Derniers sondages IFOP et OpinionWay pour les législatives: les signes d’une victoire socialiste plus ample qu’en 1997

IFOP-Fiducial
Europe 1, Paris-Match
18-19 mai 2012
échantillon: 860 inscrits sur un total de 956
(évolution par rapport à la livraison du 6 mai 2012)
LO 0,5 (=)
NPA 0,5 (-0,5)
FG 7 (-1)
PS+PRG 34,5 (+3,5)
EE-LV 4,5 (-0,5)
(soit PS+PRG+EE-LV 39 (+3))
MoDem 4 (-0,5)
UMP+NC+PR 32,5 (+1)
DLR 0,5 (=)
(soit UMP+NC+PR+DLR 33 (+1))
FN 16 (-2)

1. Par rapport à 1997, le FN rejoint un score comparable (16 contre 15) et sa capacité de nuisance pour la droite serait donc équivalente. En 1997, il pouvait se maintenir dans 133 circonscriptions, dont 79 triangulaires (76 effectives, finalement), 23 duels avec la gauche et 31 duels avec la droite. Même si c’est moins que les pronostics échevelés, tant du FN que de certains médias, c’est suffisant pour embarrasser fortement la droite. D’autant que le vote FN semble cette année plus rural, plus rurbain, plus périurbain boutiquier et « subi », ce qui risque de faire davantage de dégâts à droite.

D’ailleurs, le sondage IFOP sur la 11e circonscription du Pas-de-Calais montre que Le Pen n’est nullement capable de battre la gauche en duel ou en triangulaire:
FG 55 – FN 45 / PS 56 -FN 44 / FG 44 – MoDem UMP 20 -FN 36
après un 1er tour très mauvais pour la droite, alors même qu’il s’agit d’un traditionnel franc-tireur (JeanUrbaniak, cette fois MoDem soutenu par l’UMP):
FN (Le Pen) 34 / FG (Mélenchon) 29 / PS 18 / MoDem-UMP 16 / EE-LV 2,5 / LO 0,5 / quatre divers 0

Cette situation pourrait se retrouver dans d’autres circonscriptions du Nord-Pas-de-Calais et de Picardie, où la gauche a peu de craintes à avoir sur ses circonscriptions en ce qui concerne une supposée menace FN.

Au passage, notons que les sondages mesurent aussi la stupidité de nombre de sondés, voire d’électeurs: au moment où le PS désigne enfin un candidat honnête et correct dans cette circonscription, voilà qu’en masse (y compris les CSP+), on préfère le barnum médiatique du parachuté-révolté Mélenchon… Décidément, il n’a pas fini de nous… Bref.

2. En revanche, la droite part d’un niveau de nouveau modeste: globalement 33 contre 36,5 en 1997.

En outre, comme le montre le sondage IFOP dans la 9e des Hauts-de-Seine (celle de Claude Guéant), les reports ne sont pas bons, ni du centre, ni de l’extrême-droite. Comme si seul l’enjeu présidentiel et un Sarkozy ultra-combatif avaient réussi à assurer cette mobilisation forte à droite.
Alors qu’au 1er tour, il ne semble pas y avoir de difficulté pour la droite et le centre-droit:
UMP 41 / PS 25 / DivD 15 / AC 7 / EE-LV 5 / FN 4 / FG 2 / PRG 0,5 / Div 0,5 / deux divers 0
au second tour, la victoire de Guéant n’est pas soviétique:
UMP 57 – PS 43.

Certes, il faut, là encore, compter avec une certaine forme de stupidité: quand des sondés-électeurs voient marqué « Alliance centriste », ils croient voter pour le supplétif béarnais de Hollande et ils n’ont aucun indice de qui pourraient bien être Jean Arthuis et ses troupes… Bon, je reconnais qu’il n’est pas toujours aisé de le suivre…

Mais cela signifie bien que Guéant est loin de récupérer toutes les voix AC, de Solère (DivD – UMP dissident) et du FN. Son profil peut bien sûr refroidir au centre-droit, mais quand même, c’est une circonscription très sûre et 57% n’est pas si extraordinaire.

3. Le MoDem est lentement mais sûrement laminé. Certes, on ne peut comparer son score à celui de l’UDF ou des DivD en 1997. Mais, à 4%, il est inexistant. Surtout qu’il ne présente que très peu de candidats en propre (400 sous l’étiquette « le Centre pour la France », mais pas autant de MoDem « purs »): à ce niveau, 4%, ce n’est plus que 2,78%…

Surtout, son chef, comme c’était prévisible, est menacé. C’est ce que nous indique le sondage OpinionWay sur la 2e des Pyrénées-Atlantiques.
Au 1er tour, il ne devance que difficilement un inconnu UMP:
PS 30 / MoDem 24 / UMP 23 / FN 11 / FG 8 / EE-LV 3 / NPA 1 / quatre divers 0
Et au 2nd tour, c’est la Bérézina, que ce soit en duel ou en triangulaire:
PS 55 – MoDem 45 / PS 44 – MoDem 28 – UMP 28 / PS 60 – UMP 40

L’hypothèse de la triangulaire permet également de constater l’excellent report de voix à gauche et la déperdition au centre pour l’UMP (mais il est vrai que nous avons vu, dans la cartographie de la présidentielle, que les électeurs Bayrou des Pyrénées-Atlantiques ont un tropisme rose assez net).

4. Au niveau national, la comparaison avec 1997 est favorable à la agauche et, plus précisément, au PS:
EE-LV baisserait de plus de 2 points, tandis que le total PS-PRG-DivG-Verts augmenterait de 4,5 points (39 contre 34,5).
Le PS n’ose pas le dire ouvertement, mais il espère bien que de nombreux dissidents du PS vont faire mordre la poussière aux Verts officiellement soutenus et que le PS (avec le PRG et tous ces Divers Gauche) pourra avoir un groupe majoritaire à lui seul. L’analyse par circonscription, si vous la suivez sur le lien donné dans mon article précédent, montre (en corrigeant un peu les prédictions un peu conservatrices de mon ami Gaël L’Hermine) que les Verts sont mal engagés (Côtes d’Armor, Ille-et-Vilaine, Sarthe, Orne, déjà…).

Je l’ai dit, c’est pour moi le principal, voire le seul, suspense de ces élections.

Ni Hollande ni Ayrault ne suscitent un grand enthousiasme.
Le gouvernement ne commence pas très fort.
La scène internationale donne beaucoup de poudre aux yeux (ce petit jeu sur la « croissance » est drôlatique: comme si Obama, Merkel, Barroso, Juncker, Cameron, Rajoy, Monti ou même Hu, Rousseff, Poutine ou Tusk mettaient la même chose derrière ce mot… :D).
Manifestement, l’adaptation va être difficile et la vie interne au gouvernement, à la gauche et au PS fort tendue.

Mais l’UMP vient d’entamer sa « PSisation » et va se déchirer suffisamment pour masquer le sabotage d’Aubry, l’incontrôlabilité de Montebourg, l’incompétence de Taubira et de Duflot, les guéguerres entre hollandais.
Et la campagne est très, très courte.
Et les électeurs ressentent un trop-plein de politique.
Et la cohabitation n’est plus dans la logique du quinquennat avec élections groupées et successives.
Et les médias restent encore bienveillants pour Hollande (même si les dérapages et incohérences à gauche commencent d’être relevés).
Et Rachida Dati est reparti comme en 40… Même Morano bouge encore…

Bref, c’est cuit pour l’UMP cette fois-ci. J’avais bien fait de mettre en garde sur les élus menacés, car cette vague rose à venir risque bien de faire l’affaire de Copé et Jacob.

5. Revenons rapidement sur la guerre interne à l’UMP, qui vient donc de commencer. Fillon s’est-il déjà « grillé » ?

Quelles peuvent être ses raisons ?
– D’abord, Copé, contrairement à ses déclarations… hypocrites (oui, le mot est fort bien choisi, François !), utilise bien tous les leviers pour renforcer son contrôle. Par deux fois, il s’est lui-même déclaré « chef » de quelque chose; il est déjà dans la place et « bétonne » l’appareil du parti; il continue de cajoler les députés et surtout ceux qui seront rescapés. Bref, peut-être Fillon a-t-il senti une certaine urgence à ne pas être distancé en interne dès le départ.
– Ensuite, il a peut-être voulu « fendre l’armure » et faire preuve d’un peu d’audace et d’autorité, à rebours de son image, « à la Hollande » en quelque sorte. D’une certaine manière, être l’outsider, l’underdog, ce n’est pas forcément un mauvais choix.
– De manière alternative, il a peut-être jugé bon de capitaliser sur le sondage IFOP et sur son bon positionnement; sûrement un peu hasardeux de jouer comme cela sur l’opinion et les médias…
– Enfin, il avait peut-être l’intention d’attaquer en réalité… plus tôt, mais a dû attendre vendredi soir dernier, pour être sûr que l’inénarrable Dati ne se présentait pas contre lui (avec des personnages comme ça, il vaut mieux attendre le douzième coup de minuit pour être vraiment sûr…).

Mais quels sont ses risques ?
– Apparaître comme le diviseur.
– Se faire imputer un mauvais score de l’UMP.
– Apparaître comme en fait un peu naïf d’être tombé dans le piège de Copé.
Eloigner les modérés et chiraquiens qui devraient lui revenir, mais semblent s’accommoder tactiquement de Copé (Baroin, Pécresse, Le Maire, Raffarin,…). De ce point de vue, la réaction de Juppé, apparemment neutre, fait objectivement le jeu de Copé ou, peut-être, prépare le terrain à Juppé lui-même, qui, soit devancerait Fillon contre Copé, soit l’affaiblirait tellement que Copé serait dans une dynamique suffisante.
N’excluons pas non plus une alliance Juppé-Copé, avec Juppé comme président et Copé en SG aux pouvoirs renforcés (bref en n°1 de fait) ou Juppé raffarinisé en vice-président délégué. Je ne sais même pas (les statuts et le règlement intérieur sont peu clairs sur ce point) s’il n’y aurait pas de possibilité de fusioonner des tickets du 1er vers le 2nd tour.
Imaginons un 1er tour avec, comme candidats Président/SG/Vice-Président délégué:
Copé/Daubresse/Raffarin ou, en version hard, Copé/Riester/Hortefeux
Fillon/Wauquiez/Bertrand
Juppé/NKM ou Baroin/Raffarin ou, en version restreinte, Juppé/Apparu/Pécresse
qu’est-ce qui empêcherait un 2nd tour:
Copé/Baroin/Juppé contre Fillon ?

Bref, tout est ouvert et tout sera d’autant plus terrible. Si, pour couronner le tout, Aubry et/ou Delanoë ne créent pas un même affrontement sanglant au sein du PS et si le PS réussit à se sortir des épées de Damoclès verte et rouge dans 3 semaines, alors, Hollande et Ayrault pourront continuer un moment de ne pas gérer leurs troupes et de gérer petitement le pays. Les conséquences électorales ne sont pas pour tout de suite… surtout avec une structure sociologique et géographique qui n’avantage pas l’UMP à moyen terme et avec une Marion « Marine » Le Pen plus Panzergirl que jamais…

9 réflexions sur “Derniers sondages IFOP et OpinionWay pour les législatives: les signes d’une victoire socialiste plus ample qu’en 1997

  1. Par rapport à Mélenchon parachuté dans le Pas-de-Calais, je pense qu’il faut prendre des précautions vis à vis des sondages. Bien sûr, vous avez montré lors des présidentielles que si l’on prend les moyennes des sondages, ils sont relativement fiables. Toutefois peu avant l’élection présidentielle, Mélenchon était donné plus haut, et Le Pen plus bas que le résultat final. Mon humble expérience ainsi que les témoignages que j’ai entendu sur RMC m’ont convaincus que beaucoup de sondés disent qu’ils voteront Mélenchon, parce qu’il est « anti-système » et il passe bien, mais en fait devant l’urne ils voteront Le Pen (malgré la « dédiabolisation », ce vote n’est toujours pas entièrement assumé, même dans ces villes). Je pense personnellement que la gauche (en l’occurrence, Mélenchon) gagnera aux législatives dans cette circonscription, puisqu’au fond Mélenchon et le PS sont interchangeables, mais il s’agit selon moi de ne pas surestimer l’électorat Mélenchon qui n’est qu’un phénomène. Bref, autrement je ne serais tout de même pas surpris qu’il ne gagne pas, malgré les sondages et les médias qui en font tout un tabac. En tous cas, Mélenchon a bien réussi sa pub, lui qui fait semblant de détester la classe médiatique.

    • Je ne répète peut-être pas assez, vous avez raison, que nous sommes ici sur 577 élections différentes,
      que les sondages nationaux ne sont utiles que pour des tendances très globales, mais incapables de nous aider dans le détail des 577,
      et que les sondages locaux, surtout lrosqu’ils mettent ne jeu des personnalités extérieures, doivent être pris avec grande prudence. Aux régionales et aux municipales dans les grandes villes, ils ne sont pas mauvais (et encore, certaines régions furent des surprsies), mais ici, c’est un peu différent: est-on bien sûr des frontières de la circo ? est-on bien sûr de la représentativité de l’échantillon ? ne sonde-t-on pas trop loin de la date de l’élection.
      Bref, ce ne sont que des poussières d’informations…

  2. Fondamentalement d’accord sur Copé. Je vois mal le parti lui échapper alors qu’il commence déja à le tenir d’une main de fer.

    Quant aux législatives, tu m’as donné tant de faux espoirs pour la présidentielle que je ne te fais plus confiance !😛

  3. Fillon était obligé de réagir rapidement pour ne pas se laisser endormir par Copé et le laisser conduire les législatives en tant que chef.
    Pour répondre à vos craintes de savoir si Fillon sera perçu comme un diviseur, je dirais que c’est plutôt de Copé qu’on a cette perception, même si les copéistes et Dati en tête ont déjà accusé Fillon d’être responsable de la défaite annoncée.

    Savez-vous qui va voter pour les élections pour la présidence de l’UMP ?
    Y aura-t-il uniquement les adhérents ou aussi les sympatisants ?
    Je ne connais pas l’UMP de l’intérieur mais j’ai la conviction que les adhérents sont pour un chef dur.

    Mais mon Dieu que cette droite est violente. Et la guerre n’a pas encore commencé !

    • Je l’ai dit, ce sont seulement les adhérents à jour (261 000 en janvier dernier, probablement 250 000 maintenant avec ceux qui ont rendu leur carte depuis la défaite…).
      Quelle participation ? Elevée, ce sera bon pour Fillon, moyenne ou basse, pour Copé.

  4. Je suis en retard pour publier un sondage national OW et des sondages locaux IFOP. Au pire, mercredi soir….

    Des soucis personnels lourds et aussi l’examen de chaque circonscription pour aboutir à un pronostic national m’occupent beaucoup, temporellement et psychologiquement…
    Malheureusement, pour ces prédictions, vous n’aurez aucune explication détaillée comme celles fournies par Gael L’Hermine: il restera possible de m’interroger et de discuter sur une circonscription particulière, bien sûr.
    Cela fera de toute façon une jolie carte en couleurs !

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