Bilan du second tour: en tendance, les sondages et les indicateurs agrégés ont été fiables

1. Avec les Français de l’étranger, le Président sortant Nicolas Sarkozy a obtenu 48,38% et le Président-in-waiting François Hollande a obtenu 51,62%. Ce dernier n’ayant pas atteint le score qu’il souhaitait, Nicolas Sarkozy est donc reconduit à la Présidence de la République😀

Bon, plaisanterie mise à part, il est frappant de constater, qu’une fois encore, les sondages et les indicateurs agrégés (celui avec les intentions de vote et celui appliquant aux résultats du premier tour les matrices sondagières de reports des voix) ont donné la bonne tendance. Il suffisait de les prolonger pour obtenir une idée assez précise du résultat final.

Certains objecteront que le niveau brut n’était pas donné, mais justement, les sondages ne sont pas des pronostics: ils nous aident à faire notre propre pronostic. En outre, environ 5% des électeurs se décident le dernier week-end: il n’est donc pas anormal de voir quelque écart. 

Au premier tour, il fallait même accélérer la tendance (comme en 2002 ou en 2007, d’ailleurs), alors que, pour le second tour (comme en 2007), un simple prolongement (sans ralentir un peu de manière conservatrice, comme je l’ai fait dans mon pronostic😦 ) suffisait à se rapprocher très près du résultat final.

De là à conclure que les sondeurs, de peur d’être encore accusés de se tromper, redressent de manière excessivement prudente et n’osent pas totalement valider les tendances qu’ils décèlent, il n’y a qu’un petit pas à franchir…

La fiabilité de l’indicateur agrégé m’étonne même moi-même. Comme il est donc utile de le calculer et comme les médias français sont vraiment totalement… nuls de ne pas l’avoir fait depuis tant d’années !… Peut-être certains auraient-ils pu, de manière cassandresque, faire leur petit effet à la mi-avril 2002…

Globalement, nous pouvons dire que tous les discours critiques sur « l’échec des sondages » se trouvent ici bien affaiblis.

Sauf, évidemment, la critique relative à la force auto-réalisatrice des sondages, qui seraient tellement puissants et manipulateurs que les Français finiraient par voter « comme les sondages ». Mais, justement, l’indicateur agrégé que ce blog vous a proposé n’a jamais été calculé, sauf sous forme de moyennes frustres, sans être jamais beaucoup popularisées, d’ailleurs. En outre, quand on voit quelle est la mémoire à court terme généralement constatée et quelle est celle de tous les critiques des sondages (« ah ben, Mélenchon devait être 3e », « ah ben, Le Pen devait être à 13 », « ah ben, Hollande devait gagner à 55 »), on se dit que les sondages, a fortiori agrégés et pondérés comme il faut, ont peu d’influence fondamentale… En outre, pour avoir rencontré tant d’électeurs de droite peu conscients du risque de voter Villiers en 2007 (avec Sarkozy risquant d’être sous les 30) ou Dupont-Aignan (ou même Bayrou ou Le Pen) en 2012 (Sarkozy finissant derrière Hollande) et tant d’électeurs de droite ne comprenant pas qu’il ne fallait pas voter pour Sarkozy mais contre Hollande (avec les seuils symboliques que je vous ai décrits: le score de Sarkozy en 2007, le seuil de 52 évoqué par Hollande lui-même et même, finalement, le score de 1981), je crois vraiment qu’une large majorité de Français ne sont pas influencés directement par « l’état de la course » à un instant « t » (même si, bien sûr, la fin des espoirs de Bayrou a pu accélérer sa chute sous 10%, par exemple).

Même cette critique est donc à relativiser. Autant je suis sceptique sur les sondages sur des idées, des comportements, des opinions, des popularités, car la question posée est parfois décisive et souvent influençante, ainsi que les réponses proposées ou possibles, autant les sondages d’intentions de vote sont clairs, précis et, finalement, fiables, en tous les cas pour une élection présidentielle ou un référendum.

2. En matière de report des voix, il est évidemment difficile de juger puisque nous ne connaîtrons jamais l’exacte réalité des reports.

Les sondages publiés après la clôture du scrutin montrent des divergences équivalentes à ce qui pouvait être constaté auparavant.

Respectivement, IPSOS (mais dans un sondage réalisé les vendredis et samedis et non le dimanche), TNS-Sofres, IFOP, Harris et, pour mémoire, les reports « agrégés » calculés avant le 2nd tour:
– dans l’électorat Mélenchon, 81/6/13, 74/5/21, 89/7/4, 84/4/12 et 84,04/4,96/11,01, confirmant la bonne estimation des reports de cet électorat, sans surprise, même si TNS-Sofres est un peu divergent,
– dans l’électorat Bayrou, 29/41/30, 28/40/32, 40/41/19, 33/44/23 et 34,03/36,29/30,38, ce qui montre finalement un meilleur report sur Sarkozy que prévu, peut-être explicable par un sentiment de trahison et de dépit conduisant des bayrouïstes disposés à s’abstenir et optant finalement pour un vote anti-Hollande et… anti-Bayrou; voilà une preuve de l’échec de Bayrou,
– dans l’électorat Le Pen, 14/51/35, 14/58/28, 21/54/25, 14/53/33 et 18,66/52,76/28,59, ce qui montre globalement une assez grande fiabilité des reports mesurés, en tous les cas au travers de leur agrégation.

Parmi les abstentions, blancs, nuls, sans réponse du 1er tour, TNS-Sofres voit des reports de 12/21/67 (dernière agrégation: 29,93/30,34/39,73), confirmant une situation un peu plus favorable à Sarkozy mais insuffisante pour faire bouger le résultat final. Dans l’électorat Joly, IFOP voit un 77/12/11 assez cohérent avec les mesures d’avant-2nd tour.

Finalement, et comme le montre d’ailleurs mon deuxième indicateur agrégé, celui des reports de voix, qui avait rejoint le premier indicateur vendredi, l’agrégation des reports de voix donne là encore des indications fiables pour établir un pronostic.

La seule nouveauté entre jeudi (dernier jour de sondage réel, sauf pour un quart du dernier IFOP quotidien) et dimanche était donc, comme prévu, l’annonce personnelle de Bayrou, mais qui semble avoir eu surtout pour effet de mobiliser davantage en faveur de Sarkozy (à tout le moins, elle n’a rien fait gagner à Hollande).

3. Peut-on prolonger le palmarès du 1er tour ?

C’est plus délicat au second tour. Tous les sondeurs ont été situés au-dessus du résultat final, IFOP se situant au plus près (52%). Ce qui relativise d’ailleurs les accusations de manipulation à l’encontre d’IFOP (c’était la même chose au 1er tour), censé être aux mains des amis de Sarkozy. TNS-Sofres, pourtant bon sondeur du 1er tour, s’est ici retrouvé le plus éloigné (53,5%) du niveau réel, et même en retard en tendance. BVA, IPSOS et OpinionWay étaient à 52,5% avec une bonne tendance à chaque fois. LH2, Harris et CSA en étaient restés à 53%, mais avec une bonne tendeance à chaque fois.

Sans établir de palmarès final, et en considérant que tous les instituts ne se sont pas risqués à mesurer la primaire du PS, on peut indiquer les élements suivants:
Harris s’est avéré un très bon sondeur de 1er tour, sur la primaire du PS comme sur la présidentielle, et il est possible d’en faire le vainqueur global de cette « édition », en tous les cas de considérer qu’il a intégré le haut du panier, alors même qu’une telle performance est difficile à établir aussi vite.,
IFOP a effectué un rolling quotidien depuis le début du mois de janvier, fort utile et « sécurisant »; il a, en outre, effectué de bonnes performances globales, notamment an 2nd tour;
OpinionWay et IPSOS se sont correctement placés à chaque fois, IPSOS décevant toutefois quelque peu par rapport à ses bonnes performances de 2007;
TNS-Sofres fut fiable au 1er tour mais pas au 2nd et a malheureusement été moins sollicité que d’autres instituts;
LH2 trop biaisé, CSA trop erratique, BVA trop biaisé et hésitant, ont confirmé, comme en 2007, qu’ils étaient un ton, voire deux tons en dessous des autres sondeurs.

Effectivement, la meilleure des choses reste de suivre un indicateur agrégé…😀

Je reviendrai ultérieurement sur la géographie électorale, toujours riche d’enseignements, et sur les sondages sorties des urnes, assez classiques dans la sociologie du vote.

Je publierai peut-être, finalement, les sondages pour les législatives…😉
Mais, malheureusement, ils sont déjà divergents, certains mêlant PS-PRG mais aussi Verts, d’autres prévoyant une rubrique « divers », sans plus de précision… Donc pas de possibilité d’indicateur agrégé. Mais une situation qui rappelle furieusement 1997…

12 réflexions sur “Bilan du second tour: en tendance, les sondages et les indicateurs agrégés ont été fiables

  1. Content que tu t’attelles aux législatives !🙂 Bien sûr il ne faudra pas espérer une grande fiabilité, mais c’est toujours utile malgré tout.

    Quand tu parles de 1997, tu parles d’une majorité « plurielle » à la 1997 ou bien d’un « 1997 à l’envers » pour la gauche ?

    • Je parle d’une défaite très lourde pour la droite.
      Et Gollnisch dit qu’ils vont essayer d’abattre des personnalités… à la limite, Copé, que je pense potentiellement menacé, cela arrangerait une partie de l’UMP😉
      Mais si cela veut aussi dire Wauquiez (je n’ai pas regardé sa circo, mais cela peut faire mal, vu la dégradation de la situation de la droite en Haute-Loire), NKM (explicitement visée), Baroin (mais il n’est pas menacé, même si le FN, haut dans l’Aube, essaye), Borloo (même cas de figure que pour Baroin), là, je serais moins d’accord…

      • Je serais également embêté de la perte de NKM, pas parce que je l’aime particulièrement, mais parce qu’une belle rousse n’est jamais pour me déplaire lors de débats télévisés monotones.😀

        Autrement, je vois mal la droite s’effondrer, comme tant disent et en particulier au FN (wishful thinking..). Comment Gollnisch compte t-il « abattre » des personnalités UMP? C’est un peu prétentieux de sa part de croire qu’il en a la capacité (et pourtant je vote pour les méchants). N’importe quelle personnalité de droite gagnerait contre MLP dans un hypothétique deuxième tour. Je doute qu’elle puisse faire un putsch (:p) et s’approprier la droite française. Par contre je me demande si la droite va se reformer en droite molle, ou en droite « dure » à la Sarko. Je pense que ce serait préférable pour eux qu’ils restent plutôt dures, pour se démarquer du centre et pour ne pas laisser certains sujets qu’au FN. Même si ça n’a pas aussi bien marché cette année qu’en 2007, j’estime que la seule chance pour la droite reste de draguer plus ou moins et de temps à autres l’électorat Frontiste ou affiliés sur leurs sujets de prédilection (immigration, insécurité, voir souverainisme..). Sans Sarko qui a déçu cet électorat piqué au FN en 2007, peut être qu’un autre pourra les duper ^^.

      • Bah, pour l’instant j’ai plutôt l’impression qu’on se dirige vers une victoire étriquée. Un sondage Harris dit que 54% des français veulent une cohabitation (sans doute la peur de confier « tous les pouvoirs » à la gauche, comme s’il y avait un autre pouvoir qui vaille que celui qui consiste à voter les lois…). Certes, une majorité « contre » la gauche ne fera pas une majorité « pour » l’UMP, mais on peut être sûrs que l’électorat de droite se mobilisera et que, même avec des triangulaires, la « vague rose » se limitera à rééditer des petites majorités à la 1988 ou 1997. Bref, pas de quoi pavoiser…

        Enfin, qui sait, je peux me tromper !😉

        • En même temps, à part situation très exceptionnelle, du type 1981, le maximum de ce à quoi peut prétendre la gauche, c’est une majorité étriquée. Envisager plus serait très utopique dans un pays qui vote majoritairement à droite.

          • Je commence à croire que tu as raison… J’ai toujours rigolé quand j’entendais parler d’une France « structurellement à droite » mais les résultats de cette élection m’ont fait changer d’avis.

  2. « Mais une situation qui rappelle furieusement 1997… ».Horos2012

    Gerard Grunberg, commentateur politique, dit la même chose à cet instant sur France5.

  3. Bonjour, tout d’abord bravo pour tout ton travail que j’aurai lurké avec grand plaisir. C’était parfois capillotracté (pas dans le sens infondé, mais plutôt excessivement analytique), et c’est probablement pour ça que je l’ai tant apprécié🙂

    J’espère te voir écrire quelques articles de fond sur les législatives!

  4. je m’associe aux commentaires qui vous félicitent. Tout n’a pas été positif dans cette campagne, et surtout pas son résultat mais votre décryptage faisait partie des bonnes surprises. Il m’a été très précieux. Je m’y suis très souvent référé pour introduire un peu de sérieux et de modération dans les commentaires autour de moi. Encore bravo. J’espère que vous pourrez poursuivre pour les législatives, c’est bien intéressant.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s