Dernier sondage BVA sur la présidence de l’UMP: l’incertitude ne renforce pas le parti à l’occasion des législatives

(Figurez-vous que j’étais persuadé d’avoir publié cet article, mais il est resté encarafé dans les brouillons depuis la semaine dernière… :P)

« L’affrontement, c’est maintenant ».
Je ne croyais pas si bien écrire, avec ce qui ressemble plus ou moins à l’entrée en lice de Juppé, ou en tout cas à un message subliminal « je ne suis pas encore en dehors du jeu, ne m’oubliez pas ».

Les 23 et 24 mai derniers, dans le cadre d’une enquête de popularité (vous savez combien cela me rend sceptique: Bayrou qui était porté aux nues a lourdement chuté et c’est… Fillon qui est en tête dans certaines enquêtes, même devant les « meilleurs » de gauche…), BVA a aussi interrogé sur la personnalité préférée pour diriger l’UMP dans les années à venir.

Ce sondage, réalisé auprès d’un échantillon de 1304 personnes, pour le compte de RTL, Orange et la presse régionale, présente des défauts, comme celui de l’IFOP précédemment cité:
– la liste est « fermée » et, en l’occurrence, il n’y a pas d’hypothèse minimaliste à deux (Copé-Fillon) ou sans Juppé,
– le choix de NKM et de Bertrand comme seuls compléments démontre une faible maîtrise de la situation interne actuelle à l’UMP: si NKM aura quelques envies en 2017, elle ne se présentera en revanche pas pour diriger une structure comme l’UMP… et Bertrand n’a de chance d’exister que blotti derrière la locomotive Fillon. Pourquoi exclure Wauquiez ou Baroin en ce cas ?

Les résultats sont à la fois banals et surprenants. Parmi l’ensemble des Français et parmi les seuls sympathisants UMP, cela donne respectivement:
Fillon 37 / 41
Juppé 26 / 25
Copé 10 / 16
NKM 13 / 9
Bertrand 7 / 9
ne sait pas 7 / 0

Ces résultats sont banals, car on a un peu l’impression de relire les sondages de 2011 (voir les articles avec le mot-clé UMP), avec un Copé quelque peu distancé et des Fillon et Juppé dominants. Ils sont surprenants si on les compare à ceux de l’IFOP (cités dans mon avant-dernier article), qui n’avait pas parasité sa liste avec NKM et Bertrand et qui donnait des résultats très proches sur les sympathisants UMP pour Fillon (42) et Juppé (24), mais plaçait Copé nettement plus haut (29), la réponse « autre » et la non-réponse représentant 5%.

Cela voudrait-il dire que les sondés qui ont répondu NKM et Bertrand seraient en fait tentés par Copé ? Si cela n’a pas de sens idéologiquement, ce n’est pas concrètement impossible en ce qui concerne Bertrand, qui a finalement aussi une attractivité interne d’apparatchik dévoué à la cause du parti… En revanche, c’est très peu probable pour NKM, qui a une image moderne et modérée tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du parti.

Bref, nous ne sommes pas tellement plus avancés, mais, au moins, l’offensive de Fillon a le mérite de susciter des sondages.

Comme TNS-Sofres a été sollicité pour, enfin, tester une hypothèse de 2nd tour ou de duel (Fillon-Copé), nous savons au moins que Fillon semble réellement prendre un ascendant sur Copé dans un électorat UMP large.
Je répète qu’il faut être prudent car l’adhérent UMP n’est pas le sympathisant UMP et l’adhérent UMP qui vote n’est pas l’adhérent UMP tout court.
Et puis, la « sortie » de Juppé n’est-elle pas une conséquence directe de ce 1er sondage effectué sans inclure son nom ?

Bref, il y a encore beaucoup d’incertitudes sur le paysage. Et, autant j’appelle à des hypothèses de 2nd tour (y compris avec Juppé), autant j’aimerais également que les médias songent à solliciter les sondeurs en ouvrant carrément le 1er tour (NKM, Wauquiez, Baroin, voire MAM), afin de pouvoir « faire le ménage » (un peu comme lorsque Moscovici s’était convaincu, avec l’aide, certes, de Jospin, de ne pas y aller en juin-juillet 2011, avec des sondages aussi mauvais que Valls à l’époque).

Lors d’un précédent article sur le sujet, j’avais comparé Fillon à un candidat attrape-tout comme Hollande en 2011 et Copé à un candidat de « noyau dur » comme Aubry toujours en 2011. Mais Fillon doit veiller à ne pas devenir le DSK de 2006, encore concurrentiel de Royal dans certains sondages, mais finalement quasiment rattrapé par Fabius (très sous-évalué dans les sondages de l’époque), l’apparatchik méthodique et calculateur (ben… Copé, quoi). Evidemment, à ce petit jeu des comparaisons, on pourra m’objecter que Fillon pourrait en fait être le Royal de 2006: meilleur candidat supposé à la présidentielle, on se rallie derrière lui par souci d’efficacité.

Même dans le scénario d’une victoire de Fillon, n’oublions cependant pas que l’élection à la présidence de l’UMP ne vaudra que pour 3 ans. Si la guerre est suffisamment dure et se prolonge, un deuxième round pourrait alors se jouer. Or, entretemps, Franz-im-Glück et Lucky John-Mark auront peut-être repoussé certaines élections locales en 2015 et il y aura eu les européennes de 2014, forcément difficiles pour l’UMP (même si la référence de 2009 sera favorable et si le parti ne pourra progresser…). Bref, Copé, même perdant à l’automne, aurait certainement une deuxième chance. Mais le conflit serait alors tel qu’une explosion ne serait plus impossible.

Car on imagine mal l’UMP se contentant d’une solution « à la socialiste », avec le n°1 perdant la primaire… C’est pourtant la réalité aux Etats-Unis. Mais l’UMP garde de sa filiation gaulliste un fonctionnement plus focalisé sur le chef. Le bicéphalisme n’existe pas dans un seul parti; éventuellement, il s’exprime dans deux partis, c’est tout.

En même temps, dans le scénario d’une victoire de Fillon, cela éviterait à celui-ci de se suicider lors des municipales à Paris (personne ne peut lui dire de ne pas y aller ?). Il aurait donc de meilleures chances de résister à un nouvel assaut copéiste en 2015.

Dans le cas d’une victoire de Copé à l’automne, cela signifiera que tous les barons et tout l’appareil l’auront peu ou prou rallié et il sera alors en position de force pour 2015 (Fillon se sera entretemps abîmé à Paris et ne pourra re-tenter sa chance) et 2016 (les primaires ne verront alors que de jeunes pousses prendre date pour l’avenir ou pour Matignon -NKM, Wauquiez, voire Baroin ou Pécresse-, sans gêner celui qui sera déjà le « senior », Copé). Evidemment, pour 2017, face à l’édredon hollandais et avec une Le Pen encore plus sûre d’elle-même, ce sera autre chose…

Enfin, il y a aussi le scénario d’un conflit tellement puissant cet été et/ou d’un 1er tour avec Juppé tellement équilibré (3 tiers) que Juppé, qui semble déjà se positionner en ce sens, serait élu Président de compromis, de rassemblement et de transition, en s’engageant à ne pas être candidat aux primaires de 2016. Reste à ce que les autres lui fassent confiance sur le thème d’une présidence rassembleuse et pas tournée vers une candidature, permettant au perdant de l’automne 2012 (Copé ou Fillon, voire les deux…) de tenter de se refaire à l’automne 2016. Après tout, Aubry disait qu’elle voulait simplement organiser les primaires, pas y participer; elle avait aussi « signé » un pacte avec un certain DSK.

Vivement l’automne !
Si on pouvait juste débrancher Rachida Dati d’ici là, cela arrangerait bien les choses…

Post-scriptum: histoire que je puisse retrouver toutes les données utiles en 2016 (horos2017 se prépare déjà ! ;)), je publie ici les chiffres de report de voix à la présidentielle d’un sondage « sortie des urnes » passé inaperçu:
ViaVoice pour Libération, 6-7 mai 2012, échantillon de 1507 personnes
Mélenchon 90/4/6
Bayrou 38/44/18
Le Pen 18/54/28
Rien de bien nouveau, si ce n’est un probable petit tropisme « de gauche », mais bon, c’est ViaVoice.

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