Face à une gauche en demi-teinte, l’UMP, qui prépare ses durs conflits internes, pourrait bien ne pas être en mesure d’en profiter, ni aux élections législatives, ni à moyen terme

1. J’avais raison de vouloir interrompre ce blog 😉 car nous voici privés de sondages sur les élections législatives depuis plus d’une semaine… Après le long week-end de l’Ascension, cela devrait très prochainement changer, mais que de frustration…

N’ayant pas le courage, ni le temps, d’analyser la situation dans les 577 circonscriptions, je vous renvoie au travail en cours de Gaël L’Hermine, à cette adresse: http://uselectionatlas.org/FORUM/index.php?topic=153783.0
Eh oui, la France est ainsi faite qu’il faut emprunter les câbles sous-marins et se retrouver sur des serveurs outre-Atlantique pour pouvoir réellement apprécier toute la saveur de ces 577 élections.
Une fois encore, l’anglais employé est loin d’être insurmontable et vous disposez des informations principales sur chaque circonscription.

L’Assemblée nationale a la bonne idée d’avoir créé un site dédié, avec notamment une carte interactive de chaque circonscription, mais la liste intégrale des candidats n’est annoncée que pour fin mai 😦 http://www.elections-legislatives.fr/index.asp

Quant au livre de 2007 de Soccol et Lafarge (577 députés à élire: http://www.amazon.fr/577-d%C3%A9put%C3%A9s-%C3%A9lire-Brice-Soccol/dp/2901484018/ref=cm_cr_pr_product_top), il pâtit du redécoupage des circonscriptions, qui rend certains départements plus difficiles à suivre, mais il reste une très bonne source d’informations locales, même s’il est évidemment imparfait. Mais qui est vraiment en mesure de produire l’équivalent des Almanachs britannique et surtout américain (de Michael Barone) ?… Encore un rêve inassouvi de fondu de la politique et des élections 😉

2. Ceci étant posé, la situation actuelle ne laisse que peu de doutes sur l’issue des législatives:
la majorité parlementaire sera de gauche. Reste évidemment l’incertitude d’une majorité PS-PRG-DVG ou la nécessité d’appoints EE-LV et PCF-PG. Le nombre de dissidents socialistes qui devraient prévaloir sur des candidats Verts (pourtant officiellement soutenus par le PS) sera conséquent et permettra peut-être d’assurer cette majorité PS-PRG-DVG seule, mais ce sera difficile: c’est le principal suspense.

– Les Français sont manifestement réticents à une nouvelle cohabitation.

Les médias sont clairement dans un flux très positif pour le nouveau pouvoir, en faisant passer la bonne communication et les déclarations habiles de Hollande, Fabius et Moscovici pour des grandes victoires diplomatiques et en cachant les premiers renoncements sur l’Afghanistan ou les euro-obligations. Le très faible nombre des commandes de sondages montre bien que l’affaire des législatives est entendue.
Pourtant, les difficultés sont déjà nombreuses:
perspectives économiques ternes dans toute l’Europe,
visibilité et habileté de Le Pen,
parasitage de Mélenchon,
ajustements interministériels apparemment délicats,
rigidité d’Aubry et de la gauche du PS en interne,
incertitude sur le sort et le comportement des apparatchiki frustrés (Cambadélis, Désir, Dray, Bartolone, Assouline, Borgel, Le Guen, Hammadi,…) et des éléphants recalés (peut-être Rebsamen, sauf si Solférino lui a été promis, Guigou, Royal -dépecée de ses fidèles, incertaine sur son élection législative et marquée au millimètre par la jalouse Trierweiler, qui sera bientôt surnommée « la Présidente »…-, Delanoë -qui peut légitimement estimer avoir été en partie siphonné par Hollande, tant par la promotion d’une partie de ses soutiens au PS que par l’appel de quelques administratifs de la Ville de Paris, et à qui j’ignore ce que l’on a promis: rien, tellement il est sur la pente descendante depuis son échec de Reims en 2008, ou Solférino, qu’Aubry ne va cependant plus vouloir lâcher ?).
Et les premiers sondages de popularité (Harris, IPSOS,…) sont bons mais sans plus pour Hollande et Ayrault. Il n’y a donc pas de véritable état de grâce, encore moins d’euphorie, même si l’électorat de gauche est sûrement satisfait de la situation de manière massive.

– Même les palinodies morales des grandes consciences de la République passent comme lettre à la poste. Mélenchon a terminé son errance circonscriptionnelle et tape tous azimuts pour exister (pauvre Martine Aubry, j’aurais presque envie de la défendre… elle a dit la vérité, il y a bien de profondes dissensions PCF-PG et ce dernier est irréaliste dans ses demandes).
Maintenant, le comble des donneurs de leçons, la donneuse de leçons parmi les donneurs de leçons, la « mère de tous les donneurs de leçons », la morale et la République incarnées, la quasi-Etre Suprême, j’ai nommé Christian Taubira, a courageusement décidé de ne pas affronter le suffrage universel, histoire de conserver son maroquin… C’est vrai, sans Taubira ministre, la République serait probablement en danger… Pathétique.
Vallaud-Belkacem n’a pas été tellement plus courageuse (c’était piquant de voir que son annonce tombait le même jour qu’un petit reportage à sa gloire dans lequel elle mettait en avant « l’onction du suffrage universel« …).
On m’objectera que Juppé ne fait pas mieux: c’est vrai, c’est décevant. Mais l’outrecuidance intellectuelle de Taubira est telle que, dans son cas, c’est réellement scandaleux et absolument grotesque. Mais c’est une bonne cliente médiatique et une Madame Sans-Gêne, alors tout lui est pardonné…
Au moins, Filippetti, Le Foll, Touraine, voire Arif (certes, en Haute-Garonne, la droite n’a aucune chance, mais il doit affronter deux dissidents socialistes qui pourraient être coriaces) n’ont pas flanché, alors que leurs circonscriptions sont difficiles (plus que celle de Vallaud-Belkacem d’ailleurs, même si celle-ci n’était pas non plus une sinécure).

– Le supplétif Bayrou, le péripatéticien Villepin et quelques dirigeants mal inspirés ou trop honnêtes de l’UMP ou de NC ont eux-mêmes considéré qu’une cohabitation n’était pas souhaitable. A moins que, pour certains des derniers, il ne s’agisse tout simplement d’une volonté de laisser la gauche, pour une fois, gouverner dans une conjoncture encore moins favorable que la droite et « prendre les coups », afin de tenter d’en tirer profit dès 2017.

– Surtout, évidemment, la droite est mal à l’aise sur l’éventualité d’une cohabitation car cela signifierait se décider sur un Premier ministre potentiel… En 1986, l’hypothèse Chaban-Delmas n’avait jamais été sérieuse et Mitterrand ne l’avait agitée que pour tenter de diviser à droite, mais Chirac était le leader évident. En 1993, Chirac était également le leader évident et c’est lui, d’une certaine manière, qui avait « nommé » Balladur. En 1997, Jospin était le leader évident. Aujourd’hui, c’est plus délicat à l’UMP… Copé n’est le premier de cordée que de facto ou par défaut. En outre, ses interventions ont plutôt tendance, à mon sens, à faire baisser l’UMP, sur la base d’un mélange de rappels du sarkozysme fraîchement battu et de guérilla politicienne plus adaptée aux élections locales intermédiaires qu’à un scrutin de portée nationale.

Pourtant, les électeurs de droite et du centre doivent aussi intégrer le fait que le Sénat a déjà basculé et comprendre qu’il faut éviter la majorité des 3/5 au Congrès (Assemblée+Sénat)  pour la gauche, majorité qui serait synonyme de pleins pouvoirs absolus pour cette dernière, avec une liberté totale de révision de la Constitution… Oui, c’est un appel purement politique que je lance là 😀
Mais je pense que des Français plus indécis ou non partisans peuvent aussi être sensiblesà un certain équilibre des pouvoirs (en l’occurrence, conserver l’arme du référendum pour les révisions constitutionnelles en évitant une trop forte majorité de gauche à l’Assemblée).
Je referme cet aparté électoraliste 😉

3. Cela nous amène naturellement à envisager de nouveau le leadership de l’UMP et de la droite, qui va se décider cet automne.

Non que le PS ne puisse faire l’objet d’une bataille tout aussi homérique. Après tout, le probable retour en arrière d’Aubry sur sa volonté de quitter Solférino et la possible tentative hollandaise de contrôler le parti, soit directement avec Rebsamen (je ne vois pas trop qui d’autre), soit indirectement avec Delanoë (car on l’imagine mal avoir des ambitions pour 2017 ou même après, tant il a perdu d’énergie depuis 2008 et s’est enfermé dans son refus de faire 3 mandats à la mairie de Paris, où l’aubryste Hidalgo ne laissera plus sa place et saura, ensuite, rallier le plus offrant) ou Désir (un jospino-delanoïste largement compatible, comme Kader Arif en son temps), pourraient nous réserver quelques étincelles.

Toutefois, c’est bien la présidence de l’UMP, soit en amont (quelquefois, les affrontements les plus durs et les décisions se font avant tout vote), soit au cours d’une élection militante réelle, qui va occuper le début de l’automne politique, permettant d’ailleurs au pouvoir hollandais de prolonger la trêve estivale…

Les 10 et 11 mai derniers, l’IFOP a mené une enquête, pour Sud-Ouest Dimanche, auprès d’un échantillon total de 1000 personnes (donc assez limité dès lors que l’on s’intéresse aux seuls sympathisants du MoDem ou du FN, aux seuls électeurs de Bayrou ou de Le Pen et surtout aux seuls sympathisants UMP ou aux seuls électeurs de Sarkozy au 1er tour) sur le dirigeant souhaité de l’UMP (telle était la question).

Parmi l’ensemble des Français, parmi les sympathisants UMP, les sympathisants FN et les sympathisants MoDem, les résultats sont les suivants:
Fillon 27 / 42 / 29 / 31
Juppé 20 / 24 / 17 / 30
Copé 13 / 29 / 7 / 6
un autre (non précisé) 5 / 2 / 10 / 1
aucun 35 / 3 / 37 / 32

Parmi les électeurs de Sarkozy, Le Pen, Bayrou, Hollande, Mélenchon:
Fillon 42 / 30 / 29 / 21 / 17
Juppé 20 / 17 / 28 / 20 / 26
Copé 31 / 8 / 8 / 5 / 9
un autre 3 / 9 / 3 / 5 / 5
aucun 4 / 36 / 32 / 49 /43

Evidemment, la première faiblesse de ce sondage est liée au caractère limité de l’échantillon, ainsi que je viens de le souligner. Car c’est plus problématique ici que pour la primaire du PS qui était « ouverte » et donc assurait une plus grande fiabilité aux sondages. Pour la présidence de l’UMP, seuls les adhérents à jour de cotisation auront le droit de voter, ce qui restreint fortement le corps électoral et le rend très spécifique.

La deuxième faiblesse tient aux noms et hypothèses proposés: on aurait pu imaginer un premier tour plus ouvert (NKM, Baroin, Wauquiez, voire Raffarin…), un premier tour sans Juppé et des seconds tours alternatifs Fillon/Copé, Juppé/Copé, Fillon/Juppé. Bien sûr, on pourra objecter que, pour être candidat, il faut avoir le soutien d’au moins 3% des adhérents (7 830 signatures, si l’on se base sur les 261 000 adhérents revendiqués par Copé début 2012, mais probablement un peu moins à l’automne avec la décrue habituelle après une présidentielle) dans au moins 10 fédérations différentes. Cependant, une mesure du niveau des principaux « seconds couteaux » ne serait pas inutile, avant même la recherche des parrainages. Et, à l’inverse, mesurer Fillon et Juppé, chacun seul, face à Copé, relève de l’évidence.

Cela viendra sûrement, mais il faut nous contenter de ces premières données. Fillon y apparaît comme le favori. Même avec la présence de Juppé, il parvient à dépasser Copé, y compris parmi les seuls sympathisants UMP ou électeurs de Sarkozy. Surtout, il le fait avec une marge significative et il le fait alors que l’on peut supposer que les électeurs de Juppé se reporteraient (très) majoritairement sur Fillon, étant donné le positionnement beaucoup plus modéré de Juppé avec le temps (alors que son origine RPR et légitimiste le situait historiquement dans la position occupée aujourd’hui par Copé, d’ailleurs lui-même initialement juppéiste).

En outre, Fillon est fort au-delà de l’UMP, dans les électorats dans lesquels il faudra bien puiser en 2017, au centre-droit et à l’extrême-droite. Sans surprise, Copé est faible au centre-droit, avec sa ligne actuelle plus Sarkozy-Hortefeux que Chirac-Raffarin, mais il n’est pas non plus fort à l’extrême-droite, puisque même Juppé le dépasse. Juppé, je l’ai déjà écrit à l’automne dernier, occupe un peu le créneau de Barre et Balladur, candidats de fait de l’UDF mais jamais brouillés avec le FN (l’un comme l’autre mettait d’ailleurs un soin tout particulier à ne jamais insulter le FN et ses dirigeants, contrairement à certains RPR chiraquiens, pourtant plus proches idéologiquement parfois). Juppé a probablement aussi l’avantage de l’image d’homme d’Etat. Enfin, Copé est probablement trop « technocrate » pour les électeurs d’extrême-droite (Juppé avait le même problème, mais l’âge a atténué ce phénomène).

Au contraire, Fillon reste fort des deux côtés, ce qui lui permet d’envisager de desserrer cet étau dans lequel Sarkozy était enfermé. Fillon conserve d’une part une image de sérieux, notamment budgétaire, qui plaît au centre-droit tout en rassurant à l’extrême-droite; il joue d’autre part sur son origine de « gaulliste social » et de séguiniste, ce qui permet de se distinguer de Sarkozy, tout en laissant sous-entendre un aspect « populaire » et vaguement souverainiste qui ne laisse pas indifférent chez les électeurs du FN. Fillon se paye ainsi le luxe de coiffer Juppé sur le poteau du centre et de distancer la concurrence à l’extrême-droite, alors même qu’il a adopté une ligne quasi-NKM sur l’attitude électorale à l’égard du FN (même s’il le dit moins fort et sans éclat).

Sociologiquement, Fillon a également des forces. Il n’est rattrapé que sur les 25-34 ans (21% comme Copé; mais à prendre avec prudence étant donné la taille de ces sous-échantillons), il est fort à la fois sur les 18-24 ans (35%) et les plus de 65 ans (33%), alors que Copé tombe à 9% chez les 35-49 ans et 11% chez les 50-64 ans (Juppé, lui, sans surprise, a un soutien proportionnel à l’âge). Il bat Copé dans toutes les CSP, même si ce n’est que 24-21 chez les artisans-commerçants (et derrière Juppé); il est à 31% sur les retraités, 28% sur les professions intermédiaires (un créneau essentiel pour l’avenir de la droite) et même 22% chez les ouvriers. Géographiquement (attention, là encore, aux sous-échantillons), Fillon est en tête partout, sauf dans le Sud-Ouest (battu 18-33 par Juppé); il bat même Copé dans le Sud-Est 31-17 (meilleur score de Copé, sans surprise) et se retrouve à 27% dans le Nord-Ouest, 30% dans le Nord-Est et 24% en Ile-de-France (où Juppé est à 23, mais probablement auprès de CSP+ qui se reporteraient plus facilement sur Fillon). Dans les villes de province (autre cible importante pour la droite), Fillon est à un intéresant 30%.

Au final, Fillon apparaît un peu comme un « attrape-tout » à droite, un peu comme Hollande en son temps au PS, alors que Copé est davantage le candidat du « noyau dur », comme Aubry en 2011. Fillon apparaît aussi comme capable d’aller au-delà des frontières de l’UMP et d’éviter l’implosion de celle-ci, tout en garantissant un bon niveau de 1er tour, une faible déperdition au centre-droit et un containment du FN: de manière naturelle, il semble remplir les objectifs pour la réalisation desquels Sarkozy a dû batailler.

Cela est d’autant plus vrai que Sarkozy a démontré cette année que, malgré ses difficultés à convaincre et malgré des déperditions initiales de la droite vers Le Pen, l’électorat de droite « basique » est de toute façon acquis, même dès le 1er tour en assez large partie. Par rapport à ce constat, Copé a donc peu de plus-value.

Si on élargit le simple axe gauche-droite pour adopter une vision en deux dimensions, qui commence un peu à se répandre en France, Fillon est évidemment beaucoup plus central que Copé. Mon schéma est subjectif et beaucoup de leaders, dont Fillon lui-même, pourraient être légèrement déplacés, ce qui montre une certaine fluidité et une certaine uniformisation:

Alors, Fillon, le candidat idéal ?

4. Bien entendu, ce n’est pas si simple. Il a d’abord ses propres faiblesses personnelles.
– Même s’il est plus amibitieux que l’on ne pense généralement, ce n’est pas un tueur né et, contrairement à des Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Fabius, Juppé, il n’est pas né avec l’ambition d’accéder à l’Elysée.
– Il reste sur une bonne image par défaut, jouant sur la différence avec l’impopulaire Sarkozy pendant 5 ans et sur un effacement toujours favorable à la popularité.
– Tant en interne qu’en externe, son charisme n’est pas évident… Il bénéficie de la période favorable à la « normalité » et au sérieux apparent (Hollande-Ayrault), mais combien de temps cela durera-t-il ?
Son origine « gaulliste sociale » et son tropisme de centre-droit se mélangent curieusement à une pratique gouvernementale assez libérale et pragmatiquement pro-européenne et à une absence d’incompatibilité avec la dureté sarkozyste en matière sécuritaire: tout cela peut être un atout (après tout, Chirac a été tout et son contraire…) comme une difficulté à préciser une image, un positionnement et, finalement, un flou préjudiciable (bien que Hollande ait prouvé que ce n’était pas rédhibitoire…).

Il a aussi des faiblesses structurelles et politiques importantes.
– Il n’a pas su organiser un courant fort au sein de l’UMP. Il a certes des alliés (Bertrand ou, peut-être, Wauquiez), mais peu de troupes en propre (Rosso-Debord est-elle encore une fidèle, Pinte est un has been, Bouvard n’est pas véritablement un gros calibre, Chartier n’a pas encore percé autant qu’on pouvait le pensait initialement, etc.).
– La position de Copé est évidemment forte, à la tête de la structure UMP (Courtial, Riester, Tabarot, Morano notamment), avec un fort renouvellement des dirigeants de fédérations départementales.
– Les militants UMP, et encore plus ceux qui se déplaceront pour voter, sont plus à droite que les sympathisants et électeurs et le même phénomène qu’aux primaires républicaines américaines peut se produire, Copé jouant le rôle de Bachmann-Perry-Cain-Gingrich et même Santorum (même si Boutin serait la « vraie » Santorum :P), Fillon connaissant les mêmes difficultés à s’imposer que Romney.
– La campagne n’a pas débuté en interne: une fois celle-ci lancée, Copé pourra compter sur sa combativité personnelle, ses réseaux médiatiques, l’appui objectif de la gauche et des médias de gauche à sa candidature (pour eux, un nouveau Sarkozy, libéral, sécuritaire, décomplexé qui, en plus, a fait l’ENA, c’est pain bénit…) et, de manière (très) secondaire, un éventuel appui de Borloo (par haine de Fillon) et du NC (qui peut avoir intérêt à une UMP droitisée pour retrouver de l’espace au centre-droit).

J’ajoute que le positionnement des poids lourds de l’UMP n’est pas totalement assuré pour Fillon, loin s’en faut.
Déjà, Juppé peut tenter de lui disputer l’aile gauche de l’UMP, même si le fait de renoncer aux législatives n’est pas fait pour le renforcer.
Ensuite, les « seconds couteaux » qui veulent se compter prendront bien davantage de voix à Fillon qu’à Copé: NKM, Wauquiez, voire Baroin (Bertrand sait qu’il risque un mauvais résultat et s’est déjà rallié; Pécresse, Chatel ou Le Maire ne pèsent pas suffisamment; il est très peu probable qu’un sarkozyste, Estrosi, Mariani ou un autre veuille se présenter). Cela pourrait, à tout le moins, « casser » la dynamique et empêcher Fillon d’arriver en tête, de réellement distancer Copé ou de franchir les 40%.

De surcroît, il n’est pas évident que toute la gauche et le centre de l’UMP rallient Fillon. Même s’il n’irait pas jusqu’à appuyer Copé, Juppé n’aime pas Fillon et pourrait ne pas lui apporter de soutien, ce qui serait déjà un désavantage. Raffarin reste en bons termes avec Copé.
Copé bénéficiera évidemment du soutien de la Droite populaire, des sarkozystes éloignés (Estrosi, Dati) et des sarkozystes « purs et durs » (Hortefeux, Morano), ce qui est évidemment favorable, à la fois numériquement à la base du parti, mais aussi dans une période post-électorale pendant laquelle Copé et Hortefeux peuvent dire que 48,36%, c’est honorable, et que cela montre qu’il ne faut pas revenir à une droite « complexée ». En cas de défaite lourde aux législatives, Copé pourra toujours dire que c’est la « direction collective » de la campagne qui en est responsable…
Copé aura en outre l’appui des libéraux (Chatel, Novelli).
Mais certains chiraquiens (situés au centre de l’UMP, grosso modo) pourraient aussi faire une alliance tactique avec Copé: les plus fidèles chiraquiens n’ont pas forcément un bon souvenir de la rupture Chirac-Fillon de 2005 et du ralliement de ce dernier à Sarkozy et, surtout, un Baroin voire une Pécresse (malgré leur plus grande proximité avec Fillon sur le plan idéologique) pourraient trouver un avantage de moyen terme à incarner, en première ligne, le complément « modéré » à un Copé plus à droite. Je n’ai jamais cru à l’expérience des « mousquetaires« , encore moins aujourd’hui (Chatel étant de toute façon du côté de Copé), mais Baroin, Pécresse et Le Maire pourraient néanmoins poursuivre dans cette voie, histoire de profiter de l’aspiration Copé, tout en restant en embuscade et en apparaissant plus rassembleur que lui aux primaires de 2016.

Il ne faut pas oublier que s’affronteront en fait des « tickets » Président/Vice-président délégué/Secrétaire général. Copé peut montrer là une forme d' »ouverture » interne, tandis que Fillon risque d’être contraint de « caser » Bertrand, ce qui serait un probable désavantage, étant donné la mauvaise expérience de celui-ci comme SG de l’UMP.

Ainsi, malgré sa forte position de départ, Fillon pourrait bien avoir de grandes difficultés à s’imposer au final, alors même qu’il offre le profil le plus intéressant pour la droite, dans l’optique d’une reconquête. Mon pronostic est pessimiste pour lui.

A moyen terme, évidemment, s’il persiste dans l’erreur de vouloir conquérir la mairie de Paris (pari impossible pour encore deux mandatures, au bas mot), il est « grillé ». Mais, d’ici 2014, il reste beaucoup de temps… et une victoire à l’automne pourrait suffire à l’occuper et à ne pas dilapider sa nouvelle position de force…

5. Enfin, pour prendre avec encore plus de recul ce sondage favorable à Fillon, je signale une lecture qui ravira seulement en apparence les sceptiques face aux sondages: http://www.ifop.com/media/pressdocument/457-1-document_file.pdf

L’IFOP nous montre dans quelle proportion les sondés peuvent mentir ou se mentir, réécrire leur histoire politique personnelle, s’adapter aux « vents dominants », bref travestir leur opinion, consciemment ou non.

Cela aide à relativiser, mais nous montre que les sondeurs ne doivent pas être les boucs émissaires et que, s’ils se trompent de 2 points, ma foi, ce n’est rien d’autre qu’inévitable. Au contraire, ils démontrent une grande fiabilité dans un tel contexte !
A bas les sondés ! Vive les sondeurs ! 😀

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7 réflexions sur “Face à une gauche en demi-teinte, l’UMP, qui prépare ses durs conflits internes, pourrait bien ne pas être en mesure d’en profiter, ni aux élections législatives, ni à moyen terme

  1. Une bataille âpre à venir avec Fillon plus combatif que prévu et Copé sur la défensive malgré son statut autoproclamé de chef de guerre.
    Et Le Pen finalement pas autant en position de force qu’on aurait pu le croire.

    Il est intéressant de voir l’évolution de Fillon libéré de l’étreinte de Sarkozy.

  2. Ça me donne envie de dominer
    C’est tellement bon de tout contrôler
    J’ai comme une soif de pouvoir
    Je veux rendre les choses obligatoires

    Je remarque qu’il a quand même fallu plus d’un mois pour que, selon mes conseils avisés, vous vous mettiez enfin à faire des graphiques sexy à la Lenglet.
    Question technique : Il faut un espace vectoriel de combien de dimensions pour pouvoir modéliser le positionnement politique de Rachida Dati qui, je le rappelle, rentre dans la catégorie des phénomènes chaotiques complexes ? Et comment représenter, en effet, un bordel pareil sur un espace plan en deux dimensions ? Nul ne peut vous blâmer d’avoir renoncé à la situer sur votre graphique.
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Fléau_de_la_dimension

    A propos de Rachida, une chanson un brin hagiographique, par mon groupe d’electroclash nantais préféré. Déconseillé aux fans de zouk :
    MODERATION: vous trouverez seuls cette chanson de Sexy Sushi « A bien regarder… »

    Sinon Gaël L’Hermine est complètement fou, Gaël l’Hermine est un nerd génial, Gaël L’Hermine est mon (nouveau) Dieu. J’espère juste qu’il a fait un mauvais pronostic pour la 1ère d’Eure et Loir.

    • Ah mince… Je ne pensais pas que le morceau apparaitrait directement sur le blog… Désolé, j’espère que ça n’est pas gênant.

      • Je ne l’ai pas regardé… pas encore…

        EDIT: Voilà, c’est fait. En effet, un p’tit coup de « modération » s’imposait. Mais c’est de la modération à la Bayrou, douce et un peu hypocrite…
        Non que la critique de Dati me gênât en quoi que ce soit, mais bon, mieux vaut la critiquer en ne se mettant pas à son niveau à elle 😉
        Et puis, il y a aussi un vers (ver ?) de la chanson que je ne peux laisser apparaître ici.

    • Je pense en effet que Gorges va perdre dans la 1e d’Eure-et-Loir. Le climat général est mauvais pour l’UMP.
      Tous les espoirs vous sont donc malheureusement permis.
      Et en plus, vous avez une magnifique cathédrale 😉

      • On a une magnifique cathédrale, et comme tout bon bobo de centre ville, j’ai la chance de passer devant tous les jours quand je vais donner mes cours… à l’IUFM (ouais, je sais, j’œuvre avec zèle au cœur même de la chienlit pédagogiste), mais pour quelqu’un issu d’une longue lignée de socialistes périgourdins, la médiocre mentalité réactionnaire beauceronne, c’est pas vraiment la joie. Et puis, si la ville est jolie, la campagne autour est d’une tristesse sans fond.
        Je préfère de loin la luxuriance bocagère du pays de Fougère, pays de cocagne modem, et surtout le magnifique village d’artiste Bazouges la pérouse, très bobo aussi (comme quoi, on est partout), avec ses galeries d’art : j’ai une amie qui a dirigé le centre d’art là-bas, il y a quelques années. Mais bon, visiblement, ce truand de Marleix a redécoupé la 6ième d’Ille et Vilaine. Condoléances.

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