre.

Si Sarkozy l’emportait, BVA proposait aux sondés plusieurs noms, dont celui de Bayrou (c’était la semaine dernière), mais pas celui de Fillon. Dans l’ensemble, parmi les électeurs de Bayrou, Sarkozy et Le Pen respectivement, cela donnait:
Juppé 30/27/49/20
Bayrou 30/56/10/28
Borloo 16/8/9/17
NKM 7/3/11/9
Copé 5/1/13/10
Bertrand 3/2/6/10
En retenant les électeurs de Sarkozy, cela montre que le bloc central est potentiellement puissant au sein de la droite, pour peu qu’il ne soit pas divisé entre Juppé, Fillon, voire Wauquiez, NKM, Bertrand ou Baroin; que le centre-droit reste à sa place, réelle mais minoritaire; que Copé part de bas, mais qu’il aura une capacité réelle dès lors qu’il s’agira de ne consulter que les militants encartés (plus « politisés » et moins modérés que les électeurs, comme aux Etats-Unis) et que produiront leurs effets ses rabibochages avec Estrosi, Gaudin et Muselier, Karoutchi (dans les grosses fédérations, donc), sa capacité de nuisance à Paris (Goasguen, Dati,…) et son contrôle de l’appareil du parti (directement ou via des alliés potentiels: Courtial, Tabarot, Hortefeux, Gaudin, Morano, Riester,…).
Notons également qu’est confirmée l’absence de leader clair du centre-droit, Borloo réalisant des scores décevants.

LH2 a envisagé des hypothèses différentes et a inclus Fillon mais pas Bayrou, ce qui donne, dans l’ensemble, dans les électeurs de droite, dans les électeurs UMP, respectivement:
Juppé 26/27/33
Fillon 18/30/29
Borloo 15/10/8
Copé 6/11/14
Baroin 6/6/5
Bertrand 2/3/4
ce qui confirme la marginalité de Bertrand, la faiblesse de Borloo, le niveau bas mais probablement « motivé » des partisans de Copé, le risque de la division Juppé-Fillon. Ce dernier réalise un score surprenant, étant donné l’usure qui devrait le toucher après 5 ans de Matignon. Certes, ce n’est pas un sondage sur la présidence de l’UMP, mais tout de même. Le côté « légitimiste » pourrait le favoriser, même si Juppé a des atouts, notamment celui de pouvoir rallier peut-être plus facilement l’aile gauche de l’UMP et le parti radical (le PCD étant sûrement plus filloniste).
Cela montre également que Copé, qui est pourtant le grand soutien de Sarkozy aujourd’hui, est celui qui a le plus intérêt à sa défaite: comment exister sinon ?…
Ajoutons que, parmi les électeurs de Sarkozy, LH2 donne seulement Juppé à 34 et Fillon à 32; parmi les électeurs de Le Pen, Fillon à 32 et Juppé à 14; parmi les électeurs de Bayrou, Juppé à 46 et Borloo à 18 (seulement, alors que Bayrou est absent: un camouflet !); parmi les électeurs de Hollande, Juppé à 30 et Borloo à 24 (encore une mauvaise surprise pour Borloo le « social-écolo »); parmi les électeurs de Mélenchon, Borloo à 26 et Juppé à 13😀

Et puisque nous en sommes aux hypothèses Matignon, voici celles du PS.

Pour les personnes interrogées par BVA, les résultats sont les suivants, parmi l’ensemble des électeurs, ceux de Mélenchon, Hollande, Bayrou et Le Pen respectivement:
Aubry 28/46/37/21/12
Valls 24/10/18/26/35
Ayrault 12/14/17/11/10
Moscovici 11/7/15/10/5
Fabius 9/14/5/16/14
Sapin 7/4/5/8/9
Aubry reste, par manque d’originalité et par notoriété (name-recognition) aussi, la grande favorite des Français, même si son tropisme de gauche est ici très clair. Je maintiens que ce serait une triple erreur de la nommer dès le départ: elle ferait de l’ombre à Hollande et rendrait son début de mandat difficile; elle serait « usée » pour la fin de mandat, alors que la remobilisation à gauche sera sûrement nécessaire après 3 ou 4 ans d’austérité et de « social-trahison »; il serait bien plus utile de la « griller » avant 2017, afin d’éviter toute concurrence interne pour Hollande… Le seul intérêt de la nommer à Matignon dès maintenant serait de ligoter la gauche du PS, qui risque de se faire bruyante assez rapidement, avec un Mélenchon soufflant sur les braises de l’extérieur.
Moscovici fait un score bien décevant, mais son côté dilettante lui joue manifestement des tours, tant auprès de Hollande que dans sa visibilité pendant la campagne. Je le garde comme favori, car il est le « logique collaborateur » que Hollande peut souhaiter et a quand même une expérience ministérielle et un positionnement politique, général et à l’intérieur du PS, hollando-compatible (Sapin aussi, mais il est moins connu et aurait plus de mal à s’imposer aux ténors du PS). Reste peut-être un aspect plus secret du processus de vetting à l’oeuvre en France comme il l’est aux Etats-Unis pour les candidats à la vice-présidence: sa vie privée et sa proximité multiforme avec DSK.
Valls au contraire a bénéficié à plein de la campagne, même s’il est surtout visible à droite. Il n’aurait été utile qu’en cas de haut score de Bayrou et de victoire très étriquée de Hollande, le rendant utile pour les législatives, comme Rocard en 1988. En revanche, par rapport à la liste confectionnée il y a quelques semaines, il est bien possible qu’il ait gagné Beauvau, Rebsamen se voyant rétrogradé ou recyclé au PS.
Ayrault est un peu une surprise, car il est loin d’être marginalisé, alors qu’il n’a pas de charisme et que son poperénisme d’origine remonte régulièrement à la surface, contredisant sa soi-disant modération d’élu de l’Ouest (on est loin des Le Drian ou Poignant !). Il a une grosse faiblesse toutefois: il n’a jamais été ministre. Avoir un Président qui a surtout été premier secrétaire du PS et un Premier ministre qui a surtout été président du groupe PS à l’Assemblée, est-ce bien raisonnable ? Mais, après tout, Hollande peut vouloir agir à la « Mitterrand 1981 ».
Fabius est marginalisé chez les siens, mais pourrait avoir l’avantage d’être en capacité de faire le sale boulot au départ, avec autorité, et de fournir un fusible utile ensuite.

Pour LH2, les hypothèses testées sont différentes, mais les résultats restent cohérents (car Royal et Montebourg n’ont évidemment aucune chance d’accéder à Matignon), au sein de tous les électeurs, de ceux de gauche et de ceux du PS respectivement:
Aubry 23/33/41
Valls 12/10/11
Royal 10/14/9
Montebourg 10/10/6
Ayrault 7/10/13
Moscovici 5/6/9
résultats que LH2 complète en donnant simplement Aubry à 29 et Montebourg à 22 parmi les électeurs de Mélenchon (où l’on retrouve la passerelle Montebourg-Mélenchon, notamment visible dans le sud-est de la France); Aubry à 37 et Ayrault à 14 parmi les électeurs de Hollande; Valls à 27 et Aubry à 20 parmi ceux de Bayrou; Valls à 18 et Aubry à 13 parmi ceux de Sarkozy; Aubry à 20 et Royal à 13 parmi ceux de Le Pen.

En tous les cas, l’après-6 mai sera passionnant, car la guerre de mouvement va enfin reprendre, tant au sein du PS que, désormais, au sein de l’UMP et du centre-droit…

3. En ce qui concerne les reports de voix, ils restent divergents (respectivement BVA, IFOP et les IFOP quotidiens)
– dans l’électorat Mélenchon: 87/4/9, 80/6/14 et puis 86/4/10, 85/6/9 et 85/5/10, sans grande nouveauté puisque très solides pour Hollande,
– dans l’électorat Le Pen: 21/57/22, 18/43/39 et puis 18/44/38, 15/46/39 et 16/45/39, en amélioration pour Sarkozy, soit qu’il progresse soit que Hollande régresse, mais ce n’est pas suffisant et la forte composante populaire-populaire dont j’ai précédemment parlée ne peut permettre à Sarkozy d’atteindre les 2/3, ce qui serait le minimum à réaliser,
– dans l’électorat Bayrou: 36/36/28, 28/31/41 et puis 33/27/40, 28/32/40 et 26/32/42, à des niveaux de partage un peu moins à gauche qu’en 2007 (même si c’est logique, puisqu’alors, Bayrou rassemblait les déçus de Royal), avec une érosion récente de Hollande, mais marquant une certaine instabilité, dangereuse pour Sarkozy s’il est de nouveau trop à droite ce soir ou si Bayrou parasite trop la journée de demain (voire Villepin celle de vendredi).

IFOP ajoute les reports dans l’électorat Joly: 69/11/20, de nouveau moins favorables que prévu. Mais l’échantillon est limité et même une petite déperdition ici ne peut véritablement menacer Hollande.

« Trop peu, trop tard » en quelque sorte pour Sarkozy, même si l’écart va probablement continuer de se resserrer. Le résultat reste important pour l’avenir de la droite, dans son combat à venir contre le néo-FN, et pour l’assise politique de Hollande, face aux ténors du PS et dans sa dynamique politique de début de quinquennat. Il reste donc, quand même, un peu de suspense…😛

Bon débat !

7 réflexions sur “Derniers sondages IFOP, BVA et IFOP quotidien: une amélioration à peine sensible et trop tardive pour Sarkozy, ce qui amène aux premières supputations sur l’après-6 mai à gauche et à droite

  1. Si Hollande est en dessous du score de Sarkozy en 2007, ce sera un échec absolument pathétique et une « victoire » dont même Pyrrhus ne voudrait pas. Être au-dessus de 54% (et de Mitterrand’88à serait un moyen de sauver les meubles, l’idéal étant de dépasser les 55%. C’est pourquoi je conseillerais à mes amis socialistes de ne pas sous-estimer le resserrement actuel. Au point où on en est, gagner ne suffit plus.

  2. D’accord avec vous sur l’issue annoncée du résultat final d’autant que ces évolutions microscopiques du rolling IFOP semblent plus correspondre à du bruit statistique lié à des évènements journaliers peu susceptibles d’avoir un impact durable. Mais bon…ça alimente les médias

  3. 50,00001 % me vont très bien.
    Voir l’UMP exploser ne me satisferait que pour la curiosité politique, mais je souhaiterais qu’avec tous les pouvoirs à gauche, il y ait un minimum de contre-pouvoir à droite.
    Attention à un trop gros score, qui sera peut-être synonyme de désillusion plus tard.

  4. Je vous envie. Vous devez vivre cette élection dans une sérénité…😀

    J’ai déja développé plusieurs fois pourquoi je pense qu’une victoire très large est une condition indispensable du succès du président Hollande. Je pense que c’est la condition indispensable pour qu’il puisse vraiment agir, d’autant qu’il ne bénéficiera d’aucun état de grâce une fois élu.

    • Moi,perso, je flippe !
      Ceci dit, je suis assez bienveillant et indulgent avec la campagne de Hollande. C’est difficile de faire une campagne à gauche dans un pays fondalementalement à droite.

      • Moi aussi j’ai peur, il est courageux F.Hollande de faire campagne dans une France désunie depuis plus de 5 ans
        Et je me fous totalement qu’ il gagne de 0,01 % ou de 6% , la seule chose que je veux au plus profond de mon être c’est qu’il gagne,
        qu’il réunisse enfin la France.
        Sarkozy comme à son habitude est lamentable au débat ( désolée Horos de dire ce que je pense, j’espere que tu n’en seras pas froissé )

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